‹ La vallée aux loupsChapitre 10 sur 34 · H. DE LATOUCHE XXIII · texte numérisé non relu

H. DE LATOUCHE XXIII

une médaille frappée dans l'imagination de dix-huit ans : on ne la veut voir changée, ni pour être éclaircie, ni pour être dorée. On la porte sur son cœur avec sup^stition. Artistes, critiques, esprits d'ana-lyse, aigles de revues^ vous êtes admirables à votre point d*observation. Mais, mêlés aux rêveries de Werther sur la charrue^ aux émotions de la fenêtre oii Forage se déploie, vous êtes des importuns disant de forts bons propos hors de propos. Vous parlez les uns des autres au sujet de Charlotte ; et puis de madame de Staël, de Voltaire, de Faust, de Byron, de Mahomet et de Joseph Delorme ! 11 ne s'agit, dans ce livre, que du destin de ceux qui s'aiment. Allez, profanes, allez plus loin diss^ter sur l'esUiétique ! Vous dispersez les oiseaux, vous faites envoler les amours, vous attachez le plomb de la douane littéraire aux dentelles de la fantaisie.

» Je ne veux point, en vérité (moi qui recevrais de vous une couronne), accepter votre beau volume inquafto, avec ses ciselures dorées, avec, se^ annota-: lions précieuses* . . Ailleurs ! vous servirez aux lecteurs à venir. Pour nous, vous venez trop tard. Le Wer^ ther que je garde est un petit bouquin in-douze, format commode à mettre dans la poche, écorné aux angles, mystérieux Uvre jusque dans la prose boursoufflée d'un traducteur anonyme. Là, dans ses vagues interprétations, je puis rêver comme dans le son des

XXIV Hé DE LATOUCHE

cloches. Je ne lis rAncien Testament que dans une édition de 1560, où ma mère m'a appris à connaître mes lettres. Que voulez-vous ! mes premières amours étaient du village- Je ne méprise point les beautés parées de la ville ; mais reprenez votre Paris î Votre Paris est fort embelli, j'en conviens; mais y*afme mieuœ ma miSy ô gué! »

En effet, cette lettre vaut mieux pour le sentiment et eût fait plus de plaisir à Goethe que toutes les préfaces, passées, présentes ou futures.

Souvent, il revenait sur nos années de séparation.

« Ah! mon pauvre enfant, quand je pense que nous avons été séparés pendant des années, des siècles! Ah ! messieurs les bourgeois, laissez aux majestés Todieuse devise : Diviser pour régner. Mais je me soucie aujourd'hui des bourgeois comme des princes, et je vous aime, à réparer te temps que j'ai perdu en vains efforts pour vous oublier, n '.••..•••••.•••• ••- •

« Vous demandez quelques rimes du paysan de là Vallée-aux-Loups pour mettre dans ce journal, à côté de la prose du paysan de la Vallée-Noire. Demandê-t-on au peilleroux ' si l'on peut disposer de

1. Couvert de peilles^ de gtienUlet; vieux français encore usité en Berri.

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