‹ La Valeur Esthétique de la Moralité dans l'ArtChapitre 14 sur 14 · PRE NU ET · texte numérisé non relu

PRE NU ET

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On a tort de confondre la représentation de l’ëmmoral avec la peinture du nu. Comme tel, le nu n'est pas mauvais; il est dangereux peut-être. () La statuaire antique qui a si bien modelé la beauté du corps humain, est chaste dans ses productions les plus remarquables. Regardez la Vénus de Milo, telle qu'elle se détache, au fond de la galerie du Louvre, sur le nacarat du velours, au milieu du rayonnement d'une pureté idéale. Ce n’est, pas l’Aphrodite coquette et lascive, déesse de l'amour coupable et voluptueux, telle que l'a représentée dans la suite l’art décrépit d'une civilisation décadente. C’est l'Olympienne impassible, à la tète sévère, au sourire indéfinissable, chez qui tout respire l'amour sobre et serein, et non la passion volage ou légère. C’est la nourricière idéale, reine de la Mer et de la Nature vivante, l'obpavia, telle que l’a décrite le grand Lucrèce. La molle draperie roulée autour des hanches et arrêtée par le genou de la statue n’est point le voile d'une fausse pudeur. Nue tout entière, la déesse serait restée la Mère idéale, la femme chaste, sur laquelle ne peuvent s'arrêter un instant les désirs impurs.

Les statuaires de la Grèce avaient le respect de la figure humaine. Jamais ils n’osèrent accuser en elle les instincts de la vilénie, les grossièretés du sensualisme, la lubricité de l'ivresse. Le- génie antique chercha au fond des eaux les tritons et les syrènes, au fond des bois le satyre aux pieds de bouc, le centaure et le faune pour y incarner les vices humains.

Quelle lecon pour nos contemporains ! pour un Gautier, qui souille sa plume d'artiste à écrire la malsaine et impudique Mademoiselle de Maupin; pour Jean van Beers, qui étale les chairs provoquantes d'une prostituée

G) Ch. Porvi le reconnaît. Le Nu dans VArt (Revue de Belgîque, 1889).

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pour tant d’autres, qui remplissent nos salons de nudités franchement impures, et ne songent pas que l’immoral est avant tout une infraction contre la prosodie esthétique.

A tous, nous disons avec Proudhon : « Voltaire a écrit son poème de la Pucelle, Jules Romain et d'autres artistes ont fait, avec un merveilleux talent, des peintures obscénes : que faut-il en conclure? que ces œuvres sont des monstruosités, ou la laideur des pensées exprimées est arbitrairement mariée avec des formes savantes et correctes ». (1)

Ces formes savantes et correctes peuvent décerner à l'œuvre immorale une haute place dans l'échelle des productions artistiques. La moralité n'est qu'une mesure de la valeur esthétique, elle n’en exclut aucune autre. Tout ce que nous avons voulu prouver, c'est que son importance est réelle.

L'art immoral est laid d'un certain côté, à est nécessairement incomplet.

« Tout laisser au hasard de ce qu'on appelle le tempérament, décréter que l’incontinence aura nom puissance, et la brutalité hardiesse, réduire dans la peinture, le tableau à l’esquisse, sous prétexte d'impression, et à la caricature, sous couleur de réalité; rapetisser dans la littérature, cette grande étude de l'âme humaine aux observations médicales d'une pathologie fantaisiste ; imaginer dans l’odieux, solenniser l'obscène, marivauder avec limmonde, aller dans cette voie plus loin que le dégoût ; atrophier ainsi par la fréquentation des grossièretés, par l'habitude de toutes les laideurs, cette délicatesse qui est en nous une forme de la fierté; changer la vieille devise : Toujours plus haut pour cette autre : Toujours plus

(1) PROUDHON. Principe de l'Art, p. 221.

(1) PAILLERON. Disc. de réception à l'Académie, 1T janvier 1884.

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