SCIENCES RELIGIEUSES. I9OO
rentes formes et les divers genres de pierres représentent les multiples catégories de natures morales ; ces pierres sont employées dans la construction par les anges , ou renvoyées pour être taillées à nouveau, ou enfin rejetées définitivement, quitte à être utilisées ultérieurement, après avoir été soumises à une série d'épreuves, dans une construction moins importante. De même dans la Parabole des branches de saule (la viii''), l'état de chaque branche symbolise une classe d'hommes : ceux qui ont souffert pour la loi du Seigneur, les justes, les apostats, les tièdes, les ambitieux, les hommes absorbés par leurs intér^ matériels , les riches orgueilleux, etc.
Ce qui tient à cœur à Hermas, c'est de rappeler à tous qu'il est encore temps de se repentir. Voilà la thèse fondamentale et caractéristique sur laquelle il revient sans cesse et sous toutes les formes. U ne suffit pas, pour être sauvé, d'appartenir à la communauté des saints et des justes, par une simple affiliation extérieure, caries saints qui se sont de nouveau abandonnés au péché ont perdu le privilège que le Seigneur leur avait accordé. Cependant ils ne l'ont pas perdu irrémédiablement ; par une révélation spéciale. Dieu leur accorde la faculté de se repentir encore une fois, mais ils sont arrivés au dernier dâai. S'ils ne profitent pas de la concession qui leur est faite et qu'Hermas a reçu mission de leur annoncer, ils seront définitivement exclus de l'Église.
Pour les gentils, au contraire, la possibilité de se repentir reste ouverte jusqu'au dernier jour (^). Ceux-ci sont moins coupables, en effet, que les St^v)^oi^ ceux qui ne sont ni vivants ni morts, ceux qui connaissent la vérité et les commandements du Seigneur et qui continuent néanmoins à vivre pour le monde et pour leurs désirs, au lieu de mettre toute leur confiance en Dieu et de se
('^ Voir notamment, parmi beaucoup iFautres, les passages suivants : Vu,, I, 1.9, 3.â;II, 9, 1 à 5; III, 9. s, d.s, 5.5, \'è*k\ Mand., IV, 3; Sim,^ VIII, 6 et 7, 11 .3; IX, ]3 et \k»
donner à Lui seui^^). Hermas est, à notre eonnaksanee , le premier écrivain chrétien qui ait abordé cette grave question destinée à susciter de longues et redoutables eontroverses dans l^glise et que la prétention des i^^aiiers chrétiens d'être l'Eglise des saints [Sytoi) devait nécessairement soulever: ^ Qu advieat-il du frère qui, après avoir été admis dans la communauté des saints, retombe dans le péché? Est-il irrémé^bleDoent perdu, ou bien y a-t-il encore pour lui reeimrs en use nouvelle niisério(»rde divine ? ?) La doctrine catholique de la pénitence est en germe dans le Patleur, quoique celui-ci soit encore bien loin d'un syi^me péniteatiel quelconque.
Dans ces conditions , la valeur de l'écrit comme témoignage historique sur l'état moral et religieux , voire même sur la situation ecclésiastique de son entourage, est singulièrement plus grande que si l'on avait a&ire à une apocalypse du genre classique. Quand Hermas s'en prend aux riches, parce qu'ils ne sont préoccupés que de leurs affaires et de leur argent, au détriment de la foi et de la consécration à Dieu, on est en drmt de conclure qu'il y avait dans la dbrétienté à laquée il s'a^sse des fidèles abondamment poui*vus des biens de la fortune , et l'on constate que , chez les ardmts et les purs, ils étaient l'objet de jugeiaeots peu favorables (^). Il est inadmismble, en effet, que l'auteur eAt insisté, comme il le fait, sur les dangers de la richesse dans l'oeuvre de salut, s'il n'y avait pas eu de riches parmi ses coreligionnaires. La
(i) \oirVi$., Il, a. 5; m, 10.9; IV, «.4 et 5; M«n<«.,;iX, X, XI; «m., II, 5; IV, 5-6; VI, imL; ViU, 7.1,8.1. A rapprodier de DidadU, IV, k : o^ it^uxiht^f 'wytepov ialcu ij ou, La St^x^xM^ ^^^^ P^^ ^^ «r duplicité» ni «rhypocriaie» ; c^est Tétat d'àme de celui qui n*a pas une foi pleine et entière , mais dont le cœur est partagé entre Dieu et le monde. C'est sous une autre forme la même pensée que rÉvangile exprime ainsi : «r On ne peat servir à la fois Dieu et Mammoa».
W Voir Fm., 111,6.5 à 7^ 9.3 à 6; AfaW.,II, 4 à 5; 5i«., I; IV, 5; VIII, 8.1 à 3 et 9 . 1 , et surtout la charmante parabole de TOrmeau et de la Vigne , où il est montré comment le riche doit soutenir le pauvre de ses biens, tandis que le pauvre apporte au riche le secoui-s de ses prières et de sa foi (Sim,, II).
même conclusion s'impose pour les autres censures prononcées par le prophète.
Il est généralement admis, aujourd'hui comme dans l'antiquité, que le Pasteur a été composé à Rome. Même ceux qui lui attribuent des origines plus anciennes que ne le veut la tradition, reconnaissent qu'il a reçu sa rédaction définitive à Rome. Le témoignage historique de ce document s'applique donc tout spécialement et par excellence à cette première communauté romaine , sur laquelle il nous est particulièrement précieux d'être renseignés et dont on se plaît trop souvent à déclarer que nous ne savons rien, alors qu'il n'en est pas une autre, sur laquelle nous ayons plus de documents. N'est-ce pas de Rome que nous viennent la I"* et la WEpître de Pierre ? VEpître aux Hébreux est écrite de Rome ou adressée à des chrétiens de Rome. C'est de Rome encore que provient YEpitre de CUmeiU aux Coriniliietu. Ajoutons-y le Pasteur d'Ilermas et nous voici en possession d'une série d'écrits qui couvrent la période de l'an 80 à i'an 1 ko environ et qui apportent des témoignages concordants, autant par leur silence sur des institutions dont il est impossible qu'ils n'eussent pas parlé, si elles avaient existé dès cette époque comme le prétend la tradition de l'Eglise ultérieure, que par leurs données sur le genre de christianisme qui régnait à Rome.
Enfin le Pasteur a pour l'historien un autre avantage, d'un prix inestimable et que les théologiens habitués à puiser dans les écrits des docteurs n'ont pas suffisamment apprécié : ce n'est pas l'œuvre d'un théologien, c'est un écrit populaire, composé par un homme qui n'a pas beaucoup d'idées et qui ne comprend pas grand' chose auv spéculations doctrinales. Sa langue est simple, prolixe. 11 est bavard. Renan a dit de son style : ?r C'est l'éloquence d'un curé de (^campagne, bonasse et grondeur, mêlée aux soucis d'un sacristain «préoccupé de gazes, de coussins , de tout ce qui sert à endimancher «Tson église ^'Itî La fin est de trop, car personne n'a moins l'esprit
(le sacristie. Le jugement général est juste. Hermas est un esprit médiocre dont le souffle n'a pas la puissance nécessaire au rôle qu'il assume. Mais c'est là justement ce qui nous le rend plus précieux. Cet homme écrit comme la masse populaire aime à entendre parler. On comprend qu'il ait été fort goûté. Il exprime les sentiments qui avaient généralement cours parmi le menu peuple chrétien composant la majorité de la communauté romaine. Il nous apporte ainsi un précieux complément d'information. Les penseurs comme l'apôtre Paul, les théologiens comme l'auteur inconnu de YEpitre aux Hébreux, les philosophes comme Justin Martyr représentent l'élite du monde chrétien. On fait fausse route quand on juge, uniquement d'après eux, des croyances et des sentiments de la masse avec son ignorance et ses passions. Le moralisme apocalyptique d'Hermas devait être autrement répandu que les savantes allégories du christianisme alexandrin. L'élite prépare l'avenir; le jour où elle a cause gagnée, elle cesse d'être l'élite.
La valeur historique du témoignage d'Hermas resterait acquise, même si le Pasteur n'était pafi le produit direct et immédiat d'un inspiré de l'église de Rome du premier tiers du second siècle. Même s'il n'est que la combinaison de textes plus anciens ou le remaniement chrétien d'un original antérieur au Christianisme, on ne saurait contester qu'il n'ait reçu à Rome la forme définitive, sous laquelle il a joui, parmi les chrétiens, de la popularité et de l'autorité que nous avons déjà signalées. Le rédacteur, désireux d'approprier des textes déjà existants aux besoins de la communauté romaine et de les lui présenter comme une révélation à son adresse, aurait eu pour principal souci d'en éliminer ce qui pouvait choquer les croyances de son entourage et tout ce qui ne cadrait pas avec l'organisation de l'Eglise telle qu'elle était alors. A quoi bon interpoler des documents , si ce n'est pour cela ?
Mais les hypothèses auxquelles nous faisons allusion ne semblent pas justifiées. On peut laisser de côté la plus ancienne, celle de
Tbiersch, reprise et développée par M. de GhAmpagny^^' qui voit dans notre Pasteur actuel la combinaison de deux écrits originairement distincts : i** les quatre premières Visions, œuvre d'un contemporain des apôtres; a** Visio V à SimUiudo IX, œuvre du frère de l'évêque de Rome , Pius. Thiersch invoquait surtout le fait que les quatre premières Visioiu sont des révélations octroyées par une femme qui représente l'Église , tandis que le reste est révélé par l'ange de la repentatice. M. de Cbampagny voulait surtout accorder la double tradition qui — nous le verrons bientôt — présente Hermas tantôt comme le disciple et le contemporain des apôtres, tantôt comme le frère de l'évéque de Rome, Pius (environ de l'an i&o à 1 55). Or l'attribution du I^tenr à un disciple immédiat des apôtres est une hypothèse dénuée de toute espèce de fondement, préconisée par Origène^^^ et qui correspond à l'époque 011 Von décernait volontiers une origine apostolique, tout au moins indirecte, aux écrits jouissant d'une grande autorité dans les églises. Paul, dans VEpître aux Romains (XVI. i4), salue un certain. Hermas avec plUsiours autres chrétiens qui formaient eusetnble une petite communauté; il n*en fallait pas davantage pour suggérer l'idée que c'était là l'auteur du Poimên. La lecture des Visions, des Inslruetions et dois Similitudes prouve surabondamment que ni l'ouvrage entier, ni aucune de ses parties, ne prétend à une pareille origine et ne peut remonter jusqu'aux premiers jours de la chrétienté. L'auteur lui-même ne fait aucune mention des apôtres , son enseignement n'a aucun rapport avec celui de saint Paul ; la communauté à laquelle il s'adresse a déjà un as^ez long passé derrière elle^^l Dès l'antiquité, les chrétiens ont reconnnu qu'il n'avait aucun
^^^ Le» Antonins^ 3* éd., t. I, p. ikit, — Cf. Thiersch, Getchichie der chrittUchen Kirche im Alterthum,
(*) Comment in Epiêt, ad Rom. , t. IV, p. 683.
'^) Les apôtres et les premiers docteurs , d'une façon générale ceui qui sont les premiers fondements deTÉglise, appartiennent au passé tout comme les justes, les rophètes et les serviteurs de Dieu de l'Ancienne Alliance; cf. Sim,, IX, i5./i îi 6 à rapprocher de Vii. , III , 5 . i ) ; 1 6 . 5 ; a5 . i et a.
titre apostolique, et c*est justement pour cette raison que le Pasteur n*a pas été maintenu parmi les livres sacrés.
La répartition des diverses parties de fouvrage entre des auteurs différents, indépendamment de toute attribution à un disciple de saint Paul, ne parait pas plus justifiée. Le Pasteur se prête assurément à de semblables dissections mieux que beaucoup d'au* très écrits sur lesquels on en a pratiqué d'analogues. Il se compose de trois parties relativement indépendantes Tune de l'autre. Ce n'est pas une œuvre dont tous les éléments se tiennent dans une rigoureuse unité oi^anique. Il jest plein de répétitions et il n'est pas malaisé d'y relever des contradictions de détail. Aussi les essais de décomposition de l'ouvrage en écrits originairement distincts ont-ils été nombreux. Tandis que M. de Ghampagny attri* buait les quatre premières Visions à un contemporain des apôtres et le reste de l'ouvrage h un chrétien du if siècle, M. Hausleiter^^^ estime, au contraire, que les quatre Visions ont été rajoutées plus tard, vers la fin du n"" siècle, au reste de l'ouvrage pour en relever l'autorité et faire passer le tout sous le couvert d'un disciple de Paul. M. Hilgenfeld distingue trois œuvres successives, accompagnées ^ bien entendu, de remaniements des parties déjà existantes; il reconnaît dans les Visions I-IV un Hermas apocalypticus, postérieur au rescrit de Trajan et que l'on peut attribuer à l'époque d'Hadrien, — dans Vision V k Similitude VII (avec élimination du Mandatum XI et dissection du Mand. XII) un Hermas pastortUis, certainement antérieur au rescrit de Trajan et qui pourrait dater du temps de Domitien, — et dans Similitudes VIII à X (avec adjonction du Mand. XI) un Hermas secundarius, contemporain de l'évêque romain Pius, qui aurait combiné son œuvre personnelle avec celles de ses prédécesseurs, pour aboutir à l'ensemble que nous possédons.
Il n'est guère possible ici d'entrer dans le détail de la discussion.
(1) De versionibfAs Pattoriê Hermœ latini», dans le tome III des Actn ieminarii phiîologici Erlangemis , 1 8 8 Ô .
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Elle a déjà été menée ailleurs ^^^. (les décompositions du Pasteur nous paraissent arbitraires; on les fonde sur de petites obser-* vations fort contestables, dont la quantité ne compense pas la qualité, et l'on perd de vue les caractères d'une portée plus générale qui militent en faveur de Tunité de rédaction. Du commencement à la fin , le style est le même ; il n'y a pas de différences sensibles dans la terminologie ; certaines expressions caractéristiques se retrouvent dans toutes les parties de l'ouvrage; les thèses soutenues par l'auteur sont partout les mêmes; le pauvre bagage théologique d'Hermas porte constamment la même marque ; c'est tout le long le même procédé de révélations qui se changent graduellement en explications et en sermons, à tel point qu'il est souvent fort difficile de savoir si c'est le révélatem* surhumain qui parle à son interprète, ou celui-ci qui s'adresse à ses frères. Du commencement à la fin, c'est le même langage verbeux, prolixe, le même ton de la conversation populaire. Enfin , d'un bout à l'autre , nous retrouvons — ce qui pour nous est un élément capital de critique littéraire — la même dialectique, c'est-à-dire la même méthode de raisonnement, la même manière de poser les questions, les mêmes procédés d'exposition et de démonstration. Soutenir que deux^ auteurs séparés par un demi-siècle aient pu écrire ainsi comme ne formant qu'une seule individualité littéraire, c'est défendre une cause condamnée d'avance, à moins de s'appuyer sur des faits ou sur de solides témoignages historiques.
Assurément il y a des répétitions, des incohérences, des notes discordantes. Le Pasteur n'est pas l'œuvre d'un lettré ni d'un penseur; Hermas n'a pas appris l'art de rédiger les livres suivant les préceptes de l'école. H est incorrect et, dès que le sujet devient un peu ardu . il a beaucoup de peine à s'en tirer. Il lui est difficile de suivre un plan nettement tracé. Mais il n'est pas le seul inspiré qui ne se soit pas distingué par une logique rigoureuse.
''^ Voir Ad. I iNK, Die Kinheil de» Paêtnr Hermm (M«irhnrfr, 1888).
Son bavardage a une saveur très originale, au moins pour nous, à distance, et le succès de son œuvre prouve qu'elle offrit un charme, plus qu'ordinaire à ses contemporains chrétiens. D'ailleurs il n'est pas exact de prétendre qu'il n'y ait pas d'unité générale dans son œuvre. Il y a, au contraire, une progression très nettement marquée dans les grandes lignes ; c'est dans les détails que Fauteur ne la poursuit pas toujours comme il faudrait.
On connaît déjà sa thèse générale : le pardon des péchés à la suite d'une sincère repentance, en vue de la fin prochaine du monde et spécialement — car c'est là l'essentiel qui doit être sanctionné par l'autorité de la Révélation — l'annonce aux saints déchos que, même pour eux, il y a encore possibilité de récupérer le salut perdu , à condition que sans aucun délai ils se repentent de tout leur cœur^^l Les Visions posent la question : La maison d'Hermas (c'est-à-dire les chrétiens) ^'-^^ a péché, mais tout n'est pas perdu, si les coupables se repentent (I); une révélation divine énonce la thèse fondamentale (II); la troisième Vision nous fait assister à la construction de l'Eglise et révèle le sort des diverses
(*) La thèse est nettement énoncée dans ie livre de la révélalion qn'Hennas reçoit de la femme qui symbolise TËgiise : fterct t^ yvoapiaat ae ravra jà pT^ftara aûroU & èverelXarà ftot b SeaTsorrts i'va aot è.itoKak^<^it) , rois dfpievtat aCroTs ai afiapTiat tsa,actt iis ispôrepop HfiapTOPy xaï 'Bfàmv toU àyiois toTs ditapjvcraaiv fté^pi raurrjs tUs iinépas, èàv è^ oXifç rifs xapSiaç fteravoT^aùXTtv xaï ipmmv ivo rfis napèiae avrSiv rat SiiffV^lai' (iftotrev yàp 6 èetraérïts xatà i^s i^Stlf aùrov èvi roùs êxXéxrovs aCrou' èàv éptff lièvres rris ii^iépaç laiJTYts ért aftapn/iats yévr^Tai, (X17 é^'^^^ aCio'JS (TCùJYtpiav il yàp fieroivota toîs Stxaiots ê^^t réXof 'aevXi^puvTat ai iifiépat neiavolas vrâaiv ToU àylots' xa\ rots Se êQveatv \ier(ivotâ èaliv £ùjs èoy^irriç -fifiépas {Visio, II, s. A et 5).
(-) Il est déraisomiable de prendre à la lettre la femme et les enfants d'Uermas pom* des êtres réels, son épouse et sa progéniture selon la chair. Cette femme, dans les deux premières Visions, est successivement sa patronne, Tobjet de ses désirs, sa compagne, sa sœur, la mère de ses enfants (quoique le simple fait de Tavoir désirée soit déjà imputé à péché à Hermas). Les reproches et les exhortations destinées à ses enfants s^adressent à tous les chrétiens indistinctement. Le symbolisme de ces personnages est transparent. Dans une apocalypse les personnages sont toujours figurés.
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catégories de fidèles ; la quatrième montre que la catastroplie finale est imminente et que les saints , à condition de s'être donnés tout entiers à Dieu, n'auront rien à craindre.
La cin^ième Vision est l'introduction des Instructions morales. Jusqu'à présent , les saints ont été avertis des desseins de Dieu à leur égard ; les XII Mandata ont pour but de faire connaître comment ils doivent vivre pour se conformer aux volontés du Seigneur, C'est un véritable catéchisme moral , extrêmement intéressant pour qui veut connaître les notions morales, populaires des chrétiens de Rome dans la première moitié du second siècle. Ici le cadre apocalyptique a changé. Ce n'est plus l'Église qui transmet h Hermas la révélation de la destinée ; c'est le Poimên , l'ange de la repentance^^^ qui fait connaître à Hermas comment doivent vivre désormais les saints, pour bénéficier du pardon renouvelé par Dien en faveur des repentants. Les Mandata sont ainsi k suite et le complément nécessaire des Visions,
Les Similitudes, à leur tour, sont un complément des Visions et des Mandata, mais moins nécessaire. Elies donnent, sous une forme imagée, des développements nouveaux à des idées ou des instructions déjà traitées (p. ex. la IX' Sim, et la ///' Vision, la VP Sim. et les Mandata); éHes servent à faire connaître quelques-unes des conceptions théologiquès dHerraas, aussi originales que dénuées de philosophie (p. ex, Sim. F) ou à dévoiler quelques révélations sur les épreuves auxquelles sont soumis lés pécheurs. Le îîen organique entré lès Similitudes et les deux autres parties du Pasteur est moins direct que celui des Visions et des Mandata. Il n'y en a pas moins une corrélation étroite de forme et de fond eritre elles et les morceaux précédents. Au point où en est arrivé Hermas dans les Similitudes, il n'y a
(^) Le Uotfiiiv est à la fois Tange de la repéntance et Tange gardien d^Hermas, mais sa fonction essentielle et permanente est de présider à la repéntance. Il n^est affecté à Hermas que parce qu'il s'agît de révéler aux chrétiens les conditions d'une seconde repenlance. C'est ainsi qu'il devient ange révélateur.
fM de raisMi pcnur qu'ë ae ^osteite |Mfi MiéàfittÎBient. Ans» M'est-il pas invrakembiabie «qu'il y «it «eiii «t'aoïinM nopcetiix eso&re, faisant suite à -cenix (jiie bous possédons, ««nwe seaUe 1 ft&dsquer l'idatroduotmi xnx Mmnàtàa ( l^ts. F^ 5 ^ C<e >q«i est <c^- 'taibi^ c'est (que les Sm^titàe» «Mut été «écrites apnès les deux pre- Hiîènes pftrtîes^ pnisqu'dlies iiBpJftqct^^rt leur eKifitence* Il ae parsît d'aâleiirs pas prokabie que toutes les parties <de l'crawage aient «été 'éarîles eet pnUiées «nsemUe. L'auteur lainmènte men* tienne des intenrailes oiitne les diverses révélatiens, ce qui e^ jbâ^i confoRHie auic babslndes littéraires de 'Ce genre d'ini^rés : tout en poursatvanit un pfan dant les grandes iîgnes soBft confinies dans éeor :espcit, ïs émettent leurs révélations a krteri(flAes irréguKers (^).
Le Pasteur d^Hermas est donc bien f oBnvi^e d'un «eufl antenr. lia vdeur de son témoignage hi^lenque acqniert 4e ce chef '«ne précision pins grande. £st-^e à dire ^foe l'auteur n^ait pas utâisé des écrbs apocalyptiques antérieurs à lui ? M sermt également téméraire de l'affirmer on de le nier. L'tnsloire littéraire nous apprend iqne le genre apocalyptique est celui oà f on "Se copie le pins. Personne «ne reproduit .|Âns ingénmnent les images et ies notions de ses prédécesseurs que ces visionnaires qui prétendent enregistrer les révélations de Dieu ou de ses anges. Mais celte constatation génércde ne suffit pas à justifier l'assertion , très ingénieusement développée par M. Spitta, que notre Piu^etir d^Hermas userait tout «implement le Temaniement et l'adaptation chrétienne d'un écrit original juif ^^^ On comprend qu'une pareille idée ait germé dans l'esprit d'un critique fort avisé : ie Pasteur n'a , en effet, qu'à un très faible degré ce que l'on appelle ^couramment le caractère chrétien, c'est-à-dire l'empreinte du christianisme
(^) On trouverait des analogies eurieuses avec ies eihortations apocalyptiques d'Hermas chez les visionnaires anabaptistes du xvf siècle , p. ex» chex David Joris.
^^^ Fr. Spitta, iStudun zum Hirtrni des Hermas dans le deuxième volume Zur Geschichte nnd UtteraÊur dê$ Uréhrittêwkiwts (GoUingen, 1696, p. aèi à 6/17 )«
spéculutir, d'origine soit judéo-hellénique, soit rabbinique, que l'on identifie constamment avec le christianisme primitif. De la même manière et pour les mêmes raisons, M. Spitta fait de VEpîlre de Jacqties un écrit juif, à peine interpolé par un chrétien ^'^, et, avec des procédés analogues, il ne serait pas difficile (le ramener aussi les évangiles synoptiques à ne plus être qu'un recueil de haggadas juives appropriées par des écrivains chrétiens. 11 suffit de s'entendre sur le principe qu'un écrit où il n'y a rien sur le rôle métaphysique, cosmique ou divin du Christ, ne saurait être chrétien. Comme le christianisme historique, celui qui s'est développé dans le monde hellénique sur la base de la théologie paulinienne et, bien plus encore, sur celle de la théologie alexandrine et de la spéculation johannique, est une religion où la personne même du Christ assume un rôle prépondérant dans l'œuvre du salut de l'humanité, on en conclut que tout enseignement où elle ne remplit pas des fonctions analogues et où Dieu agit soit directement, soit par a'autres intermédiaires, est évidemment d'origine non chrétienne. C'est là une conclusion arbitraire. La présence, dans la littérature chrétienne primitive, en dehors même des éléments fondamentaux des évangiles synoptiques, de YEpUre de Jacques, de la Didachê, du Pasteur d'Hermas, suffît à nous prouver l'existence d'un christianisme populaire, de nature avant tout moral , dépourvu de spéculation , beaucoup plus étroitement apparenté à la piété des anavim, des pauvres de l'Eternel, des enfants du Père céleste, qu'à la théologie de Gamaliel, de Philon ou de Platon, et qui a les meilleurs titres à l'authenticité, puisque tout l'évangile galiléen de Jésus fut inspiré de ce même esprit.
Le Pasteur, d'ailleurs, renferme quantité de passages dont le caractère chrétien est évident. M. Spitta s'en débarrasse en les traitant d'interpolations. Assurément la théologie d'Hermas est
('^ Thèse déjà soutenue en France par liotrc collègue honoraire M. L, Massehieau, dans Revue de l'Histoire de» reliffiotiSf t. XXXII, p. 269 à o83.
onfanline; elle ne se tient pas; elle <îst tout à fait étrangère au corps de doctrines johanniqucs destiné à prévaloir dans l'Eglise ; mais elle n'en eriste pas moins et, après tout, son identification du Fils et du Saint-Esprit et son idée que la nature humaine, en se consacrant au service de l'Esprit saint, se réhabilite et mérite de s'élever de la condition d'esclave au rang de cohéritier du Père avec le Fils (ou Saint-Esprit), n'est pas aussi dépourvue de mérite que la christologie orthodoxe l'a voulu. Elle est assurément plus près de l'enseignement de Jésus lui-même et de la primitive croyance chrétienne à la résurrection des morts que la doctrine ohannique du Logos et l'idéalisme alexandrin dédaigneux de la matière corporelle.
L'intérêt que présente pour nous le témoignage historique du Pasteur, c'est justement d'attester la persistance du christianisme ^ évangéliqùe , doucement teinté d'esprit apocalyptique, étranger à l'esprit grec, tout en piété profonde et naïve, jusqu'à Rome et en Occident. 11 y a perdu un peu de sa divine poésie, mais il y a pris un tour plus pratique ; il tend déjà à se déposer en préceptes et à se cristalliser en pratiques. L'esprit romain, peu porté aux spéculations métaphysiques, commence déjà à lui imprimer sn discipline, son savoir-faire gouvernemental, c'est-à-dire à le dénaturer pour les besoins de la vie pratique comme l'esprit grec le dénaturait pour les besoins de la pensée.
Que cette forme, à noire avis primitive, du Christianisme ait beaucoup plus de rapports avec la plus pure piété juive que le christianisme paùlinien, johannique ou gnostique, cela n'est pas douteux. Elle est née dans le monde juif, en pleine Galilée, en dehors des rabbins aussi bien que des sophistes. Que les autem's dont les rares écrits conservés représentent encoijé pour nous ce christianisme non hellénisé aient beaucoup utilisé la littérature juive antérieure, que leurs œuvres soient remplies d'images, de symboles, de tournures, de schémas dont on retrouve les analogues dans le Livre d'Hénoch, dans les Psaumes de Salomon, dans les Tes-
tmnentê des XII Patriarthes, etc., rien de plus naturel. Ils sont delà même famille littéraire. Mais cela n'autorise en aucune façon à condure que ces prétendus auteurs chrétiens se sont bornés à adapter pour les besoins du christianisme , au moyen de quelques interpolations et de quelques retouches, des écrits antérieurement déjà tout constitués et purement juifs. Quand M. Spitta énumère une longue série de rapprochements avec des œuvres juives, nous admirons son érudition et son esprit ingénieui, encore que ces rapprochements soient parfois un peu cherchés. Nous ne sommes pas convaincus par lui , parce que sa conclusion dépasse ses prémisses.
Elle n'est pas seulement outrée. Elle est au plus haut point in* vraisemblable. Dès qu'on sort du cercle des analogies littéraires où le savant s'enferme, on constate qu'elle est inacceptable. A quel prix l'hypothèse de l'original juif est^elle maintenable ? Au prix de l'extirpation de nombreux morceaux ^^^ auxquels on reproche d*in« terrompre la suite de l'exposition, d'être isolés dans l'ensemble de l'écrit ou en contradiction avec d'autres morceaux, de telle sorte qu'il faut les considérer comme des interpolations. Or il se trouve que les fragments ainsi éliminés sont tous des passages dont le caractère chrétien est indéniable et que, l'opération terminée, on a tout siplement écarté les passages contre lesquels l'hypothèse serait venue s'échouer. Cet interpolateur audacieux a-t-il du moins laissé une trace de son intervention intéressée ? Nullement. Il aurait manipulé sans scrupules l'écrit juif dont il disposait, pour le pré* senter aux chrétiens de Rome comme une révélation à leur adresse , mais il n'y aurait introduit aucune des idées ni aucune des institutions caractéristiques de son temps et de son milieu, dont la mention eût servi justement à légitimer sa prétention. Au contraire, il sert aux chrétiens de Rome un christianisme dans lequel le Christ
<*) On en trouvera ia liste aux pages SSgèS/ii du mémoire de M, Spitta. Ces interpolations portent surtout sur les Vision» III et V, les Similitudet V, Vlll et IX, Dana \eê Mandata , il n'en relève que deux.
ne joue aucun rôie et sans aucun alliage alexandrin ! Ainsi Yx>n repousse l'origine chrétienne du Pasteur, sous prétexte quun écrit comme celui-là ne saurait être chrétien; on p'admet donc pas qu il y ait eu réellement à Rome ni ailleurs un christianisme du genre que nous avons décrit plus haut, sans christologie métaphysique. Mais alors, s'il ny avait pas de christianisme pareil à Rome, comment un interpolateur, aspirant à donner des lettres de grande naturi^lisation parmi les chrétiens à une ou plusieurs apç(calypses juives antérieures, aurait-il imprimé ^ ses interptolatious un caractère tellement choquant pour ses coreligionnaires, que, hian loin d^tre une recommandation , elles auraient suffi à jeteir le discrédit sur les, œuvres auxquelles il infligeait ce tcaitçment? Or ^1 e$t parfaitement attesté que le S^teur a jaui'dHme grai^de popularité dans l'^Eglise du ii^ siècle. Il na scandalisait donc pas la majorité. La présence d'un pareil interpolateur suffirait à prouver l'existence , de son temps, d'un christianisme dépourvu de spéculation christologîque et oii l^enseignement moral de l'Évangile est T'ohjet de la foi plutèt que la personne de Jésus. Mais si pe christianisme-là existait à Rome au ii' siècle , de quel droit viendrait-on dire qu'un écrit qui s'en inspire ne peut pas être d'origine chrétienne ?
yinterpolateur chrétien, dans ces conditions, devient un personnage mystérieux, énigmatique, dont ou ne comprend pas la raison d'être ou dont on ne peut s^expliquer les procédés. Quant à l'original jujf , il aurait été encore plus extraordinaire. Après élimination de tous les passages suspects d'interpolatjon chrétienne , le texte subsistant, censé jujf, ne renfecpe aucun des caractères spécifiques que l'on retrouve dans les écrits juifs même les plus libéraux , en dehors du monothéisme ej; des enseignements moraux qui ne sont pas plus exclusivement jui& que chrétiens. Il n'y est pas question de Moïse x\i de la Loi de Moïse; tout au contraire, le catéchisme moral des Mandata contient douze instructions remplaçant Je Décslpgue pt n'^y^q^ §ucvfn rapport avec lui. Rans l'énumération des vertus fûn4ai^J^i^ntales, aucui:)e place n'est faite à ]a
Justice. Aucun appel n'est fait à l'autorité des Prophèlos* Ils sont mentionnés seulement, à titre historique, parmi les justes du passé (^). Dans ce prétendu livre juif destiné à instruire les pécheurs des conditions de leur réhabilitation , il n'y a pas la plus lontainc allusion aux pratiques lévitiques ni aux cérémonies rituelles du Temple, fût-ce même pour n'en conserver que le sens allégorique. Non seulement il n'y est pas parlé de la circoncision, mais pas davantage du sabbat ni de ces observances élémentaires que le$ plus émancipés parmi les juifs conservaient comme inséparables du monothéisme. L'auteur est nettement hostile aux secondes noces. Nulle part il n'y a chez lui la moindre notion de l'existence d'un peuple élu de préférence aux autres ; il est aussi largement universaliste que possible. Et Ton ne saurait prétendre qu'il n'avait pas à parler de toutes ces choses. Il s'agit, en effet, de révéler les conditions de la pénitence, d'enseigner les préceptes de la vie sainte , d'apprendre aux hommes par quels moyens ils pourront être sauvés. Les pratiques et les institutions fondamentales du Judaïsme, dont il ignore jusqu'à l'existence, n'avaient pas d'autre but.
Bien plus, la thèse centrale du Pasteur n'avait pas de raison d'être dans le Judaïsme et ne pouvait pas y prendre naissance. La grosse question pour Hermas, nous l'avons vu, c'est d'ouvrir une porte d'espérance, la possibilité du salut renouvelé, aux saints qui étaient destinés à faire partie de YEkklêsia définitive et qui, par leurs infidélités , par leurs péchés, ont perdu le privilège de leur affiliation première. Pour leur donner l'assurance qu'ils peuvent rentrer en grâce auprès de Dieu par une nouvelle repente nce, — dernière, unique, définitive, — il ne faut pas moins qu'une révélation divine, tant une pareille concession paraît hardie. Dans les conditions des premières chrétientés, cela s'explique fort bien. Les chrétiens baptisés, nés à nouveau, ayant lors de leur entrée
-(^^ iStm., IX, i5. h y où fauteur compte parmi les pierres de fondation deTEglise trente-cinq prophètes et serviteurs de Dieu, mentionnés entre l(^s justes de la seconde {][énération , i. e. du second âge du monde , et les apôtres.
dans rÉglise renoncé au monde pour vivre désormais d'une vie nouvelle, sous l'inspiration du Saint-Esprit, sont des dtyio*, des saints. Ils ne peuvent plus pécher. Si, néanmoins, ils retombent dans les erreurs ou dans les fautes de la vie antérieure, celle du vieil homme, ils sont déchus et, au point de vue rigoureusement logique de l'enthousfasme primitif, il n'y a plus de salut pour eux. Cette logique a toujours paru dure; la vie réelle ne se prête pas aux exigences de l'absolu ; elle se maintient dans la sphère du contingent et du relatif. Aussi les religions les plus idéalistes et les plus austères ont-elles toujours dû se résigner aux accommodements avec le ciel. L'Eglise ultérieure a poussé cet art des accommodements au plus haut degré de perfection , mais il a fallu un temps assez long pour que le sublime absolutisme de sa foi primitive semoussât sur les aspérités du monde pécheur. L'intransigeance des, chrétiens ardents des premiers siècles, tout en tolérant de nombreuses concessions dans la pratique, — sinon il n'y aurait bientôt plus eu un seul chrétien, — taxait de trahison et d'apostasie tout adoucissement de principe dans la discipline simpliste et rigoureuse, pour laquelle le péché commis après le baptême était irrémissible. Tertullien encore professe cet absolutisme et excommunie quiconque prétend s'y soustraire. A combien plus forte raison devait-il être redoutable dans la première moitié du second siècle et dans un milieu tout à fait étranger à l'intellectuaHsme gnostique, alors que l'on était encore très rapproché de l'illusion première que la communauté chrétienne était réellement la société des saints, alors que l'on s'attendait encore, d'une foi robuste, à la fin très prochaine du monde présent! On conçoit qu'il ne fallût pas moins d'une révélation divine pour légitimer aux yeux des purs une hérésie aussi grave que celle d'un pardon renouvelé, à la suite d'une nouvelle et suprême repentance, pour les saints déchus. Le Pasteur correspond exactement à l'état d'esprit d'une pareille société.
Dans le Judaïsme, au contraire, le problème ne se posait pas et
SCIENCES lŒLlGlEU^KS. I9UU. 4
ne pouvait pas se poser. D'abord la qualité de juif était inamissible ; on l'était par naissance, de plein droit, ou par naturalisation. L'absolutisme, ici comme chez les chrétiens, régnait dans les relations à l'égard des païens; au sein même du Judaïsme il était inconnu. On y trouvait tout un système rituel qui était justement destiné à résoudre le problème des infidélités commises par les élus. Et même là où le régime lévitique n'était plus pratiqué, le retour des fils prodigues à l'Eternel était toujours possibk par la repentance suivie d'une nouvelle sanctification. L'idée que le juif de naissance ou d'adoption, après son entrée dans le peuple de Dieu , ne pouvait plus se repentir à pouveau des fautes commises depuis son admission , est absolument étrangère au Judaïsme de tous les temps. C'est une conception foncièrement chrétienne, inhérente à la révolution que le christianisme avait la prétention d'opérer dans le monde. L'atténuation qu'y apporte le Pasteur est, par le fait même, une invention chrétienne. Tout au plus pourraiton dire que cette atténuation est inspirée par une réaction de la piété d'origine juive dans le christianisme, contre l'absolutisme d'une conception qui procède beaucoup pltis de l'opposition théorique entre le vieil homme et l'homme nouveau, telle que la première théologie chrétienne l'a développée, que de l'esprit évangélique. Encore convient-il de ne pas oublier que cette piété d'origine juive dans le christianisme primitif, c'est par excellenc6 l'enseignement de Jésus-Christ, en sorte qu'il serait plus juste de parler d'une réaction de l'esprit évaogélique contre la doctrine de la première chrétienté. Mais ce qui est indubitable, c'est que l'ouvrage qui, depuis le commencement jusqu'à la fin, même dans ses parties les plus disparates, même après élimination de tous les passages que l'on trouve décidément trop chrétiens , vise l'absolutisme delà conception disciplinaire spécifiquement chrétienne et soutient une thèse incompréhensible dans les cadres du Judaïsme , ne peut pas être et n'a jamais été un écrit d'origine juive, mais est bel et bien une œuvre chrétienne.
L^brîgme juive ainsi écartée et Torigine apostolique étant universeilement reconnue insoutenabie, on ne voit pas pourquoi ks témoignages littéraires que, par une bonne fortune assez rare, l'antiquité ebrétienne nous a laissés sur l'origine du Pmteur ne seraient pas jugés dignes de foi. trénée le cite cofome une Bsaio^ rité^^^; Clément d'Alexandrie le considère cc»nme diTtiieme&t inspiré (^). L'autorité du Pasteur est donc solide nent établie vers l'an 180, en Orient et en Occident. Vraisemblayement les deux écrivains eofisidèrent ééjà Hermas comme un dâsciple immédiat des apôtres, quoiqu'ils s'en disent rien. Le Pasteur doit donc exister déjà depiis un certain temp. D'autre part, le ebeanifeeiit connu sous le nom de «Cancm de Muratori?? dit expressément : ^Pastorem <tvero n«iperrime te»poribus oostris in urbe BiiHi»a Herma coa^ («rscripsit , sedente cathedra urbis Romae ecdesias Pio eps fratre ejus, (fc^et ideo legi eu» quidem oportet, se paplicare vero in eelesia R popdb neq:ae inter piropbetas compietum numéro (?) neque* inter (capostolos in fine tcmponam potestn. Ce témoignage probablemeiitt contemporain d'Irénée présente donc 1« Pitstêur comn« un éerit d'origine récente^ contrairement à ce que Fon peut conclure des expressions employas par Irénée et par Clément. Assurément ii est visible qu'il s'efforce de le rajeunir, probablement pour réiagir centre fattributibOQ d'une origine apostolique et contre Thabètude qui s'y rattachait, de lire ce livre parmi les écrits des prophètes ou ceux des apôtres dans le culte public. De plus , nous n'avons pas de renseignements eertaèns^ sur la date de rédaction de cette liste d'écrits sacrés. Cependant l'indication chronologique très précise qu'elle contient est confirmée par un document tout à fait indépendant, par oe catalogue très ancien d'évéques die Rome que l'on appelle le Catalogm Liberianus. Il y a de sérieuses raisons de faire remonter la première partie de ce catalogue à saint Hippolyte ou en tous cas à son épo€[ue (soit ± aSo). Dans cette nomenclature,
^*î Contra Umr,, IV, 20.3.
^-^ Stromates, I, 1 et 39.
géiiéraJenient très avare de notices, on lit, à côté du nom de Plus, évêque de Rome, ces mots : ttsub hujus episcopatu, frater ejus R Ermes librum scripsit in quo mandatum continetur quod ei prefçcepit angélus, cum venit ad illum in habitu pastoris. » Ici encore, la disproportion entre cette notice relativement détaillée et la sécheresse habituelle du catalogue dénote l'importance toute particulière que l'on attachait à bien établir Ja date tardive de la composition du Pasteur et, par conséquent, son origine non apostolique.
Il n'en reste pas moins que, vers le milieu du iif siècle comme aux environs de 180, il était admis à Rome, dont ces deux témoignages sont directement ou indirectement originaires, que le Pasteur avait été écrit dans cette ville sous l'épiscopal de Pius, c'est-à-dire approximativement entre i4o et i55. Il semble que c'est là une date bien tardive pour un écrit qu'Irénée traite de ypa^ri et Clément de divinement inspiré. Cependant ces renseignements sont formels, indépendants et concordants. A moins de graves raisons, il ne nous parait pas permis de les éluder.
L'œuvre elle-même ne nous fournit aucune raison de ce genre. Elle ne contient aucune donnée chronologique. Elle est écrite évidemment à une époque paisible, oh la communauté a pu s'enrichir et se laisser envahir par l'esprit mondain. Les persécutions auxquelles il est fait allusion appartiennent au passé ^^K il y ^ des divisions dans la communauté, causées par l'ambition des membres qui veulent parvenir aux premières places, mais il ne semble pas que l'agitation gnostique se soit déjà emparée de l'Eglise ^"^K Les exliortations et les reproches adressés par Hermas à ses lecteurs ont ùri caractère trop exclusivement moral pour ne pas pouvoir s'appliquer à n'importe quelle décade de la première moitié du
'') Vis., II[, s.i; 5.â. Les Q-^iy^fets auxquelles les riches se souslraienl par le reniement ne semblent pas être des persécutions historiques; cf. Vis., 111, 6.5.
(*) Vis., III, 9.7 et suiv. (cf. 5.i); 5ïm. , VIÏÏ, 7./!. — Il y a assurément des fidèles qui so sont détournés vers l'erreur ( Vis., III, 7.1), niais rien ne |)ermet d'aflirmer que le soient des erreurs gnostiques.
II* siècle. Le seul passage auquel on pourrait essayer de raccrocher une (léterminaûon chronologique, c'est lorsque la vieille femme qui symbolise TEglise donne ordre à Hermas de faire deux copies de ses révélations, d'envoyer l'une à Clément, l'autre à Grapté. Clément, ajoute-t-eile, «les fera parvenir aux villes du dehors, «car c'est à lui que cela incombe ^^^; Grapté exhortera les veuves cç et les orphelins; toi, tu les liras pour cette ville avec les presbytres «qui président l'Eglise» (Vis., II, in fine). Le nom de Grapté est tout à fait inconnu et ne nous apprend rien. Celui de Clément, au contraire, est trop connu. On a songé naturellement au célèbre auteur de YEpître aux Corinthiens, que la tradition considère comme le troisième ou le quatrième évéque de Rome et qui fut certainement le personnage le plus remarquable de la communauté romaine à la fin du i*' siècle. Le fait qu'il écrivit au nom de la chrétienté de Rome à celle de Corinthe ne confirme-t-il pas d'une façon étonnante la mission que' lui attribue Hermas? N'est-ce pas à lui qu'étaient, en effet, confiées les relations avec les églises étrangères ?
L'identification est séduisante, mais, si elle est fondée, elle semble inconciliable avec les témoignages du Canon de Muratori et du Catalogue libérien. Clément ne vécut certainement pas jusqu'à l'an i4o. Assurément, du moment que l'on a renoncé à l'assimilation fantastique du Clément chrétien avec le consul Flavius Clemens mis à mort par ordre de Domitien en l'an 96 , il n'y a pas de raison d'arrêter sa carrière à la fin du règne de Domitien, comme on le fait ordinairement. Mais rien ne nous autorise à prolonger son activité jusqu'à l'épiscopat de Pius. La tradition
<•) Le texte, ici, est malheureusement incertain. Le C. Sinaïticus porte : èxeivei) yàp iiséxpeitlat; l'un des correcteurs de ce célèbre manuscrit (A. de Tischendorf ) a remplacé ce mot par èisiTérpevIat et il faut lire : êittréTpavlat, Le ms. du Mont Atlios (C. Lipsiensis) a : èmyéy paierai, La version latine dite Vulgate donne ; trpermissum eslT». La version dite Palatine supprime tout le membre de phrase; do même la version éthiopienne.
romaine mentionne plusieurs évêques entre Clément et Pius; si incertains que soient ses renseignements pour la période oh l'épiscopat monarchique n'est pas encore constitué à Rome, il n'est pas probable que les noms de Xystos, Télesphoros,Hyginos aient été inventés ^*^; ils correspondent sans doute à des personnages succèssivement prépondérants dans l'Eglise de Rome. Il doit s'être écoulé un temps asses long entre la disparition de Clément et l'avène-' ment de Pius. Comment dès lors le frère de Pius, écrivant sous l'épiscopat de ce dernier, aurait-il pu charger Clément de répandre au dehors les révélations dont il avait été honoré?
On peut admettre , sans doute , que le Catalogue libérien et le Canon de Muratori aient rattaché k l'épiscopat de Pius l'activité littéraire de son frère, alors même que cette activité aurait été, en tout ou en partie, de quelques années antérieures, puisque ces documents tendent manifestement à rajeunir la date du Patteur. Cetle hypothèse est d'autant plus admissible que les diverses parties du Pasteur, tout en étant certainement du même auteur, ont pu être écrites à des époques différentes de sa vie. Mais est-il possible d'étendre sutTisamment cette période d'activité littéraire d'Hermas pour qu'elle puisse partir de Clément et aboutir à Pius? Cela ne me paraît guère probable. Il y a une unité organique trop étroite dans les Visions et même entre les Visioneë et les Mandata pour que leur répartition sur une période d'une tretitaine d'années soit vraisemblable. Or il ne parait guère possible de prolonger la carrière de Clément au delà de l'an 1 1 o« Nous nageons ici en plein inconnu.
Mais l'identification du Clément d'Hermas et du Clément de la tradition épiscopale romaine s'impose-t-elle? Nous ne le pensons pas. D'abord ce nom de Clément est extrêmement fréquent dans la société romaine de ce temps# D'autres que le célèbre Clénient Romain ont pu le porter et même jouer un certain r61e dans la
Les noms d^Euaristos et d'Alexander sont plus douteux.
communauté romaine. La parenté d'un homme aussi influent que ce Clément a dû bénéficier dans l'Eglise de l'influence que celui-ci y avait exercée. Toutefois ceci encore est une simple possibilité théorique.
La plus grave objection que nous ayons à faire valoir contre , cette identification , c'est que dans un écrit du genre apocalyptique les personnages mis en scène ne sont jamais des êtres réels et concrets, désignés par leur nom propre; ce sont toujours des personnes voilées, désignées par des noms symboliques ou sous forme allégorique. Il en est ainsi tout le long du Pasteur; la famille d'Hermas est un symbole de la communauté romaine; les personnages qui lui apparaissent sont des personnifications d'êtres abstraits. Pourquoi l'auteur serait-il devenu infidèle à cette règle ^ qui est inhérente à son genre littéraire, dans le passage dont il s'agit? Clément et Grapté doivent être pris ici non pas pour des noms propres désignant des personnes vivant dans l'entourage de l'auteur; ce sont des noms typiques ou symboliques. Le souvenir de Clément devait être resté très puissant parmi les chrétiens; la quantité d'écrits apocryphes et surtout de règles ecclésiastiques placés sous le patronage de son nom et de son autorité par la tradition littéraire chrétienne le prouve suffisamment. Quand Hermas a besoin d'un nom autorisé pour garantir auprès des églises du dehors la haute valeur et l'origine assurée de ses révélations, c'est au nom de Clément qu'il recourt. N'est-ce pas lui qui, de par une tradition bien établie, est le porte-parole de l'Eglise de Rome dans ses relations avec les autres églises?
Telle est, à notre avis, la véritable portée de ce passage difficile. N'oublions pas que les apocalypticiens se meuvent en dehors du monde réel et se jouent des difficultés chronologiques. Les vérités qu'ils annoncent sont des révélations du plan éternel de Dieu; elles étaient telles depuis l'origine du monde. Aussi n'éprouvent-ils aucun scrupule à les placer sous le patronage de personnages du passé, même le plus reculé.
Nous no nous dissimulons pas que notre expiication, pour vraisemblable ([u'elle nous paraisse, n'est cependant qu'une hypo-: thèse. La seule conclusion ferme que nous osions tirer de cetle discussion, c'est que le sens comme le texte exact des derniers mots de la seconde Vision sont trop incertains pour contre-balancer l'autorité des témoignages explicites et formels qui rattachent à l'épiscopat de Pius la publication du Pasteur. C'est de là que nous sommes obligés de partir, quitte à ne pas perdre de vue que l'activité littéraire du frère de Pius a pu précéder quelque peu l'avènement de celui-ci aux plus hautes fonctions de TEglise romaine. La grande autorité acquise par son œuvre dans l'Eglise du second siècle, l'absence de toute allusion marquée aux doctrines gnostiques à Rome, le souci d'écarter les faux prophètes, le fait qu'il n'y a pas encore d'épiscopat constitué dans l'église à laquelle appartient Hermas, nous portent à reculer le plus possible dans le passé la publication de son œuvre, réagissant ainsi contre la tendance de nos documents historiques à la rajeunir, mais sans rompre complètement avec les données très précises qu'ils nous fournissent.
Le témoignage historique du Pasteur d'Hermas, dont nous avons cherché à montrer la valeur très sérieuse, s'applique donc à la période qui va de l'an 126 à l'an lAo environ, c'est-à-dire à la période la moins connue de l'Eglise romaine, celle qui va de Clément à l'avènement de l'épiscopat monarchique ou tout au moins centralisé entre les mains d'un seul homme avec Pius et Anicet. Il semble que durant cette époque de paix et de prospérité , sous le règne d'Adrien, la chrétienté romaine ait passé par une phase de tiédeur succédant à l'enthousiasme des premiers temps. Les grandes capitales sont d'admirables foyers d'idées; ce ne sont pas les sites les plus favorables au développement de la vie religieuse intime et profonde. On s'y recueille plus difficilement qu'ailleurs. Le Pasteur nous apprend que l'esprit mondain avait envahi cette égli§e ro-
maine; avec la richesse (Haienl vonus i'orgueil, la sensualité, Fattachemcml aux biens matériels, surtout cette déplorable Si^v)(^iot, qui scandalise si fort Hermas ; au lieu de se consacrer uniquement à Dieu et de mettre toute leur confiance en Lui, au lieu de vivre en pieux observateurs de ses commandements et en complète solidarité avec leurs frères jusqu'au jour prochain du saliit éternel, les saints ont oublié leurs devoirs envers Dieu et envers leurs frères. Il y a parmi eux. des rivalités à qui occupera les premières places. Quelques-uns commencent même à répandre du venin; d'autres se sont égarés sur des voies trompeuses ^^\ H y a dans les longues révélations ou prédications d'Hermas quantité de renseignements à glaner sur l'état moral de la chrétienté romaine. La vie intellectuelle y semble assoupie; la bonne et intime piété des anavim chrétiens n'y trouve pas un sol favorable. Le gnosticisme va venir secouer toute cette torpeur et la constitution d'un gouvernement épiscopal va permettre à l'esprit romain de porter tous ses fruits , dans la petite société nouvelle appelée à devenir le siège par excellence du gouvernement et de l'administration ecclésiastiques. Le cerveau romain, si peu doué pour la pensée, devait être pour l'Eglise un organe admirable de volonté.
Il y aurait eu ainsi, au début du second siècle, dans l'église de Rome une phase de mondanisation , — si l'on iious permet cette expression — tout comme il y en eut une sous les pontificats de Zéphyrin et de Galliste au début du m* siècle. L'une comme l'autre provoquèrent un adoucissement de la discipline et une atténuation de l'intransigeance chrétienne , qui eurent pour résultat l'accroissement du nombre des chrétiens , de leur richesse et de leur pouvoir.
Le témoignage d'Hermas n'est pas moins intéressant par les renseignements qu'il fournit sur la situation ecclésiastique de la chrétienté romaine de son temps. Hermas sait qu'il existe des
0) Les passages à i'appui sont partout dans le Pasteur» Voir p. ex. Vis., IIF, 9.
éiri<Txonoi^ puisqu'il leur donne une place à côté des apôtres et des docteurs [SiSàt(rx(ïXot) dans les fondeinents de la tour qui symbolise l'Église ^^\ Mais il ressort clairement de ses Visions qu'il n'y a pas encore d'évia-xonos unique à Rome comme chef de la communauté. Quand la vieille femme en qui se personnifie l'Eglise, lui remet le livre de la révélation, elle lui donne l'ordre de le lire, dans cette ville avec tes presbyires présidents (^fterà tov ^peaSvrépcûv tSv ispoïalafiévaw)^ ce quÉ la version latine modifie déjà en : «cum senioribus et majoribus natu ecclesi* tî ^^^ Ailleurs Hermas reçoit mission de dire aux conducteurs (toiV isfpoiiiyovfxévois) de l'Église qu'ils doivent redresser leur voie pour marcher dans la justice ^^K Nulle part il n'est fait non seulement le moindre appel à une autorité épiscopale, mais même la plus lointaine allusion à Tautorité d'un évêque de Rome. Or l'ouvrage porte tout entier sur la discipline, sur la détermination des conditions du salut, la surveillance morale des chrétiens, les conditions de la repentance efficace, toutes choses qui sont essentiellement dès l'origine du ressort des fonctions épiscopales. Ce témoignage est singulièrement fortifié par sa concordance avec celui de tous les autres documents, déjà cités plus haut, qui nous renseignent sur la première communauté chrétienne à Rome. Il n'est pas nécessaire d'ihsister sur son importance dans l'histoire des origines de la papauté.
^^) Vie. , ]]1 4 5 . 1 . — Stm. ,1X» i5.4, i6.5;a5.a il n'est parlé que à''iK6a1oXot Hal StSdcTxoLXot, lis appartiennent au passé.
(5) Vis,, m, in fine.
('î Vis., Il, a. 6. Cf. îll» 9.7 où hauteur tance vertement les vpori'yo^iievoi kolI ^ponoxadeSpnat. Cf. Sim., YIII, 7. 4 où il censure les divisions ciusées par le désir de primer et de se faire valoir. A noter le terme taporjyoïifievoi , caractéristi(]ue des documents d'origine romaine, que l'on retrouve dans VEpitre aux Hébreux et dans VEpttre aux Corinthiens de Clément. — Dans Vis., III, 1.8, Hermas veut laisser la place d'honneur aux ^peaSérepot ; il ne songe pas aui êvlakoitôt. L'Église loi rappelle que la place d'honneur appartient à ceux qui ont souffert trpour le Dom^t; cependant tous ceux qui en feront autant, t. e. qui s'imposeront des souffrances tr pour le nom?», seront admis, eux aussi, à ces mêmes places d'honneur. Mais on constate une fois de plus qu'il n'y a ici aucune primauté sacerdotale.
Nous reviendrons ultérieurement sur les enseignements historiques flu Pasteur en reprenant la suite de nos éludes sur les Origines de TEpiscopat. Celte fois il ne s'agissait que d'une enquêle préparatoire et en quelque sorte d'une introduction à un chapilre des travaux que nous avons poursuivis à l'Ecole des hautes études. Avant d'utiliser le Pasteur d'Hermas comme document historique , il faut déterminer exactement la valeur qui lui appartient comme tel. De même que l'Epître de Clément Romain, s'il nous montre combien tardive fut l'introduction de l'épiscopat monarchique à Rome, il nous apprend aussi combien le christianisme de la communauté romaine primitive porte déjà clairement le cachet du catholicisme romain ultérieur. L'assimilation de la vie chrétienne à l'observance d'un catéchisme de pratiques et à l'accomplissement d'une série de commandements, la réduction de la charité à l'état d'œuvre pie, l'importance accordée au jeûne avec ses stations, la valeur accordée à la répétition des prières et à la prière d'intercession des saints, pauvres et justes, pour les riches qui les soutiennent de leurs dons, la distinction des œuvres nécessaires et des œuvres surérogatoires ^^^, combien tout cela est déjà catholique et romain! Or tout cela est en germe dans le Pasteur^ très clairement, en germes déjà vivants et actifs. Voilà pourquoi il faut bien se garder de ne consulter que le philosophe Justin pour connaître la chrétienté de l'.époque, mais aussi, et plus encore peut-être, le voyant populaire, le prophète peu lettré qui pense et sent comme la foule et dont l'imagination facile, l'esprit bon enfant, nous redisent plus fidèlement sans doute ce que croyaient, espéraient ou rêvaient la masse des humbles parmi ses coreligionnaires de Rome.
Jean RÉVILLE.
(') Voir surtout les Mandata, la II" et la V" Similitude (ch. 3 et 4).