‹ La valeur d'après-guerre de la terreChapitre 14 sur 21 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Il résulte de tout ce que nous venons d’exposer que ce sont surtout les vignes et les prés qui ont bénéficié le plus fortement du mouvement de hausse.

Pour les vignes, la hausse est la résultante des cours extrêmement élevés atteints par le vin qui a quadruplé de valeur depuis 1914. Les valeurs foncières viticoles sont des valeurs qui se prêtent beaucoup à la spéculation. Ce ne sont pas ce qu’on peut appeler des valeurs de père de famille. Les cours atteints actuellement peuvent se maintenir longtemps encorè, mais nous pouvons aussi revoir les périodes de crise que nous avons connues autrefois (crise phylloxérique, crise de mévente). En attendant, ils montent toujours.

Après les vignes, les près se classent en seconde ligne avec une hausse partout très accentuée. Cette hausse offre un caractère beaucoup plus stable, car, pour cette catégorie de biens, la question de la main-d’œuvre exerce bien moins son action modératrice.

En Normandie et notamment dans la vallée d’Auge, les relèvements constatés sont très importants et ils portent même sur les locations faites, il est vrai, pour de courtes durées.

Partout un domaine d'élevage constitue , à l'heure actuelle , le placement le plus sérieux qui soit .

Pour les bois , il faut faire une distinction entre les taillis simples ou les taillis sous futaie à faibles réserves et les taillis sous futaie bien réservés . Les premiers ont bénéficié des prix extraordinaires atteints par le bois de feu et les menus bois pendant#la guerre ; mais voici la charbon-

nette qui redescend rapidement aux prix désastreux d’avant la guerre. Aussi la valeur des taillis situés dans les régions où l’écoulement des bois de feu ne peut être assuré que parla vente au commerce (Nivernais par exemple) est-elle menacée d’une sérieuse diminution ; nous craignons un retour à la mauvaise situation d’avant la guerre et cela d’autant plus que les difficultés de transport s’accentuent tous les jours. Puissions-nous nous tromper ! Au contraire, dans les régions où la vente des bois est assurée surplace (Bresse par exemple), la hausse des taillis peut se consolider en raison delà pénurie de charbon.

Par contre, les taillis sous futaie pourvus de fortes réserves et exploités à vingt-cinq ou trente ans, qui ont bénéficié d’une forte hausse pendant la guerre, consolideront certainement cette hausse et peut-être l’accentuerontils encore. En effet, non seulement le bois d’œuvre (chêne) se vend sur pied avec une hausse de 50 0/0, mais les tiges moyennes ont un débit assuré et rémunérateur comme étais de mines. Ces bois, qui représentaient avant la guerre des valeurs très sûres constituent des placements plus solides et plus intéressants que jamais.

Les terres ne viennent qu’en quatrième rang et dans certaines régions de culture pure, sans élevage, et où le problème de Iq main-d’œuvre est difficile à résoudre, la hausse est parfois peu accusée. Il en est de même des régions très morcelées de l’Est.

Pour résumer notre pensée surv l’intérêt des placements terriens, nous pouvons rappeler ici ce que nous écrivions en 1914(1) :

« La terre est la richesse par excellence, celle d’où procèdent toutes les autres et sans laquelle celles-ci ne sauraient exister... Elle a subi à travers les siècles des sorts bien divers, mais elle a toujours repris sa place avec avantage. Que demain une secousse politique ou sociale ébranle les nations ; que les Etats cessent momentanément de faire honneur à leurs engagements ; les grandes sociétés

v a leur de la terre en France, p. 53.

financières ou industrielles de distribuer des dividendes, et voici les rentiers réduits à la misère ; cela n’empêchera pas la terre de donner le nécessaire et même le .superflu à ceux qui la cultivent.

« La propriété rurale possède une valeur intrinsèque indestructible qui lui assure, toutes autres influences mises à part, une prééminence certaine sur les autres formes de la richesse. »

L’un des meilleurs observateurs des événements actuels, M. Jacques Bainville, dans un livre tout récent et qu’il faut lire (1), a écrit fort justement : •« Quelques années avant la guerre, une personne qui faisait l’acquisition d’une ferme semblait déraisonnable et, en tout cas, rétrograde ef attachée aux préjugés d’un autre âge... Les épreuves de la guerre ont bien changé ce point de vue et montré que les vieilles habitudes de placement étaient sages et fondées sur l’expérience.

« Un- spirituel Parisien venu, comme presque tous les Parisiens, de province, nous disait un jour : a Ayant quel- « ques économies, je les avais placées en fonds russes. Et « j’ai pensé au pré que mon père aurait acheté avec cet « argent là. Au moins le pré serait toujours là. »

« Non seulement le pré serait à sa place mais sa valeur se serait considérablement accrue. Un des effets de la guerre a été d’augmenter presque partout le prix de la terre et des maisons, La dépréciation des billets de banque, la méfiance pour tout ce qui est papier a eu pour conséquence que les valeurs réelles ont été recherchées et quelle valeur est plds réelle que la terre d’où part toute richesse ? La véritable richesse est là. »

Dans les temps difficiles que nous traversons, il faut surtout chercher à conserver le capital, plutôt que de s’efforcer de maintenir le revenu. La terre se prête mieux que tout autre placement à cette conservation.

Quant à sa valeur, elle est liée de plus en plus étroitement à notre situation monétaire: « Plus la monnaie d’un

1; Jacques Bainvillf, Comment placer sa fortune , p. 34, Nouvelle Librairie Nationale, Paris,! 910,

pays est dépréciée et plus la terre est recherchée, plus elle vaut cher. La hausse de la terre est même un. signe précurseur de crise de toutes les autres valeurs, y compris le papier-monnaie (1). »

Si notre circulation fiduciaire s'accroît, si le pouvoir d’achat du billet de banque continue à diminuer, la valeur de la terre continuera à monter. Nous ne voyons pas encore comment notre situation monétaire pourra s’améliorer. C'est la planche à billets qui est en ce moment le principal régulateur des valeurs foncières comme de toutes les autres valeurs .

Si nous supposions (c’est une pure hypothèse), que nous puissions revenir à bref délai à la monnaie métallique, il n’est pas douteux que toutes les valeurs diminueraient dans d’énormes proportions et que la terre payée en or vaudrait moins qu’avant la guerre. Mais cela est tout à fait impossible dans les circonstances actuelles.

Il est fort possible que, sous l’influence de la dépréciation du papier-monnaie la valeur de la terre s’élève encore. Dans quelles proportions ? Nous lien savons rien et nous ne pouvons pas le savoir, car bien des évènements nouveaux , économiques ou sociaux , peuvent intervenir et changer encore la face des choses .

La notation de la valeur de la terre échappe de plus en plus à toute prévision, car de même qu’il était impossible de supposer, en 1914, que la guerre durerait plus de quatre ans, et que notfre circulatiou fiduciaire passerait de 6 milliards à 38 milliards, il est impassible aujourd’hui de dire quelle sera notre situation monétaire de demain. Celle-ci est, en effet, étroitement liée à notre situation financière qui est complexe et difficile.

On peut sans crainte, — et quels que soient les cours futurs, — acheter des terres. C’est le placement le plus sûr de l'heure présente.

Pour les capitalistes non exploitants, ces placements ne peuvent leur offrir que de maigres revenus ; mais en

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