‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 64 sur 195 · Alimanesteanu, op. cit · texte numérisé non relu

Alimanesteanu, op. cit

de neige, et, en été, des ouragans de poussière, se charge, d'ailleurs, de les mutiler et de leur rendre l'existence impossible. Seules les plantes de steppe peuvent prospérer : grandes graminées, qui poussent aux premières pluies de printemps, plantes à bulbe, qui crèvent le sol, feuillent et fleurissent en quelques mois, composées et dipsacées aux hautes tiges, aux feuilles étroites, épineuses ou duveteuses, capables de braver la sécheresse.

Telle était encore, il y a quelques années, la seule végétation du Bàrâgan. En hiver, des bandes de loups affamés parcouraient la solitude, couverte d'un tapis de neige, terreur des bergers transhumants qui paissaient leurs troupeaux près du Danube, ou du voyageur obligé de traverser ce désert. En été, la fumée lointaine d'un campement de tziganes, était la seule trace de la présence de l'homme ; on pouvait voir les lièvres, les putois, bondir et s'enfuir au milieu des herbes ; les troupes de corbeaux, de perdrix, de râles de genêts, s'élever et s'abattre à chaque instant ; dans les fourrés de chardons, on trouvait des hérissons, et la curieuse silhouette de la grande outarde (Otis tarda, en roumain drop) était aussi commune, en chaque saison, que les vols de cigogne au printemps.

Depuis la construction de la voie ferrée Bucarest-Cernavoda, les choses ont un peu changé. On a reconnu la merveilleuse fertilité de la terre noire, qui recouvre partout le loess. Si les essais faits pour amener à la surface des eaux artésiennes, venant des Karpates, n'ont pas réussi, ils ont montré l'existence d'une nappe aquifère profonde très abondante. Partout où l'on a foré des puits dans de bonnes conditions, la population a pu se grouper, et, tout autour, de vastes espaces ont été défrichés. Ces villages neufs, de formation artificielle, en grande partie peuplés par des habitants de la montagne, souvent même par des Transylvains, se reconnaissent autant à leurs noms pompeux, évoquant les gloires nationales, qu'à leurs rues régulières, larges, plantées d'acacias, bordées de maisons souvent assez bien construites 1. Leur approche se révèle par des champs labourés, montrant, en automne, leur terre noire, en été, leurs panaches de maïs et leurs blés dorés.

Mais ces établissements sont encore peu nombreux. La population totale du Bâragan (en dehors de la Mostistea), n'est que de 25,000 habitants, ce qui donne une densité moyenne de 6 à 7 habi-

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