L. Mrazec. Communication inédite
disloquées au fur et à mesure qu'on approche du point où l'affaissement a été le plus notable. La poussée au vide et l'influence perturbatrice exercée par les lentilles de sel gemme * ont amené des glissements, des refoulements, des étranglements ; .si bien qu'on trouve les superpositions de couches les plus invraisemblables. Ce sont les sondages exécutés pour la recherche du pétrole qui ont permis de découvrir cette complexité étonnante de la tectonique, cachée sous un relief en apparence très simple 2.
Les environs de Baicoi sont presque entièrement livrés à l'industrie du pétrole. Certains vallons, comme celui de Bustenari, sont criblés de trous de sonde tous les 10 ou 20 mètres. Le paysan ne songe plus qu'à vendre son champ à l'ingénieur le plus offrant. En général cependant, les collines tertiaires gardent leur aspect riant. Les sommets en sont boisés, les villages se groupent tout autour, au contact avec la plaine qui est presque entièrement livrée à la culture des céréales. Le long des berges des grandes vallées s'échelonnent les hameaux. Fiiipesci, au bord de la Prahova, est un lieu de foires renommées.
Toute cette région, à la fois agricole et industrielle, où la densité de la population dépasse 70 habitants par kilomètre carré est comme la banlieue de Ploiesci. L'attraction de la grande ville s'exerce jusqu'au fond des vallées de Prahova et Teleajna. L'influence même de Bucarest y est sensible. Il n'est pas de région dans la zone des collines d'où l'on communique plus facilement et plus fréquemment avec la capitale. Un professeur, un ingénieur peut habiter Câmpina et venir à Bucarest pour ses occupations. Entre les environs de Baicoi et Bucarest ou Ploiesci, il y a une foule d'intérêts communs. La circulation des voyageurs et celle des marchandises, dépasse sur la ligne ferrée de la Prahova celle des voies les plus fréquentées. Nulle part la civilisation n'a pénétré plus profondément dans le monde sauvage des Karpates.
1. Sur le rôle joué par les massifs de sel dans la tectonique, voir Mrazec et Teisseyre. Le sel de Roumanie, loc. cit.
2. L. Mrazec. Communication inédite. Malheureusement l'immense majorité des précieux matériaux recueillis est perdue pour la science. Chaque société garde pour elle les renseignements acquis, ou même jette les terres retirées pour qu'aucun concurrent ne puisse profiter de ses travaux.
A l'E. d'une ligne passant par Mizilu et le Csukas, s'étend une nouvelle région, dont le drainage et le modelé sont l'œuvre presque exclusive du Buzeu et de ses affluents. Moins variée d'aspects, moins peuplée dans l'ensemble, elle offre cependant des coins où la richesse du sol ne le cède en rien aux vallées de Prahova ou ïeleajna. La structure physique est plus nettement encore déterminée par les plissements des couches tertiaires. On en connaît encore mal le détail, mais il est facile de retrouver dans le réseau orthogonal formé par les vallées du Buzeu et de ses affluents, la trace de synclinaux et d'anticlinaux orientés du N.-E. au S.-O. Les plis déjetés vers le S.-E. deviennent la règle. D'après les recherches les plus récentes 1 la bordure du fiysch est constamment marquée par un chevauchement des plis karpatiques sur ceux du tertiaire, faisant suite à la grande faille qui limite les Hautes Karpates par rapport à la région salifère de Slânic.
Le trait le plus caractéristique de cette région est l'abrupt par lequel les hautes collines dominent la terrasse diluviale. Des sommets, dépassant 600 et 700 mètres (Istrija 758m), s'abaissent jusqu'à 50 mètres par une pente continue de 10 à 15 degrés. De loin, ces hauteurs boisées que couronnent parfois des escarpements gréseux, ont l'air de véritables montagnes. Les pentes inférieures, bien exposées au S.-E., sont couvertes de vergers, de vignes, de plantations de pruniers, semées de maisonnettes isolées ou groupées en petits hameaux. Plus bas s'alignent en file presque continue, les villages établis au débouché de chaque vallée. L'impression d'abondance et de vie est la même que celle que donnent les coteaux de l'Arges entre Pitesci et Gaiesci. La densité de la population dépasse 100 habitants au kilomètre carré. Les richesses minérales du sous-sol ont éveillé une activité industrielle. Les noms de lieux témoignent souvent de la présence du sel : Valea Sârata, dura Saratei. Le pétrole est exploité aux environs de Munteoru. Les gros villages ne sont pas rares : Mizilu, Breaza sont des marchés fréquentés à la fois par le podgorean et l'habitant de la plaine.
1. Mrazec et Teisseyre. Aperçu géologique sur les formations salifères et les gisements de sel en Roumanie, Monit. d. Intérêts pétrolif. roum., 1002.
Si Ton franchit la crête des collines dont l'Istri^a est le plus haut soin met, on tombe dans la vallée du Niscovu, qui n'est qu'une suite de hameaux et de vergers, dominés par des coteaux boisés. Toute la région assez montueuse qui s'étend jusqu'au Buzeu a le même caractère. La densité de la population y atteint presque 130 habitants par kilomètre carré. Seule, la vallée du Buzeu dépasse encore ce chiffre, grâce à de gros bourgs comme Magura, Plescoi, Pârscov, lieux de foires et de marchés pour toute la contrée.
Il est encore difficile de dire exactement à quelles dislocations correspondent des vallées comme celles de la Bîsca, du Buzeu, du ^Niscov, mais il semble bien évident que la Bîsca inférieure et le Buzeu jusqu'à Pârscov, ainsi que le Mscov dans tout son parcours, sont des sillons longitudinaux. La vallée maîtresse du Buzeu a été la plus atteinte par l'alluvionnement provoqué par l'affaissement de toute la région ; mais le déboisement imprudent des coteaux voisins a réveillé dans ses petits affluents une puissance d'érosion terrible. On voit des amoncellements de blocs gros comme une maison, au débouché de ruisseaux qui roulent à peine en temps ordinaire quelques grains de sable. Le grand fleuve lui-même, semble être revenu à une période d'activité ; les terrasses limoneuses qui encombrent le fond de la vallée m'offrent aucune résistance et l'on y voit le lit se déplacer avec une rapidité étonnante l
Les affluents da gauche du Buzeu (Slanic, Saratelu), sont les torrents les plus fougueux; on peut dire qu'ils démolissent, plutôt qu'ils n'arrosent le pays. L'érosion dans les schistes ménilitiques, dans les marnes gréseuses du flysch et dans les formations salifères a parfois de singulières surprises. Les marnes délayées laissent glisser tout un paquet de couches ; une lentille de sel ou de gypse dissoute, provoque un affaissement du sol et la formation d'un lac. Te] le lac de Yintila Voda sur lequel le vent promène une île flottante 2.
Les massifs de sel ne sont pas rares et la curieuse végétation qui les accompagne peut s'observer dans plus d'un vallon. L'eau du Saratelu est imbuvable, ses alluvions mêlés de gypse et de sel, impropres à la culture. Le pétrole, encore à peu près inexploité existe certainement en maint endroit. Partout on signale des sources minérales, et le village de Pâclele est célèbre par ses volcans de boue 3.