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CHAPITRE IV

L'Arc Karpatique. — Le Relief et la Tectonique.

I. Caractéristique du relief des Karpates valaques. — II. Les orientations principales, leur rapport avec la tectonique. — III. Histoire de la chaîne, date des dislocations et périodes de soulèvement. — Conclusion. Importance des dislocations récentes. Les tremblements de terre.

Le bourrelet montagneux qui sépare la Valachie de la Transylvanie fait partie d'un ensemble de chaînes élevées décrivant autour du bassin pannonique un arc de cercle ouvert vers l'O., et auquel on donne depuis longtemps le nom de Karpates. Leur caractère de chaîne de plissement récent, leurs rapports avec les Alpes d'une part, avec les Balkans de l'autre, sont des faits devenus en quelque sorte classiques. La continuité des Karpates et des Balkans est une des plus parfaites qu'on puisse imaginer. L'Apennin n'est pas mieux soudé aux Alpes, le Rif ne prolonge pas mieux la Cordillière bétique au delà du fossé étroit de Gibraltar. Tout le long du défilé des Portes de Fer, on retrouve, de part et d'autre du Danube, les mêmes formations ; on peut suivre les mêmes bancs calcaires, les mêmes nappes porphyriques, traversant le fleuve et y semant des écueils 1m

Pourtant, le raccordement des deux chaînes est loin d'être aussi facile à expliquer qu'il est aisé à constater. On peut même dire que c'est là, pour les Karpates valaques, le problème capital, d'où dépend, semble-t-il, toute l'explication de leur structure, et sur lequel les géologues les plus pénétrants paraissent avoir concentré tous leurs efforts. Comment, de la direction N.-S. (Moldavie), la chaîne karpatique arrive à passer à la direction E.-0. (Yalachie), puis de nouveau au N.-S. (Banat), pour aller enfin se raccorder avec les Balkans,

1. Peters. Die Donau, pp. 318 et sqq. — Toula. Durchbruch der Donau, Ver. /. Verbr. Naturwiss. Kentnisse. Wien, 1895.

orientés E.-O. ? il y a là de quoi faire surgir toute une série d'hypothèses, qui, si elles ne sont pas toutes exactes, peuvent contenir chacune une part de vérité, et rendre compte tout au moins de quelques-uns des traits de la structure des Karpates.

Suess, en des pages, qui, malgré les critiques qu'on a pu leur faire, restent encore un modèle d'interprétation d'un nombre de faits restreint, a le premier envisagé en face le problème l. Il croit pouvoir prouver que « le raccordement des Karpates aux Balkans s'opère par une torsion générale dans la direction des chaînes » et montre comment successivement, les différents anticlinaux viennent plonger sous la plaine valaque, relayés par de nouveaux anticlinaux de direction un peu oblique, de façon à amener graduellement un changement complet d'orientation.

Inkey, dans une étude très condensée 2 et dont les recherches postérieures des géologues roumains et hongrois, semblent prouver l'exactitude de détail, s'efforce au contraire de montrer la continuité des éléments tectoniques dans le grand massif cristallin des Alpes transylvaines, et voit dans le Retiezat, la clef du système, le point où se raccordent trois directions différentes.

Avant d'essayer de prendre parti entre ces deux théories, qui nous font toucher dans ce qu'il a de plus profond le problème de l'origine des Karpates méridionales, il n'est pas inutile de préciser un peu les idées sur la nature et les traits généraux de la structure de cette chaîne.

Les sommets supérieurs à 2,000 mètres ne sont pas rares dans les Karpates valaques. Plusieurs atteignent et dépassent 2,500 mètres. Le Negoiu dresse sur la crête dentelée des Alpes de Fogarash sa double pyramide, culminant à 2,540 mètres. La masse énorme de conglomérats qui forme le Bucegiu compte, parmi les mamelons aux flancs couverts de blocs bizarres, semés sur le haut plateau qui s'étend en fer à cheval de Strunga à Furnica, un sommet de 2,510 mètres, décoré du nom de Omul (l'homme). Le massif cristallin du Paringu, dont les formes lourdes s'aperçoivent de Petroseny comme de Târgu Jiu, s'élève jusqu'à 2,529 mètres, à Mândra (la hère). Ces altitudes

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