‹ La valeur de la scienceChapitre 16 sur 32 · ROLE DES CANAUX SEMI-CIRCULAIRES · texte numérisé non relu

ROLE DES CANAUX SEMI-CIRCULAIRES

Je n'ai pas parlé jusqu'ici du rôle de certain* organes auxquels les physiologistes attribuent avec raison une importance capitale, je veux parler des canaux semi-circulaires. De nombreuses expériences ont suffisamment montré que ces canaux sont nécessaires k notre sens d'orientation ; mais les physiologistes ne sont pas entièrement d'accoi^ ; deux théories opposées ont élé proposées, celle de Mach-Delage et celle de M. de Cyon.

M. de Cyon est un physiologiste qui a illustré son nom par d'importantes découvertes sur Tinnervation du cœur; je ne saurais toutefois partager ses idées sur la question qui nous occupe. N'étant pas physiologiste, j'hésite à critiquer les expé-

rieoct'S qu'il a dirigées contre la théorie adverse de Mach-Delage ; il me semble cependant qu'elles ne sont pas probantes, car dans beaucoup d'entre elles on faisait varier la pression dans un des canaux tout entier, tandis que, physiologiquement, ce qui varie, c'est la différence entre les pressions sur les deux extrémités du canal ; dans d'autres, les organes étaient profondément lésés, ce qui devait en altérer les fonctions.

Peu importe d'ailleurs ; les expériences, si elles étaient irréprochables, pourraient être probantes contre la théorie ancienne. Elles ne pourraient l'êlro /;oîfr la théorie nouvelle. Si, en eftet, j'ai bien compris la théorie, il me suffira de l'exposer pour qu'on comprenne qu'il est impossible de concevoir une expérience qui la confirme.

Les trois paires de canaux auraient pour unique fonction de nous avertir que l'espace a trois dimensions. Les souris japonaises n'ont que deux paires de canaux; elles croient, paraît-il, que Tespace n'a que deux dimensions, et elles manifestent cette opinion de la façon la plus étrange ; elles se rangent en cercle, chacune d'elles mettant le nez sous la queue de la précédente, et, ainsi rangées, elles se mettent à tourner rapidement. Les lamproies, n'ayant qu'une paire de canaux, croient que l'espace n'a qu'une dimension, mr^is leurs manifestations sont moins tumultueuses.

l'espace et ses trois dimensions 135

Il est évident qu'une semblable théorie n'est pas admissible. Les organes des sens sont destinés à nous avertir des changements qui se produisent dans le monde extérieur. On ne comprendrait pas pourquoi le créateur nous aurait donné des organes destinés à nous crier sans cesse : Souviens-toi que l'espace a trois dimensions, puisque le nombre de ces trois dimensions n'est pas sujet au changement.

Nous devons donc en revenir à la théorie de Mach-Delage, Ce que peuvent nous faire connaître les nerfs des canaux, c'est la dilTcrence de pression sur les deux extrémités d'un même canal, et par là :

1* La direction de la verticale par rapport à trois axes invariablement liés à la tête ;

2' Les trois composantes de Taccéiération de translation du centre de gravité de la tête;

3° Les forces centrifuges développées ]»ar la rotalion de la tête ;

4** L'accélération du mouvement de rotation de la tête.

Il résulte des expériences de M. Delage que c'est cette dernière indication qui est do beaucoup la plus importante ; sans doute parce que les nerfs sont moins sensibles à la différence de pression elle-même qu'aux variations brusques de celte différence. Les trois premières indications peuvent ainsi être négligées.

iSÔ - VALEUR DE LA SCIENCE

Gonnaisscrit l'accélération du mouvement de rotation de la tète à chaque instant, nous en déduisons, par une intégration inconsciente, l'orientation finale de la tête, rapportée à une certaine orientation initiale prise pour origine. Les canauz circulaires contribuent donc à nous renseigner sur les mouvements que nous avons exécutés, et cela au même titre que les sensations musculaires. Quand donc, plus haut, nous parlions de la série S ou de la série S, nous aurions dû dire, non que c'étaient des séries de sensations musculaires seu-. lement, mais que c'étaient des séries à la fois de sensations musculaires et de sensations dues aux canaux serai-circulaires. Âpart cette addition, nous n'aurions rien à changer à ce qui précède.

Dans ces séries S et S, ces sensations de canaux semi-circulaires tiennent évidemment une place tout à fait importante. A elles seules elles ne suffiraient pas cependant ; car elles ne peuvent nous renseigner que sur les mouvements de la tête, elles ne nous apprennent rien sur les mouvements relatifs du tronc ou des membres par rapport à la tête. De plus, il semble qu'elles nous renseignent seulement sur les rotations de la tête et non sur les translations qu'elle peut subir.

deuxièmp: partie

Page 1