‹ La valise noireChapitre 19 sur 52 · Farine de manioc · texte numérisé non relu

Farine de manioc

restés dans le fort pour les protéger au besoin. Mais Landonniëre les fit saisir et juger par une commission militaire, qui condamna les quatre plus coupables à être pendus.

Cet exemple prévint toute nouvelle sédition. Malheureusement la disette devenait chaque jour plus diiBcile à supporter, et les nouveaux colons allaient se trouver réduits aux dernières extrémités, lorsque le. hasard conduisit au fort une escadrille anglaise commandée par Jean Hawkins, qui fournit à Laudonnière et à ses gens tout ce qu'ils pouvaient désirer. Il leur vendit môme un navire sur lequel ils se préparaient à revenir en France, lorsque le capitaine Ribaut, qui avait perdu près d'un mois à côtoyer la Floride, arriva enfin avec des vivres et

des renforts. Il apportait de plus la révocation de Laudonnière, qui avait été dénoncé en France comme exerçant son autorité avec une rigueur odieuse. Ribaut lui retira le commandement, le réduisit à la ration de soldat, et ordonna que les cris et les bans ne se feraient plus en son nom.

Dès que les Floridiens apprirent ce changement, ils accoururent pour complimenter le capitaine Ribaut, « qu'ils reconnurent à sa longue barbe, » et lui proposer de le conduire aux montagnes où se trouvait le piero-apira ; c'était le nom qu'ils donnaient à l'or. Ribaut n'eût point le temps de mettre leur bonne volonté à l'épreuve, car, comme il achevait de débarquer ses vivres et ses munitions, six ■ gros vaisseaux parurent devant la Caroline. Ils étaient envoyés par les Espagnols, qui, en reprenant la patache où se trouvait le gouverneur de la Jamaïque, avaient appris l'établissement de Laudonnière à la Floride et venaient pour l'en chasser, bien qu'ils fussent en paix avec la France. Ribaut, instruit de leur desseio, rassembla tous ses gens, embarqua les meilleurs soldats du fort^ et se pré-

para à attaquer don Pedro Melandez avec ses navires. Malheureusement une tempête survint et les dispersa, ce qui permit aux Espagnols de débarquer et de surprendre la Caroline^ dont la garnison fut égorgée. Plusieurs enfants qui s'y trouvaient furent placés au haut de longues piques que les Espagnols plantèrent sur le bastion, autour de leur drapeau I Laudonnière réussit pourtant à s'échapper avec quelques soldats, çt rejoignit le navire du capitaine Maillard qui mit aussitôt à la voile.

Quant à Ribaut, dont le vaisseau avait fait naufrage, il se rendit à composition, Tofflcier espagnol Vallemande ayant engagé sa foi de gentilhomme que lui et ses gens seraient épargnés. Mais à peine eurent-ils déposé leurs armes qu'ils furent liés et lâchement tués par derrière. Don Pedro Melandez fit ensuite écorcUçr Ribaut, dont la peau fut envoyée au Pérou S tandis que les cadavres de ses compa-

i. • Puis escorchèrent la peau du visage avec la longue barbe de lUb^uU les yeux, le ne» et oreilles, envoyant ainsi le masqua défiguré au Péru pour en faire des montres et assurer celui qui

gnons étaient accrochés à une potence au-dessus de laquelle on lisait : Pendus non comme Français, mais comme hérétiques.

avait envoyé Pedro Melandez de son expédition. » (De la Po- PELUNIÈRE, Uv. II, p. 37.)

A la nouvelle de cette violence commise en pleine paix, l'amiral de Coligny se plaignit vivement au roi. Sa plainte fut transmise à la cour de Madrid, qui désavoua le fait et répondit qu'elle ordonnerait une information.

« Mais les auteurs du crime, observe un écrivain du temps, continuèrent de se promener en Espagne et ailleurs jusqu'à ce qu'il survînt d'autres affaires. Une forte pluie lava bientôt ce sang de la mémoire des grands, si que les petits en entreprirent la ven-

geance sur tout ce qu'ils ont trouvé d'Espagnols depuis, soit en mer, soit ailleurs *. »

Or, parmi ces petits qu'avait indignés l'insulte impunie des Espagnols, il s'en trouva un qui ne put en boire la honte et qui résolut d'en tirer vengeance au nom de son pays. C'était un gentilhomme natif de Mont-de-Marsan en Guyenne, et nommé Dominique de Gourgues, bon protestant, mais encore meilleur Français. Il n'avait cessé de servir dans les armées depuis trente ans, se trouvant toujours aux endroits où se donnaient les plus rudes coups et n'ayant pu cependant ramasser qu'un brevet de capitaine au milieu de tant de sanglantes mêlées. Chargé de la garde d'une petite ville près de Sienne, il l'avait défendue avec trente soldats contre une partie de l'armée ennemie. Les Espagnols le trouvèrent mourant au milieu des siens, tous frappés sur la brèche, et l'envoyèrent (comme témoignage d'estime pour un si grand courage) ramer avec les criminels sur une de leurs

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