H. DE LATOUCHE XXI
Et puis il revenait à un rayon de douce tendresse et de paternelle gaieté :
« Si vous étiez venu l'autre jour à Aulnay, j'aurais montré à mademoiselle votre fille le groseillier blanc sous][lequel elle se cachait et s'abritait quand elle avait quatre ans, et je lui aurais raconté que, lui demandant son avis sur la bonté des fruits de l'arbuste qu'elle avait à peu près dépouillé, elle ne me répondit que ceci : « Mène-moi sous un rouge. »
Toutes les lettres et même les plus courts billets de M. de Latouche étaient des chefs-d'œuvre. Ils ne reproduisaient pas encore tout à fait Téclat de sa conversation, mais ils en donnaient une idée. Je les ai tous gardés, et je regrette de ne pouvoir les publier. Ils seraient plus intéressants que cet article, où il m'est impossible de mettre de l'ordre et du soin, au milieu de l'émotion qui ressort pour moi du sujet. Mais l'affection vraiment paternelle que M. de Latouche portait à mes ouvrages était égale à celle qu'il m'accordait personnellement, et on pourrait croire que je publie en vue de moi-même ces louanges continuelles dont la douceur, pour être pure, doit rester secrète. Et puis les accès de sa maladie l'emportaient en brûlantes critiques contre le monde entier, et ceux qui ne connaîtraient pas le fond de son cœur, comme je l'ai connu, pourraient croire qu'il était mé-
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chant par boutades. Il ne Tétait pas. Le lendemain du jour où il avait fustigé un écrit ou une action jusqu'au sang, il ne se souvenait plus que des bonnes qualités de rhomme, des nécessités de sa situation, de tout ce qui devait rendre indulgent ; il était prêt à le croire, à le défendre j il Taimait, il arrivait à la parfaite mansuétude. S'il se blessait vite, s'il boudait longtemps, il avait du moins cette inappréciable qualité qu'il ne résistait pas au repentir des torts qu'on avait eus envers lui. Si j'en avais eu, je lui en aurais demandé pardon, et nous n'eussions pas été brouillés seulement huit jours. C'est parce que je n'en avais pas, que je ne pus amener ce moment d'effusion où il Oubliait tout et où il pardonnait sans arrièrepensée ^
Je peux citer de M. de Latouche quelques frag* ments bien dignes d'être conservés. Voici une boutade contre la critique qui ne fâchera personne, puisqu'elle ne s'adresse qu'à moi :
« J'ai lu avec plaisir, mon enfant, votre préfece de Werther, mais à condition qu'elle ne fait pas partie, dans mon esprit, du drame amoureux de Werther, et que vos considérations ne seront mêlées en rien au naïf souvenir de la saison où j'ai découvert ce petit livre, cette innocente violette, entre deux buissons de nos campagnes du Berri. Werther^ voyez-vous, est