Lescarbot» liv. l^, Jp
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Les volontaires accoururent de toutes parts. La guerre civile avait, en effet, détourné une foule de gens de leurs professions, et^ la paix venue, beaucoup se trouvaient sans ressources. Ceux, qui avaient fait le premier voyage avec le capitaine Ribaut vantaient d'ailleurs le pays outre mesure. C'était, disaient-ils, une terre vivement échauffée des rayons du soleil^ mais en même temps rafraîchie par les rosées dn ciel. Elle était riche d'or, d'animaux, de fleuves plaisants et d'arbres divers irendânt des gommeâ odoriférantes*.
!. De la PopeUittière, Uv. lï, p. 30.
Laudonnière choisit parmi ceux qui se présentèrent les plus jeunes et les plus dispos; il leur paya six mois d'avance, puis donna Tordre du dépatt le 22 avril 1564. « Quelques-uns, dit un historien du temps, étonnés de la face barbare de la mer, se retirèrent sans adieu lorsqu'ils virent qu'on voulait embarquer ; » mais les autres, tant soldats que femmes et artisans se confièrent hardiment aux flots ^.
Arrivés à Port- Royal, ils trouvèrent le fort aban- ' donné et apprirent le départ des Français. Jugeant Tile trop petite pour un grand établissement, ils gagnèrent la rivière de Mai, où ils reconnurent la colonne portant les armes de France, que Ribaut y avait plantée autrefois. Les sauvages l'avaient en- \ tourée de lauriers et lui rendaient une sorte de culte, en souvenir de leurs bons amis les Français 2. Laudonnière choisit un lieu commode
1. Us étaient trois cents embaniués sur sept naTÎres^ selon le sieur de la PopelUniôre; sur trois seulement, selon Lescarbot.
f. c Us avaient mis au pied force petits paniers de mil qu'ils appellent tapayas; ils la baisèrent plusieurs fois» et invité-
pour y bâtir un fort et des liabitatioDs. Il fut secondé dans ce travail par Saturiova, parakousse de la rivière de Mai. La forteresse achevée, on la garnit de canons, et elle reçut le nom de Caroline, en l'honneur du roi.
rent les Français à en faire de même. » (Lescarbot, liv. I*% p. 67.)
Le bruit de ce qui se passait se répandit bientôt dans le pays. En apprenant le retour des Français, les chefs de village accoururent pour offrir leurs arcs en signe d'alliance, et demander au capitaine les secours de son tonnerre contre leurs ennemis. Laudonnière, qui désirait connaître ses voisins, leur fit un grand nombre de questions. Tous lui parlèrent de deux parakousses puissants, Ourthagua et Houstaquaj habitant au pied des montagnes un pays qui produisait l'or en abondance. Tous deux étaient ennemis du grand Oûoé-Outinaf qui avait
SOUS ses ordres plus de quarante chefs. On assura Laudonnière que chacun de ces chefs pourrait lui donner assez d'or et d'argent pour qu'il en eût jusqu'au genou^ s'il voulait les aider à vaincre les parakousses de la montagne*. Mais il fallait pour cela commencer par rétablir la paix entre Ouaé et Saturiova, l'allié des Français. Celui-ci venait précisément de faire une expédition contre son ennemi, et il reparut sur la rivière à la tête de ses vassaux, qui chantaient les louanges du soleil, entraînant à leur suite des cUmadies^ chargées de prisonniers. Le capitaine Laudonnière exigea quelques-uns de ces derniers, qu'il renvoya à Oûoé-Outiha^ en l'avertissant qu'il désirait le remettre en bons rapports avec le parakousse de la rivière de Mai, et qu'il lui offrait, à cette condition, son alliance. Ouaé reçut avec joie ces ouvertures, qui auraient sans
1. « Molena récitait que ses aHiés» yassaut dtt grand OuHhû, 8*armaient Testomac, bras, cuisses, jambes et front, ayec larges platines d'or et d'argent, et que par ce moyen les flèches ne les pouvaient endommager. > (LESCARBOt, liV. H, p. Ô8.)
f . Bateaux l^rs.
doute amené d*beureiix résultats si les séditions n*étaient venues tout compromettre.
La première fut excitée par un Périgourdin nommé Laroquette. Cet homme, qui se mêlait de magie, persuada à plusieurs de ses camarades qu'il avait le pouvoir de découvrir les mines d'or, et quitta avec eux la Caroline pour courir le pays. Peu après, quelques matelots partirent également avec les deux seules barques qu'avait laissées Ribaut.
Laudonnière, sans se montrer abattu, employa tous ses gens à en construire deux autres plus grandes et plus fortes. Mais ceux-ci s'y prêtèrent avec répugnance. En partant pour la Floride, ils n'avaient cru devoir courir que deux cbances : succomber de suite ou s'enrichir rapidement. Pour ces natures avides et passionnées, ledanger était moins pénible que le travail, le travail moins insupportable que l'attente. Aussi l'espèce d'ajournement imposé à leurs espérances ne tarda-t-il point à les décourager, et, comme il arrive toujours dans des esprits impatients et actifs, le découragement se changea vite en dépit. Les plus hardis remontré-
rent donc aux autres : • que c'était chose déshonnête pour des gens de maison comme ils étaient, de s'occuper à des travaux mécaniques alors qu'ils pouvaient se rendre galants hommes et riches s'ils voulaient brusquer la fortune au Pérou et aux Antilles avec les deux barques qu'ils bâtissaient. Que, si le fait était trouvé mauvais en France, ils auraient moyen de se retirer en Italie ou ailleurs; puis il surviendrait quelque guerre et tout serait oublié *. » Ces raisons en persuaduèrent soixantesix, qui tâchèrent de faire partager à Laudonnière leiu* résolution; mais il repoussa leurs propositions avec fermeté. Ils tentèrent alors successivement de l'empoisonner et de le faire sauter au moyen d'un baril de poudre placé sous son lit; enfin, rien ne leur ayant réussi, ils entrèrent un matin dans sa chambre, la cuirasse bouclée et le pistolet au poing, le forcèrent à leur signer un congé, armèrent les barques, et partirent pour œurir la grande bordée. Ainsi abandonné par une partie de ses gens, Lau-
i. Lescarbot, liv. I", p. 81.
donnière n'eut plus d'espoir que daus l'arrivée des navires de France ; mais aucun ne paraissait. Les vivres manquèrent encore une fois. Il fallut en demander aux sauvages, puis en exiger. De là des querelles sanglantes dans lesquelles plusieurs Français succombèrent. Enfin un navire parut à l'embouchure de la rivière avec le drapeau blanc à son pic; mais, loin d'annoncer du secours, il apportait la famine... C'étaient les révoltés partis peu auparavant qui revenaient après des chances inouïes.
Ils racontèrent au capitaine qu'ils avaient pris successivement un; brigantin chargé de cassavc *, une caravelle, puis une patache qui portait le gouverneur de la Jamaïque avec tous ses trésors. Malheureusement les Espagnols, avertis, étaient venus les surprendre au mouillage, et le brigantin seul avait réussi à s'échapper. Ils ajoutèrent hardiment qu'ils espéraient être pardonnes vu leur retour, et en appelèrent à ceux de leurs camarades qui étaient