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Peters. Die Donau und ihr Gebiet, Leipzig

4. Peters, op. cit. — Halavats, loc. cit. — Sabba Stefaxescu. Terrains terliaires de Roumanie, carte.

grande, puisque leur niveau de base était formé par un lac au lieu d'être la mer. Dans ces conditions, la capture d'une rivière hongroise par la vigoureuse Cerna ne semble pas être impossible. Sitôt que les eaux du lac de PAlfôld ont trouvé par-là une issue, le creusement de la vallée de traverse a dû s'accélérer ; des cascades se sont formées, qui ont scié les seuils résistants de calcaire et de porplryres, en creusant des gouffres où la sonde enfonce jusqu'à des profondeurs inférieures même au niveau de la mer l. Les rapides contre lesquels la navigation a eu à lutter sont les dernières traces de ces Niagaras préhistoriques.

Il est possible que les bancs calcaires qui traversent le fleuve à plusieurs reprises aient joué un rôle important dans le recul de la tête de source, en permettant aux eaux de se frayer une route souterraine d'abord, et en prêtant à des écroulements qui ont frayé d'abord une gorge encaissée, laissant aux eaux superficielles le soin de l'élargir 2.

Toutes ces hypothèses, est-il besoin de le dire ? auraient encore besoin de subir l'épreuve d'une confrontation sérieuse avec les faits qu'on peut observer. En tout cas, un point semble acquis, c'est que la percée s'est produite à l'aurore des temps pleistocènes. Yoilà ce qu'il nous importait surtout de savoir. C'est donc pendant la période diluviale que le lit actuel du Danube a été creusé.

Dès que commença l'écoulement des eaux du lac de l'Alfôld par les Portes de Fer, les sables et argiles pontiens qui s'appuyent sur le cristalliu par l'intermédiaire de conglomérats tortoniens, se trouvèrent soumis à une érosion intense. C'était une véritable trombe d'eau qui débouchait du défilé.

Pour avoir idée de la vigueur étonnante de cette érosion, il faut gravir les hauteurs dominant à l'O. Turnu Severinu. Au delà de la

1. Marmite de Kasan, 53 mètres de profondeur; marmites des Portes de Fer, 49 et 51 mètres. — Pe*ck. Die Donau, Schr. d. Ver. f. Verbr. naturwiss. Kenntn. Wien.

2. C'est ce que semble avoir voulu dire Peters, lorsqu'il parle des dislocations des bancs calcaires « sinken die in sich zerrùtteten kalkigen Formationsglieder in einer beinahe geschlossener Reine zum jetzigen Stromspiegel herub, » op. cit., p. 320.

plaine, où le fleuve s'étale et se peuple d'îles, l'œil découvre une ligne de hauteurs boisées qui prennent l'air d'une petite montagne. C'est la falaise que le Danube longe de Simian à Hinova, en la sapant continuellement. Le point culminant de ces coteaux escarpés atteint 343 mètres, dominant de près de 300 mètres le lit du fleuve. Il est évident que le Danube a coulé jadis plus à l'O., comme en témoignent les terrasses de Kladova sur la rive serbe l. Le déblaiement s'est effectué sur une profondeur minimum de 200 mètres et une largeur de 10 kilomètres au plus.

Il est certain que jamais le courant fluvial n'a atteint cette largeur ; c'est par une série de changements de lit, qui faisaient porter l'effort principal de l'érosion tantôt sur la berge orientale, tantôt sur la berge occidentale, que le fleuve est arrivé à creuser une vallée aussi large et aussi profonde. La nature des terrains dans lesquels s'effectuait le creusement favorisait singulièrement ce processus. On peut voir encore, à l'heure actuelle, les sables fins qui couronnent la falaise de Hinova descendre en nuées de poussière au moindre souffle du vent, ou s'écrouler par paquets avec les graviers qui les supportent, lorsque les pluies ont dilué le substratum d'argiles qui affleure au niveau des basses eaux du Danube. Ainsi, des deux bras fluviaux qui encerclent l'île de Corbu, le bras oriental, où le courant, buttant contre la rive concave, sape constamment la falaise de Hinova, perd de plus en plus d'importance par ensablement; le bras occidental tend à devenir le bras principal (fig. 30 A).

De Severinu à Calafat, on peut suivre pas à pas tous les stades de cette transformation, qui déplace le fleuve de 5 à 10 kilomètres vers l'E. ou vers l'O. Les deux bras qui entourent l'Insula Mare ont encore, à peu près, la même importance, mais l'île de Gîrla (fig. 30 B) n'est plus séparée de la terre ferme que par un marécage en forme d'arc de cercle, où les grandes eaux du fleuve arrivent seules à pénétrer ; et l'île de Maglavitu (fig. 30 C) est si bien rattachée au sol valaque que les vergers ont pris pied sur l'emplacement de l'ancien bras oriental du fleuve.

Ce balancement, qu'on peut en quelque sorte voir se produire sous nos yeux, a dû se répéter maintes fois au début de la période de

1. L. Mrazec. Note sur une marne à efflorescences salines de Scapëu, Bull. Soc. Se. Bur.. VIT, 1808, n°2.

Figure 30. — Stades de déplacement du lit du Danube. (Les marécages sont marqués par des traits horizontaux discontinus, les bancs de sable à découvert aux basses eaux par un pointillé). D'après la carte au 1 /57,600e et nos levés aux basses eaux de septembre 1890.

creusement, et avec une amplitude d'autant plus grande que la vigueur du neuve lui permettait de décrire des boucles à plus grand rayon de courbure. La plaine de Flamand a, où les sables alternent avec les marécages, a dû' être autrefois ce qu'est maintenant l'île de Corbu, et la falaise en arc de cercle qui l'entoure, de Kogova à Pâtulele , en passant par Vînju Mare et Bucura, est l'ancienne berge de la rive concave d'un Danube préhistorique (fig. 31).

Grâce à l'activité du creusement, qui continue encore maintenant, le drainage a commencé à s'organiser, et les marécages qui longent la falaise près de Pâtulele sont le dernier souvenir du passage du grand fleuve 1.

Le processus qui amène ces changements de lit est facile à comprendre sans invoquer le rôle du vent qui a été singulièrement exagéré2. Il est inévitable, partout où un fleuve vigoureux travaille à creuser son lit dans des terrains meubles. Dans de pareilles conditions, jamais le courant fluvial n'arrive à la stabilité qu'il acquiert dès l'abord lorsqu'il scie un massif

1. E. de Martonne, Sur ta formation des vallées et les mouvements du sol eu Valachie, CR. Ac. d. Se, 1900.

2. Schweiger von Lkhciienfeld. Die Donau als Vôlkerwc£ Schiffartsstrasse und Reiseroute, pp. 578-579. Il assimile ce cas à celui des rivières hongroises dont nous n'avons pas à discuter ici l'histoire. Si le vent était le principal facteur des déplacements du Danube, ces déplacements auraient dû avoir lieu toujours vers l'O. et le S., puisque les vents dominants sont d'E. et N.-E., et non du S.-E., comme le marque l'auteur. Or il n'en est rien. A Vidin, Rahova, etc., on trouve les traces d'anciens bras en arc de cercle abandonnés pour des bras situés à l'E. ou au N.

de roches dures 1. Grâce à ces balancements successifs, le Danube est arrivé à déblayer une vallée d'une largeur au moins égale à celle où s'étale son cours inférieur.

Il est probable que toute la région de dunes qui s'étend au S. d'une ligne passant par Cetatea et Bâilesci a été balayée jadis par le courant fluvial dont ces sables sont la dernière trace. C'est au grand fleuve que toute cette région doit son singulier caractère, et le nom de Terrasse danubienne lui convient exactement. L'érosion active qu'il continue à exercer a permis, en effet, au Danube d'assainir et de drainer cette région en creusant son lit plus profondément.

Figure 31. — La plaine de Flamânda (même figuré des marais que sur la figure 30 1. D'après la carie au l/57,6000e.

L'étranglement des Portes de Fer a métamorphosé le fleuve alangui qui se traînait paresseusement à travers la plaine hongroise. Le Danube valaque est comme un nouveau fleuve, sorti tout formé des montagnes du Banat, et dont le cours supérieur s'étendrait jusqu'à Palanka et Bistre t;u. Là, le creusement l'a toujours emporté et l'emporte encore sur l'alluvionnement. Plus loin, les conditions changent ; l'apparition des lacs latéraux, l'extension de plus en plus grande prise par le lit d'inondation, témoignent de ce nouvel état de choses qui remonte sans doute à une époque déjà éloignée.

1. C'est même là qu'est le véritable sens de la loi de Loczy, d'après laquelle une rivière creuse son lit dans une roche dure de préférence à une roche tendre ; une fois engagée dans la roche dure, In rivière creuse sur place.

Les eaux s'écoulant par le défilé des Portes de Fer trouvaient, en effet, dès le début de l'époque diluviale, un chenal tout tracé et déjà assez large à partir du confluent du Jiu et de l'ancienne Cerna. Ce chenal n'avait probablement pas la position exacte du Danube actuel ; il était situé un peu plus au N., car c'est le long de la faille de Griurgiu que la circulation des eaux avait commencé à s'établir. Le recul du fleuve vers le S. a été attribué en partie aux vents qui soufflent surtout du N. et N.-E., soulevant des vagues capables de faire chavirer les petites embarcations 1, en partie à la poussée et à l'alluvionnement des rivières valaques, bien plus vigoureuses que les affluents bulgares 2. Cette dernière explication concorderait avec celle qu'on reconnaît généralement comme la plus vraisemblable pour la Theiss et le Danube hongrois 3, et semble plus près de la vérité que l'hypothétique loi de Baer, invoquée par Peters et Suess 4.

Quoi qu'il en soit, si l'on remarque que le rebord de la falaise de loess valaque est constamment plus élevé que le plateau situé plus au N., on sera porté à admettre facilement que le Danube, au début de la période diluviale, pouvait avoir un cours légèrement plus septentrional que maintenant. Au moment de l'ère steppique, qui succéda à la période glaciaire, le débit des fleuves se trouva considérablement diminué ; le loess, comblant toutes les inégalités du sol, a fait disparaître en grande partie cet ancien tracé. C'est avec la seconde période que l'érosion recommença, et que fut creusé, dans le loess, le lit actuel. L'équilibre fut vite atteint, et l'état de choses actuel, où le creusement est moins actif que la sédimentation, date, sans doute, de bien loin déjà, dans toute la partie du cours qui s'étend en aval de Griurgiu.

Entre Bistrefu et Giurgiu, on a pu voir se poursuivre encore quelque temps l'œuvre de déblaiement qui s'accomplit actuellement sous nos yeux, plus près des Portes de Fer. Maintenant, cette section

1 L. Mrazec. Quelques remarques sur le cours des rivières, loc cit.

2. Supan. Grundziige der physischen Erdkunde. 1896, p. 530. — L. Mrazec, op. cit.

3. Halavats. Die geologischen Verhalfnisse des Alfôld zwischen Donau und Theiss, MM, a. d. Jahrb. d. K. Ung. Geol. Anst., XI, 1807.

4. Peters. Die Donau. p. 351. — Suess. Uebcr den Lauf der Donau, Oesterr. Rev., L863, p. 262, cité par Mrazec, op. cit.

du bas Danube ressemble au cours moyen d'un grand fleuve, où l'érosion et l'accumulation s'équilibrent à peu près. A BistreJTii, à Potelu, on observe le recul du fleuve vers le S., abandonnant un bras plus septentrional. Plus loin, à Corabia et Sistovo, c'est, au contraire, une boucle méridionale qui a été abandonnée. Le balancement du courant fluvial continue, mais les suites en sont légèrement différentes de celles qu'on remarquait plus haut. Le bras abandonné, au lieu de se dessécher progressivement, se change en lagune allongée plus ou moins en forme de croissant. L'île devient un marécage qUe les hautes eaux envahissent presque entièrement. C'est que la puissante érosion qui agissait plus en amont commence à s'engourdir. La pente, qui était de 55 millimètres par kilomètre de Severin à Calafat, n'est plus que de 40 entre Calafat et Bechetu, et tombe à 37 de Bechetu à ïurnu Mngurele 1.

Le fleuve large de 880 mètres à Cetatea, 745 mètres à Calafat, de plus de 1 kilomètre à Bistrefu et Corabia, est semé d'îles basses et de bancs de sable allongés qui se déplacent constamment. L'œil cherche en vain les hauteurs qui, près de Severinu, dominaient le fleuve, maintenant encadré entre des berges limoneuses de quelques mètres. La forêt de saules s'étend à perte de vue sur les îles, cachant tout. L'embouchure des fleuves roumains disparaît, indiscernable dans ce fouillis d'îles et de bras fluviaux. Celle du Jiu passe complètement inaperçue. Celle de l'Oltu s'entrevoit, large de 100 à 150 mètres, à demi obstruée par des atterrissements sableux à fleur d'eau, que cercle un cordon blanc de petites vagues, déferlant sous le souffle du vent. Presque toutes les rivières ont une tendance

1. Le tableau suivant, établi d'après les indications du Service hydrologique du Ministère des Travaux publics, à Bucarest, donne les principaux éléments morphologiques pour le Danube valaque.

.. . Niveau des

Dwbmce liaute, eaux km. m.

Vâreiorova

Turnu-Severin . . 1-2,37

Calafal 34,035

Bechet 28,61

Turnu Mâgurele. 55,79

Giurgiu... 20,8^

Calarasi 14,85

Brâila 8,02

Pente aux

Niveau de l'étiage

Pente

à l'étiage

Profondeur maximum

à former ainsi des bancs qui peuvent arriver à changer complètement la position de l'embouchure. Avant 1879, le Jiu se jetait dans le Danube, à 15 kilomètres plus à l'0. 1. Il a dû se frayer un nouveau lit. Des rivières moins puissantes, comme le Calma(uiu, sont réduites à se perdre dans les dépressions qui marquent un ancien bras du fleuve. Telle est l'origine du lac Suhaïa 2.

On le voit, la balance commence à ne plus être égale entre l'accumulation et l'érosion. Celle-ci prend l'avantage pendant les crues, celle-là pendant les basses eaux. La physionomie du fleuve change complètement à quelques semaines d'intervalle.

Après Giurgiu,la pente augmente légèrement. Mais déjà l'approche de la Balta se fait sentir, la pente des hautes eaux est plus faible (48 m/m) que celle de l'étiage (50 m/m). Les îles se multiplient, une foule de petits canaux répandent les flots du fleuve en crue au milieu d'une large plaine d'inondation marécageuse, et les lui ramènent pendant les maigres. Les lacs latéraux deviennent de plus en plus étendus : Lacul Grrecilor, Lacul Boiana, Lacul Calarasilor. Ce sont d'immenses nappes d'eau qui font penser déjà aux lagunes de la Balta, et qui ont à peu près complètement perdu la forme allongée caractéristique des anciens bras morts.

C'est à Calarasi que commence ce que le peuple appelle proprement la Balta. Les marécages du Danube hongrois et de la Theiss ne sont rien à côté du dédale de bras fluviaux, d'îles, de marécages, d'étangs et de canaux qui couvre la vallée, large de 12 à 18 kilomètres, entre les hauteurs de la Dobrodgea et les falaises de loess du Bâragan. Ici, il semble que toute l'œuvre du fleuve se résume dans l'accumulation des sédiments ; la force érosive qu'il retrouve pendant les crues n'est employée qu'à les déplacer, à boucher un bras, à élargir ou frayer un autre, à colmater une lagune.

De Calarasi à Galati, la pente, en suivant le trajet le plus court, n'est que de 29 millimètres par kilomètre. C'est la décrépitude qui recommence pour le fleuve, un instant rajeuni par l'effort qu'il avait déployé en franchissant la barrière des montagnes du Banat.

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