‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 47 sur 195 · Y III · texte numérisé non relu

Y III

A l'E. de la Prahova commence une région montagneuse qui n'a pas d'analogue en Yalachie, et qui présente tous les caractères des Karpates tels qu'on les trouve en Moldavie. Plus de sommets dépassant 2,000 mètres. Un observateur placé assez haut pour embrasser d'un coup d'œil toute la chaîne, ne verrait qu'un dédale de crêtes aux formes éinoussées, atteignant toutes à peu près la même altitude. Quelques massifs font saillie, d'autant plus remarquables qu'ils sont isolés : Csukas, Tataru, Sireu, Penteleu. Ils se ressemblent tous : ce sont des crêtes formées par les bancs de conglomérats cénomaniens, très escarpées du côté où l'érosion attaque les couches par la tranche, plus abordables sur le versant qui suit la pente des couches (v. planche Gr).

Le paysan n'a de nom d'ensemble pour aucun de ces petits massifs, l'aspect de chaque sommet diffère complètement suivant le point d'où on le regarde et la nomenclature est riche en doublets. Le Csukas est connu du Yalaque sous les noms de Tigaile et Curu Rosu. Les escarpements qui dominent en amphithéâtre la haute vallée de Teleajna, où se cache le monastère de Cheïa, ne se retrouvent pas en effet du côté transylvain. Là, s'étale un plateau de 1,600 mètres que le sommet appelé Csukas surmonte de ses pyramides aux formes fantastiques (1,957 m). Yu du Sireu, le massif prend encore un autre aspect : déchiqueté par l'érosion des affluents du Buzeu, il semble une ruine. C'est Piatra Z£gan.

De même le massif du Sireu où les couches pendent vers le N.-O. s'abaisse par de brusques escarpements sur la vallée du Sireu, tandis que les hauts pâturages couvrent les pentes douces du versant N., et porte des noms différents, suivant le côté par où on l'aborde. Deux lacs, dont l'un est presque complètement desséché brillent au voisinage du sommet.

Du haut d'une de ces crêtes isolées, le reste des Karpates semble un grand plateau ondulé et profondément découpé par des vallées aux flancs abrupts. Les vallées sont le seul trait net du relief, et la plus importante de toutes a été choisie pour donner son nom à la région : Monts du Buzeu. Leurs directions sont d'ailleurs en rapport avec la tectonique, qui est déjà celle d'une région régulièrement plissée en synclinaux et anticlinaux parallèles. Les vallées transver-

sales : Buzeu, Doftana, Teleajna, s'ouvrent largement sur la plaine et la région des collines. Ce sont des routes naturelles de pénétration dans la montagne. Elles aboutissent à des cols relativement peu élevés comme le Bratos (l,500m), qui débouchent dans la plaine de Kronstadt. L'attraction de la grande ville s'exerce encore dans toutes ces hautes vallées, qui sont d'ailleurs peuplées en grande partie de Transylvains.

Ce sont aussi des bergers transylvains qu'on rencontre souvent sur les hauts pâturages. La vie pastorale est ici bien plus développée que dans les monts du Bucegiu, où les escarpements se montrent justement aux altitudes où les stîne ont coutume de s'établir. Rien n'égale les prairies du Csukas, du Sireu, du Penteleu. Le Sireu seul nourrit environ 20,000 brebis. Le fromage de Penteleu es! renommé dans toute la Roumanie. Les grès du flysch, riches en éléments calcaires sont un sol béni pour les plantes alpines. Les pentes herbeuses du Csukas, marbrées de bouquets sombres de sapins qui se groupent autour des gros blocs de calcaire empâtés dans la masse des conglomérats, semées de fleurs aux teintes éclatantes, offrent sous un beau soleil de juillet, un des aspects les plus frais et les plus riants qu'on puisse chercher dans la montagne.

Les monts du Buzeu sont, en somme, l'amorce des Karpates moldaves, plus bas, moins grandioses, plus ouverts et plus peuplés que les Karpates valaques en général. Ceux-ci sont au contraire, dans l'ensemble, une montagne sauvage, massive, triste, fermée et inhospitalière. Leur sévère beauté a cependant son charme qu'on ne peut oublier, lorsqu'on a gravi les cimes du Paringu ou des monts de Vogarash.

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