‹ La Valachie, essai de monographie géographiqueChapitre 89 sur 195 · Weigand. Die A-Romûnen · texte numérisé non relu

Weigand. Die A-Romûnen

des hameaux et des villages a le type proprement roumain; le peuplement de certaines régions comme le Bârâgan et la terrasse du Huzeu est de date tout à fait récente.

Nous avons déjà eu l'occasion de montrer l'antiquité de la vie pastorale chez les Roumains. Constamment en mouvement, libres de toute influence étrangère, les pâtres valaques ont certainement contribué à maintenir et à propager la race daco-romane. La continuité des Karpates et des Balkans leur a permis de pousser très loin leurs migrations. Dès le XIIe siècle, on les trouve en Galicie 1, et à partir de 1220, on a toute une série de diplômes royaux et de décisions de chapitres, qui sous le nom de Blachi, Blacci, Olahi mentionnent les Roumains formant de petites colonies tout le long des Karpates en Transylvanie et en Yalachie 2. La lente descente de l'élément montagnard vers la plaine s'observe encore à l'heure actuelle où l'on voit une partie du Bârâgan se peupler de Mocani. La période des invasions barbares a pu arrêter un instant ce mouvement ; il a dû reprendre dès que l'empire bulgare a assuré une certaine tranquillité aux provinces danubiennes, interrompu encore souvent, mais toujours prêt à recommencer.

Si pour les pâtres le passage était facile des Karpates aux Balkans, c'est aussi au voisinage des Portes de Fer que le mélange devait se faire naturellement entre les populations riveraines du Danube. C'est là que le fleuve offre la traversée la plus aisée ; plus bas les marécages qui encombrent sa large vallée sont une barrière qui vaut une chaîne de montagnes. Actuellement le mélange des faces roumaine et bulgare est aussi frappant dans le département de Dolj en Yalachie, que dans celui de Yiddin en Bulgarie. On peut considérer comme très vraisemblable que l'Olténie et le Banat ont conservé, même après la retraite des légions d'Aurélién, un certain nombre de colons romains, que le sang daco-romain y a été entretenu par le passage des pâtres, dans la partie montagneuse, et que c'est là que s'est tout d'abord porté le courant d'immigration qui devait repeu-

1. Nicetas Chômâtes, cité par Tomaschek et Miklosich, op. cit.

2. Diplôme d'Andréas, roi de Hongrie, 1222, n° 18, p. 17 ; du même, 1223, n° 23 p. 23 ; du même, 1224, n° 28, pp. 28-31 ; de Bêla, 20 août 1252, n° 68, p. 70 ; de* André! 11 m,ii- L291, n° 170, p. 167; du même, 1293, n° 191, p. 186; Capitulum ecclesie

Lvane, 1231, n° 49, p. 50 (Urkundenbuch zur Geschichte Sicbenbiirgens, Fontes Rer. Austriac, 2e Abth., t. XV). Le dernier texte a été interprété par les partisans de la continuité d'une façon absolument contraire au sens (Hasdeu. Istoria critica. — Lehmann. Rumânien, loc. cit.).

pler la Valachie et la Transylvanie. De très anciennes traditions nous représentent le duché d'Olténie comme fondé par un Bassarabba originaire de la Mésie, qui établit sa capitale à Turnu Severinu, puis à Stréhaïa, puis à Craïova l. Il y a là une indication très juste de la marche suivie par l'immigration. L'Olténie plus montueuse que la Munténie, où les plaines représentent les deux tiers de la surface totale, plus méridionale d'aspect et de climat, devait être la première atteinte par ce courant venu du S. C'est là d'après les recherches de Onciu et Hasdeu, que s'est formé le premier état roumain, alors que les anciens knésats de Transylvanie étaient soumis aux Hongrois et que la Munténie était la Coumanie, région probablement très peu peuplée et entièrement aux mains des barbares.

Sans vouloir préciser davantage une question obscure, contentonsnous d'en avoir indiqué le côté proprement géographique. Il résulte évidemment de ce que nous pouvons savoir, que la race roumaine est comme les autres races européennes, issue du mélange d'éléments assez divers.

Que reste-t-il du vieux fond Dace, antérieur à la colonisation romaine ? C'est ce qu'il est à peu près impossible de dire. Qui étaient les Daces eux-mêmes ? Les recherches minutieuses de Tocilescu et Tomaschek 2 ont établi leur parenté avec les Thraces, et leur identité avec les Gètes, dégagé quelques racines et suffixes dont les derniers vestiges ont d'ailleurs à peu près disparu dans la toponymie 3 et qui les rattachent au rameau indo-européen. Il est curieux de constater que les témoignages des auteurs anciens nous les dépeignent déjà comme un peuple de pâtres souvent nomades. On a attribué aux Daces un certain nombre de monnaies préromaines, ainsi que des poteries à décoration tantôt géométrique, tantôt animale dont on a

1. Cogalniceanu. Histoire de la Valachie, de la Moldavie et des Valaques transdanubiens, Berlin, 1837, 2e éd. 1834, p. 14.— Tunusli. Içtopiu t«ç Bia^éaç. Vienne, 1806, citant un manuscrit ancien disparu : Chronologie a |arei roman es ti. — Cf. Onciu. Originele principaielur, pp. 113-114.

2. Tocilescu. Dacia înainte de Romani, véritable encyclopédie de toute la préhistoire dace. — Tomaschek. Die alten Thraker eine ethnologische Untersuchung, Sitzber. Ak. d. Wiss. Wien, Ve partie : Uebersicht der Stâmme, t. CXXVIII, f. 4, t. CXXX, f. 2.

3. Le suffixe dava notamment (sens de habitation) se retrouve dans une trentaine de noms de lieux à peu près tous disparus.

trouvé un grand nombre à Vodastra 1. On leur fait jouer un rôle aussi dans l'édification de ces mystérieuses buttes de forme elliptique {movïlë), qui sèment toute la plaine valaque, et dont quelques-unes ont certainement été des sépultures de chefs 2.

Tout ce qu'on peut dégager de ce passé lointain est insuffisant pour nous permettre de dire si les Daces étaient plus proches des Germains, des Slaves ou des Celtes. C'est du mélange de cet élément mal défini avec des colons originaires, comme nous l'apprennent les inscriptions de pays gréco-romains (Dalmatie, Illyrie, Asie Mineure, Mésie) 3, qu'est sortie la race des P«f*âvo«, premier fond de la race roumaine actuelle. Les déplacements de ce peuple, en grande partie retiré au S. du Danube, pour revenir ensuite en Olténie et Munténie, et le contact avec les peuples les plus divers : Slaves, Bulgares, Maghiars, Coumans, Tartars ont évidemment altéré fortement ce mélange.

Le sang slave, on tend à le reconnaître de plus en plus 4, coule largement dans les veines du Roumain. Il a été apporté par les premiers envahisseurs slaves qui apparaissent sur le Danube au Ve siècle, suivant de près les Goths et les Petchénègues qui n'avaient fait que passer. L'influence slave a été fortifiée par les liens étroits qui unissent pendant une partie du Moyen-Age la Bulgarie et la Yalachie. Elle éclate partout, dans la langue où les racines slaves sont nombreuses, surtout dans les termes appliqués à l'agriculture et au monde physique, dans la toponymie qui est pour les deux tiers slave, dans les coutumes et les croyances populaires 5, dans la religion, qui a gardé longtemps comme langue officielle le slavon. On la

1. Voir Odobescu. Scriere literare .si istorice, 3 vol., Bue. 1887. — Sutzu. Tesaurul de la Turnu Mâgurele, Revista D. Tocilescu, I, pp. 1-16. — Tocilescu. Dacia mainte de Romani, pp. 852-860. — Bolliac. Trompeta Carpatilor, n° 1137, cité par Tocii escu, p. 869.

2. Tocilescu. Dacia mainte de Romani, pp. 900 et sqq. Une enquête a été faite sur ces tumuli appelés par le peuple mâgure ou movile, d'après un questionnaire rédigé par Odobescu et distribué aux instituteurs. Les résultats en ont été en partie publiés [Mon. Off., 1881).

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