‹ La valeur d'après-guerre de la terreChapitre 6 sur 21 · IV. — Auvergne · texte numérisé non relu

IV. — Auvergne

Avant la guerre, la situation foncière en Limagne était très mauvaise. Elle s’est bien assainie, et les ventes se font maintenant très aisément. On peut admettre une augmentation d’ensemble de 20 à 50 0/0.

C'est ainsi qu’une propriété située à Artonne (Puy-de- Dôme), estimée 38.000 francs en 1914, a été adjugée, en 1919, malgré son mauvais état, 59.000 francs. Elle comprenait un pré-verger très important.

La plus forte augmentation porte sur les prés-vergers qui donnent, presque sans travail, des revenus extrêmement élevés. Les vignes, qui se vendaient excessivement mal en 1914, ont repris une grosse valeur, et les parcelles bien situées se vendent 4.000 à 6.000 francs l’hectare.

Mais il faut remarquer que les petites parcelles de terre

(inférieures à 15 ares) continuent à se vendre difficilement, et fréquemment elles ne trouvent pas d’acquéreurs. C’est là un des effets du morcellement.

Dans les communes très mcfrrcelées de la Limagne l’exode vers les puissantes usines de Clermont-Ferrand continue (Michelin: 10. OOOouvriers ; Begougnan : 3.500 ouvriers). Ces# usines augmentent constamment leur personnel et on parle de 15.000 ouvriers pour la première. Un demos collègues nous fait, au sujet de deux jeunes cultivateurs de sa commune, entrés récemment comme manœuvres chez Michelin, les observations suivantes: « Ce sont des fils d’un petit propriétaire cultivateur dont la propriété très morcelée ne se prête plus à une culture rémunératrice. Tous deux sont très sérieux et très laborieux. Il est certain que si, au lieu de posséder des parcelles dispersées aux quatre coins de la commune ils avaient eu à cultiver une petite propriété bien groupée ils seraient encore cultivateurs. L’aîné gagne 17 francs par jour, en travaillant huit heures; il économise 100 à 150 francs par mois. On peut juger par cet exemple de ce que peut être le retour à la terre dans toute la Limagne. Voilà des jeunes gens qui fabriquent des pneus dont 50 0/0 peut être serviront à faire rouler des oisifs, alors que quelques nouvelles parcelles de terre sont livrées au chiendent. Il n’y a d’autre remède à cette crise que celui que vous préconisez : regroupement de la propriété et reconstitution de la propriété paysanne. »

Dans la montagne du Puy-de-Dôme, qui subissait aussi aine forte crise foncière en 1914, la reprise est très nette. Un domaine de 64 hectares situé dans la montagne (commune d’Egliseneuve d'Enti aygues),estiraé 30.000 francsen 4914, a été acheté 46.000 francs par le fermier. Si les prix des produits agricoles, et notamment du fromage, se maintiennent, il est fort possible que la hausse s’accentue encore.

Les acquéreurs sont presque toujours les cultivateurs : propriétaires exploitants, fermiers ou métayers. On trouve peu d’achats parles capitalistes urbains enrichis par la guerre. Les fermiers dans la montagne économisent chaque *mnée plusieurs fois le montant de leur fermage.

Avant la guerre les fermiers n’achetaient pas et les gros domaines à vendre étaient surtout achetés par les émigrants enrichis dans le négoce. Ceux-ci sontremplacés aujourd’hui par les fermiers.

Un notaire important de cette région nous signalait récemment que les propriétaires étaient en fait expropriés progressivement par leurs fermiers. Excédés par les demandes en réduction et les demandes de réparations, mis brusquement enprésence d’un prix de vente inespéré autrefois et susceptible d’un remploi avantageux en rentes françaises, ils vendent.

Dans la Limagne,les transactions immobilières actuelles s 3 traduisent parfois par une accentuation du morcellement ; les marchands de biens mettent en poussière de parcelles les quelques domaines agglomérés qu’on y trouve encore. Leur action dans ce sens est néfaste.

Ce phénomène ne se produit pas dans le Bourbonnais, où les ventes se font par domaines ou par fractions de domaines, et où elles correspondent, par conséquent, à des divisions normales.

L’activité des transactions est très grande actuellement. Très ralentie pendant la guerre, elle est aujourd’hui trois ou quatre fois plus considérable. Les annonces de ventes absorbent les quatrièmes pages des journaux locaux.

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