‹ La valeur historique du quatrième ÉvangileChapitre 36 sur 50 · VII, 20; VIII · texte numérisé non relu

VII, 20; VIII

i"* Loisy, Le quatr. Évang., p. 84. Voir t. i, p. 4.VJ sq.

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On voit combien on est peu fondé à trouver dans notre document « la préoccupation constante de signifier la gloire du Christ ^. » Sans doute, le Christ johannique, sous les modestes dehors de son activité humaine, fait transparaître une grandeur divine : mais en cela il ressemble au Christ des premiers Evangiles et de l'histoire. De celui-ci, M. Loisy n'a-t-il pas écrit luimême qu'il montre partout « je ne sais quoi de divin qui rélève au-dessus de l'humanité commune, même la meilleure ^ ? »

Il n'y a donc pas lieu d'être surpris que l'on trouve dans le Christ johannique quelque chose de surhumain. On comprend m ême que notre auteur ait accusé davantage sa grandeur divine sans laisser pour cela d'être liistorien : sa fidélité à maintenir dans tout son relief l'humanité de Jésus garantit qu'il n'a pas voulu le grandir aux dépens de la réalité.

En vain essaie-t-on d'opposer le Christ johannique au Christ synoptique, au point de vue du savoir. A entendre M. Loisy, le quatrième évangéliste s'écarterait de ses devanciers en ce qu'il établit « l'identité de science » entre le Christ et Dieu. « Bien que le Christ johannique, dit-il, proclame que le Père est plus grand que lui, on ne voit pas qu'il lui soit inférieur par la science ^. )) Il est « omniscient » parce qu'il est « le Verbe divin; » « il apporte sur la terre sa prescience divine, et il connaît tout à l'avance, les événements et les dispositions des hommes *. »

Il est très vrai que le Christ johannique connaît les secrets et prévoit l'avenir. On le voit révéler à Natha-

^ holsy , Le quatr. Évang., p. 60.

2 Id., ibid., p. 72. Cité, 1. 1 , p. 498. ^ Id., ibid., p. 104.

* Id., ibid., p. 98, cf. p. 73. Cf. J. Réville, Le qualr. Évang., p. 244.

naël ^ et à la Samaritaine ^ des choses connues d'eux seuls ; il pénètre l'intérieur de ses disciples ^, devine leurs pensées *, sait les dispositions des Juifs ®, celles de Judas et sa trahison future ®; il connaît à distance la mort de Lazare '; il prévoit l'heure et les circonstances de sa propre mort ^, prédit le reniement de Pierre ^ et l'abandon de ses apôtres i°.

L'évangéliste tient à souligner par des réflexions personnelles cette science surnaturelle de Jésus ^^ : on peut donc croire qu'il a tenu à relater les traits capables de la faire ressortir. Mais on ne peut dire qu'en cela il ait obéi à une préoccupation véritable, qui l'aurait rendu infidèle à l'histoire.

Le Christ synoptique, lui aussi, connaît ce qui est caché et secret ^^, pénètre les pensées intimes de son entourage ^^, annonce, avec ses circonstances diverses, sa mort, que suivra la résurrection : à travers tous les incidents qui la préparent, il montre qu'il en sait avec une entière certitude le moment exact et les détails précis ^^; il déclai'e à ses apôtres qu'il fera d'eux des pêcheurs d'hommes, et, par le symbole de la pêche miraculeuse, leur fait entrevoir les résultats merveil-

> Jean, i, 48.

" VI, 65, 71; XIII, 10, 18, 21, 26 sq.

" II, 19; m, 14; xii, 32; xiii, 1, 3; xviii, 4.

" II, 24; VI, 62, 65; xii, 33 ; xiii, 1, M ; xv, l'J ; xviii, 4 ; xxi,

" Marc, XIV, 13 et parallèles; xiv, 42; Luc, vu, 39, 47; xvii, 17.

" Marc, II, 6-8 etparall.; viii, 16-17; Matth., xvi, 7-8; Luc, vu, 39-40; XI, 38-39.

>♦ Marc, II, 19-20 et parall.; vni, 31; ix, 11, 30; x, 33-34; xii, 6-8; XIV, 8. 18-21, 24-25, 30, 41-i2.

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leux de leur apostolat ^ ; il prédit !a ruine de Jérusalem avant la fin de la génération présente ^ ; il annonce la prédication de l'Evangile dans l'univers entier ^, la conversion des nations ^, la durée éternelle de son Eglise, fondée sur le roc inébranlable de Pierre ^. La science supérieure du Christ johannique ne diffère donc pas de celle qui appartient au Christ des premiers Évangiles ^.

Comme le Christ synoptique, le Christ johannique n'est d'ailleurs pas sans avoir également une science humaine expérimentale, qui règle ordinairement ses démarches et inspire pratiquement sa conduite. îl pose des questions à ses disciples "", aux sœurs do Lazare ^ à Pilate ^. Il paraît se décider et agir au fur ci à mesure de l'expérience. Il est informé que les pharisiens sont au courant de son succès, et il se retire en Judée ^^; il apprend du pai^alytique qu'il est infirme depuis longtemps, et il lui propose sa guérison ^^; il lève les yeux, voit venir la fouie, et songe à multiplier pour elle les pains ^2; la nouvelle de la maladie de Lazare lui est apportée par un message de ses sœurs, et il parle de retourner en Judée ^^; il est averti de la démarche des Grecs par Philippe et André ^*.

A propos de ces nombreux traits, M. Loisy se borne

1 Marc, I, 17; Matth., iv, 19; Luc, v, 6-10.

2 Marc, xni, 1, 30; Matth., xxiii, 36; cf. Luc, xi, 51. ^ Marc, xni, 10; xiv, 9.

* Marc, XVI, 15; Matth., xxviii,19; Luc, xxiv, 47; cf. Act., i, 8. 5 Matth., XVI, 18.

" Cf. Jésus Messie, p. 374-419; Les théories de M. Loisy, p. 288-

' Jean, i, 38; vi, 68.

» xviii, 34.

1=» Kl, 3, 6.

14 xil, 22.

SOK HUMANITÉ 351

à dire : « S'il fait des questions et semble parfois apprendre quelque chose, ce manque de logique est indispensable pour que ses relations avec les hommes gardent la forme humaine et les conditions de la réalité ^. » C'est reconnaitre que, sous ce rapport, le Christ du quatrième Évangile ne diffère pas autant qu'on le prétend du Christ des trois premiers. D'autre part, csl-on bien venu à supposer pareil « manque de logique » chez un écrivain que l'on représente calculant tous ses traits sous l'influence de sa préoccupation didactique? Le fait que notre auteur, attentif à souligner la science surnaturelle de Jésus, le montre néanmoins soumis aux conditions communes de l'expélicnce humaine, gai'antit que, sur l'un comme sur l'au- Iro point, il entend se conformer à la réalité.

L'illogisme qu'on lui prête devrait être attribué pareillement à ses devanciers. M. Loisy n'en disconvient pas. Pour rester dans la logique, le critique en est venu à distinguer dans les comptes-rendus synoptiques les traits de connaissance purement expérimentale et ordinaire : seuls ces traits lui paraissent maintenant représenter la vérité de l'histoire ; les autres sont déclarés le produit d'un travail d'idéalisation postérieure ^. Mais sur quoi s'appuyer pour faire ce départ, sinon sur ce principe que Jésus n'a dû avoir que la manière de connaître habituelle au commun des hommes? Or, ce principe tout a priori ne s'accorde guère avec le mélange de qualités humaines et divines que Ton ne peut pas ne pas reconnaître à la personnalité historique du Sauveur. 11 paraît formellement contredit, en particulier, par l'authenticité de ses prédictions touchant la ruine de Jérusalem ^,

Au nom de l'histoire, il faut attribuer à Jésus une

' Loisy, Le qualr. Évang., p. 98.

^ Id., Les Évang. syn., t. r, p. 180, et passim.

3 Cf. ci-dessus, p. 206, note 6.

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mystérieuse association de science expérimentale et de connaissance surnaturelle, qui défie l'analyse du simple psychologue. Le quatrième Evangile ne fait en somme qu'accorder au Christ la mesure de science qu'il a eue dans la réalité.

Il ne lui prête pas non plus d'autre puissance que celle qui appartient au Christ des Synoptiques et de l'histoire. Ses miracles sont du même ordre ; ses pouvoirs à la fin des temps, identiques. Et le Sauveur témoigne expressément, plus expressément encore que dans les premiers Evangiles, qu'il accomplit les uns et 'exerce les autres par puissance reçue de Dieu.

« Le Fils, dit-il à l'occasion de la guérison du paralytique, ne peut rien faire à moins qu'il ne le voie faire au Père ; car ce que celui-ci fait, le Fils le fait pareillement 1. » Or cette imitation des œuvres du Père se fait en réalité par une participation à ses privilèges. C'est de son Père que Jésus a reçu le pouvoir de ressusciter un jour les hommes, comme celui de les juger -. Ailleurs il déclare qu'il accomplit les œuvres de celui qui l'a envoyé ^ celles que son Père lui a donné à faire *. Il les fait au nom de son Père ^ ; son Père luimême les réalise par lui ^. C'est pourquoi ses œuvres sont la preuve de sa qualité de Christ', et de son union indissoluble avec le Père ^.

L'évangéliste ne craint même pas de faire dire à l'aveugle-né : « Nous savons que Dieu n'écoute pas les pécheurs, mais qu'il exauce celui qui l'aime et fait

> Jean, v, 19-20.

2 V, 26-27. cf. 21-22.

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