‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 16 sur 195 · Hepites. Régime pluviométrique de la Roumanie · texte numérisé non relu

Hepites. Régime pluviométrique de la Roumanie

4. Brândza. Despre vegetaliunea României, Ac. Rom., Avr. 1880. — Grecescu. Conspectul Florei României.

pouvoir distinguer une région de flore alpine et subalpine couverte de superbes forêts, une zone montueuse encore assez boisée, caractérisée par le chêne, et une plaine steppique. Le zoologue x peut, de même, faire des distinctions importantes entre ces trois régions. Il n'est pas jusqu'au statisticien et à l'économiste 2 qui ne trouvent utilité à se servir de cette division commode. Elle paraît même si commode qu'on la voit couramment appliquée à toute la Roumanie, sans tenir compte de la Dobrodgea, qui ne peut rentrer dans ce cadre, et de la Moldavie, où, comme nous l'avons vu, la région des plaines n'existe pas en réalité.

Les géologues sont d'ailleurs les seuls qui paraissent s'être préoccupés de préciser le sens, l'extension et les limites de ces provinces, et qui aient reconnu la nécessité évidente d'en distinguer une quatrième : la vallée danubienne 3.

Si l'on essaye de serrer de plus près la définition d'une région naturelle, on doit reconnaître la nécessité d'en fixer les limites ; ces limites ne sauraient avoir la précision de limites politiques, mais il importe cependant de les fixer approximativement, sous peine de ne pas savoir de quoi l'on parle. Quand on cherche à faire ce travail, pour les régions que nous venons de distinguer, on s'aperçoit qu'il présente plus d'une difficulté ; on est même amené à reconnaître qu'on pourrait concevoir un autre mode de divisions naturelles de la Yalachie.

Lorsqu'on s'éloigne de la montagne pour descendre vers le Danube, il est bien rare qu'on puisse se rendre compte du moment précis où l'on sort de la zone des collines pour déboucher sur la terrasse diluviale. Lentement, les vallées s'élargissent de plus en plus, envahies par des terrasses de cailloutis, qui s'étalent au fur et à mesure que

1. Licherdopol. Fauna malacologica, loc. cit., et Bucuresti. Fauria, p. 41.

2. Notice sur les forêts du royaume de Roumanie, publ. Min. Agric. Service des Forêts, Bue, 1900. — N. Filip. Les animaux domestiques de la Roumanie, Bue., in-4°, 1000. — Chiru. Canalisarea rîurilor si irrigatiuni, Bull. Soc. Géogr. Rom., 1893, etc.

3. Cobalcescu, op. cit. — Sabba Stefanescu. Mémoire relatif à la géologie du Judet de Doljiu, Ann Riurului Geol. (1883), 1889. Les divisions proposées par S. Stefânescu ne s'appliquent, comme il le reconnaît lui-même, qu'à l'Olténie. — Chiru, op. cit., est le seul à notre connaissance qui ait essayé de donner une représentation de l'extension des régions naturelles. Les limites marquées sur sa carte par des teintes sont quelquefois exactes ; aucune explication n'en est donnée dans le texte.

les hauteurs boisées s'abaissent et s'écartent. La rivière, de plus en plus appauvrie, a peine à se retrouver dans un lit immense semé de bancs de sable. Les villages deviennent plus rares; le manteau de forêts s'émiette. Bientôt tout le pays prend l'aspect d'une immense terrasse, entaillée par un petit nombre de très larges vallées, sur les berges desquelles affleurent encore les couches tertiaires, tandis que les cailloux et limons quaternaires couvrent le plateau dénudé et sec.

Nulle part cette zone de transition n'est plus développée que dans la Yalachie occidentale, où la région des collines atteint sa plus grande extension, et le tableau que nous venons d'esquisser est celui qui se déroule aux yeux du voyageur descendant les vallées du Jiu, du Gilortu ou de l'Oltetu. Au S. d'une ligne passant par Strehaïa et Slatina, bien habile qui dirait où finissent les collines, où commencent les plaines !

Dans la, Yalachie orientale, une autre difficulté se présente. Démesurément étalée à l'O. de l'Oltu, la zone des collines, à l'E. de ce fleuve, diminue de plus en plus d'extension au profit de la terrasse diluviale ; à partir de Ploiesti et Buzeu, on peut se demander s'il en subsiste quelque chose. Que l'on gagne Buzeu, en venant de Cernavoda ou de Brâila, on traverse presque toute la Yalachie sans voir une élévation rompre la monotonie de l'immense plaine, qui étale à perte de vue ses champs de blé ou ses fourrés de grandes composées, croissant en forêt. Au loin, la fumée d'une batteuse ou d'un feu isolé, le profil singulier d'une de ces énormes meules qui ressemblent à un monstre accroupi, ou les pustules formées par les tumuli alignés à travers la plaine, voilà tout ce qui peut arrêter le regard. De loin, les Karpates paraissent peu de chose, et les escarpements des hauteurs de la Dobrodgea, dominant le Danube de 400 mètres, gardent encore longtemps l'air du relief le plus important. Ce n'est qu'en arrivant à Buzeu qu'on a l'impression d'être au pied d'une chaîne de montagnes. Si l'on suit la voie ferrée qui mène à Ploiesci, cette impression s'accentue. De hauts sommets, beaucoup plus élevés que la région des collines n'en présente nulle part, dominent presque immédiatement la plaine ; leurs flancs, entaillés par une foule de vallées verdoyantes, couverts de bouquets de bois alternant avec les champs de maïs, les vignes et les vergers, où se cachent de nombreux villages, font un contraste frappant avec la monotonie et la nudité de la terrasse qui s'étale à gauche. Il semble qu'ici la montagne et la plaine se touchent immédiatement.

Pourtant, si l'on s'engageait dans la vallée du Buzeu ou de la Teleajna, on verrait bientôt que l'aspect montagneux de ces hauteurs est plutôt dû à leur brusque affaissement au-dessus de la terrasse diluviale qu'à leur élévation réelle. Les formes de sommet qui dominent Yaleni de Munte ou Mâgura, ne sont nullement celles de la haute montagne ; ce sont des croupes arrondies et boisées ne dépassant pas 1,000 mètres et qui sont formées de couches tertiaires. La vallée du Buzeu jusqu'à Pâtârlage, comme celle de la Teleajna (ou Teleajen) jusqu'à Homoriciu, sont de larges dépressions à fond plat où s'étalent des terrasses horizontales de cailloutis et de limon, et qui semblent comme des golfes de la plaine, pénétrant dans la montagne. Les villages s'y pressent à la file le long des routes. Nous sommes encore dans la zone des collines.

Mais, que l'on continue à remonter la vallée ; peu à peu les flancs en deviennent plus escarpés, les collines prennent l'allure de montagne, les bois s'épaississent, les hameaux se font plus rares. Le moment où l'on entre dans la haute montagne est difficile à saisir.

D'un sommet tel que le Sireu ou le Penteleu, on verrait que le profil de la chaîne montre effectivement une sorte de glacis en pente douce, par lequel on passe, sans brusque dénivellation des crêtes dépassant 1,500 mètres, aux hauteurs inférieures à 1,000 mètres.

Il est juste de dire que les Karpates ne sont pas toujours aussi difficiles à séparer de la zone des collines. Dans presque toute l'Olténie (Yalachie occidentale), la ligne de démarcation est, au contraire, très nette. Là, en effet, s'étend, de Baïa de Arama jusqu'à l'Oltu, une série de dépressions, dominées au N. par les pentes extérieures de la chaîne cristalline, inclinées doucement vers le S. jusqu'à un brusque relèvement du sol, qui fait se dresser un bourrelet de collines tertiaires, dans lesquelles les vallées s'encaissent brusquement. Ce sont les dépressions subkarpatiques, dont nous aurons à étudier plus loin l'origine, liée aux faits les plus intéressants de l'histoire des Karpates 1.

Ces dépressions, qu'on peut suivre même au delà de l'Oltu, jusqu'à Câmpullung, séparent nettement la région montagneuse de celle des collines ; mais elles présentent une nouvelle difficulté pour celui qui veut se conformer à la division classique de la Valachie. Lorsqu'on débouche, à la sortie des Karpates, dans la dépression de Târgu-Jiu,

1. L. Mrazec. Quelques remarques sur le cours des rivières en Valachie, loc. cit. — E. de Martonne. Sur l'histoire de la vallée du Jiu. CR. AC. Se, 4 déc. 1899.

la plus large de toutes, on se croirait presque déjà dans la région des plaines. Il est difficile de rattacher les dépressions subkarpatiques à la zone des collines ; faut-il en faire une région à part ?

L'embarras serait le même, si nous envisagions la partie montagneuse du département de Mehedinti. Là, le bord des Karpates est très nettement marqué par une traînée de massifs calcaires, reposant sur un socle cristallin et allant de Piatra Closanilor à la Suli^a. Cet abrupt domine une sorte de plateau, d'une altitude moyenne de 400 à 500 mètres, profondément raviné par les vallées de la Topolnita, du Cosustea et de leurs affluents, et qui, par sa constitution géologique, apparaît comme un fragment affaissé de la zone cristalline des Karpates. C'est ce qu'on a appelé le Haut plateau de Mehedinti 1. Si l'on ne peut rattacher cette région à la haute montagne, il paraît aussi délicat de l'incorporer à la région des collines, dont elle diffère par sa constitution géologique, par son relief, par son climat, comme aussi par le groupement de sa population.

En présence de toutes ces difficultés, on se demande si la division classique de la Yalachie en trois (ou quatre) zones, est vraiment la plus rationnelle. De fait, il suffit d'interroger l'histoire, ou encore de causer avec un paysan intelligent, pour comprendre que cette division est une division de géographe, et que le peuple juge autrement des affinités naturelles entre les diverses provinces de son pays. Il semble qu'il soit moins frappé des différences qu'on saisit aisément entre le N. et le S. de la Yalachie, que des contrastes, auxquels on doit s'attendre, entre les extrémités orientale et occidentale d'une région qui s'étend de l'E. à l'O., sur une distance de 400 kilomètres.

La division fondamentale que l'histoire nous révèle, et dont le peuple garde le souvenir, est celle en Olténie et Munténie, ou Petite et Grande Valackie, c'est-à-dire entre la Yalachie orientale et occidentale. L'Oltu est la ligne de démarcation et a servi longtemps de frontière politique, barrière naturelle, moins importante par ses eaux troubles et peu profondes, que par son large lit d'inondation, encombré d'aulnaies, de bancs de sable, et constamment remanié par

1. L. Mrazec. Sur la géologie de la partie S. du haut plateau de Mehedinp, Bull. Soc. Se. Bue, 1896.

des crues qui ont rendu impossible, jusqu'aux dernières années, rétablissement d'un pont fixe l.

Malgré le rempart des Karpates, c'est avec le Banat que l'Olténie a peut-être le plus de liens naturels et historiques. C'est dans ces deux provinces que la colonisation romaine fut le plus active, que les ruines de camps, les traces de routes sont les plus nombreuses. C'est l'Olténie qui fut le berceau du premier état roumain organisé par les Bassaraba, et resté libre quelque temps, alors que les duchés roumains de Transylvanie étaient soumis aux Hongrois et les pays à l'E. de l'Oltu aux mains des Petchénègues 2. La chronique qui attribue la fondation de la Principauté de Valachie au légendaire ltadu Negru représente le ban de Craïova allant lui faire spontanément sa soumission. Les destinées de l'Olténie et de la Munténie n'en sont pas moins longtemps séparées. Disputée entre les Bulgares et les Hongrois, la Yalachie voit l'influence hongroise s'implanter d'abord en Olténie, où Bêla IY confère aux chevaliers de Saint- Jean le Banat de Severin « totam terram de Zewrino, » 3 tandis que l'invasion tatare se déchaîne en Munténie. Le Bassaraba Yoivode qui, vers 1320, assure l'indépendance de la Yalachie par une victoire sur Charles Robert, n'en perd pas moins le Banat de Severin, qui reste définitivement sous la suzeraineté hongroise, après le traité conclu entre Yladislas et le roi Louis de Hongrie (vers 1370) 4.

Quand l'Olténie est réunie définitivement à la Munténie, elle garde une sorte d'indépendance : le Ban de Craïova jouissait, au XYIIe siècle, d'un certain nombre de privilèges ; il avait son sceau, tenait divan à Craïova, et, lorsqu'il était de passage à Bucarest, rendait même la justice dans sa maison 5.

Actuellement, l'habitant de l'Olténie se considère, à juste titre, comme différent de celui d'au delà de l'Oltu. Son dialecte n'est pas

1 . Le premier pont construit sur l'Oltu à Slatina en 1846-48 fut détruit presque aussitôt. Deux ponts de fer construits quelques années plus tard par une compagnie étrangère eurent le même sort. Ce n'est que depuis 1876 qu'on a un pont monumental à Râmnic et un pont métallique de 146 mètres à Slatina, construit en 1888. — Chtru. Canalisarea rîurilor, loc. cit., pp. 84-86).

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