‹ La valeur religieuse du spiritismeChapitre 13 sur 40 · LA DOCTRINE SPIRITE EST ELLE CONSOLANTE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE SPIRITE EST ELLE CONSOLANTE

Au premier abord, il semble que la perspective de revoir nos morts, de nous entretenir avec eux, la preuve matérielle qu’ils ne sont pas perdus à tout jamais, puissent être pour beaucoup une source féconde de consolations. « Au moment où le matérialisme a atteint son apogée, dit M. Léon Denis, et répandu partout l’idée du néant, une croyance nouvelle appuj^ée sur des faits apparaît (1). » Ce ne sont plus les vains systèmes des religions d’antan qui faisaient appel à la foi ; ce n’est plus, comme dirait Platon, cette vague espérance dont on s’enchante soi-même. Tout cela désormais est prouvé ; nous ne marchons plus par la foi, mais par la vue ; et la vue est un sens qui trompe moins que la foi.

Il faut être juste : nous avons connu des affligés, des désespérés, même, qui ont repris courage au contact des spirites ; des hommes qui ont été frappés par les malheurs de famille les plus épouvantables, et qui ont relevé la tête ; des mères qui ont

(1) Léon Denis, Après la mort^ Introduction, p. 5.

perdu leurs enfants et qui ne pleurent plus depuis qu’un message de l’au-delà est venu leur affirmer que leur enfant est toujours vivant. Ce sont là des faits : le spiritisme a consolé une foule de gens que l’Evangile n’avait pas touchés (sans doute parce qu’ils n’avaient pas connu le véritable Evangile), et c’est là le principal secret de sa vogue.

Mais ne confondons pas les faits avec les doctrines. Ce sont les faits qui ont consolé ces gens-là, car à tort ou à raison, ils ont vu dans les faits la preuve de la survivance de l’âme. La question des faits se posera en temps et lieu ; pour le moment, il s’agit de doctrines.

Eh bien ! si l’on prend à la lettre la déclaration des esprits, les incarnations successives avec perte de la mémoire ne sont pas consolantes du tout.

Quand j’arriverai dans l’autre monde, si mon père et ma mère qui, depuis longtemps déjà m’ont été enlevés, sont incarnés l’un et l’autre, je ne les verrai pas ; et si je les vois, je ne revivrai pas avec eux, je ne retrouverai rien de leur affection, je resterai pour eux et ils resteront pour moi ce que nous étions déjà les uns pour les autres, morts, absolument morts. Quand je me réincarnerai moimême, je ne les verrai plus, et pour peu que ma vie d’esprit errant coïncide avéc leurs incarnations, je suis exposé à les perdre complètement de vue. Où est la consolation ?

Et ne parlons pas des surprises qui nous atten-

dent de l’autre côté : si j’ai été ua criminel dans une existence antérieure et que j’aie racheté mon crime dans celle-ci, je vais retrouver ma faute ; et si ]iour l’heure, ma victime est incarnée quelque part sans m’avoir encore pardonné, triste perspective que de la revoir un jour, et de trembler jusque-là I

Mais il y a plus : Est-elle réellement consolante, une doctrine qui ne dit pas un mot du pardon ? (Et pourquoi'parlerait-elle de pardon puisqu’elle ignore le péché?) et qui, comme conséquence de mon repentir sincère, m’offre en perspective de longues existences, de longs siècles, peut-être, d’expiation par la souffrance?

Point de pardon ; c’est là la triste conclusion à laquelle il fallait aboutir. Point de pardon ! Mais alors Dieu n’est plus notre Père? Car un père, fùt-il le plus mauvais des pères, pardonne à son enfant coupable. Point de pardon ! Mais alors Jésus-Christ n’est plus notre sauveur ? Qu’est-il venu faire ici-bas ? Rien ; en tous cas, peu de chose. Qu’est-il venu prêcher? La morale? Est-ce tout ? Point de pardon I Mais alors sa parabole de l’enfant prodigue n’est plus qu’une histoire, un chant de nourrice pour bercer les enfants et pour tromper les hommes? Mais alors, qu’était donc Jésus-Christ que les spirites affectent d’appeler le « premier des voyants ? » Un imposteur, puisqu’il affirmait que Dieu pardonne les péchés, puisqu’il

nous enseignait à prier ainsi : « Pardonne nous nos offenses ». Un fou, lorsqu’il prétendait pardonner lui-même les péchés. Quel étrange voyant, que celui qui disait au brigand du calvaire : « Tu seras aujourd’hui même avec moi dans le paradis». Avait-il oublié la réincarnation et la longue suite de souffrances que le malheureux devait endurer avant de s’élever jusqu’à la catégorie des purs esprits ?

Il n’y a point de milieu : Si le spiritisme, tel que l’ont formulé ses adeptes, est vrai, le christianisme est un mensonge. Et si le Christ est bien, comme ils le disent, le type le plus parfait que Dieu ait offert à l’homme pour lui servir de guide et de modèle » (1), s’il était réellement « animé de l’esprit divin, et l’être le plus pur qui ait jamais paru sur la terre » (2), le spiritisme d’Allan Kardec n’est qu’un tissu d’ignorances et de contradictions. Ses esprits l’ont trompé. Lui seul, honnête homme, instruit, généreux et sincère, était capable d’exprimer en meilleurs termes encore une morale plus pure et des connaissances tout aussi approfondies.

(1) Allan Kardec. Le Llcre des Esprits^ p. 268.

(2) Idem.

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