LA FLÈCHE DE KOUEN
Diadème dont l'art couronne un front d'église, Et qui brille au soleil sur les plaines de l'air, Quand l'immense obélisque avec sa croix de fer Commande à l'ouragan qu'il défie et qu'il brise, Orgueil de la cité qui le proclame roi , N'est-ce qu'un faste vain pour un objet stérile? Non! — Moi, je vous dirai que ce géant d'argile, Au nom de Jésus-Christ fut dressé par la foi.
Au loin, comme un signe de grâce, Voyez donc la croix se pencher; Lorsque le bronze du clocher Bourdonne en cercle dans l'espace ?
C'est l'étoile que chacun suit.
De cet exilé qui s'égare , De ce pauvre qu'un monde avare Chasse avec répugnance ou fuit , Dieu sait les maux et les répare !...
Au jour , la croix leur sert de phare ; La cloche est leur lampe de nuit.
Vous qui manquez de pain sous l'œil des grands du monde , Qui près de leurs palais ne trouvez pas d'abris , Qui frappez nuit et jour l'air d'inutiles cris Sans savoir ù qui tendre une main vagabonde, Accoure/ vers le crucifix!
Accourez! — Le tocsin de la foi nous appelle, Souffrans , coupables et proscrits!
Pour tous la charité riante et maternelle, Ouvre les battans du parvis.
Vous, poètes, aussi ! vieillards bien avant l'âge, Martyrs du baptême de feu,
Témoins que l'Eternel fit l'homme à son image. Hâtez vos pas vers le saint lieu.
Accourez ! — Vous aurez le pain de la parole , Et le pain qui nourrit ia chair ,
Et le denier du prêtre , et le mot qui console, Au pied de cette croiv de fer.
Venez! vous trouverez sous le toîl du lévite , De bons cœurs , du pain , du repos ,
Et puis du linge blanc pour quitter au plus vite Vos robes qui sont en lambeaux.
Mais où vais-je me perdre en ces rêves étranges
Lorsque l'étoile d'Orient Qui guida les trois rois vers la reine des anges
H luit plus dans le firmament ?
Ah! frères, pardonne/! Mais devant M Bjrmboli Qui vers le ciel lève sa croix .
J'ai cru voir Jésus-Christ , paré de l'auréole Prêt a bénir comme autrefois.
Hélas ! il n'en est rien ? — Réduit à l'indigence
Par ce siècle ou l'or seul est roi , Le Christ , sourd à nos pleurs, sur sa croix fait silence;
Lui qui disait ; — Venez à moi !
Le prêtre, ainsi que nous, est orphelin au monde;
Et , pour lui ravir son pouvoir , L'impie a desséché la piscine féconde
Qui guérissait du désespoir.
Jadis, du haut des cieux, à la foule éblouie,
La foi jetait son doux rayon!
Ou rallumer, sans Dieu, la lampe évanouie
De l'espérance et du pardon ?
Puis , fiers de nous crier que Jésus porte encore
Le fatal sceptre de roseau , Ils ont flétri ses bras d'un haillon tricolore!...
Dieu, voyez, porte leur drapeau !
Jugez par là, jugez de l'abîme où nous sommes !
Esclave des événemens, L'Eternel dégradé donne l'exemple aux hommes
Dos parjures et des sermens!
Entre les biens du ciel et les biens de la terre ,
Pauvres, restez donc isolés.
Toi , tu souffres, dis-tu? — C'est bon ! dors sur la pierrer
Vous, il vous faut du pain ? — /Volez!
\ol<z! — El puis sur vous que la prison retonib
Avec le frisson des verrou x!
De nos maux , croyez-moi, le terme est dans la tombe,
Et rien ici-bas n'est à nous.
Rien ! — Lorsque sur la fleur, en bourdonnant de joie ,
L'insecte glane son butin !...
Rien ! — Lorsque au fil do vol l'oiseau saisit sa proie !...
Rit 11 pour nous , quand nous avons faim !
L'Evangile à nos fronts a passé comme un songe !...
Dans ces champs que nous traversons, Quel orphelin pourrait, lorsque la faim le ronge,
Prendre un épi sur les moissons ?
Bien mieux ! — On prend l'obole au pauvre qui travaille
Et c'est pour gorger des heureux , Qui veillent, l'arme au bras , de peur qu'on ait la paille
Du grain dont le fruit est pour eux
Vous voyez ce qu'on gagne à crier sa souffrance - Eh bien ! un froid rhéteur prétend
Que rien n'est dangereux sur le sol de 1' l'ra;.. Comme an prolétaire éloquent .'
Dites alors que Dieu . depuis mil huit cent trenl Pour mieux échelonner lev i Imct plus dans le ciel que des saints à patente Et des anses à deux cents francs!
Laissez, laissez le faible, en pleurant, se morfondre
A la recherche de ses droits.
Est-ce que le canon n'est pas là pour répondre $ %
Si nous élevons trop la voix ?...
Je suis juste! — Parfois le riche entend la plainte ,
Et, dans les jours du carnaval, Parodiste insolent de la charité sainte,
L'invite à ses restes du bal.
Des lustres épuisés quand se meurt la lumière ,
Parmi les cristaux en débris, 11 laisse à qui le veut chercher dans la poussière
Et son aumône et son mépris!...
— Mais devrais-je aiguiser le tranchant du murmure Et prêter une arme au chagrin,
Tandis qu'Abel mourant, victime sainte et pure, Bénissait un frère assassin?...
Non ! je veux désormais que Pellico m'inspire Des mots de paix, d'âme et d'oubli ;
Lui, martyr du Spielberg, qui chante et qui respire La rose de Maroncelli !
Oh ! sur notre Calvaire, ainsi que Jésus même,
Repoussant l'éponge de Gel, Prions, pour qu'aux ingrats, dont on meurt, mais qu'on aime.
TSous fassions les honneurs du ciel.
Et si l'hiver qui Ment, sur ces plages de neige, Raidit nos membres harassés ,
Le prêtre n'a-t-il pas gardé le privilège D'ensevelir les trépassés ?
Pèlerins fatigués du chemin de la vie,
Le tombeau n'est pas loin de nous,
Et Dieu lui-même, au seuil de la grande patrie, Nous appelle à ce rendez-vous.
De son beau patrimoine, hélas! déshéritée, L'Eglise maintenant est sourde aux malheureux Elle n'a plus de pain, d'asile et d'or pour eux, Et son par\ is désert pour la fouit- attristée Ne peut plus être géuéreu \ .
Qui nous rendra les sanctuaires Où s'agenouillait la douleur J tt, pour les orages du cœur.
L'ombre pure des monastéi 'es ' Nos larmes , qui doit les tarir ' Cherchez donc au sein de nos villes Riches d'or , mais d'amour stériles, Luc cellule où recueillir, Dans la charité du mystèi Et le génie, et la misère, Et l'exil, et le repentir ?..,
La flèche de l'église au ciel en vain se dresse!... Pal la nain du vendeur lâchement flagellé ,
Jésus-Christ , loin du temple à son tour exilé, Maudit son tabernacle où règne la détresse; Et quand, lassé du monde, il nous attend là-haut, La tristehumanité, souffrante et prolétaire, Rouille ses fers de pleurs et cherche en vain sur terre Un rêve d'espérance au fumier du cachot.
Clémence s'arrêta. Ses traits, encore heurtés et émus , exprimaient le trouble des sentimens qu'elle nous avait fait partager, en les colorant de sa parole, tantôt fiévreuse et stridente, tantôt plaintive et mélodieuse; mais où dominait, comme une révélation de son caractère, je ne sais quelle teinte de virilité. Sa mère la baisa au front , et laissa tomber une larme en se détournant. Comment me serais -je défendu contre cette dernière épreuve ?...
— Il faut aller à Paris, lui dit avec feu mon compagnon de route en lui saisissant la main , puisque vous avez maintenant des protecteurs. \ Paris, Clémence, il se présente tout un avenir
pour vous. Ici , vous n'arriverez a rien , qu'au salaire cT une pauvre sous-maRresse pour faire prosodier le solfège a des demoiselles de confiseurs , ou pour leur enseigner les élémens de la grammaire. Je ne quitterai Rouen qu'avec là promesse formelle que vous consentez a votre fortune. On vous appelle; vous le savez ! c^est a vous de prendre une résolution.
Clémence , émue , se cacha dans le sein de sa mère.
— (^uVn dites- vous, ma mère ?
— Eh ! mon enfant , est-ce que je puis vou loir autre chose que ce que tu veux î Et elle embrassa vingt fois sa fille.
Comme à la suite de ce moment de trouble, pour payer mon tribut , ^adressais quelques paroles embarrassées à la pauvre enfant :
— Oiidonc est Adolphe ? demanda la mère avec un sentiment d'inquiétude.
Adolphe , infailliblement , était le jeùni
— mo —
homme qui Savait pas dit unmot. Moncicérone nous le désigna du doigt ; au détour d'une ruelle qui plongeait sur la ville, et qu'il arpentait a grands pas.
— Il nous boude , dit-il avec un rire moqueur. Mais , avec ses beaux conseils , avec ses prétentions peut-être 7 quel serait \ madame, l'avenir de votre fille ?
La mère de Clémence baissa la tête et ne répondit pas.
Clémence était rêveuse ! . . .
Dans les trois jours que je passai a Rouen, je n'eus pas de nouveau l'occasion de revoir ces dames , non plus que mon obligeant ami de voyage. Mes affaires m'absorbèrent entièrement , et me rappelèrent a Paris.
Six mois s'étaient écoulés , et j'avais tout-àfait oublié cet incident, lorsqu'une circonstance nouvelle le raviva dans ma mémoire.
C'était par une certaine matinée du mois de
mars; je rassemblais les matériaux d'un tra- \ail fort ingrat et qu'il réimportait de terminer sans retard , lorsque , au mépris d^une consigne formelle , ma fille aînée ouvrit brusquement la porte de mon cabinet , et me
jeta le nom de M. B , en s^effaçant pour
laisser pénétrer un jeune homme jusqu'à moi.
Indépendamment de ce que ce nom et cette figure ne réveillaient aucun souvenir précis dans ma tète , mes préoccupations se trahirent sur mon visage , et je compris que les obséquio sites banales de ma politesse dissimulaient à peine la vive contrariété que jVprouvais en ce moment.
— Vous ne ihe reconnaissez sans doute pas médit timidement ce jeune homme.
\Ion regard inquisiteur et glacé n'était nullement fait pour le rassurer sur cette eonjeelure.
En sVloignanl avec hésitation du si< •;;<• que
je lui désignais, l'étranger ajouta du son de Yoix le plus doux :
— Je puis revenir. Faites-moi la grâce de m'indiquer une heure à votre choix.
Il dut s^asseoir ; un geste l'empêchait d'insister.
On n'ignore pas que le studio d'un journaliste est une sorte de cabinet de consultation où, sous un prétexte en l'air et sans cause bien légitime , viennent s'installer et poser des originaux de tout genre , prodigues de leur temps et , par dessus tout , du temps des autres; solliciteurs de conseils qui ont des chefsd'œuvre à placer où l'on voudra ; cliens qui ne cherchent que des patrons pour se produire dans un journal et chez un éditeur. Le tout a charge par vous de les protéger , comme si le journaliste, subordonné de la gérance , n'avait pas assez de mal à se protéger lui - même, fout inconnu soulève d'abord un préjugé
contre lui. On conçoit donc que , dans la transe de cette fatalité , j'aurais voulu que celui-ci fût a cent Lieues. Ln reste de philosophie accourut à mon aide. Ces inconvéniens, d'ailleurs , sont ceux de la profession , et la bonne politique veut que Ton n'ajourne pas un indiscret lorsqu'on a confusément l'espoir d'en finir avec lui dès sa première visite.
— Puis-je savoir , monsieur , lui dis-je , ce qui me procure l'honneur
Il m1 interrompit avec une vivacité contrainte.
— Nous nous sommes déjà vus a Rouen , monsieur ! sur la cote de Sainte-Catherine; je donnais le bras à la mère de mademoiselle Clémence .1 —
La mémoire me revint.
— Pardon de l'oubli ! Vous vous nommez Adolphe , n'est-ce pas ?
— Vdolphe H ! oui , monMrm . l I < e$t,
comme vous le voyez , sans autre titre à votre indulgence que le hasard d^une rencontre purement furtive, pendant laquelle nous n'avons pas même échangé deux paroles, que je viens vous mettre en demeure pour un service de la plus haute importance pour moi; service que , seul à Paris , vous pouvez me rendre. Il n^a pas fallu moins que la vive confiance que j^ai prise en vous pour me déterminer à cette démarche. Elle est étrange peut-être ; mais vous êtes jeune, et vous me comprendrez.
Une larme brillait dans ses yeux : sa voix s^éteignit un instant.
Ce ton de mystère et de crainte , le vague du préambule , nVavaient ému. Ma figure, en se déridant , rendit un peu de calme au jeune homme.
— Depuis six mois entiers j^hésite, me dit-il en donnant libre cours à ses émotions ; depuis
que mademoiselle Clémence a quitté Rouen pour se rendre ici , comme vous le savez peut-être ?
— Je l'ignorais.
— Elle est a. Paris maintenant , monsieur , et je ne suis indiscret que vis-a-vis de vos occupations , ce qui est de trop sans doute , en vous confiant que j°avais Tespoir dVbtenir sa main lorsqu'elle né songeait pas encore a se chercher des protecteurs et a tenter la fortune. L'autorisation de sa mère et son aveu, rien ne manquait à mes droits. Depuis son départ, permettez-moi cette confidence! mes lettres ont en vain sollicité les siennes ; je n'ai pas obtenu de ces dames la moindre preuve de souvenir. Clémence nroublie! Je le conçois; le sort que je lui destinais ne pouvait êtrea&ea brillant pour elle. Misérable professeur de dessin, je n'ai d'autre avenir qu'un travail rhétif dan» une condition iffnorée. ( lemcnco
mérite mieux. Sa vocation, c'est le sentiment de sa famille et de la mienne, remporte dans une sphère supérieure; on ne cesse de me le dire, et pour elle et pour moi je m^en effraie. Toutefois, malgré son silence, malgré le sentiment du peu que je vaux, je ne suis pas résigné. On ne se désiste pas facilement d'W rêve d^enfance. Je veux la voir une fois encore, et je mérite peut-être, monsieur, que vous me mettiez à même de risquer une dernière tentative. Quelle que soit sa volonté, je serai sans doute moins a plaindre si je la sais heureuse; mais c^est trop de son silence et de mon incertitude sur sa position.
Je ne comprenais pas encore très clairement de quelle manière mon intervention pouvait être indispensable dans tout cela. Je le dis à M. Adolphe.
— IlfautmVxpJiquer, ajouta-t-il. Clémence doit se rendre ce soir dans une maison oii vous
allez habituellement vous - même , ainsi que mes informations me Font appris. Sous vos auspices, ne puis-je y pénétrer moi-même ? Voyez , monsieur! Je n'ai d'autre garantie vis a vis de vous et de vos amis, pour m'assurer votre protection et l'accès auprès d'eux , que la bonne foi de ma démarche. Cela suffit- il?
On devine ma réponse.
\ neuf heures du soir, nous étions en effet dans la maison que M. \dolphe m'avait désignée.
En traits heurtés, et pour tenir mes lecteurs au courant, je devrais peut-être essayer ici l'esquisse d'une de ces maisons de la capitale où, durant l'hiver et deux fois par semaine, les notabilités de la (lasse bourgeoise , députe*, journalistes, électeurs, organes et auxiliaires denosdn erses coteries politique*, se groupent autour des plateaux eomerU de poreclaines <lu lapon, pour le the SOUS |, s \<ii\ d'une
maîtresse de logis qui trône à la lueur des flambeaux, présidente émérite des réunions du soir, un bouquet de violettes à la main. Mais, tout le monde, à peu près, est à même de s°en tracer une fidèle image : c^est chose plus que vulgaire. On sait, ainsi que moi , quelle variété de distractions attire les indifférens qui forment la tourbe et la galerie. Ici des tables de jeu chargées de bougies et de jetons d^argent; là, des albums feuilletés au hasard, étalant des fantaisies d'artistes sur les guéridons, près de la brochure de la semaine et du roman nouvellement paru; plus loin, le piano dont le clavier tressaille sous le doigt discret qui s^y promène, en attendant que Ton proclame à voix haute Farrivée de quelque chanteur italien inscrit sur le programme de la soirée. On y juge les nouveautés , les événemens , les hommes.
L^imagination française fait les honneurs de son étoui derie avec cette facilité de mois dont
la réflexion est exclue, en éclatant de rire, en étudiant ses regards dans les miroirs. \ travers ce tumulte, éveillé, bourdonnant partout, des intrigues se forment qui resteront sans témoins et sans auditoire au milieu de la foule. Grâce à Inhabileté d\m intermédiaire actif, des ren contres imprévues s^organisent. Désarmés par 1 ""é tique tte, des antagonistes parlementaires transigent entre deux embrasures. D^autres, en souriant, s'abordent, une tasse entre le> doigts , près du marbre de la cheminée. Des réfugiés de tousles pays, parés de la coquetterie de Pexil , des savans de l'Institut , froids et tranchans, la noblesse militaire de Fempire, tout se mêle. Les intérêts privés se mettent surir lapis a la faveur du grand mot definlérc! public, et a ses dépens. Ne vpus, en tenez jamais a la lettre. Ces messieurs, à ce qu'il vous parait, se montrent fort1 inquiets, nYsi-re pas pour la sécurité «le la France; cesont des banquiers!
Prenez-y garde, et traduisez que les fonds ont fléchi. Pour plus de décence, le style de l'agiot s'est empreint d'une demi -teinte libérale. Dans un soir, visitez vingt cercles; c'est le même détail, et souvent avec les mêmes visages. Quelques-uns sont obliges partout. Le gouvernement s'y parodie à merveille, il s'y reflète en miniature. On y fait de la petite diplomatie pour des choses de peu, et aussi force protectorat ; quelquefois même des réputations , car, suivant l'usage, on doit, autant que possible, a ses hôtes la primeur d'une merveille et l'étrenne de l'inconnu. Chacun y pose en débarquant. Les capacités inédites passent tour à tour par cette filière pour être décidément initiées ou bannies, produites au jour ou replongées dans le néant, après l'épreuve de leur début. Que de risibles préjugés de caillettes plaides le plus spirituellement du monde parmi ces causeurs étiolés et rétrécis dans
Fatmosphère des salons du jour; hommes ijui se font femmes, femmes qui se font hommes ! Et, dans leur estime toutefois , ils se considèrent comme l'élite et la fleur du pays; même, c^est fort au-dessous d^eux qu^i^ aperçoivent le reste de Inhumanité! S'ils en soutiennent la cause, cVst en faveur de Tordre du jour et, seulement, du bout des lèvres. Vllez donc, au frémissement des voitures qui grondent sur le pavé delà cour, dans ce groupe moiré de dia mans et de fleurs artificielles, quand les pieds foulent des tapis de peau de tigre, leur proposer une civilisation de castors ! Le publiciste en herbe, homme dVtat futur, grossoycm &è feuilletons pour le moment , y prélude aux emplois qu'il est certain de conquérir toi ou laid, a la seule condition d'approfondir , SBIM la tutelle du cercle, la science frisnlc dei IlSâges du monde \ d J complaisant ingénti Hune pensée dont il n a pa« toujours le serre!.
de prêter sa plume a des capitalistes qui sont amoureux-fous du progrès et des lumières , parce qu'ils en retirent cinquante pour cent. Ce qu'il résulte en dernière analyse de ces prétendus centres diction, où le moindre habitué croit a l'importance de son rôle en avouant la nullité des autres, je l'ignore, et je ne me soucie nullement de rapprendre; c'est inutile ; mais je certifie que bien des paroles vides, écoutées le mouchoir contre la bouche, avec ce sourire éternel et malade qui témoigne de la bienveillance obligée de nos mœurs, se dévorent dans ces mortelles soirées d'apparat. On y supporte en commun un supplice de bonne compagnie. Le faste des égards , de l'éclat et des lumières, couvre ce vide jusqu'au moment où les beaux esprits, congédiés par la pendule qui les dispense de se battre les flancs pour faire jaillir quelques étincelles des cendres de la conversation, laissent, en s'é-
cJipsant , les véritables amis de la maison , débarrasses enfin de la cohue, libres de se divertir sincèrement, un quart d^heure , en petit comité; quart d^heure de compensation et de franchise, où bien des prétentions, félicitées en face et portées aux nues, sont impitoyablement passées par les armes.
C'était dans un de ces salons que Mademoiselle Clémence J venait poser comme
poète , et confier a Tencens prostitué des coteries ses rêves de gloire , de fortune et devenir....
Vdolpheet moi, portés par un flot de ban
quiers, de conseillers d^état, de barons nous
pénétrâmes au milieu de cette cohue brillante
où son nom et le mien, modestes et obscure,
furent se perdre aussitôt dans une prodigalité
de noms criblés de titres et de particules, tous
inconnus à la cour de Louis XVI, sortis d une
révolution qui certainement n'avait pas BtC h, 18
faite pour cela ; monnaie de billon frappée au coin féodal, dernière ironie de Panci en régime contre le nouveau.
Obligé, dans le premier moment, de suffire a mille civilités inévitables, je perdis mon compagnon de vue ; mais, lorsqu'après ce sacrifice a Fusage, il me fut loisible de revenir aux intérêts de sa situation et de songer à lui, je Paperçus, en dehors d\in demi-cercle de femmes, dans une attitude discrète, et, du bout de son doigt, effleurant a peine le dossier du fauteuil de Mlle Clémence. Il causait avec la jeune muse.
Une singularité me frappa, dont j^essayai, mais en vain, de me défendre comme d'un préjugé.
Malgré ces chauds reflets, qui, d'habitude, sous l'artifice et le rayonnement des lumières, ajoutent tant de grâces nouvelles au coloris généreux d\m visage de dix-huit ans, il me
sembla que, transplantée du large planitr e de Sainte - Catherine au milieu de cet horison coquet et rétréci, Mlle démence avait plutôt perdu que gagné ; fleur privée de sa lijyc pour la jardinière d\in salon !... Dans rexamen de ses traits, nuancés légèrement d^impatienre, un peu sans doute à cause de Pimport unité dont jVtais en cette occasion le complice, je crus pressentir je ne sais quoi de nerveux et d^exalté qui n'appartient pas seulement aux fatigues de l'inspirai ion, témoignage manifeste de ses luttes sur un terrain où elle elail accourue sans aide et sans ami, pour sede\ouer a la nécessité d'une victoire. Sans doute, on ne sait jamais tous les rivaux (pie l'on a dans Pâme d'une femme; mais le démon de la célébrité est le plus inexorable de tous.
,\dolphe n'osa parle»- trop long temps à Clémence, il s'éloigna...
I n moment de silence avait été demande.
Moment étrange, où mon coeur s'ouvrit en pulsations plus rapides dans ma poitrine qui se resserra. L'enjeu de deux existences se jetait au milieu de ce salon.
D'un coup d'œil rapide et gène , j ''interrogeai le cercle. — On se mouchait, on prenait place. Le frémissement des conversations expirait a petit bruit, et, de proche en proche, non sans un reste de contrainte, chaque groupe, en se rendant au désir de la maîtresse de la maison, affectait une contenance. La bonne grâce était dans les maintiens, l'ennui perçait dans les regards. Il ne s'agissait que de poésie ; volontiers s'en fût-on dispensé. Un agent de change s'éclipsa sur la pointe du pied, de l'air d'un conscrit qui perd courage avant le bruit du canon. Avec la plus gracieuse émotion d'intérêt, penchée vers Clémence, une dame réprima du geste de son éventail l'imperceptible sourire d'un journaliste qui venait de
baisser les yeux. Deux députes, d'une physionomie pleine et massive, établis devant le feu, la cuiller de vermeil a la main, les jambes écartées, promenaient sur l'auditoire ce regard impatient et ce front plissé qui caractérisent un orateur lorsqu'il a décidé dans sa tète que la sonnette du président ferait justice préalable de tous les murmures.
Pendant ces préliminaires, je sentis Tan s'alourdir. Adolphe, assis dans une embrasure, tcnaitlatète basse. 11 ne regardait pas.
Clémence lut alors les vers que j'ai cités précédemment : cri de religion et de douleur, évangélique et républicain, bien étrange a coup sur pour ces esprits brusquement an a chésa leurs préoccupations frivoles et mondai nés; énigme d'autant plus froide, il faut le dire, pour chacun de ceux qui se trouvaient la, que la voix du poète atteignit plus rapidement L'acceai passionne «l< L'enthousiasme, quoiqu/
V aspect des monumens de sa ville natale, vue d^ensemble au foyer de son riche paysage, ne se dressât pas devant nous, baigné de lumière et de verdure, pour en donner Inintelligence et le mot. Que d'harmonies faisaient défaut dans cet espace étouffé ! . . . Cependant, et pour Clémence, et pour moi, et pour Adolphe surtout que je vis tressaillir en couvrant de ses doigts une figure pâle, le souvenir, cette propriété mystérieuse ressuscitait a demi le prestige. Rouen réapparut sous un voile de brume, élevant les tourelles de sa cathédrale sur un horison incertain; et cette tête de femme, terreuse d^inspiration , étrangement belle par cela seul, avec des larmes qui mouillaient le bord de ses paupières, avec ses yeux enflammés et fixes qui voyaient ce que nul regard ne voyait, et des lèvres convulsives, et des plis qui plongeaient sur le front; cette tète, mille fois plus artiste que la Corinne de
Gérard, car elle souffrait, me pénétra jusqu au vif d'un de ces éclairs dYlectricité dont elle rayonnait en ce moment, couronne de poésie et de martyre !... Je tremblais, je cherchais un appui, pétais agité comme un enfant.
Je sortis en sursaut de ce rêve au bruit des applaudissemens.
Le journaliste qui avait souri, se trouvait alors debout et devant Clémence. 11 lui saisit la main; et, après mie étreinte muette, il lui laissa retomber cette main toute marbrée sur les genoux. J "aurais embrassé ce jeune homme!. . C 'clail aussi applaudir; maisc'elait mieux.
La, dut se borner le triomphe de Clémence, L'urbanité générale se trouvait quitte a\er un de ces ridicules et assourdi>>an> bruits de main que l'on paye au besoin dans les the aires, et qui , dans les ftoirétS, mhiI une dette de rigueur après une lecture ,ek quelle quesotl < elh
lecture. Un suffrage de ce genre coupe au plus court : on n'a besoin ni de goût ni de conscience; c^est, du reste, fort commode pour ceux qui s^en privent. La maîtresse de la maison remercia dVn mouvement de tète plein de bonhomie et de charme. Elle avait raison ; la politesse lui revenait en partie.
On se précipita vers les tables d^ecarté.
J*1 avais froid. Je baissais les yeux comme un coupable.
— H y a bien quelque chose dans cette petite tète de brune, me dit un de mes amis, comme pour Tacquit de sa conscience.
Puis, dénouant une bourse de soie, et laissant glisser une pièce dW contre le pied d'W flambeau :
— Pariez-vous ?
Je cherchais Adolphe. Il écartait la gaze
d\in rideau, comme pour regarder dans la rue.
Pour Clémence, immobile et retombée de
toute sa hauteur, au milieu de tout ce monde qui reprenait un air d'aisance et de liberté, elle paraissait écouter avec une expression d'étonnement, mêlée d'orgueil et de douleur, les félicitations d'un personnage que je reconnus sur-le-champ. Dans le nombre des figures, celle-là m'était d'abord échappée. C'était l'académicien dont l'épitre affectueuse (on en a peut-être gardé mémoire ) avait détermine la jeune muse rouennaise a déserter la tiède obscurité de la Normandie pour le brûlant tourbillon de notre capitale. Je présume que. entre les mots artistement agencés d'une lettre et le sans - gène d'une conversation a bout portant, le tact de Clémence la conduisait sans doute à reconnaître quelque différence notable. C'est que les grands hommes perdent a être vus de près : ils palissent aux clartés d'un salon. Dans l'intérêt de leur plume, on devrait leur couper la langue.
On introduisit alors un joueur de mandoline, Espagnol, je crois. Sa présence fit sensation; elle suspendit le jeu: on brouilla les cartes, on accourut spontanément, et, spontanément, on fit silence. Quelque chose de religieux sembla tomber sur le front de rassemblée. J^eus bientôt le mot de cette énigme. Rien de plus étrange en effet, rien à comparer aux ressources que cet Espagnol tirait de son instrument, réputé pour le plus ingrat de tous les instrumens ; et, cela, par une série d^accompagnemens d^un effet original, exécutés sur le bois même de sa mandoline, dont il faisait sortir une foule de désinences lourdes ou sonores, a son gré ; des bruits de galop, comme une charge de cavalerie, le cliquetis de la grêle mêlé de roulemens d^oragc , et, par instans, le rythme joyeux et précipité des castagnettes ; le tout pendant que ses doigts, inouïs de mobilité, couraient d^une
corde a 1 autre pour faire éclater des fanfares, hardies et retentissantes, ou pour murmurer, comme un bourdonnement d^abeilles, les matines voilées de quelque monastère lointain. 11 y eut un moment où Ton crut entendre frémir les flammes de Fincendie, aux cris agonisans des enfans, des femmes et du tocsin. L'auditoire ne respirait pas, ne perdait pas un son, oscillait dans le vertige. On vibrait à Tunisson. Ce calme offrait je ne sais quoi d^inusité. Lorsque l'Espagnol déposa sa mandoline, Tenthousiasme faillit éteindre les lumières : je crus que la maison croulerait sous le bruit cent fois répété des bravos.
Clémence étaitblanche comme son écharpe.
Une main toucha mon épaule. Vdolphe, la bouche contracter par un sourire, me mon! rail tourbillonnant autour de la flamme d une bou ;;ie. sur le guéridon OU je m'appu\ai> , un insecte qui finit par s^ noyer el i*y perdre.
Puis, reportant son regard ému et profond vers Clémence , oubliée de tous et qui s'Wbliait elle-même, le jeune Rouennaisme fit un geste de remerciement et d^adieu.
Quand je voulus le rejoindre , il était déjà loin.
— Eh! mon Dieu! on ne vous voit plus! Qu'est-ce que vous devenez donc ?
C'était Pacadémicien. Il se pendit à mon bras pour descendre.
Je saisis avec vivacité ^occasion de cette rencontre.
— Ah ! lui dis-je , que pensez- vous de mademoiselle Clémence ?
— Mais. . . . que c'est une fort jolie personne. Ah! ah ! vous vous y intéressez ? Elle vous fera tourner la tête , je vous le prédis ; j^en suis à peu prés fou, moi! qui ne nVen mêle plus.
— Je ne vous parle que de son talent, de ses vers , de son avenir.
— Soyez jaloux! répondit-il gaimcnl. ( !e matin j'ai reçu d'elle une lettre charmante : je regrette fort de ne pas avoir cette lettre sur moi. Elle donne ses rendez vous en bonne * compagnie , comme vous Pavez vu. Sa prose vous émerveillerait. On dit en l'air , et par forme de concession, que les hommes le cèdent aux femmes dans le style épistolaire : cela peut être mortifiant pour notre vanité; mais c'est un fait!
— Répondez - moi donc , lui dis- je avec impatience. Quel est votre dernier mot ;i l'occasion des vers qu'elle nous a lusP
— Il n'y a pas de prose au monde comme la sienne, continua t-il du ton le plus impertinemment distrait. Mettez-moi donc a même de tirer quelque vanité de ma correspondance avec elle. Venez me voir ! Venez demain , vous me ferez plaisir , et vous en serez fort content, je vous le promets
11 allait s'élancer dans un cabriolet; je le retins.
— Je crois vous comprendre , lui dis-je * alors , et je n'ose avoir une opinion après la
votre , car vous êtes juge et je ne le suis pas : votre brevet d'académicien étonne ma cons cience ; mais , en ce cas, de quel mot voulezvous que je me serve pour qualifier, d'après ce refus de me répondre , la lettre que vous avez écrite à mademoiselle Clémence ?
— Quelle lettre ?
— La lettre qui Ta traînée ici , en flattant ses idées , en exaltant ses espérances ; la lettre qui faisait allusion a ces mêmes vers dont vous évitez maintenant de dire votre avis! Comment dois-je regarder cette lettre !
— Eh ! mon Dieu , comme vous voudrez : comme un trait d'urbanité, et rien de plus.
— Rien de plus ! mVcriai-je avec une sor te de colère.
Il recula de surprise : il éclata.
— Vous êtes fou, mon cher ami. N'allezvous pas, comme un provincial, attacher quelque importance a ces certificats de génie , extorqués de vive force par des complimens que le premier venu vous meta brûle-pourpoint sur la gorge? tribut que l'insouciance accorde a Fimportunité. Vllons donc! . . . Vous savez un peu mieux votre monde. Mais ( il se mit à sourire) vous êtes quelque peu républicain, si j^ai bonne mémoire; et voila où est le mal. Les vers de la petite vous ont gagné par vos sentiment. De bon compte cependant, qu'est-ce, dites-moi, que ce bavardage plus ou moins rimé? que ces regrets sur l'impuissance de l'église qui n^a plus d'asile pour les vagabonds et les ménestrels? sinon l'éternel paradoxe <! la paresse qui demande orgueilleusement raumône sous prétexte de génie. Les poètes! mais ou en est encombré. Devons non*
des éditeurs a tout celap... Grâce pour la librairie, mon cher!... Le budget les doit-il prendre à sa solde? Ce serait une charité funeste. Elle regrette les couvens, votre favori te! Eh bien, il n'en manque pas, ce me semble , en Espagne et en Italie, pays classiques des mendians qui pullulent, et que Ton y passe en revue de toutes parts , et où, du moins que je sache, il ne se couve guère de génies a Tombre des cellules. Fadaises que toutcela. Qu'on fasse des vers , a la bonne heure ! Il faut passer quelque chose a la jeunesse : la jeunesse est un temps de sottise et d^épreuve. J^enai fait, moi, des vers; et qui, je vous raccorde, ne valent rien du tout , quoique sur ce point mes trèschers confrères , dans l'intérêt du corps , s^entendent pour propager des maximes de charité. Mais, pour le maintien du bon ordre, vous conviendrez peut-être bien que ce métierla ne doit se prendre qu'à la condition de
savoir aussi manier le; rabot du menuisier d< Nevero. Voulez-vous que je vous dise?... Je trouve Cornelie sublime au berceau de ses onfans. Et vous?
— Moi ! mVeriai-je un peu déconcerté.
Puis, me reprenant aussitôt :
— Hais il ne s'agit pas de moi. Ouc deviendra cet enfant qui s'est égarée sur la foi de vos paroles ?
Il réfléchît durant quelques secondes, et, me touchant le bras en s'exhaussait sur le mai chepied du cabriolet :
— Entre nous, me dit-il , un républicain tloit savoir vivre de [ ain et d'eau.
Et le cabriolet fila comme le venl.
Ici, que Ton me permette une remarque.
Des mille préjugés que 1 On nourrit contre
les capitales , le plus for! peut;» bon droit se
tirer de la mobilité prodigieuse des images
<|\ii chaque joui passent sous les jrcus «le leurs M 19
habit ans. Cette mobilité détrempe le ressort de la réflexion. On voit trop de choses pour bien les voir ; on existe trop rapidement pour songer à tout. Paris offre un spectacle éternel , dont Famé , si j alouse qu'elle soit de se recueillir et de se concentrer sur un seul objet, n'a pas un seul instant de relâche pour se défendre. Que peut-il sortir de grand et de complet de cette fournaise? L'intérêt de la veille est effacé par la distraction du lendemain. On s'y blase. L'esprit le plus énergique se trouve entraîné hors de lui - même , dans une sphère de matérialisme , par des émotions sèches et furtives , et rien ne séjourne avec religion dans 3a pensée. L'imprévu devenant ainsi l'élément, le besoin normal de chacun et de chaque jour, nul ne sait ce qu'il y fait de sa vie , dont le plus pur s'éparpille et se perd sans retour. Au milieu de ce contact de froissemens qui ne méritent seulement pas une place dans la
— 2lM —
mémoire, l'imagination s'exalte et se monte,
mais la sensibilité s'én'iousse. Les heures, les semaines , les années fuient , agitées et vides ; elles ne laissent que de stériles regrets , mêles parfois de repentirs. Si vous habitez Paris, comptez avec vous-même! Est-ce qu'il n'v a pas toujours un devoir qui souilre, un souvenir qui se réveille douloureusement, après un oubli, et devant un malheur irréparable? Nous sommes tous emportés par le torrent. Cette excuse, si c'en est une, je comprends la nécessité, faute de mieux et avant d'aller plus loin, de la donner au lecteur, car je ne me crois pas sans reproches. Le devoir ne saurait être restreint petitement dans les termes glacés de la loi; ses limites sont celles de l'humanité. Vprèl avoir négligé cette maxime , il faut savoir du moins la proclame!1 ci la reconnaître. Le plus odieux de tous les sophianes est d'ériger les oublis en principe s.
Vingt-sept mois s'étaient écoulés depuis le soir où gavais vu Clémence chercher dans un de nos salons de Paris la première fleur de sa couronne et l'espoir de son avenir. Son nom, par intervalles, avait passé sous mes yeux , en parcourantles recueils du jour. A. cette occasion, je m'adressais les plus vifs reproches sur ma coupable indifférence pour le sort delà jeune muse. J'ignorais jusqu'à sa demeure, bien qu'il fallût a peine dix minutes de loisir et de bon vouloir pour m'en informer. Vingt fois , occupé de soins vains et futiles, je remis cette résolution au lendemain ; et le lendemain , d'autres idées , des plaisirs , des affaires , ajournaient ou effaçaient ma résolution. J'y retombais avec un nouveau remords.
Une lettre me prévint. C'était un imprimé, timbré des Batignolles , cacheté de noir.
Clémence était morte.
Morte ! . . .. Elle que j'avais vue si jeune et si
Jjellc! si fière surtout de ce luxe de confiance dans la vie , pressentiment d'immortalité que
nous avons tous au fond du cœur à vingt ans; comme si Dieu nous devait par privilège la faveur d'une exception au milieu des tombeaux qui se creusent des deux cotes de notre péleri nage ! — Morte !
J'étais tenté de prendre cette nouvelle pour un mensonge! Elle me révoltait contre moi
même.
J'abandonnai tout. Je courus sur-le-champ aux Batignolles. On a toujours du zèle de reste lorsqu'il n'est plus temps.
Morte , mon Dieu ! — Et sa pauvre mère , mie pouvait-elle être devenue?
Cent personnes au moins étaient déjà ras semblées, vêtues de noir, sous les draperies mortuaires , à la lueur des flambeaux; toutes empreintes de celle inquiétude à la lois timide ri recueillie dont le cœur le plus «lui ne peul
se défendre près d'un cercueil; instinct de personnalité ou masque d'étiquette. Peut être aucun de ces gens-Fa , ainsi que moi d'ailleurs , n'était venu se pencher au chevet d'agonie de Clémence ! Eh bien , tous accouraient , j'accourais comme eux a ses funérailles !
Le culte des morts est-il donc plus sacré que celui des vivans ?
Je passai. Je gagnai la chambre de Clémence.
Un coup-d'œila travers cette chambre me confirma dans une supposition que ma conscience murmurait.
La misère avait passé par la .
Je me trouvai face a face avec mon ancien compagnon de voyage ; celui dont l'enthousiasme indiscret pouvait être accusé de la séparation d'Adolphe et de Clémence , et du dénouement fatal qui éternisait cette séparation sur la terre
Je lui sus gré de ce qu'il ne me dit pas une
parole; mais j'aurais voulu qu'il évitât de me serrer la main.
La mère de Clémence n'était plus la.
Sur que table , a quelque distance d'un lit en desordre, se trouvait un buste de eire blanche, fraîchement extrait d'un moule en plâtre. Début de quelque spéculation a propos de la renommée de cette femme qui peut èliv était morte de faim !
I n instant, je me trouvai seul. Le soleil vif et joyeux d'une ardente matinée de juin se répandait en lignes de feu tout autour de moi , grâce aux laines brisées de la jalousie ; et par bouffées, le vent m'apportait des chants et des rires de jeunes ouvrières qui travaillaient dans un atelier du voisinage ; double sacrilège du ciel et de la terre ! contraste dont on est ému jusqu'au ressentiment lorsque le chagrin nous penche, lorsqu'une voix sourde se mêle a ce
chagrin pour nous accuser d'iaiprévoyan< <
Quelle nudité dans cette chambre ! Deux chaises de paille , une lable , un lit , et rien de plus. Quelques livres dépareillés erraient sur des rayons de chêne ; rayons beaucoup trop larges pour le petit nombre des livres : le reste, dénoncé par des vides, avait dû servir de ressource ! Une chaufferette charbonnée se trouvait dans Pâtre , et cet âtre, on le devinait assez, était resté sans feu pendant Thiver. Tout cela faisait mal à voir.
Comme disparate au milieu de ce délabrement, un voile pendait a respagnolettc de la croisée, ainsi qu'un chapeau de satin rose, soutenu par les rubans : luxe pour le dehors sans doute, afin de mieux dissimuler aux étrangers les privations douloureuses du petit ménage; dernière ruse de la fierté qui redoute le discrédit de sa misère !
Dans un pupitre ouvert et posé sur une des chaises , j\apcrçus des manuscrits , des jour
naux , des lettres signées de noms bien connus, mais que je ne dirai pas. Et peut-être ai-je tort de ne pas les dire ! car je les parcourus , ces lettres, avec un sentiment inexprimable de colère et de mépris ! . . . .
On ne sait pas assez les plaies et les douleurs secrètes de la vie littéraire telle que Tout faite les evènemens et le caractère du siècle. Cela devrait bien se dire une fois pour toutes , et se dire surtout par quelque voix écoutée et clo quente , au profit des info: tunes frappés de la lèpre de Pinspiration. La littérature aujourd'hui , elle est dans les journaux , car on ne lit guère autre chose; mais en quelles main-, dites-moi, sont les journaux0 Dans les mains de quelques explorateurs qui se font juges, el qui, pour la plupart, ne comprennent pas. Trafiquans de la sève qui leur est défendue ces suzerains d'un nouveau genre retiennent , sous le patronage ordurîer de l'usure et dans
le prolétariat du besoin, de jeunes imagina Lions contraintes de se mettre à la solde de leurs animositésetde leurs calculs. Oui, contraintes! car il faut vivre quand on n'est pas seul dans ce monde. Le monopole a produit cette merveille : il a mis la féodalité dans les lettres ; il en a fait un instrument pour une demi-douzaine d"1 accapareurs qui talonnent le pouvoir , qui tour a tour le font capituler ou s1 y installent, qui s'adjugent des croix , des pensions , des honneurs ; qui régnent enfin , et régnent sans autre titre au gaspillage de la société qu^une influence de position dont ils n'ont certainement pas le secret et la force par eux-mêmes. LTexception est rare , s^il y a des exceptions. Sous prétexte de garantie et pour le maintien de Tordre , on a subordonné le talent au capitaliste , et , par une dégradation logique , la plume est restée au niveau de la gérance ; la littérature marche sur la ligne de ses patrons ; tout ployé et sV
baisse a la fois. L'intérêt de la boutique doit passer avant la conscience du journaliste , et s*il vient à s'en révolter, on le repousse dans la rue. \llez un peu, je vous prie, voir quelle espèce d'indépendance règne dans l'intérieur de nos journaux les plus independans! Je vous dis qu'en principe , il n'v en a pas une ombre; et c'est à grand^peinc , c'est en luttant pied à pied, c'est de vive forée pour ainsi dire , que les esprits généreux triomphent par éclairs du au rcantilisme et: oit et sordide en possession de cette chaire lie publicité qui s'est élcvéesur les débris de la chaire du prêtre, au nom du progrès et des lumières. Le premier venu - 1 facture li la main, a le droit de eiie dans les éloges de ces feuilles vénales. On \ dispose de l'estime du publie à des prix trèfr-modérés. L'encens corrompu de l'annonce \ fume du mal in au soir. Pour chanter les louanges de la publicité, ee serait mal prendre -on temps que
de prendre le nôtre, je vous jure! puisque Tcselavagc s1 y retrouve , et avec un degré d^abjection que Ton ignorait dans les siècles passés. Cette fois, voyez-vous , ce n'est pas la victoire de la force sur la faiblesse; non! c^est la victoire de Tardent sur l'intelligence ; et, campés devant leur pupitre de gérant, des marchands de fourneaux, qui sont a cent lieues devoir le génie du père Duchesne, indiquent, entre deux lourdes fautes de français, a leurs valets de plume, de quelle sorte il leur convient que Ton réclame des institutions libérales et des gouveinemens à bon marché. Même (j^cn ai des preuves en main) il leur arrive devoir un avis sur les lettres, sur les arts, sur la conscience et le caractère des autres, et de trouver des mercenaires, garçons de talent d^ailleurs, humiliés de leur rôle, pour donner une tournure plus ou moins passable a cet avis-la ; mais, comme la ressource de Panonymc sauve cette
honte, on se masque et Ton se prostitue. — Saviez-vous cela?
Cette tentation s'était un jour approcher des lèvres de Clémence : sa dignité 1 en avait détournée. Je lus quelques brouillons de ses réponses a des offres de service dont on lui dictait la condition. Ses réponses riaient dignes et fières. Pure et noble enfant, que venais-tu faire a Paris?...
On m'avertit que le cortège se rendait a Féglise. Yvantdcm'eloignerdecctlec liamlue j'arrêtai les veux sur la figuration dérobée aux derniers momens de l'agonie de Clémence* Une fallait pas moins que toute l'énergie de la mémoire pour ressaisir dans cet ensemble de traits flétris par la consomption et la mort le charme et le jeu de sa physionomie première; un sentiment de résistance et de don leur y survivait; il lui donnait encore une âme. Vu sourire fiévreux dessiné sur -
lèvres , on pouvait deviner son mépris pour les déceptions qui Pavaient précipitée dans la tombe.
En regagnant le cortège , au milieu de la foule indifférente et blasée qui ne semblait venir là que pour se donner un spectacle de plus , Rappris qu'un jeune homme, inconnu des voisins, était accouru pour ravir la mère de Clémence à cette scène de désolation. Ce devait être Adolphe. On parlait aussi d^un secours envoyé par le roi , d'We pension sur la liste civile. Des regrets tardifs se joignaient a ces consolations impuissantes : et dans ce pêlemêle d^étrangers qui portaient a Tenvi la j cune muse aux nues , comme s^ils eussent été dans toute occasion ses apologistes les plus ardens, ses meilleurs amis et ses frères, on me désigna deux ou trois beaux esprits dont la critique anonyme avait désespéré son courage ; car , chez nous , si Turbanité des
mœurs descend quelquefois jusqu'à l'indu! genee , les petites et Jàches colères du bel esprit snélèvent ordinairement jusqu'à Toutrage , même vis a vis d'une femme. Mais devrait-on oublier que si l'imagination n'a pas de sexe , la femme n^a pas d épée ?
C'était un sujet de réflexions également pénibles que l'aspect de ces jeunes filles parées de blanc , députées d'an pensionnat voisin où Clémence donnait furtivement des leçons : distraites alors par les plis de leurs voiles de mousseline , et fières de se trouver au premier rang, mal préparées dû reste aux émotions de cette cérémonie si grave, puisqu'apres tc«it Clémence n'était dans leur esprit qu'une étrangère, \insi Clémence, volontairement
exilée de sa province, n'était a mui dernier jour qu'un frivole à propos de fête et de vanité pour des inconnus.
A l'église même, durant le cours d'un
service demi le faste me sembla suffisamment absurde , je n'entendis à la ronde que les murmures de ce scepticisme lourd et bourgeois qui hasarde si volontiers Péloge de la religion protestante, du moment qu'il s'agit de débourser quelques menues pièces de monnaie pour le prix des chaises. Grâce a l'oubli de l'ordonnateur du convoi sur cette redevance, ces honnêtes gens qui veulent absolument de la religion pour le peuple, se laissaient aller, en dénouant leur bourse , au penchant tracassier de l'hérésie . Par le progrès qui court , il y a des esprits qui raisonnent de la sorte. Et n'allez pas les plaindre, ils en riraient, les pauvres
gens î
L'ordonnateur du convoi (on l'a peut-être deviné) n'était autre que le mauvais génie de Clémence, mon ancien compagnon de voyage, l'antagoniste des prétentions du jeune et honnête professeur de dessin. Retiré dans
l'ombre de l'un des piliers de L'église, un crayon entre les doigts , il paraissait ecoulei le> remarques cle L'académicien dont j'ai déjà parle, sur un discours écrit que celui-ci parcourait avec attention. Je préyjs «pi'on nous lirait une oraison funèbre.
En effet, arrivés au cimetière, le jeune provincial nous débita cette oraison funèbre. d'un son de voix emphatique, sur le bord même de la fosse où des manœuvres armés de la pioche se tenaient debout , la tête nue et respectueusement , ainsi que L'assistance. Quelle dérision de parler de Malfilalre . d'André Gbénier , de Gilbert el duCamoëns, lous illustres, tous malheureux , devant celte foule dénuée d'érudition et de poésie',, ac courue là par simple routine de voisinage et seulement pour <pi il ne fût pas dit <pi< Ton ne savait pas conduire un cercueil au champ du repos, après avoir de sang Froid
laisse dépérir une existence! Est-ce qu'il n^au rait [as été déplorable , d'ailleurs , que la bannalc exagération de tous ces lieux communs, fatigués dans mille occasions de ce genre , eût fait germer tout a coup le fanatisme de limitation dans quelque cerveau jeune et malade ? Devant cette fosse où tombait un peu de cendre \ pourquoi ces éloges pleins de fumée?.... Il en ressortait si naturellement une leçon funeste, pour la méditation des familles imprudentes ! — Je n'ai jamais mieux compris à quel point le bruit de la parole pouvait étouffer l'instinct du bon sens que , lorsqu'on dépit des marbres funéraires qui nous environnaient de toutes parts , on salua la péroraison du provincial par des bravos bruyans et répétés. Jl n'avait pas dit un mot qui ne fût une sottise. — Ouel dommage que Champfort n'ait trouve'* que dans an jour d'amour -propre et d«>
rancune cette boutade si souvent répété*
depuis : — Combien faut-il de sots pour former un public?
Dans le cimetière des Batignolles , j'aurais pu le lui dire au juste.
Je me tins a distance. Je ne voulais pas me laisser entraîner dans le tourbillon du départ. Quelques témoins parlaient déjà de se rendre au café; d'autres, après un échange de civilités réciproques , s'éparpillaient dans les champs. Je restai seul , je songeais à remplir un devoir. Parmi les papiers <jue renfermait le pupitre de Clémence , Pavais lu quelques vers , les derniers peut être qui lui fussent échappés. Ils convenaient à <<m épi ta plie.
Dans la pensée de remettre aussitôt cett< épitaphë à quelque sculpteur des environs j Cn prenais une copie . le genou en terre . stir la Forme de mon chapeau . forsqu'ùn*
femme qui parut tout a coup près de moi , se laissa tomber la face en terre sur le bord de la fosse de Clémence.
— Au nom du ciel , venez a son secours ! criait un homme en se précipitant.
«Pavais reconnu la voix d** Adolphe , je devinai la mère de Clémence.
Que pouvions - nous opposer a cette violence d'We mère qui nous éloignait d'W geste désespéré , qui baisait convulsivement la terre , qui frémissait de tous ses membres avec des cris et des sanglots? Cela était enrayant ; mais le plus sûr était, de ne pas la contraindre. Je retins Adolphe, en le conjurant de revenir a lui ; et tous deux , dans Tinquiétude que des indifférons ne vinssent blesser et profaner cette scène de douleur muette et déchirante , sans nous être expliqués , sans perdre un instant de vue la mèrede Clémence, nous veillâmes à la fois sur les alentours. Ce
que je prévoyais confusément arriva. Nos larmes et nos paroles lui rendirent enfin l'usage de la voix et des larmes. Une lueur de raison lui revint dans son désespoir. Elle fit tous les sermens qu'Adolphe lui demanda pour rester à même de dire en liberté ses adieux et ses prières a sa Clémence.
Je n'oublierai jamais les paroles pleines de désespoir et d'amertume du jeune homme , dont je pressais les mains frémissantes à quelques pas de là.
— Ils me Pont tuée, disait il; oui î voilà bien les fruits de cette éducation bruyante et stérile sans choix et sans prudence, littéraire avant toutechose, que Ton vante à loisir de nos jours, comme s'il était question de former un peuple entier de philosophes et d'artistes , hommes et femmes, indifféremment; comme $i la rouille du déshonneur s'attachait aux conditions \ ni gaires de l'humanité, aui tradition- jusqu'à i c
jour saintes et chéries de la vie commune et domestique. Les malheureux ! sans réflexion et sans remords , même devant cette fosse qui proteste éloquemment contre un système si funeste . ils continuent de précipiter vers un avenir inconnu des vocations dont le premier effet est d'inspirer l'aversion du calme, et qui ne donnent en dernier résultat ni la célébrité ni le bien-être ! Ils versent avec faste des paroles et des larmes hypocrites sur le poète dont la science est frivole pour tous, et , pour lui, fatale!..,. On les croirait idolâtres du génie ! ils ne savent pas même honorer Inintelligence. (Test par la vanité qu'on nous traîne au malheur. Un avenir de désordre est inévitable d'après cela Plus de paix et de repos ! plus de ménage ! rien. La famille se meurt. Le divorce et la mobilité se glissent partout , grâce a cette confusion de droits et de devoirs que les deux sexes ne se partagent
phis de hon accord , mais s'arrachent cl cela pour se livrer a la prostitution du bruit , à riinmodcstic et au tumulte des regards et de la foule. La rivalité n'existe plus seule nient de l'homme a L'homme ; les femmes désertent leurs destinées ; elles renient les rôles divins de consolatrices et de mères en se mêlant aux fièvres ardentes de la publicité , à ces luttes (jui nous fleurissent avant I âge , et oui lei flétrissent plus vite encore. Dans Ç( lie usur j nation, je les vois immoler tous leurs privilej;< îs, et chaque victoire <ju 'elles remportent contre nous les dépouille d'une portion d< Icii i armure. C'est SUI nom du bonheur et de la molli' que je proteste ; l 'humanité en a plus besoin <jue du génie. Les femmes sont a nos yeux , et elles le savent , la poésie même , la -«•une loujour^ féconde de l'inspiration . <l< l'amoiii el d« la paix; niai> c'est << la charge pour elles de ne pas »ou6trajre ;> I ol>s< ui it<
chaste de la famille, à la protection certaine de nos bras, en se précipitant comme des aventurières a travers les huées et les bravos, au milieu du monde. Cette témérité n'est que le triomphe du démon de Forgueil , dont le souffle de feu brûle le* dernier lien de la famille. Est-ce, en effet, qu'une religion nouvelle s^élève? ou, loin de Fa , ne serait-ce qu'une révolte impie dont tôt ou tard nous porterons la peine P. . Ce tombeau ufépouvante. Le bonheur auprès des femmes est et doit être le dédommagement des combats et des fatigues de notre vie. Ces combats et ces fatigues seraient a Fa venir pour elles comme pour nous , mais sans indemnité pour nous et pour elles. Essayez donc de condamner aux monotones obliga tions de Inexistence ces génies inquiets qui ne cherchent que Féclat et la lumière! Parlezleur d^un bonheur discret et en commun , quand elles seront devenues amoureuses de la
gloire, dont la seule pensée les rend si indifférentes comme épouses et comme mères'.... El quelle gloire, mon Dieu! quand l'inspiration n'est plus qu'un métier, et que , pour début, elle affiche et placarde le chaste nom d'une femme, dans tous les carrefours , au-dessous de l'avis impur du charlatan et de l'enseigne d'une maison de joie !.. Il ne leur reste plus maintenant , et j'ai peur de prédire , qu'a devenir des députés à la tribune et des soldais surle champ de bataille! ...
Enfin, Adolphe obtint de la mère de Clémence qu'elle quittât le tombeau de sa fille. Au sortir du cimetière, une chaise <1< poste les attendait
Depuis, je les ai revus tous l<s deux, à Rouen. Plus heureuse qu' Vdolphe, la mère de Clémence a retrouve dans ce digne jeune homme un enfant : mais, toul en adoucissant le chagrin de cette excellente femme, \<lol|>ii<
ne se flatte pas de retrouver jamais en ce monde une Clémence.
Il me le disait encore il y a peu de temps, a Toccasion de la mort dnElisa Mercoeur.
La Discipline.