‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 30 sur 195 · Teisseyre et Mrazec, op. cit · texte numérisé non relu

Teisseyre et Mrazec, op. cit

par des dislocations tectoniques et suivie d'un mouvement d'émersion qui marque une victoire définitive des forces orogéniques sur les tendances d'affaissement. C'est au sarmatien qu'a dû se produire la faille du Danube à laquelle on doit la formation du grand fleuve et l'effondrement de la plaine valaque. C'est à ce moment aussi que se produisent toute une série de failles limitatrices, dessinant le rebord de l'arc karpatique tel qu'il existe actuellement en Valacbie. Le plateau de Mehedinti s'effondre le long d'une ligne encore marquée par un abrupt très net. Le rebord escarpé des monts du Yulcan se forme également (faille de Bumbesti).

Le sondage du Bàrâgan qui a découvert la superposition directe du sarmatique au crétacé l, montre que tous les sédiments tertiaires antérieurs s'étaient déposés dans un géosynclinal situé plus au N., et que la forme actuelle de la Valachie, limitée par la faille danubienne et l'arc karpatique, date du sarmatien 2.

A partir de ce moment, les Karpates valaques sont constituées à peu près telles que nous les voyons. La mer, qui forme un golfe occupant la plaine actuelle, va lentement se dessécher, transformée en lac de plus en plus saumâtre, à la faveur d'un soulèvement lent qui continuera à se faire sentir jusqu'au pliocène 3.

Les mouvements du sol se sont poursuivis plus longtemps qu'ailleurs dans la Munténie orientale, à l'E. de la Dâmbovita, et c'est justement là que le parallélisme est le plus frappant entre les grands traits du relief et ceux de la tectonique. La ligne de contact anormal du flysch et du tertiaire, celle du salifère et du sarmatien-pontien semblent tourner régulièrement suivant le changement d'orientation générale de la chaîne. Une faille sensible dans l'abrupt qu'on observe de Mizilu à Buzeu, et d'âge probablement très récent, marque la ligne suivant laquelle la plaine de Munténie s'est affaissée 4.

On le voit, si l'état actuel de nos connaissances ne nous permet pas de retrouver l'âge exact de toutes les dislocations auxquelles les Karpates doivent leur formation, on peut cependant fixer avec quelque vraisemblance la date de celles qui ont eu l'influence la plus décisive.

1. C. Alimanesteanu. Sondagiul dm Bârâgan, Bul. Soc. Geogr. Rom., 1896.

2. E. de Martonne. La Roumanie, Exlr. Grande Encyclopédie, p. 25.

H. S. Stefaxescc. Etude sur les terrains tertiaires de Roumanie.

4. Draghicexu. Les tremblements de terre de la Roumanie. Mrazec et Teisse^ re, op. cit.

On s'explique ainsi bien des faits qui paraissent d'abord ■ obscurs, et notamment la discordance fréquente entre les lignes directrices d'une tectonique ancienne et les grands traits du relief actuel. C'est dans cette discordance qu'il faut peut-être chercher la cause des divergences d'opinion plus apparentes que réelles entre des géologues éminents, préoccupés par le grave problème du raccordement des Karpates aux Balkans. Il semble bien vrai, comme le dit Inkey, que les plissements des schistes cristallins présentent une continuité remarquable ; mais ces dislocations très anciennes sont loin d'être toujours les facteurs du relief, et c'est précisément dans la région banatique, que leur importance est annulée par l'influence de cassures plus récentes, obliques à la direction des plis. La recherche de l'âge est toujours capitale en géographie physique, et plus que partout ailleurs dans les questions de tectonique. S'il est un fait qui semble bien résulter de tout ce que nous savons actuellement sur l'origine des Karpates, c'est que leur relief est dû, moins aux plissements anciens des schistes cristallins, qu'à des mouvements de soulèvement en masse, et à des affaissements le Ions? de plans de faille.

Ces mouvements du sol ne paraissent pas d'ailleurs être complètement terminés à l'époque actuelle. Le sondage du Bàràgan qui a révélé la présence de graviers diluviaux jusqu'à 30 mètres au-dessous du niveau de la mer Noire, prouve que l'affaissement de la plaine de Munténie a continué, vraisemblablement, pendant la période quaternaire. Actuellement la Valachie est encore agitée fréquemment par des tremblements de terre, qui montrent que les forces orogéniques ne sont point endormies.

D'après les recherches de M. Draghiceanu l, les deux principaux foyers séismiques se trouveraient d'une part en Olténie et Banat, de l'autre, dans la Munténie orientale, à la limite de la Moldavie

Le premier de ces foyers semble concorder avec les lignes de dislocation assez complexes, par lesquelles s'opère le raccordement des Karpates ei des Balkans ; le second coïncide avec l'axe de courbure maximum de l'arc karpatique, avec la région où les couches tertiaires récentes se montrent le plus disloquées. C'est là que les manifestations séismiques ont le plus attiré l'attention, à cause des désastres qu'elles ont parfois causés.

1. M. Draghiceanu. Les tremblements de terre de la Roumanie et des pays environnants, Bue, 1898, in-8°, 84 p., 2 cartes.

Figure 11.

Principaux foyers séismiques en Valachie, d'après M. Draghiceanu.

Les chroniques du XVIe et du XVIIe siècles parlent souvent de tremblements de terre. Au XIXe siècle, on note avant 1840, quatre séismes, dont un détruisit une partie de Bucarest (1814), et dont l'autre (janvier 1838), bouleversa le sol entre Foesani et Râmnicu S a rat, d'une manière extraordinaire 1. Des fentes s'ouvrirent sur une longueur de 700 à 1,000 mètres avec dénivellation de 1 à 2 mètres. De tous côtés on observait des crevasses, des fentes, des trous d'où sortaient de l'eau et du sable jaillissant jusqu'à une hauteur d'une toise. A Corbu, un lac de 200 mètres de long se forma ainsi ; sur le Siret, la glace soulevée à la hauteur de demi-toise fut jetée sur le rivage.

On n'a pas depuis enregistré de tremblement de terre de cette violence, mais les secousses séismiques sont fréquentes en Valachie. On en enregistre tous les ans un certain nombre 2. Il est donc permis de penser que les mouvements en masse, auxquels l'arc karpatique doit en grande partie son relief, ne sont point complètement apaisés.

1. Ce séisme nous est très bien connu par le rapport de Schùller publié dans le Bul. Soc. Geogr. Rom., 1883, et reproduit en partie par Draghiceanu, op. cit., avec figures.

2. Les Annales de V Institut Météorologique de Roumanie en donnent tous les ans le catalogue. Le Buletin lunar les signale chaque mois.

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