I. — HISTORIQUE
-Le nombre dés espèces végétales qui se prêtent à la
:grande culture est réstreint. Presque toutes celles qui “couvrent nos champs sont cultivées depuis des époques tellement reculées qu’on n’en retrouve plus les formes
primitives. Il est très rare qu’une plante nouvelle s’introduise dans les cultures et on peut dire, avec A. pe Hum-
BOLDT, que depuis les temps historiques aucune acqui-
sition n’est comparable à celle de la pomme de terre,
cultivée aujourd’hui dans le monde entier.
2 A “ Les auteurs modernes s'accordent à reconnaître à la # 4 “1° ae ? ; pomme de terre Pérou et Chili pour pays d’origine. Les ncas l’auraient cultivée au Chili, puis au Pérou sou : Incas l’auraient cult Chili, s Pérou sous le
nom de « Papas » sa culture existant déjà sur le littoral du Pacifique bien avant la première conquête espagnole (1635). Sur les penchants des Andes, dans les archipels
et les parties marécageuses de la côte chilienne croissent
en abondance des solanées sauvages et il paraît bien établi
que c’est de ces régions que nous vient la pomme de terre actuellement cultivée.
Elle fut introduite en Europe à la fin du xvi® siècle. En 1596, John Gerarp, botaniste anglais, cultivait à Hosborne, dans les faubourgs de Londres, une plante qu'il désignait sous le nom de Papus orbiculatus. Il paraît avoir obtenu ses pommes de terre qui, d’après ses descriptions, étaient à peau D et à chair blanche, des
colons envoyés en 1584 par la reine Élisabeth pour colo- 7
niser la Virginie et revenus en Angleterre en 1586.
D'autre part, en 1601, Charles pe L’Écruse, sous le nom de Crusius, publiit à Anvers son Rariorum Plantarum Historia dans lequel il donne une description de la plante introduite récemment en Europe sous le nom de « Papas des Péruviens ». Ainsi on mesurefa, par comparaison avec les caractères actuels de la plante que, nous cultivons, l’évolution de sa culture durant les trois siècles et demi que compte son adaptation. Que l’on s’imagine des champs de haute verdure, émaillée de fleurs pourpres, s’élevant à 2 m. 50 du sol et généralement soutenue par des étais. Tel était l’aspect de la plante. Le cycle de la végétation achevé, chaque touffe offrait à son pied un nombre de tubercules variant de 40 à 50, ce qui nous paraît être un rendement considérable. Il n’en est rien cependant : aujourd’hui pour être considérée comme grosse, une pomme de terre doit peser plusieurs centaines de grammes, alors que nos ancêtres s’émerveillaient devant les rares tubercules atteignant de 30 à 60 grammes.
La provenance de la pomme de terre de CLusrus semble être différente de celle de John GEerarp. CLusius dit en effet : « C’est Philippe de Sivry, préfet de la ville de Mons-en-Hainaut, qui m’a fait le premier connaître cette plante. » Quant à Philippe pe Sivry, il dit tenir luimême cette pomme de terre d’un des personnages de la suite du légat du Pape en Belgique et l’on aurait là des tubercules provenant des plantes ramenées chez eux par les Espagnols après leur conquête du Pérou et introduites ensuite en Îtalie par les Carmes déchaussés.
I ressort donc, de ces documents historiques, qu’il y a eu au moins deux voies d'introduction de la pomme de terre en Europe, correspondant aux plantes décrites par
GERARD et CLusius. À partir de cette époque, la pomme
de terre n’a cessé de se multiplier et d’être cultivée, mais son expansion fut longue et difficile.
Par les écrits d’'Orivier pe SERRES nous savons avec certitude que déjà au xvi® siècle la pomme de terre s'était introduite en France, lui-même la cultivant dans
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sa terre du Pradel, dans l'Ardèche. Son introduction date donc de 350 ans, soit près de 200 avant l’intervention de PARMENTIER.
Le xvrr siècle a laissé peu de traces de cette culture. Tout au plus peut-on évoquer le dîner royal de 1616 où la pomme de terre fut servie sur la table de Louis XIII. Doit-on y voir un geste destiné à répandre l’usage de ce tubercule; ou conclure, comme cela s’est fait, que la pomme de terre était à l’époque une rareté de haut prix? Comme son admission au jardin royal date de 1600, le peu d’ empressement mis par le monarque laisse supposer qu'il céda plutôt à une soudaine curiosité.
Sa culture fut entreprise en Lorraine vers 1690 et
-dans les Vosges à la même époque, fait attesté par un
Arrêt de 1715 qui précise : « Dans le val de Saint-Diez, comme dans toute la De à l’on ne plante ce fruit que depuis 20 à 25 ans... »
Au xvine siècle, son usage se généralise peu à peu et c'est à cette époque que nous trouvons à l’œuvre les fervents artisans de son extension : pe Comgces en 1749; Turcor, qui introduit en 1760 la pomme de terre dans le Limousin; Mgr pe Barrat, évêque de Castres, qui distribuait vers 1765 des pommes de terre aux curés de son diocèse, leur demandant de les propager comme un devoir sacré. RON l’honneur d’avoir véritablement fait connaître en France les qualités de la pomme de terre, d’avoir propagé cette plante si utile, revient surtout à Parmentier qui, en 1772, remit à l’Académie de Besançon le célèbre mémoire : « Recherches sur les végétaux qui, dans les temps de disette, peuvent remplacer les aliments ordinaires », et dans D il préconisait la culture de la pomme de terre. Il sélectionna des tubercules dépourvus d’âcreté et après ses nombreuses expériences dans la plaine des Sablons la culture de la pomme de terre ne fit que s’accroître.
Louis XVI aida PARMENTIER à vaincre les préjugés qui avaient persisté jusqu’à cette époque et avaient empêché l’utilisation de la pomme de terre dans l’alimentation humaine. Il convient de citer à ce propos un fameux dîner composé de pommes de terre et servi sur des tables
décorées avec des bouquets de fleurs de la plante mise à l'honneur. Louis XVI avañt fait tisser à Lyon, pour cette fête, un habit spécial de tissu de soie à fond bois de rose, orné de fleurs de la précieuse solanée. |
En même temps, la pomme de terre se propage dans d’autres pays d'Europe. Il en est ainsi en Allemagne après la famine de 1770 (et on voit déjà le rôle de la pomme de
‘ de terre dans la prévention des famines); elle se propage
aussi en Suisse et dans les Pays-Bas. Sa culture se développait beaucoup plus vite dans d’autres pays, tels l'Angleterre et l'Écosse.
On ne peut être que frappé du temps que mit la pomme de terre à entrer définitivement dans l’alimentation habituelle de l’homme et des efforts qui furent nécessaires pour arriver à ce résultat.
En effet la pomme de terre fut dès l’abord un objet de répulsion. On l’accusa de donner la lèpre et les fièvres. On l’appela la « plante du diable ». Sa: mauvaise réputation remonte à son introduction car DE L'ÉCLUSE écrivait déjà au xvi® siècle : « On m’a raconté que les Bourguignons se sont à présent interdit l'usage de ces tubercules parce qu’ils sont persuadés que c’est un manger qui donne la lèpre et ils les appellent les artichauts des Indes. »
Un Arrêt de la Cour souveraine de Lorraine, du 28 juin 1715, porte : « Quoique cette constatation ne soit créée qu’au sujet d’un fruit vil et grossier qui semble plutôt destiné à la nourriture des animaux plutôt qu’à celle des hommes. 1».
Un médecin suisse, dans L'art de guérir soi-même, les accuse également : « Les écrouelles sont communes en Suisse où le bas peuple se nourrit surtout de pommes de terre. »
Il suffisait qu’une épidémie vienne à se déclarer dans une localité où la pomme de terre était cultivée pour qu'immédiatement on lui en attribuât la cause. C’est ainsi que des épidémies, survenues dans le Midi à la suite d’une famine, furent attribuées par éertains médecins à son usage et la Faculté dut émettre un avis opposé.
Puis on la considéra comme bonne uniquement au
ndti a
du