‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 22 sur 195 · Vents du N · texte numérisé non relu

Vents du N

Calme.

Brâila.... 13

Bucarest. 5

Craïova.. 9

de relief. Moins sujette aux vents du "N., elle a aes hivers moins rigoureux. Plus rapprochée des voies suivies par les cyclones d'origine méditerranéenne, elle est plus à même de céder aux influences méridionales, et échappe, en partie, au régime continental qui règne sur le pourtour du grand anticyclone russo- sibérien.

Ainsi, une foule de contrastes physiques viennent expliquer et justifier la distinction populaire en Munténie et Olténie. Cependant, on doit reconnaître que c'est là une division plus historique que géographique, si l'on veut l'appliquer à toute la Yalachie. On peut trouver, pour la justifier, plus d'un fait intéressant, dont l'analyse mène à des résultats instructifs. Il n'en est pas moins vrai qu'elle méconnaît trop manifestement l'influence écrasante du relief du sol sur tous les phénomènes géographiques et brise des unités physiques indissolubles.

Il y a certainement, à tous égards, moins de ressemblance entre les Karpates d'Olténie et la région des collines, à l'O. de l'Oltu, qu'entre les Karpates, de part et d'autre de ce fleuve. L'arc karpatique est trop profondément différent de tout le reste de la Valachie pour qu'on ne juge pas nécessaire de le mettre à part. Rien ne justifie sa division en deux tronçons par la percée de l'Oltu ; si l'on devait établir une coupure dans les Karpates valaques, c'est la Dâmbovita qui devrait être choisie, car, à l'O. de ce fleuve, la chaîne est presque exclusivement formée par l'axe cristallin, qui disparaît à l'E., pour laisser la place à des sommets de forme et d'aspect complètement différents, constitués par le flysch et les sédiments jurassiques.

Même au point de vue économique, il semblera singulier de ne pas considérer comme une unité une région qui s'élève au-dessus de la limite des cultures, des arbres même, où l'exploitation des forêts et des pâturages retient seule, pendant 4 à 5 mois, une rare population, concentrée dans quelques vallées privilégiées; et d'en faire une annexe d'une contrée agricole, assez riche pour nourrir une population qui oscille entre 40 et 50 habitants par kilomètre carré.

La division en Olténie et Munténie est parfaitement conforme à la réalité, à condition de n'envisager que la région non montagneuse de la Yalachie; elle tient compte de tous les contrastes que peut

offrir un pays relativement peu accidenté, où F allure générale du relief dépend, en grande partie, de la disposition d'un réseau hydrographique très développé, où les différences climatiques sont dues à des faits très généraux plutôt qu'à des différences locales de relief ; contrée habitée par une population assez dense, et qui tend à augmenter sans cesse, riche de souvenirs historiques et consciente de ses affinités naturelles.

On ne saurait cependant considérer comme extérieur à la Yalachie le rempart montagneux qui la sépare de la Transylvanie et du Banat. Physiquement, la Yalachie est une dépendance des Karpates, comme la Bulgarie des Balkans. C'est au noyau cristallin qui constitue encore maintenant presque toute la chaîne, qu'ont été arrachés les matériaux dont le lent dépôt dans les mers et les lacs saumâtres de la fin du tertiaire, a formé le sol de la Yalachie. Ce sont les alluvions des torrents qui ruisselaient à l'époque diluviale, descendant de la chaîne karpatique, qui, en s' étalant dans les parties en voie d'affaissement, ont nivelé la grande plaine valaque l. Actuellement, c'est au bourrelet montagneux des Karpates, contre lequel se heurtent les vents d'E., que la Yalachie doit les pluies relativement abondantes qui l'arrosent, surtout dans sa partie occidentale, et permettent à de nombreuses rivières de traverser, malgré des étés brûlants, une plaine desséchée, pour aller rejoindre le Danube. Sans ces rivières, dont les vallées abritent une population qui atteint et dépasse 100 habitants par kilomètre carré, toute la région des plaines serait à peu près déserte. En mettant à part les vallées de Mostistea et de Jalomita, on trouve, pour la terrasse du Baragan, une densité de population qui n'atteint pas 10 habitants par kilomètre carré 2.

Historiquement même, les Karpates ont été, en quelque sorte, la source de vie de la Yalachie roumaine. Ils étaient déjà la citadelle des Daces « Daci montibus inhaerent. » Ils furent, pendant les invasions barbares, le refuge de la population romanisée qui n'émigra pas au S. du Danube avec les légions d'Aurélien. Au moment où la domination hongroise tendait à s'implanter en Yalachie, en fondant le Banat de Severin, elle respectait encore les privilèges des Yalaques

1. L'étude des cailloutis du Bârâgan a montré qu'on avait affaire non à des alluvions danubiens mais au cône de déjection d'un grand fleuve descendant des Karpates (cf. chap. XII).

2. Densités de la population de la vallée de Ialomila, 118 h. p. kmq.; Mostistea, 128 ; Bàrâgan à l'E. de Mostistea, 7, à l'O. 6,8.

établis dans les districts montagneux. Bêla leur réserve la terre de Lyortioy, qu'ils occupaient de temps immémorial « terra Knezatus Lyortioy woiwode quam Olahis relinquimus prout iidem hactenus tenuerunt l. » La légende de la fondation des principautés, qui fait venir Radu Negru des Alpes de Fogarash, symbolise un fait réel, la lente conquête de la Valachie par l'élément roumain descendant des montagnes vers la plaine. Les plus anciennes capitales valaques, les sièges des anciens évêchés, Râmnic, Câmpullung, Târgoviste, sont toutes au pied de la montagne.

Il faut donc accorder une place importante aux Karpates dans une description de la Valachie, mais cette place doit être une place à part.

Il semble qu'on doive agir de même avec la vallée danubienne. Il est difficile, en effet, de la rattacher à la région des plaines valaques. Ses marécages, son dédale de canaux, d'îles boisées, de bras morts à demi cachés sous les roseaux, solitudes qu'animent seules des troupes d'oiseaux innombrables, sa population, exclusivement groupée sur les hautes berges limoneuses qui dominent souvent directement le neuve, tout contribue à en faire un monde à part. Une division en deux parties, séparées par l'embouchure de l'Oltu, l'une rattachée à l'Olténie, l'autre à la Munténie, serait contraire à la réalité. Les contrastes que peut présenter la vallée danubienne exigeraient plutôt une division en trois sections : section supérieure, jusqu'à Calafat environ ; section moyenne, où commencent à se montrer les lacs latéraux, jusqu'à Calarasi ; section inférieure, où s'étale la Balta, le grand dédale de marécages que le ppnt de Cernavoda traverse en ligne droite sur une largeur de 15 kilomètres.

La vallée danubienne n'est cependant, pas plus que les Karpates, quelque chose d'extérieur à la Valachie. Elle lui appartient naturellement, beaucoup plus qu'à la Bulgarie prébalkanique et à la Dobrodgea. Physiquement, l'histoire du grand fleuve est liée à celle de la Valachie ; sa vallée suit la grande faille qui a déterminé la formation de lu plaine valaque ; son thalweg forme le niveau de base qui règle l'érosion des fleuves descendant des Karpates et cisèlent les collines tertiaires. La masse puissante de ses eaux soutient ces rivières, indigentes en été, refluant même clans leur lit au moment des grandes crues. Aboutir à la mer est une nécessité pour un réseau

1. Diplôme de Bêla, 2 juin 1247, Urkundenbuch z. Gesch. Siebenbui<gens, p. XXXVIII.

hydrographique qui veut se conserver et se développer. Supprimez le Danube, toute la basse Yalachie ne serait qu'une steppe où la plupart des rivières viendraient se perdre, comme le font, sur la terrasse diluviale du Buzeu, les ruisseaux descendus de la montagne, qui n'ont pas assez de vigueur pour atteindre le Buzeu ou la Jalomifa.

Au point de vue économique, comme au point de vue physique, le Danube est, pour la Yalachie, comme une voie de drainage. Aucune route n'a pour elle une pareille importance ; la circulation des produits étrangers et indigènes y dépasse celle des voies ferrées les plus actives. C'est sur les ports danubiens que s'embarquent les céréales exportées en masse par la Roumanie aux années de bonnes récoltes ; et la présence de cette grande voie naturelle longitudinale n'est pas, sans doute, pour peu de chose dans le développement des communications en Yalachie dans un sens transversal. Le peuplement des plaines steppiques du Baragan et du Buzeu et leur essor agricole sont des faits tout récents et provoqués en grande partie par le redoublement d'activité commerciale sur le Danube, l'aménagement de ports tels que Galati, Brâila, Calarasi. L'influence du Danube est donc assez sensible dans tous les faits de la vie physique et économique de la Yalachie, pour qu'on ne puisse l'en séparer.

En faisant de sa vallée une région spéciale, en donnant également une place à part aux hautes Karpates, enfin en adoptant, pour le reste, la division historique en Olténie et Munténie, il semble qu'on tienne suffisamment compte des phénomènes géographiques les plus importants et des affinités naturelles, que présentent entre elles, les différentes parties de la Yalachie.

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