La valeur du témoignage historique du Pasteur d'Hermas
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DU
• rm* 1i t
En dehors des théologiens et des historiens de fantîque littérature chrétienne, trèspen de chrétiens connaissent, même simplement de nom, l'écrit assez étendu qui porte 1« titre de O îloifX'^v, « le Pastei^v, et qui a pour auteur un certain Hermas , chrétien vivant à Borne dans la preimière moitié du ii* siècle. Il n^en a pa« toujours été ainsi. Ce recueil de Visions, dln^ructions morales et de Paraboles a joui, dans la primitive Eglise, d'une autorité égal€ à celle de la plupart des livres qui composent aujourd'hui le Nouveau Testament. Il ne s'en est pas fallu de beaucoup qu'il ne fût admis dans le Canon, et assurément il y avait autant de titres que tel autre écrit, longtemps moins estimé, p. ex. la seconde Epître de Pierre ou celle de Jud«. La popularité dont il a joui parmi ses contemporains prouve que les idées et les sentiments qui l'inspirent répondaient à l'état d'esprit de la majorité des chrétiens de ce temps. Ce n'est donc pas un témoignage purement individuel qu'il nous apporte, mais l'écho de dispositions qui avaient cours dans une grande partie des anciennes communautés chrétiennes. Pour bizarres que nous paraissent actuellement certaines conceptions de l'auteur, elles ne le sont certes pas plus que les visions de l'Apocalypse canonique. Cette bizarrerie même ne saurait d'ailleurs diminuer en rien la valeur de son témoignage historique, puisqu'elle
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n'existe que pour notre goût moderne et ne choquait pas les chrétiens du second siècle.
Le Pasteur, il est vrai, est une apocalypse ou plutôt un recueil de Révélations, et les écrits apocalyptiques ne passent pas pour être des documents d'une solide autorité historique. Us nous renseignent, sans doute, sur les espérances, les dispositions morales et religieuses, sur la philosophie de l'histoire de leurs auteurs et de leurs destinataires, mais on n'y trouve guère de données positives .sur les événements historiques, les institutions, les mœurs et les pratiques de leurs contemporains. Ce sont des drames, des spéculations historiques, des successions de tableaux fantasmagoriques, où il semble à peu près impossible de retrouver des réalités sous le travestissement que l'ardente imagination des voyants leur a fait subir. L'étude critique des apocalypses, cependant, a permis de reconnaître que, même dans les plus échevelées, il y a beaucoup plus de réflexion, de logique interne et de subordination de l'imagination aux besoins de la cause à défendre, qu'il ne semble à première vue. A combien plus forte raison en est-il ainsi dans l'œuvre d'Hermas.
Le Pasteur, en effet, est une apocalypse, puisque l'auteur enregistre des révélations qui lui sont faites, tantôt par une femme personnifiant l'Église (dans les Visions)^ tantôt par l'ange de la repentance qui est en même temps le génie protecteur d'Hermas,. son UotiJLrlv (dans les Mandata et dans les Similttudesy^\ et qu'ii a reçu mission de communiquer à tous les fidèles. Mais ce n'est à aucun degré une œuvre du même genre que les apocalypses juives ou chrétiennes composées d'après le type devenu classique de celle
(') Ange de la repentance : VU. , V, in fine; Mand., I V, a . a , 3 . 5 ; XII , 6 . i ; Sim., VI, 3.6; VII, 6; VIII, a. 5, 3.5, ii.i. — Ange protecteur d^Hermas : VU,, V, a; Mand., IV, a . i , â . 3 ; XII, 6.6. — Ange protecteur de tous les fidèles : Mand., lY, 4.4; XII, 6.i; Sim., V, 3.û; VI, i.4; VII, 6. — II s'adresse à Hermas individueltement pour que celui-ci transmette la révélation à tous : Mand. , XII, 3 . 3 , & . 7, 6.1; Sim. , VIII, 6.3, 11, etc.
de Daniel. Hermas ne brosse pas de grands tableaux symboliques et mystérieux do l'histoire du monde, ne prédit pas les événements qui se dérouleront d'après le plan divin jusqu'à ce que vienne la fin ; il n'y a chez lui aucune scénerie à gi'and orchestre où l'action tient toute la place et où la leçon morale ressort de la succession des faits , au lieu d'être nettement exprimée dans des exhortations ou des instructions parénétiques. Le genre apocalyptique tel que nous le trouvons dans le Pasteur est beaucoup plus simple et plus clair. II se rapproche parfois de la parabole évangélique et plus souvent encore du symbolisme des prophètes d'Israël. Ses images, transparentes par elles-mêmes, sont toujours accompagnées d'abondantes explications elles aussi révélées, à tel point que la forme apocalyptique n'y a plus de raison d'être. Le but de l'auteur est tout pratique, tout moral. Il veut ranimer le zèle de ses lecteurs, relever leur niveau moral. Beaucoup de chrétiens, en effet, ont oublié leur vocation et sont retombés dans le péché ; il reste encore un grand nombre de gentils à sauvt^r. Aux uns et aux autres Hermas rappelle que la fin est proche; cette annonce du jugement imminent et de la sanction qu'il comporte pour les différentes catégories d'hommes est, à proprement parler, l'élément apocalyptique du Pasteur, Mais il est à l'arrière-plan. L'auteur s'adresse à un public auquel il n'est plus nécessaire d'inculquer une pareille conviction ; elle est acquise. Il ne se propose pas de faire connaître les péripéties du grand drame final ni les signes précurseurs de la crise suprême. Il n'y a pas de drame dans sa conception. Le jugement est une simple constatation de l'état moral de chaque individu ; la destinée qui lui est réservée, mais dont Hermas se garde prudemment de donner une description quelque peu précise, n'est que le résultat ou, en quelque sorte, le prolongement de l'état daiis lequel il se trouve au moment du jugement. Ainsi, dans la Vision de la tour construite sur les eaux (== l'Eglise )(^^ les diffé-
(i^ Vmo III. La môine image est reprise spus une forme un peu diiïérenle dans la XI° Siniililude.