‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 88 sur 195 · Dictionn. Géogr. Jud. Teleorman, p · texte numérisé non relu

Dictionn. Géogr. Jud. Teleorman, p

3. Voir CogIlniceantt, Desrobirea tiganilor, Acad. Rom., 1891.

4. Weissbach. Die Zigeuner, M Ut. Anthrop. Ces. Wien, XIX, pp. 109-117.

5. F. Miklosich. Ueber die Mundarten und Wanderungen der Zigeuner Europas, Denkschr. d. Wiener Ak. d. Wiss., 12 parties, 1872-18S0. D'après lui les dialectes tziganes auraient une origine vieil-hindou indiscutable. Mais il s'agit d'une descendance latérale.

Il est impossible de connaître, même approximativement le chiffre des tziganes valaqnes. Les uns sont restés des nomades incorrigibles, qui passent la frontière dès qu'on les a soupçonnés de quelque rapine, les autres s'assimilent lentement à la population, en se fixant définitivement soit en ville, soit à la campagne. Celui qui a fait son service militaire se croit en quelque sorte réhabilité, il se considère comme Roumain, et il n'est pas pour lui d'injure plus sanglante que le nom de Tzigane. Devenu sédentaire, marié, c'est souvent un artisan intelligent, actif, et même quelquefois honnête. Il garde l'apanage des métiers, où l'adresse et l'ingéniosité sont plus nécessaires que la force. C'est lui qui sera toujours le forgeron, le chaudronnier du village. En ville, il sera menuisier, maçon et toujours il restera musicien d'instinci, lâutar passionné.

Juifs, Grecs, Hongrois, Bulgares, Tziganes, tous les éléments étrangers n'apparaissent en Valachie qu'à l'état sporadique. Nulle part, on ne retrouve comme en Hongrie, en Pologne, dans les Balkans ou même en Moldavie et en Dobrodgea, une masse compacte de parler et de type étranger. A peu près toute la Valachie est exclusivement roumaine.

Est-ce à dire que cette population roumaine soit pure de tout mélange P II n'en est évidemment rien. Pas plus que les Bulgares et les Hongrois leurs voisins, pas plus que les Italiens, les Français, pas plus qu'aucune race, la race roumaine ne peut être restée immuable au cours d'un passé agité. La vieille et naïve théorie des chroniqueurs roumains, propagée par les patriotes transylvains avec un but politique, et d'après laquelle les Roumains seraient les descendants directs des colons romains de Trajan, n'est plus maintenant acceptée sans contrôle en Roumanie par aucun esprit cultivé et réfléchi. Répétée à l'envie par les innombrables voyageurs qui ont traversé les provinces danubiennes et qu'a frappés l'aspect latin de la langue, on peut dire qu'elle est actuellement plus répandue à l'étranger chez les philo-roumains, que chez les Roumains euxmêmes. Ceux-ci se rendent compte en effet, qu'un peuple ne saurait passer pour exclusivement latin, lorsque à peu près la moitié des

racines de sa langue sont slaves ou turques 1, quand à peu près toute sa toponymie est slave ou maghiare 2, quand son pays a vu passer, pendant tout le Moyen-Age et une partie des temps modernes, un flot presque continu d'envahisseurs des races les plus diverses.

Dire exactement ce que représente la race roumaine est une chose aussi difficile que de définir n'importe quelle race de notre occident latin. Nous touchons ici à une des questions les plus embrouillées peut-être par les préjugés, les passions politiques, et l'insuffisance de documentation, qu'il soit possible de rencontrer. Essayer de la préciser et d'en montrer la véritable signification est tout ce que nous pouvons tenter, sans avoir la prétention de la résoudre ; car c'est tout à la fois une question anthropologique, historique et philologique, en même temps qu'un problème ethnographique.

Existe-t-il un type physique du Roumain ? Enlevez le costume national, l'anthropologue le plus habile saura-t-il reconnaître le Yalaque, du Bulgare, du Hongrois, du petit Russe ? Il est permis d'en douter. On trouve en Yalachie comme partout, des physionomies complètement différentes. Le type le plus fréquent est de stature plutôt élevée, les épaules larges, les jambes relativement courtes, les cheveux noirs ou foncés, le crâne sphérique, les traits réguliers, avec une coupe de figure plutôt ronde qu'ovale, les yeux gris ou bruns, le front bombé, le nez droit et ferme. La démarche est lente et digne, mais le regard très vif, et le geste prompt comme l'éclair lorsqu'il en est besoin. Les enfants, les jeunes femmes et les jeunes hommes ont parfois des visages d'une beauté calme, qui attire l'attention. Ce type est assez général dans la région des collines, mais dans la montagne on rencontre assez souvent des figures aux pommettes saillantes, un port plus raide, une taille beaucoup plus

1. C'est à Hasdeu (Sur les éléments dires dans la langue roumaine, Bue., 1886) et Sâineanu Elemenle turcesci în limba româna (Bue., 1885), qu'on doit surtout la connaissanee des éléments turcs de la langue roumaine. Cf. Saineanu. Istoria filologiei romane. Bue., 1892, pp. 300-310. — Theophil Lôbel. Elemenle luieesti, arabesti si persane în limba româna, Leipzig, 1894. — L'œuvre la plus complète et la plus méritoire, malgré de graves défauts, sur les éléments étrangers de la langue roumaine et particulièrement sur les éléments slaves, est le Dictionnaire d'élymologie daco-roumaine de A. de Cihac, 2e partie, Francfort, 1879. L'auteur reconnaît 500 radicaux lalins, 1,000 slaves, 300 turcs, 180 grecs, 500 maghiars et albanais. Quelle que soit l'exagération en faveur des slavismes et des maghiarismes, on ne peut douter que la part des radicaux latins soit inférieure à 40 %.

2. Les études sur la toponymie roumaine sont malheureusement encore peu nombreuses. Voir Hasdeu. Etymologicum magnum. — Dan. Die toponymia românesca, Conv. litterare, 1896. — Tomaschek Zur Kunde der llamus Halbinsel.

petite. Dans la plaine et dans certaines parties des collines, on trouve des cheveux blonds, châtains, la taille est quelquefois très réduite, parfois très élancée avec les épaules fuyantes. Dans les grandes villes et surtout le long du Danube, des familles roumaines de sentiment, de langue et de passé, ont nettement le type grec.

La conscription, qui a fourni dans un certain nombre d'états européens l'occasion d'études anthropologiques sérieuses, pourrait en Roumanie rendre de grands services, mais il faudrait ne pas se contenter de mesurer la taille et le tour de poitrine. D'après les données publiées jusqu'à présent la taille moyenne pour toute la Roumanie est de lm60, la capacité thoracique de 85 c/m 1/2. Les tailles plus élevées se trouvent en général surtout en Olténie et dans les collines de Munténie 1. On regrette vivement l'absence d'observations sur la couleur des cheveux et des yeux et de mesures craniologiques. Il semble qu'en général la brachycéphalie et le type brun soient prédominants en Yalachie 2. Ces données sont insuffisantes pour apprécier les affinités anthropologiques du Yalaque.

Si l'on manque de documents pour étudier la question roumaine au point de vue anthropologique, on est, en quelque sorte, écrasé par l'abondance des publications qui l'envisagent au point de vue historique et philologique 3. Depuis vingt ans surtout, il ne se passe guère d'année où l'on ne voie éclore un travail important, accompagné du cortège habituel de comptes rendus critiques et d'articles de polémique.

1. I. Feltx. Geografia medicalà a Romaniei, Bul. Soc. Geogr. Rom., XVIII, 3, 1897, pp. 15-109, sp. p. 53, d'après la Statistica médicale a recrutat/tunei. publiée tous les ans à partir de 1888.

2. Les 31 crânes valaques étudiés par Kopernicki (manuscrit utilisé par Gius. Nicolucci. Anthropologia del Lazio, Roma 1873) ne peuvent être considérés comme suffisants pour caractériser la forme moyenne du crâne roumain. Kopernicki avait reconnu deux types, un sous-brachycéphale autochtone (?), un dolicocéphale étranger. Quant aux mesures de Weissbach (Die Schâdelform der Rumânen Denkschr. d. K. Ak. d. Wiss. Wien, 1869), elles ont porté sur des Roumains transylvains. Il les a trouvés en grande majorité assez fortement brachycéphales. — Félix croit que le type brachycéphale brun domine en Roumanie. C'est aussi l'opinion de OBEDE:v\Rr, article Roumains, in Dechambre, Diction, encyclop. des Se. médicales.

3. On trouvera dans Saineanu. Istoria filologiei romane, pp. 393-401, une bibliographie très complète, à laquelle il faut ajouter : Disesco. Origines du Droit roumain, tr. fr., Paris, 1899. — Hasdeu. Negru Vodâ, introduction au tome IV de Etymotogicum Magnum. Bue, 1898. — Dan. Diu toponimia românesca, Convorb. ittter.. 1896, pp. 305 et sqq. etc.

(y est au philologue Rôssler que revient l'honneur d'avoir provoqué ce mouvement en émettant dans ses Romànische Studien1 la théorie, depuis tant discutée, sous le nom de Théorie de Rôssler, D'après lui, les colons romains ne sauraient être les pères des Roumains actuels, puisque toute la population romaine s'est retirée au S. du Danube, lorsque Aurélien a rappelé les légions en 270-75, sous la menace constante des invasions barbares. Pour comprendre toute l'originalité et le mérite de cette hypothèse, il faut savoir à quel degré d'exagération en étaient arrivés, dans leur zèle patriotique, les philologues et historiens roumains transylvains. Il est faux de dire qu'ils aient inventé la théorie, dite autochtone, d'après laquelle le roumain dérive directement du latin et la race roumaine descend des colons de Trajaii. Cette idée se trouve chez les premiers chroniqueurs roumains, le nom de Trajan apparaît en tête de la chronique de Miron Costin2. Conrad Gessner au XVIe siècle, Martin Opitz au XVIIe3, Sulzer au XVIIIe siècle 4, avaient reconnu l'origine latine des Yalaques. Les patriotes transylvains, prophètes d'un peuple longtemps opprimé, dont ils cherchaient à relever la fierté et à réveiller le sentiment national, ont dans leur naïf enthousiasme, pris à la lettre tout ce qu'avait pu inspirer l'aspect latin de la langue roumaine et les quelques textes parlant de la colonisation roumaine en Dacie, se vantant d'être les petits neveux des vainqueurs de l'univers5. Sulzer, esprit critique, avait émis quelques doutes sur la pureté de la race roumaine ; il avait reconnu l'élément slave dans la langue et les mœurs.

Rôssler va plus loin et, s'appuyant sur l'absence complète de textes historiques parlant des Roumains au Moyen-Age comme habitant les pays danubiens 6, suppose que la Yalachie et la Transylvanie ont été romanisées par une lente immigration de Roumains originaires des pays balkaniques à partir du XIIIe siècle. Cette théorie soulève

1. Leipzig, 1873. C'est un recueil d'articles parus à part. 2 Kogâlniceanu. Cronicele României, Bue, 1872-74, t. III.

3. Gesneri Mithridatis. De diUerentiis linguarum... observationes, Zurich, 1855, p. 09. — Martin Opitz. Deutsche Poemata, Dantzig, 1638, cités in JSaineanu, pp. G et 28.

4. Sulzer. Geschichte des Transalpinischen Daciens, 1er Theil, vol. II, p. 53.

5. Sur la nature du mouvement transylvain. Voir P. Eliade, op. cit., pp. 277-311.

6. Rôssler rejette l'autorité des chroniques hongroises qui mentionnent des duchés roumains en Transylvanie, Banat et Olténie. Il ne les considère pas comme des textes historiques. Là est au fond tout le débat.

partout des objections, des réfutations, des réponses, des polémiques. Les passions politiques embrouillent encore les débats. Les Hongrois acceptent avec enthousiasme une hypothèse qui leur permet de se considérer comme les premiers venus en Transylvanie et dans le Banat et de regarder les Roumains comme des intrus1. Les Roumains repoussent ces insinuations avec indignation, en employant tous les arguments possibles, bons et mauvais 2. Des érudits étrangers prennent fait et cause pour les Roumains, on analyse avec plus de rigueur, grâce aux inscriptions découvertes, les caractères de la colonisation romaine 3, on découvre de nouveaux arguments, des textes restés inaperçus qui montrent les Roumains au N. du Danube avant le XIIIe siècle 4. D'autres se rangent après quelques hésitations du côté de Rœssler 5. En Roumanie, quelques esprits libres osent présenter des arguments dans le même sens. La confusion augmente encore, et il semble que chaque nouvelle publication n'ait pour but que de ruiner le crédit d'un travail précédent. Les essais de Xenopol pour retrouver des traces latines dans la toponymie roumaine sont réduits à néant par Hunfalvy, Nâdejde, Densusanu et Hasdeu 6. Onciu n'est pas plus heureux en essayant de reprendre la même tentative pour l'Olténie seulement 7, Hasdeu essuyé les critiques de Dan 8 qui prouve l'origine maghiare des suffixes ed et adia, des mots Mehadia, Mehedinti, Amaradia, etc.

1 . L. P. Hunfalvy s'est fait surtout le champion de ce qu'on a appelé le Néorosslerianisme (Le peuple roumain ou valaque, CR. Congrès Soc. Fr. d'Archéologie, 1879, Tours, 1880. — Die Rumanen uncl ihre Ansprûche, Wien, 1883, etc.).

2. Xexopol. Teoria lui Rôssler, Iasi, 1884. Istoria Românilor, Iasi, 1888, I, p. 292- 312. Histoire des Roumains, Paris, 1896, I, pp. 103-110. — Onciu. Originele principatelor romane, Bue, 1899. Teoria lui Rôssler, Convorb. litter., 1885, XIX, pp. 427 et sqq., etc.

3 Jung. Rômer und Romanen in Donaulândern, Innsbruck, 1877.

4. Tamm. Ueber den Ursprung der Rumanen, Bonn, 1891. — Lehmann. Das Kônigreich Rumànien, pp. 31-32. — Tomascheck. Zeitsehr. f. Oesterr. Gymnasien, 1870, pp. 342-46. — J. Klmény. Ueber die ehemaligen Knezen und Knesiaten der Walachen in Siebenbûrgen, Mag. f. Gesch. Siebenbiirgens, II, 1846, pp. 286 et sqq.

5. Tomaschfk. Die alten Thraken eine ethnologische Untersuchung, Sitzber. AU. Wiss. Wien, t. CXXVIII, f. 4, pp. 110-111. — Miklosich. Ueber die Wanderungen der Rumanen, Denkschr. d. K. Akad. d. Wiss. Wien, 1886, XXX, pp. 1-66.

(5. Hunfalvy. Rev. Ung., II (1893), p. 255.— Nadejde. Contemporanul, IV, 1884. — N. Densusanu. Note critice, Bue, 1885, p. 50. — Hasdeu. Ann. Ac. Rom., 1884- 85, p. 182.

7. Nadejde. O socoteala eu Dl. Onciu, Contemporanul, t. V, 1885. — Dan. Din toponimia românesca, loc. cit.

S. Dan. Din toponimia românesca, loc. cit.

Que peut-on retenir de tous ces débats ? Pour qui lit avec attention les solides travaux de Onciu et Hasdeu sur l'origine des principautés roumaines l, il semble qu'un rapprochement soit possible et prochain entre les Rœsslériens et leurs adversaires. Déjà Nàdejde a présenté une sorte de compromis, admettant la formation de la langue roumaine au S. du Danube et la continuité de l'élément roumain sur le sol de la Dacie trajane 2. Il est évident que les traces de la colonisation romaine n'ont jamais complètement disparu de l'Olténie et du Banat, mais il est très vraisemblable que la plus grande partie de la Yalachie est restée pendant plusieurs siècles une sorte de désert traversé par des bordes barbares, et que le peuplement en a été dû en grande partie à l'immigration des Roumains transdanubiens.

La question si embrouillée lorsqu'on i'envisage en historien ou en philologue, gagnerait à être considérée à la lumière des faits géographiques. Ce que l'on peut observer actuellement, n'est peut-être pas si différent qu'on le croit du passé.

Si nous examinons la répartition des Roumains, nous les voyons formant un groupe compact autour de l'axe des Karpates méridionales et disséminés à l'état sporadique tout le long des hautes montagnes qui forment l'ossature de la péninsule balkanique. Là où le Roumain est seul possesseur du sol, il occupe aussi bien la plaine que la montagne et se livre aussi bien à l'agriculture qu'à l'élevage ; là où il est en petit nombre, il est exclusivement montagnard, pasteur nomade et transhumant. C'est la condition des Yalaques du Rhodope 3, du Pinde et de l'Olympe 4.

Même en Yalachie, on remarquera que la densité de la population est beaucoup plus forte en moyenne dans la zone montueuse des collines que dans la zone des plaines. C'est la première qui paraît avoir été de tout temps la plus habitée, c'est là que la distribution

1. Onciu. Originele principatelor romane. — Hasdeu. Istoria critica Românilor — Radu Negru, loc. cit.

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