I 2. — IDENTITÉ DE DEUX POINTS
Qu'est-ce qu'un point? Comment saurons-nous si deux points de l'espace sont identiques ou différents? Ou, en d'autres termes; quand je dis: l'objet A occupait à l'instant a le point qu'occupe l'objet B à l'instant p, qu'est-ce que cela veut dire?
Tel est le problème que nous nous sommes posé au chapitre précédent, § 4. Comme je l'ai expliqué,
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j1 ne ë'agit pas de comparer les positions des objets A et B dans l'espace absolu; la question n'aurait alors manifestement aucun sens; il s'agit de comparer les positions de ces deux objets par rapport à des axes invariablement liés à mon corps, en supposant toujours ce corps ramené à la même attitude.
Je suppose qu'entre les instants a et f>, je n'aie bougé ni mon corps, ni mon œil, ce dont je suis averti par mon sens musculaire. Je n'ai remué non plus ni ma tête, ni mon bras, ni ma main. Je constate qu'à l'instant a des impressions que j'attribuais à l'objet A m'étaient transmises les unes par une des fibres de mon nerf optique, les autres par un des nerfs sensitifs tactiles de mon doigt ; je constate qu'à l'instant ^, d'autres impressions que j'attribue à l'objet B me sont transmises, les unes par celte même fibre du nerf optique, les autres par ce même nerf tactile.
Il est nécessaire ici de m'arrêter pour une explication ; comment suis-je averti que cette impression que j'attribue à A, et celle que j'attribue à B et qui sont qualitativement diiTérentes me sont transmises par le même nerf? Doit-on supposer, pour prendre par exemple les sensations visuelles, que A produit deux sensations simultanées, une sensation purement lumineuse a et une sensation colorée a', que B produit de même simultanément
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une sensation lumineuse b et une sensation colorée b\ que si ces diverses sensations me sont transmises par une même fibre rétinienne, a esl identique à b, mais qu'en général les sensation? colorées a' et b' produites par des corps différents sont différentes. Dans ce cas ce serait l'identité dv la sensation a qui accompagne a' avec la sensation b qui accompagne b', ce serait cette identité, dis-je, qui nous avertirait que toutes ce^ sensations me sont transmises par la même fibre.
Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, et bien que je sois porté à en préférer d'autres notablement plus compliquées, il est certain que nous sommes avertis de quelque façon qu'il y a quelque chose de commun entre ces sensations a -\- a' al b -{- b\ sans quoi nous n'aurions aucun moyen de reconnaître que l'objet B a pris la place de l'objet A.
■Je n'insiste donc pas davantage et je rappelle rhypothèse que je viens de faire : je suppose que j'aie constaté que les impressions que j'attribue à B me sont transmises à l'instant ^ par ces mêmes libres tant optiques que tactiles qui, à l'instant a, m'avaient transmis les impressions que j'attribuais à A. S'il en est ainsi, nous n'hésiterons pas à déclarer que le point occupé par B à Finslant f est identique au point occupé par A à l'instant a.
Je viens d'énoncer deux conditions pour que ces deux points soient identiques; l'une est relative
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à la vue, l'autre au toucher. Considérons-les séparément. La première est néce^^saire, mais n'est pti^î suffisante. La seconde est à la fois nécessaire cl suffisante. Queiqu'iin qui saurait la géométrie, l'expliquerait aisément de la manière suivante : Soit 0 le point de la rétine où se forme à Tinstant a l'image du corps A ; soit M le point de l'espace occupé à l'instant a par ce corps A; soit M' le point de l'espace occupé à l'instant ^ par le corps 13. Pour que ce corps B forme son image en 0, il n'est pas nécc-^^aiie que les points M et M' coïncident ; comme la vue s'exerce à distance, il suffit que les trois points 0 M M' soient en lignedroite. Cette condition que les deux objets forment leur image en 0 est donc nécessaire, mais non suffisante pour que les points M et M' coïncident. Soio maintenant P le point occupé par mon doigt et où il reste puisqu'il ne bouge pas. Comme le loucher ne s'exerce pas à distance, si le corps A touche mon doigt à l'instant a, c'est que M et P coïncident ; si B touche mon doigt à j 'instant p, c'est que M' et P coïncident. Donc M et M' coïncident. Donc cette condition que si A touche mon doigt à l'instant a, B le touche à l'instant ^, est à la fois nécessaire et suffisante pour que M et M coïncident.
Mais nous qui ne savons pas encore la géométrie, nous ne pouvons raisonner comme cela j tout
ce que nous pouvons faire, c'est de constater expérimentalement que la première condiLion relative à la vue peut être remplie sans que le soit la seconde, qui est relative au toucher, mais que la seconde ne peut pas être remplie sans que la première le soit.
Supposons que l'expérience nous ait appris le contraire. Cela se pourrait, et cette hypothèse n'a rien d'absurde. Supposons donc que nous ayons constaté expérimentalement que la condition relative au toucher peut être remplie sans que celle de la vue le soit et que celle de la vue au contraire ne peut pas l'être sans que celle du toucher le soit. Il est clair que, s'il en était ain;?i, nous conclurions que c'e=t le toucher qui peut s'exercer à distance, et que la vue ne s'exerce pas à distance.
• Mais ce n'est pas tout ; jusqu'ici j'ai supposé qu« pour déterminer la place d'un objet, je faisais usage seulement de mon œil et d'un seul doigt ; mais j'aurais tout aussi bien pu employer d'autres moyens, par exemple tous mes autres doigts.
Je suppose que mon premier doigt reçoive à l'instant a une impression tactile que j'attribue à l'objet A. Je fais une série de mouvements, correspondant à une série S de sensations musculaires, i A la suite de ces mouvements, à l'instant a/ mon second doigt reçoit une impression tactile que