‹ La valise de MolièreChapitre 14 sur 24 · LES MÊMES, CORMIER · texte numérisé non relu

LES MÊMES, CORMIER

cormier, entrant, sans voir Molière.

Très-bien ! déjà sous les armes, c'est à merveille !

LA THORILLIÈRE

Silence donc.

DU CROISY

N'interrompez pas.

du croisy, jo u ant Jognenet.

« Voilà justement notre homme qui rumine, et qui * apparemment ne songe qu'à l'affaire de son rils, qu'il '> a fort en tête, il me semble.

la thorillière, jouant Alcantor.

» Tout est renversé aujourd'hui, et le monde est » tombé dans une corruption générale : une licence » épouvantable règne partout, et les magistrats qui » sont établis pour maintenir l'ordre dans cet Etat cie- » vraient rougir de honte, en souffrant un scandale y> aussi intolérable que celui-là : oui, c'est une chose n horrible, et qui crie vengeance au Ciel, que d'endurer » que des fils de famille soient mariés par force, contre o les lois, et au mépris des parents.

DU CROISY

Monsieur, votre serviteur.

LA THORILLIÈRE

> Bonjour. Joguenet. Se pariant.) Mon fils avoir si peu >» de conduite et de considération ! s'aller jeter dans un » engagement comme celui-là sans mon consentement ! » Ah ! ah ! jeunesse impertinente ! Vous n'en êtes pas » où vous pensez. J'ai déjà pris mes avis sur ce sujet, » et nous verrons après.

DU CROISY

9 Vous rêvez à l'affaire de votre rils.

LA THORILLÏÈRE.

» Je t'avoue que cela me donne un furieux chagrin. o II serait bien fâcheux qu'on me fit des héritiers malgré b moi. »

CORMIER

Pas mal! Pas mal! très-bien, même!

MOLIÈRE

N'est-ce pas, Monsieur?

cormier, surpris, à part.

D'où sort cet homme-là?

MOLIÈRE

Je voudrais peut-être quelque chose de plus assure dans le geste, de plus vif dans la voix...

cormier, à part.

Il parle bien, mais quel est-il ?

MOLIÈRE

La scène du Juge et de Guzman ira mieux. Allons, mes amis.

cormier, à part.

Ah ! il est leur ami...

MOLIÈRE

Attaquez.

cormier, l'imitant.

Oui, attaquez, attaquez.

LA THORILLÏÈRE.

(( Monsieur Guzman, je suis le vôtre, comment vous

» va ?

DU CROISY

• Fort bien, monsieur, je vous cherchais.

LA THORILLIÈRE

» Qu'y a-t-il pour votre service? Vous êtes un brave » homme, vous, et de toute votre bande, vous êtes » celui que j'aime le mieux.

DU CROISY

Monsieur, je vous suis obligé, et aussi, en récom- » pense, je vous viens avertir de quelque chose qui vous i touche.

LA THORILLIÈRE

» Moi !

DU CROISY

Vous-même.

LA THORILLIÈRE

» Et qu'est-ce que ce serait?

DU CROISY

» Eh! ce n'est qu'une bagatelle, mais il est toujours * bon d'y prendre garde.

LA THORILLIÈRE

n Dites-moi, je vous prie, ce que c'est,

DU CROISY

" C'est qu'on veut vous tuer.

LA THORILLIÈRE

n Me tuer ?

DU CROISY

» Mais cela ne sera rien: c'est un drôle, qui prend h avec trop de chaleur les intérêts de mon maître » contre vous, touchant votre fille; mais je lui ai bien i dit son fait. Ce n'est pas qu'il ne soit méchant » comme un diable, et, quand il a résolu quelque » chose, il faut que cela soit; mais je lui ai bien juré *> que s'il mésarrivait de votre personne, je saurais » bien vous en venger tôt ou tard: c'est pourquoi vous » n'avez que faire de craindre.

LA THORILLIÈRE

» Eh! oui da, mais s'il m'allait tuer sans vous » avertir, je ne laisserais pas que d'être mort. »

Ah ! très-bien ! très-bien !

MOLIÈRE

Oui, c'est un peu mieux.

du croisy, bas à Molière.

Ah! çà, mais vous ne nous flattez guère.

molière, de même.

C'est pour vous déguiser...

cormier.

Ce que j'admire surtout, c'est la mémoire. Il n'y a pas un quart d'heure que j'ai donné ces rôles, et les voilà sus déjà.

MOLIÈRE

C'est merveilleux, mais je n'en suis pas surpris, on n'en fait pas d'autre en notre troupe : il faut vous dire que nous sommes , ou plutôt que nous étions de la même : ces messieurs en qualité de comédiens, moi à titre d'acteur aussi et, par surcroit, de lecteur, correcteur.

CORMIER

J entends, ce qu'est La Roque au théâtre du Marais. . . Eh ! mais alors vous êtes mon homme.

MOLIÈRE

Comment!

du croisy, lui parlant bas.

Il va vous engager aussi.

molière, de même.

C'est ce qu'il faut.

J'ai, pour le moment, un choix à faire dans un vieux fonds d'esprit...

MOLIÈRE

Qui vous est arrivé récemment.

CORMIER

Comment l'avez-vous su ?

MOLIÈRE

Par les gens de l'auberge, qui le savaient de quelqu'un des vôtres...

CORMIER

De quelqu'une plutôt, de cette Bourguignon, j'en jurerais, la bavarde! Bref! c'est vrai, et j'aurais besoin qu'on m'aidât à me reconnaître dans tout cet esprit-là, où je me perds un peu.

MOLIÈRE

Faute d'habitude.

CORMIER

Comme vous dites ; or, vous me plaisez, mais quel serait votre prix?

MOLIÈRE

Oh ! je suis de loisir : rien.

CORMIER

Vous me plaisez de plus en plus. Topez donc là ! je

VOUS engage, et à l'œuvre ! (A Du Croisy et à la Thorillière. ;

Messieurs, vous trouverez tout près les gens de ma

compagnie: chargez-vous en pour les styler un peu, et mettez-les à la raison... si vous pouvez.

Du Croisy et la Thorillière sortent en riant.)

Page 1