‹ La valise noireChapitre 51 sur 52 · Pore Datertre, p. SS · texte numérisé non relu

Pore Datertre, p. SS

de quarante^quatre sabords et portait trois cents bommes d'équipage. Les Anglais laissëreat passer le petit navire sans tirer un coup de canon; mais, dès qu'il eut doublé la pointe deNieves, ils levèrent Tancre, se mirent à sa poursuite et le rejoignirent vers neuf heures du soir. Un volontaire, craignant Tissue du combat, engagea M. de la Barre à monter sur le brigautin qui suivait la patache, afin de continuer sa route, tandis qu'ils feraient face aux ennemis ; et comme le lieutenant-général paraissait surpris de cette proposition, ill'assura que le lord Willougby avait agi ainsi dans une circonstance pareille ^. M. de la Barre ne répondit rien; mais, faisant aussitôt approcher le brigantin, il donna ordre au capitaine de retourner seul à Saint-Christophe en emmenant toutes les barques; puis, se tournant vers le volontaire, il lui dit froidement:

— Je ne suis pomt un lord Willougby, monsieur ; et votre sort sera le mien

1. Devant la Guadeloupe. — Voyez père Datertn, Toi. IV, p. 113.

LES PETITES GARâIBES 247

En même temps il ordomia aux canomiiers de ne tirer qu'à la flottaison, et il courut au ch&teau d'arrière, le fusil à la main, pour repousser les ennemis qui venaient d'aborder.

La première mêlée fut terrible. H. de la Barre reçut sept balles dont deux le blessèrent profondément; mais il se fit asseoir sur un matelas roulé, le dos appuyé au bastingage, et, bien qu'il nage&t dans son sang, il continua k donner des ordres et à encourager les siens. Les Anglais, repoussés au premier abordage, en tentèrent un second par le beaupré sans être plus heureux. La batterie basse de la patache continuait d'ailleurs & les foudroyer, et leur navire faisait eau de toutes parts. Ils laissèrent enfin la patache déborder, et quittèrent les

châteaux pour courir aux pompes. Mais tout à coup on vit leur grand mât s'abattre, chargé de toutes ses voiles; l'arrière de la frégate se souleva, montrant à la clarté des étoiles le nom de Glocester écrit en lettres d'or, puis un long cri retentit, et tout s'enfonça dans l'abîme.

Dès que M. de la Barre eut été pansé, il appela le capitaine Bourdet, qui lui apprit que la patache avait le beaupré emporté, le mât de misaine près de rompre, les haubans hachés et toutes les voiles brûlées. 11 fut donc résolu que Ton retournerait à Saint-Christophe pour la réparer; mais, en y arrivant au point du Jour, le navire désemparé tomba au milieu de la flotte anglaise, forte de onze voiles. 11 fit aussitôt vent arrière pour Sainte-Croix, poursuivi par un des vaisseaux ennemis. M. de la Barre, ayant appris que ce vaisseau les gagnait, se fit porter sur le pont, mit en travers, et ordonna le brsinle-bas de combat. C'en fut assez pour dégoûter l'Anglais de sa poursuite ; il vira aussitôt de bord, et la patache, continuant sa route sans être inquiétée, atteignit Sainte-Croix, puis la Martinique.

Le lieutenant-général -j trouva, comme il l'espérait, Tamiral hollandais Greinssen, etconvintavecini d'attaquer l'escadre anglaise. MM. de Clodoré et du Lion s'embarquèrent pour cette expédition, chacun avec six cents hommes. Tous les colons voulaient les suivre, et il fallut employer la violence pour les en empêcher*. Du reste, le combat qui eut lieu devant Nieves fut plus bruyant que décisif. Un malentendu mit le désordre parmi nos. vaisseaux, < et l'ennemi, qui avait l'avantage du vent, en profita pour s'échapper, après avoir perdu seulement deui navires. Toutefois le principal but que s'était proposé M. de la Barre fat atteint : on put ravitailler ^ Saint-Christophe et y jeter quelques troupes.

Ces secours étaient d'autant plus nécessaires, I qu'après le départ des Hollandais, le lord Willougby j resta maître de ]a mer et en profita pour tenter une descente dans cette île. Son escadre, qui comptait' alors quatorze grands vaisseaux, montés par huit mille cinquante combattants, longea les côtes do

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