II, 11; XI, 15; XX, 8, 20, 25, ■' XII
L'examen du livre répond tout à fait à cette indication.
A scruter les motifs qui ont dicté le choix des épisodes, on croit reconnaître que l'auteur a d'abord voulu narrer un certain nombre de miracles saillants, particulièrement aptes à révéler la puissance du Christ et à faire entrevoir, de sa part, d'autres œuvres plus merveilleuses encore \
Par le changement de l'eau en vin, Jésus manifeste sa gloire et provoque la foi de ses disciples ^. La coïncidence entre la parole du Sauveur à l'officier royal et la guérison de son fils apparaît remarquable et motive la foi de l'officier et de sa famille^. Le paralytique était malade depuis trente-huit ans : la guérison est éclatante, et elle fait soupçonner les pouvoirs bien autrement grands que le Christ possède en commun avec son Père et qui se manifesteront au dernier jour *. Les gens qui ont bénéficié de la multiplication des pains ont bien sujet d'acclamer Jésus comme le Prophète : ce prodige montre qu'il est, comme il l'affirme, le véritable pain de vie ^. Rien de mieux constaté que le caractère surnaturel et prodigieux de la traversée du lac *. La guérison de l'aveugle-né donne lieu à une vérification non moins certaine : elle est affirmée par les voisins et les propres parents de l'aveugle, elle s'impose aux pharisiens, malgré leur dépit; et elle prouve que le Sauveur est capable d'éclairer le monde '. Enfin, la résurrection de Lazare, opérée après quatre jours, en présence des Juifs venus de Jérusalem, et attestée par la foule
» Cf. Jean, i, 50-51; v, 20; vi, 61-62. " n, 11.
* V, 19 sq.
' VI, 26 sq.
qui accompagne Jésus à son entrée dans la ville, garantit que le Christ ressuscitera les croyants à la fin des temps ^.
Le même point de vtîe apologétique paraît convenir aux récits qui ont pour objet des épisodes autres que des miracles. Il est facile à saisir dans les témoignages répétés que Jean-Baptiste rend à Jésus comme au Christ Fils de Dieu, en s*appuyant lui-même sur la preuve que Dieu lui en avait donnée au baptême ^. Dans l'appel des premiers disciples, dans le surnom donné à Simon, dans la révélation faite à Nathanaël, se montre bien la science surnaturelle du Sauveur ^. L'expulsion des vendeurs sert d'occasion à la parole prophétique, qui, en accusant sa connaissance de i'avenii", fait déjà entrevoir sa résurrection *. L'onction de Béthanie, qui encadre la parole sur la sépulture ; l'épisode des Grecs, qui amène le discours sur la conversion du monde; le récit de la Cène où vient la dénonciation du traître, ont une portée semblable ^ L'on peut de même trouver que les incidents de la passion tendent, d'une certaine manière, à montrer la grandeur, l'innocence, le libre sacrifice du divin condamné, comme les récits de la sépulture, de la constatation du tombeau et dea apparitions du Christ contribuent à établir la vérité de sa résurrection.
Tout différent du parti pris allégorique, imaginé par Strauss et M. Loisy, et sans rien avoir de la préoccupation systématique que ces critiques supposent, le point de vue apologétique dont nous parlons paraît bien répondre, à la fois, au témoignage rendu par l'auteur sur le dessein de son livre et à l'examen de son ouvrage lui-même.
» Jean, xi, 25-26.
•il, 19-21.
» XII, 7, 23 sq.; XUI, 10-11, 18*19, 21 sq.
La question revient à savoir si Tévangéliste a entendu prouver la vérité chrétienne par des faits empruntés à la réalité et dûment garantis comme tels, ou bien si, se plaçant au-dessus des contingences sensibles, il a rédigé, sans égard pour l'histoire et à la façon d'un romancier pieux, des récits aptes à établir sa thèse.
Il ne semble pas que l'on puisse hésiter sur la solution que mérite la question ainsi posée. L'hypothèse d'un roman apologétique est inadmissible.
L'évangéliste, en effet, revêt son œuvre des apparences de l'histoire; il semble vouloir compléter, sinon remplacer, les Évangiles antérieurs ; il appuie ses récits sur le témoignage d'un personnage qu'il présente comme le disciple intime de Jésus, identique à l'illustre Jean d'Éphèse, bien connu de ses lecteurs, et qu'il paraît également identifier avec luimême. Si ces prétentions n'étaient pas conformes à la réalité, il faudrait conclure à un faux littéraire dont on trouve peu d'exemples aussi caractérisés dans la littérature apocryphe. Or, est-il possible de concilier cette supposition avec le tempérament moral qu'on est bien obligé de reconnaître à notre écrivain? Comment concevoir qu'un chrétien aussi croyant, aussi sincère, aussi droit que l'auteur du quatrième Évangile ait formellement prétendu établir la foi des Églises asiates par des moyens aussi suspects? Comment imaginer qu'il ait eu Taudace de mettre ses élucubrations personnelles sous le patronage exprès du disciple aimé de Jésus ? Comment croire qu'il n'ait pas craint de s'identifier avec ce disciple, et d'identifier ce disciple avec Jean d'Éphèse, dans ce milieu même d'Asie Mineure, où l'on devait bien savoir à quoi s'en tenir sur l'identité réelle de ce personnage ?
L'hypothèse du roman n'est pas moins impossible à soutenir en regard des caractères objectifs, les plus
ncontestables, de notre document. Dans la théorie de M. Loisy, l'écrivain n'aurait eu, sur les faits évangéliques qu'il raconte, ni tradition ni souvenirs personnels : sa source d'information principale, et à peu près unique, aurait été les Évangiles antérieurs. Mais, à admettre cette supposition, on devrait s'attendre à ce que la dépendance de l'Évangile johannique à l'égard des Synoptiques fût des plus intimes et des mieux marquées. Or, nulle part, on ne trouve que notre auteur ait servilement exploité ses devanciers ; il ne les copie pas ; on ne peut même trouver la preuve qu'il les ait eus sous les yeux en composant.
Réduit aux Synoptiques pour tout document, on s'attendrait encore à ce que l'évangéliste en eût extrait avec soin tout ce qui cadrait avec son but apologétique. Cependant, on le voit laisser de côté nombre d'épisodes et de traits qui auraient fort bien servi son dessein : tels, les récits du baptême de Jésus, des expulsions des démons, de l'apaisement de la tempête, et de tant d'autres miracles, où apparaissent dans un jour éclatant la messianité et la divinité du Sauveur.
Enfin, la préoccupation qu'a notre écrivain de donner crédit à son œuvre, en paraissant renseigné autant et mieux que ses devanciers, aurait dû, semble-t-il, lui faire marquer soigneusement l'accord de son histoire avec les Évangiles traditionnels, et fournir, par ses indications complémentaires, la conciliation des antinomies apparentes que présentent çà et là ces premiers documents. Or, il n'en est rien. Le quatrième évangéliste mentionne l'incarcération de Jean- Baptiste, que saint Luc rapporte à une place très différente de saint Matthieu et de saint Marc, sans indiquer lui-même avec précision à quel moment elle eut lieu. Il montre le Christ ressuscité apparaissant à ses disciples, sans s'inquiéter de coordonner les apparitions galiléennes et hiérosolymitaines, dont
le récit offre de si notables divergences chez ses devanciers.
Chose étonnante, il ne parait pas se soucier de marquer le raccord de ses propres épisodes avec ceux des évangélistes antérieurs. Gomment s'harmonisent les premiers témoignages qu'il attribue à Jean- Baptiste avec les récits synoptiques de la prédication du Précurseur, du baptême de Jésus, de la retraite au désert? Comment concilier l'appel des disciples, tel qu'il le représente auprès du Jourdain, avec la vocation des mêmes disciples que les autres Évangiles placent en Galilée? A quel moment mettre l'institution de l'eucharistie, qu'il omet de raconter, par rapport au lavement des pieds qu'il mentionne à la dernière Cène? Comment doivent se fondre ses renseignements avec ceux que fournissent les premiers Evangiles sur le triple reniement de saint Pierre ou les dernières paroles du Christ en croix ? Ce sont là des questions qui ne le préoccupent pas.
Bien plus, on le voit, en une foule de circonstances, s'écarter de la tradition synoptique, jusqu'à paraître en désaccord avec elle, sans qu'il y ait à cela le moindre intérêt dogmatique ou apologétique, et sans que, d'autre part, il semble songer à l'impression défavorable que ces multiples et sensibles divergences pourront faire sur ses lecteurs .
Parallèlement avec les Synoptiques, il raconte l'expulsion des vendeurs du temple, mais il la fixe aux premiers temps du ministère de Jésus et donne une forme assez différente aux sentences prononcées par le Sauveur à cette occasion. L'onction de Béthanie, qui, d'après les Synoptiques, se passe chez Simon le lépreux et, semble-t-il, deux jours avant la Pâque, a lieu, au témoignage exprès de notre auteur, le sixième jour avant la fête, et l'on dirait dans la maison de Marthe ; en même temps l'évangéliste modifie plusieurs détails de la scène et, en particulier,
la déclaration qpie fait entendre Jésus. Mêmes variantes, pour les détails des épisodes et les paroles des personnages, dans la multiplication des pains, la traversée du lac, l'entrée à Jérusalem, la dénonciation du traître, l'arrestation du Christ, les derniers moments du Sauveur.
Notre écrivain paraît anticiper, à la suite du discours sur le pain de vie, la profession de foi messianique du chef des apôtres. Quand il montre Jésus se rendant à Jérusalem pour la dernière Pâque, il le fait venir, non de Galilée, mais du désert (l'Éphraïm, A première vue, Ton croîtrait même qu'il anticipe la mort du Christ, du 15 au 14 nisan, et retarde le moment de la mort, de trois heures à six heures du soir, en fixant la fin du procès devant Pijate à midi. La démarche des Juifs qui provoque le crurifragium et le coup de lance est par lui mentionnée avant celle de Joseph d'Arimathie, alors que, d'après saint Marc,c'estla demande de Joseph d'Arimathie qui excite l'étonnement du gouverneur et lui fait mander le centurion pour savoir si Jésus a déjà expiré. Enfin, l'écrivain relate l'épisode de Madeleine et des deux disciples au tombeau, en des conditions qui rendent malaisé l'accord avec la démarche des femmes et l'apparition des anges, que racontent les Synoptiques.
Une telle conduite est absolument inconcevable de la part d'un romancier chrétien qui dépendrait des premiers Évangiles, reçus dans l'Église, et qui tiendrait à donner à sa composition imaginaire les apparences d'une histoire digne de créance et capable de fonder la foi.
Reste alors l'hypothèse que l'écrivain, tout en connaissant la tradition des premiers Évangiles, à laquelle il se réfère implicitement ^ — sans qu'on puisse dire
» Jean, i 31; m, 24; vi, 1-2, 71; vu, 1; xi, 1, 2; xviii, 13; xx, 1.
qu'il ait eu les documents mêmes sous les yeux ■ — ait possédé sur les faits évangéliques des renseignements ou des souvenirs indépendants, et gu'il ait puisé à cette source pour composer un Evangile parallèle, d'après sa tournure d'esprit propre et les besoins particuliers de ses lecteurs.
Seule plausible, après l'élimination des autres, cette hypothèse est pleinement confirmée par l'étude intime de l'ouvrage.
L'auteur fournit, à propos des épisodes qu'il raconte, de nombreux détails topographiques : en particulier, il connaît Cana de Galilée, avec son altitude par rapport à Capharnaum, et sait la distinguer d'autres villes du même nom; il se montre familier avec le lac de Tibériade, ses dimensions, les cités qui le bordent, les montagnes qui l'avoisinent ; il fait le tableau de la fertile plaine de Samarie, où se trouvent le village de Sychar, le puits de Jacob et, à proximité, le mont Garizim; la position exacte de Béthanie auprès de Jérusalem est déterminée par lui avec précision; dans Jérusalem même, il n'est étranger ni au prétoire de Pilate, ni au portique de Salomon qui longe la cour du temple, ni à la Trésorerie sacrée, ni auLithostrotos ou Gabbata qui fait face au prétoire; il mentionne le Cédron comme séparant la cité du jardin où Jésus est arrêté, et précise que le Calvaire se trouve à côté de la ville, près d'un autre jardin où le corps du Sauveur a été enseveli.
Ces indications sont minutieuses; elles sont pour la plupart indépendantes des Synoptiques et des autres écrits du Nouveau Testament; ces documents offraient d'ailleurs d'autres détails topographiques, non moins intéressants, qui sont entièrement négligés par notre auteur. D'autre part, les renseignements qu'il fournit sont reconnus aussi remarquablement exacts qu'ils sont précis. Or, la manière dont ils sont présentés sans la moindre recherche, reliés très naturellement,
et au fur et à mesure de Toccasion, aux détails du récit, n'accuse pas seulement la bonne information de l'écrivain touchant les lieux en question ; elle tend encore à le montrer en possession de traditions ou souvenirs évangéliques, étroitement rattachés aux théâtres de l'activité du Sauveur.
De fait, on trouve dans le quatrième Évangile de nombreuses données, qui ne se rencontrent pas dans les documents antérieurs, et ont les meilleures apparences d'une tradition autorisée.
Le ministère de Jean-Baptiste est localisé avec précision à Béthanie, au delà du Jourdain, puis à ^non, près de Salim, où il y avait beaucoup d'eau. Les préoccupations habituelles des pharisiens, au sujet de la purification légale et du baptême, sont bien connues de l'auteur. Les croyances juives concernant le Messie, ses origines, Élie son précurseur, le Prophète, lui sont également familières, et elles paraissent bien correspondre à ce qu'elles étaient à l'époque de Jésus. Rien n'est mieux en harmonie avec les idées des Juifs contemporains du Sauveur, que leur tentative pour le faire roi, à la suite de la multiplication des pains. Rien n'est plus conforme à ce même état d'esprit que la crainte, exprimée par Caïphe, de voir Rome s'inquiéter du mouvement favoraLle au prophète de Nazareth et achever de réduire en servitude la nation juive.
Les personnages nouveaux que l'évangéliste présente sont nettement individualisés et très vivants. Qu'il s'agisse de Nicodème, de Nathanaël, de Malchus, ou de Lazare, on ne peut douter qu'ils n'appartiennent à la réalité et que les détails fournis sur leur compte ne soient pris dans l'histoire. Les renseignements donnés au sujet d'Anne et de Pilate paraissent indépendants des Evangiles antérieurs, et néanmoins cadrent exactement avec leurs données.
Mais c'est surtout avec le cercle apostolique que le quatrième évangéliste se montre familier. Les traits
qu'il fournit sur saint Pierre révèlent le même tempérament ardent et empressé que l'on devine dans les Synoptiques. D'André et de Philippe, l'écrivain sait qu'ils sont originaires de Bethsaïde et il leur attribue, à la multiplication des pains et à l'épisode des Grecs, un rôle remarquablement adapté à leur origine et à leur situation. De Judas enfin, il nous apprend qu'il tenait la bourse de la communauté apostolique et s'appropriait l'argent qu'on y mettait : et ce renseignement, donné en passant, à propos de l'onction de Béthanie et de la dénonciation du traître, jette un jour lumineux sur ces deux épisodes et explique au mieux le dessein de trahison.
Ce n'est pas tout. D'autres données, plus caractéristiques encore, apparaissent, à une comparaison minutieuse avec les premiers Évangiles, comme des informations d'égale valeur, qui répondent à leurs indications discrètes et apportent un complément précieux à leurs renseignements d'histoire.
Ainsi, l'on pourrait, à première vue, croire que les Évangiles synoptiques font tenir le ministère de Jésus dans une seule année, et même dans les quatre ou cinq mois qui précèdent l'unique Pâque qu'ils mentionnent et qui termine sa vie. Mais, si l'on y regarde de plus près, cette impression première disparaît. L'épisode des épis froissés, placé par saint Marc au début du ministère, se passe à une époque assez voisine de la moisson, donc, étant donné le climat de Palestine, vers le printemps, aux environs de la Pâque. La multiplication des pains, notablement séparée du précédent épisode et bien antérieure aux derniers jours de Jésus, a également lieu aux environs de la Pâque, puisque la foule peut s'asseoir sur un gazon vert et abondant. Nous trouvons ainsi l'indice d'au moins deux années complètes dans la vie publique du Sauveur.
Or, à ces insinuations correspondent les données
formelles du quatrième Évangile, qui distingue plusieurs Pâques dans le ministère de Jésus. Cet accord donne pleine confiance au bien fondé de la chronologie johannique, détaillée et précise.
Comme, d'autre part, on ne peut guère croire que le Sauveur ait passé plusieurs années de sa carrière publique sans venir à Jérusalem à Toccasion des fêtes, et que les Synoptiques semblent justement attester des rapports de Jésus avec la capitale, antérieurement à la Pâque suprême, ce que le quatrième évangéliste rapporte des voyages hiérosolymitains se trouve pareillement confirmé ^.
En dehors de ces grandes données qui servent de cadre à son ouvrage, le quatrième évangéliste fournit maints renseignements spéciaux, du meilleur aloi.
Que les premiers disciples de Jésus soient sortis de l'école de Jean-Baptiste et aient commencé à suivre le divin Maître dès avant l'invitation définitive qu'il leur adresse auprès du lac, cela fait bien comprendre l'importance accordée d'abord au Précurseur et explique la scène synoptique du dernier appel, où les disciples sont si prompts à s'attacher au Sauveur sur sa parole. Le quatrième évangéliste attribue le départ de Jésus pour la Galilée, après le dernier témoignage de Jean-Baptiste, à la crainte que son propre succès n'excite la haine des pharisiens : c'est une indication qui a toutes chances de répondre à l'histoire.
Le récit de l'expulsion des vendeurs fait preuve de la meilleure information, en rattachant à cette circonstance la parole sur la destruction et la reconstruction du temple, que reprocheront au Sauveur les faux témoins. La forme sous laquelle est
1 Sur ]a durée et le théâtre du miaistère du Christ, voir Vongine du quatr. Évang., p. 439-444.
reproduite cette sentence convient exactement au Christ, tout en donnant la clef des modifications que jui font subir ses accusateurs.
Notre auteur déclare en termes formels, ce que les détails synoptiques donnaient simplement à entendre, savoir qu'au moment de la multiplication des pains, la Pâque était proche; et cela fournit une explication topique de Taffluence extraordinaire de peuple qui a lieu aux environs de Capharnaum. A son tour, la mention de Béthanie comme résidence de Marthe et de Marie n'a pu être empruntée aux Évangiles antérieurs : elle s'harmonise pourtant d'une façon remarquable avec ce que suggère leur texte. De même, l'émoi causé par la résurrection de Lazare, aux portes de Jérusalem, peu avant la dernière Pâque, rend bien compte de l'enthousiasme inouï qui accueille le Christ à son entrée dans la ville.
Le rôle attribué à Judas dans le repas de l'onction donne la raison du lien qu'établissent les deux premiers Synoptiques entre ce repas et la résolution suprême du traître. En lisant l'épisode du lavement des pieds, on comprend que Jésus ait pu se présenter, à la Cène décrite par saint Luc, comme le Maître qui intervertit les rôles en remplissant lui-même celui de serviteur. Il n'est pas jusqu'au détail fourni sur la troupe qui vient arrêter le Christ, et à la parole prêtée au Sauveur à cette occasion, qui n'expliquent le signe du baiser indiqué par Judas et la liberté laissé(^ aux disciples, malgré leur essai de résistance.
En résumé, la partie narrative du quatrième Évangile accuse, dans son ensemble et spécialement en un bon nombre de ses détails, une tradition historique qui marche de pair avec celle des Synoptiques, oonfirme leurs données, les explique ou les complète. Nous avons toutes raisons de croire à une tradition apostolique autorisée.
Cela s'accorde avec ce que les témoignages les plus
anciens, et celui de l'Évangile même, nous disent de son origine johannique. Un tel accord garantit, d'une manière très significative, le bien fondé de ces témoignages, comme ces témoignages eux-mêmes donnent la meilleure raison du caractère historique qu'on est obligé de reconnaître aux narrations de notre document.
Faut-il prononcer définitivement que l'écrit a été rédigé par saint Jean l'apôtre, et faire bénéficier nos récits du degré très spécial d'historicité que comporte cette origine apostolique immédiate? C'est ce que nous déciderons après avoir complété notre examen des narrations et des faits par celui des idées et des discours.