‹ La Vallée de Beaulche Propositions Données par la FacultéChapitre 1 sur 39 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Atque ubi languentes Belchæ transmiseris undas, Vitibus intextos colles Aulissiodori, :

Et madidas cernes lœneo nectare rupes (1).

En ces termes emphatiques, un chanoine d'Auxerre célébrait la dernière étape du voyage de Paris à Auxerre vers 1650. Dès l’époque romaine, une voie importante, aujourd’hui route nationale, traversait en effet sur le pont « de Pierre » le cours inférieur du ru de Beaulche, paresseux comme il sied à tout cours inférieur.

Aujourd’hui, les voyageurs empruntent de préférence la voie ferrée établie sur l’autre versant de l'Yonne. Aussi l’aperçu qui va suivre ne sera-t-il pas superflu pour situer la vallée de Beaulche.

Après le coup d'œil d'ensemble, nous passerons successivement en revue la stratigraphie et la tectonique, ce qui nous

conduira à la topographie.

(4) Dès que tu auras passé le ruisseau de Beaulche au cours paresseux, tu vérras les collines auxerroises où le pampre s’entrelace et les rochers qu'humecte le divin jus de la treille.

Levenier, lier Parisiis Autissiodorum. Ann. Y., 1844.

La météorologie s’appuiera sur les données ainsi acquises pour mener à l’hydrologie et à ses applications immédiates. Dans une seconde partie, nous entrerons tout à fait dans

Fig. 1. — RELIEF DE LA VALLÉE DE BEAULCHE.

(D’après le relief géologique de M. Bouvier. — Bibl. Auxerre). Les teintes sombres du Nord-Ouest sont dues aux couleurs géologiques | plus qu'au relief. à |

les applications par l'étude des matériaux et des sols et cultures dont les caractérisques se retrouvent dans les noms des terroirs. La combinaison de ces éléments constitue l’habitat.

SITUATION. — Le ru de Beaulche est un affluent de gauche de l'Yonne. Il occupe une vallée dont la longueur totale est de 25 kilomètres à peine. Son bassin est compris entre les parallèles 47°40° et 47°52° comprenant Auxerre et entre les méridiens 1°4 et 1°14’ de longitude Est. Il s'étend donc sur une dizaine de minutes d’arc en longitude comme en latitude.

L'axe du bassin correspondant à peu près au cours moyen du ruisseau, coïncide aussi avec la diagonale du rectangle ainsi défini. Sa direction est N.-N.-E. (Fig. 1).

Le confluent du ru de Beaulche a lieu à Monéteau. Mais où est la source ? Suivant les auteurs, à Varennes (Diges), à la

Ru de Beaulche. Ru d'Escamps.

Ru de Varennes,

Fig. 2. — KONFLUENT D’IRLY.

Grilletière (Escamps), aux Chocats (Coulangeron). Nous croyons que le mieux est d'adopter la désignation de la carte d'état-major, d’après laquelle le ru d'Escamps et le ru de Varennes confluent à Irly (Chevannes) pour former le ru de Beaulche (Fig. 2). Il nous arrivera toutefois de désigner sous le nom de Vallée de Beaulche nn des vallées du bassin.

Le mot Beaulche vient du latin RER On l’a écrit Bauche, Baulches, Beaulches (état-major), Baulches (Ponts et Chaussées). Il nous semble que le terme féminin : la Beaulche, répond le mieux à l’étymologie. |

A l'Est, le bassin moyen n’est séparé de celui de l’Yonne que par le petit ru de Vallan d’une dizaine de kilomètres de

k LA VALLÉE. DE BEAULCHE

parcours, important toutefois parce que la ville d'Auxerre s’est établie à son confluent avec l'Yonne.

Au Sud, les têtes souterraines du ru de Genotte luttent avec celles du ru d'Escamps pour l’érosion du plateau calcaire occupé par la route d'Auxerre à Ouanne.

Au Sud-Ouest naît l'Ouanne qui va porter ses eaux au bassin du Loing.

A l'Ouest, séparées par une arête sableuse de celles du ru de Varennes, les sources du Tholon conduisent leurs eaux à Joigny en suivant un méridien.

Au Nord-Ouest, le Ravillon suit la même direction.

Enfin au Nord, le petit ru de la Biche draine par intermittences les eaux d’un bassin peu accusé.

C'est du plateau de Serin, commune de Chevannes, qu’on a une des meilleures vues d'ensemble sur la vallée.

Au Sud, les croupes et les vallées sèches, étroites et profondes, caractérisent les calcaires portlandiens qui recueillent les eaux pour alimenter les principales sources de la vallée. Caïlloux blancs, pâtures, céréales surtout, trop rares noyers, maigres taillis, constituent la seule végétation des plateaux sur ces « Causses » bourguignons. Si le mouton y est moins fréquent que dans le Midi, c’est que la propriété y est plus morcelée. Les pentes portent des vignobles et des luzernes.

Aux pieds de l’observateur, le sol argilo-siliceux du crétacé inférieur constitue au contraire un terrain fertile pour toutes les cultures, occupé par des vignes et des guérets sur les plateaux et sur les pentes où les moindres ravins sont bordés de hauts peupliers.

À l’Ouest, au delà du thalweg, on perçoit une topographie confuse où les maisons blanches des nombreux hameaux sont disséminées parmi les bouquets d’arbres et les champs entourés de grandes haïes : c’est l'aspect de « bocage » des sables du crétacé moyen, caractéristique aussi du même étage dans le pays de Bray, de l’autre côté du bassin de Paris.

Plus au Nord, la forêt est compacte et quelques kilomètres plus loin, sans transition, apparaît une muraille uniforme et nue, crénelée par les vallées : ce sont les buttes-témiboin de la craie marneuse du cénomanien. Leur disposition à l’orée de la dépression des sables verts offre une grande analogie avec les « montagnes » bajociennes et bathoniennens qui se dressent en face de la terre-plaine liasique et du Morvan.

C'est donc entre le plateau massif des calcaires du Barrois

et les croupes crayeuses qu’a évolué la vallée de Beaulche dont nous esquisserons l’histoire.

Cette disposition à une dizaine de kilomètres l’une de l’autre des deux falaises opposées a servi aux stratèges de toutes les époques. Bien avant les manœuvres des garnisons d'Auxerre et de Joigny qui s'y donnent rendez-vous, les armées se sont contemplées d'un bord à l’autre de la vallée, et c’est en la remontant ainsi parallèlement que, d’après Lebeuf, les descendants de Charlemagne finirent par se rencontrer du côté de Fontenoy, pour le plus grand dommage des moissons, le 25 juin 841,

Fig. 3. — PLATEAU PORTLANDIEN DE CHÉRY (COULANGERON).

Le moins délabré des moulins à vent,

LAVALLÉE DE BFAULCHE

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