‹ La valeur d'après-guerre de la terreChapitre 15 sur 21 · Jacques Bainvillb, Comment placer sa fortune · texte numérisé non relu

Jacques Bainvillb, Comment placer sa fortune

revanche ils y trouveront un asile sûr pour leurs capitaux et la sécurité du lendemain. La terre est et restera la partie la plus solide de toutes les fortunes.

Les meilleurs placements terriens seront toujours les prairies, les domaines d’élevage et les bons bois pourvus de fortes réserves. Ils devront écarter autant que possible les propriétés dont les bâtiments sont en mauvais état, car les réparations auraient vite fait d’absorber les faibles revenus qu’ils en retirent. Si les revenus sont peu élevés actuellement, ils peuvent espérer néanmoins, une certaine amélioration dans l’avenir, car normalement un certain équilibre devrait se rétablir entre le capital foncier et le montant des fermages. Ce rétablissement semble cependant demander un certain temps car il se heurte à bien des obstacles. Malgré cela, on doit constater que la hausse des fermages est commencée dans plusieurs régions et qu’il est possible qu’elle se généralise assez vite.

Les placements en biens ruraux, en raison même de leur exceptionnelle sécurité, ne donneront pas des revenus bien élevés ; ces revenus sont en ce moment très faibles surtout si on les compare à ceux qu’il est possible d’obtenir au moyen des placements mobiliers et ils sont bien amoindris par les charges qu’ils comportent e\ qui s’accroîtront encore. Cette insuffisance des revenus est, il est vrai, susceptible d’être compensée dans l’avenir par une appréciable augmentation de valeur. Mais cela n’ofïre pas une absolue certitude. f

Une propriété rurale, pour un capitaliste qui ne cultive pas lui-même, nepeut guère constituer qu’une fraction de son" patrimoine. S’il y engageait toute sa fortune il risquerait fort d’amoindrir trop fortement ses revenus et de se trouver dans une situation très gênée.

Ceci nous amène à conclure que les acquéreurs naturels des biens ruraux sont les cultivateurs ou ceux qui achètent pour cultiver; eux seuls peuvent vraiment trouver dans les placements fonciers tous les profits qu’ils sont susceptibles de donner et eux seuls peuvent payer normalement les prix de plus en plus élevés atteints par la terre.

Celte expropriation progressive des rentiers du sol, c’est-à-dire des propriétaires non exploitants, par les cultivateurs, qui s’effectue pacifiquement sous nos yeux, est un phénomène d’une grande portée tant dans l’ordresocial que dans l’ordre économique.

Au point de vue économique notamment, il faut bien reconnaître que l’exploitation directe est supérieure au fermage, et que ce dernier mode d’exploitation a eu chez nous, jusqu’ici, une importance un peu trop grande (36 0/0 des surfaces cultivées). Il demande, pour donner de bons résultats, des baux de longue dupée, analogues à ceux usités dans les grandes fermes de l’Ile-de-France et de quelques régions. Mais les baux 3, 6, 9, sont de beaucoup les plus nombreux. Le fermier, détenteur temporaire du sol, nepeut entreprendre des améliorations foncières dont il n’est pas certain de bénéficier. Le propriétaire s’en désintéresse généralement parce qu’elles ne lui paraissent pas assez rémunératrices. Il y a là une opposition d’intérêts qu’on a vainement cherclié à concilier ; ils sont en effet inconciliables. C’est pour celte raison que l’on trouve en France trop de bâtiments ruraux délabrés, trop de terres non drainées qui pourraient l’être avantageusement, trop de propriétés mal exploitées.

En présence du mouvement foncier que nous venons de décrire et qui se caractérise par la progression très réelle de la propriété paysanne, on s’est trop hâté de conclure, dans certains milieux, que tout était pour le mieux, puisque le problème agraire se résolvait de lui-même. Malgré le puissant intérêt des mutations qui s’opèrent en ce moment, malgré les apparences brillantes du mouvement de hausse, nous ne devons pas oublier les pénibles réalités de notre situation démographique. Ce n’est pas parce que les fermiers achètent des terres et que ces terres se vendent plus cher, que les campagnes se repeuplent. La population agricole française, déjà fortement diminuée avant la guerre, a encore fléchi de 1.500.000 unités du fait de celle-ci. Les ouvriers agricoles continuent à quitter les travaux des champs et à émigrer vers la ville. Le vide se produit à la

base meme de notre édifice social (1). Notre pays est menacé d’un danger mortel et le temps qui nous reste pour y faire face nous est très mesuré .

Page 1