SOURCES FERRUGINEUSES
Dirai-je ces ruisseaux, ces sources, ces fontaines, Qui, de nos corps souffrans adoucissent les peines. Deuize, L'Homme des Champs, IL.
Les sables bigarrés barrémiens, comme les sables glauconieux et rouillés de l’albien, donnent lieu à de nombreux suintements ferrugineux. Des premiers sort la source de Servan, d’un débit très faible au milieu d’une prairie de la rive gauche en face Chevannes. Elle a joui d’une certaine réputation. M. Moussy y a dosé 36 mgr de fer.
Plus haut, la petite source de Saint-Thibault émerge au milieu des bois. Elle est légèrement ferrugineuse et d’originè assez superficielle. (T. 9°7 en mai 1909.)
Source des Meurs. — Connue des Romains, la source des Meurs est la seule de la vallée qui ait joui d’une réputation étendue grâce aux efforts de Berryat (1).
(1) Observations physiques et médicinales sur les eaux minérales d'Epoigni de Pourrain, de Dige et de Touci…, par Berryat, conseiller médecin du Roi, intendant des eaux minérales, membre de la Société des Sciences et Belles-Lettres d'Auxerre. Auxerre 1752.
Ce médecin avait installé à Auxerre une maison de santé où chaque jour étaient apportées les eaux ferrugineuses de la région.
La fontaine des Meurs est située à la cote de 205 mètres, à quelques pas au nord de la route nationale n° 65, au bord du chemin du hameau des Meurs.
Données physiques. — Le 25 décembre 1908, après les gelées, sa température était de 8°, et celle d’une mare voisine de 3°. Le 31 mars 1909, la fontaine avait 7°5.
Or, la température moyenne des sources situées un peu au-dessus, à la base dela craie marneuse, reste sensiblement à 11°. On peut donc inférer que la source des Meurs est alimentée par des eaux superficielles. Une oscillation de près de 5 degrés autour de la moyenne accuse une profondeur de 4 mètres à peine.
Ainsi s'explique aussi la nature du sédiment que déposent les eaux sur quelques mètres : crénates de fer, c’est-à-dire combinaison d’acides organiques avec l’oxyde de fer hydraté. Le niveau de l’ocre de Pourraïin n’est du reste supérieur que de quelques dizaines de mètres à la source. La surface de l’eau qui coule très lentement (débit : quelques décilitres à la seconde) est recouverte d’une pellicule irisée.
Un dégagement d'hydrogène sulfuré lui aurait valu le nom de Fontaine Punais ou punaise. N'ayant pas visité la source pendant les grandes chaleurs, nous ne lui avons pas trouvé d’odeur.
La saveur de l’eau est nettement styptique.
Comme elle est louche, c’est, à notre avis, une véritable émulsion, un lait dans lequel les vésicules de fer organique se trouvent en suspension. /n vitro, elles se déposent complètement en quelques jours sous forme de flocons de couleur rouille Surmontés par une eau parfaitement limpide et sans saveur.
Six jours après le prélèvement, la résistivité électrique a été trouvée égale à 3.200 ohms, chiffre très élevé.
D’après Berryat, « pour leur légèreté spécifique, elles sont par rapport à celles d'Epoigni comme 6 onces 5 gros 66 grains à 6 onces 5 gros 42 grains, différence dont les malades se sont bien aperçus ».
Cette densité des eaux, rapportée à l’eau de pluie (6 onces 5 gros 18 grains), correspondrait à 1.016 grammes par litre.
M. Devouges (1) a étudié la radioactivité d’une source analogue près de Saint-Florentin. La déviation d’un galvanomètre passait de 9°5 à 1°5 dans l’espace de 15 jours.
Données chimiques. — Citons Berryat : « Deux gouttes de teinture de noix de gale jetées sur 3 onces de ces eaux les firent passer en trois ou quatre minutes par toutes les nuances qui se trouvent depuis le gris de lin jusqu’au bleu de Prusse. »
L’extrait sec serait de 246 mgr par litre, faible en somme pour une eau qui paraît chargée. M. Moussy y a dosé 80 mgr de fer. Elle est en outre sodique et magnésienne (2).
Données thérapeutiques. — Les eaux doivent être consommées dans les 48 heures. Sinon leur dépôt est très à charge à l’estomac et elles ne passent qu’à l’aide du sel de Seignette, suivant Berryat qui ajoute : « Elles ne percent par la voie des urines qu’au bout de 3 ou 4 heures, au lieu qu’on n’attend pas une heure sans s’apercevoir de celles d’'Epoigni. »
Elles étaient recommandées aux malades qui urinent peu, ont des menstruations irrégulières ou une maladie de foie, et contre-indiquées aux fiévreux, convalescents, « pulmoniques » et femmes enceintes.
On commençait le traitement par une saignée et une purgation. On buvait environ un verre toutes les heures dans la matinée occupée par des promenades. Contrairement à la plupart des régimes actuels, le lait et les viandes blanches étaient proscrits, le vin blanc conseillé. On terminait par une dernière purgation. Les consultations de Berryat comportent quatorze commandements du baigneur, ou plutôt du buveur.
Vers 1860, les habitantes des Meurs apportaient encore des bouteilles d’eau à Auxerre en venant au marché.
Sources de Diges. — La Fontaine des Malades se trouve au pied de Diges, au bord du rû de Varennes qui tarit en été et au pied d’une pente occupée par les sables bigarrés et les argiles à lumachelles. Elle est permanente et limpide. Sa température assez constante était de 11°3 le 31 mars et celle du rû voisin 8°5. Elle a donc une alimentation profonde. La
(1) Sur les eaux minérales des Monts-Boussard, 1872.
(2) Dans l’eau des Monts-Boussard à réaction alcaline, M. Devouges a trouvé : résidu fixe, 206 mgr ; acide carbonique total, 123 mgr; sesquioxyde de :fer et manganèse, 31 mgr; chaux, 62 mers magnésie, 8 mgr; silice, 16 mgr.
nature sableuse des sols traversés la fait présumer bien épurée:
Elle est recherchée à cause de sa fraîcheur en été et de sa saveur très légèrement styptique. M. Moussy a dosé 15 mgr de fer.
La source de Montchenot a une température très variable et une alimentation superficielle. Elle circule dans des sables et des grès qui lui abandonnent peu de fer.
Les sources aboutissant au moulin Ragon et provenant également de l’albien avaient une température de 9°8 le 31 mars 1909. Leur alimentation est donc semi-superficielle, mais leur eau certainement saine, étant donné la näture boisée de leur périmètre. Certaines se recouvrent d’une pellicule irisée.
source
Fig. 17. — LE RU DE BEAULCHE A SAINT-GEORGES (MONTBOULON).
Débouché insuffisant lors des crues.
Leur débit total était de 4 litres à la seconde en septembre 1908, leur périmètre de un kilomètre carré environ.
A Escamps, il existe aussi quelques suintements d’eaux ferrugineuses au flanc du petit plateau boisé affaissé le long de la faille de Beaulche, en face la tuilerie.
Groupe de Montboulon. — Au pied de Saint-Georges, à un mètre environ au-dessus des eaux du ru de Beaulche (fig. 17), surgissait une source dont la force ascensionnelle a paru suffisante pour qu’on la surcharge d’un bassin d’un mètre de profondeur destiné à alimenter un lavoir. C’est une mauvaise disposition. Sur le ru, le lavoir eut disposé d’un courant d’eau permanent auquel on aurait pu substituer la source par
moments. De plus, la surcharge même diminue le débit de la source.
Bien que le bassin soit soumis aux influences saisonnières, la température ne descend guère au-dessous de 9° (9°5 le 9 novembre 1909). Ce caractère, joint à l’ascension de l’eau et à la situation au point d’ennoiement de la faille de Beaulche, laisse présumer une alimentation profonde. En hiver, une température de 10° à 11° est agréable pour les laveuses.
A quelques hectomètres en aval et au-dessous du ru, cette fois, sourd la fontaine de Rio.
En septembre 1898, lorsque M. Guillemain l’étudia en vue de l’alimentation de Perrigny, son débit était encore de 5 à 12 litres par seconde, le ru lui-même ne débitant que 4 litres.
Nos observations n’ont porté que sur le trop-plein de la chambre souterraine de captage débouchant dans le méandre du ru qui recoupe la vallée. Comme dans toutes les sources de rive, il est impossible de faire des observations en temps de crue, la rivière submergeant le débouché de la source. Toutefois, en décembre 1909, son débit était tel que ses eaux limpides chassaient celles du ru et que nous avons pu prendre la température : 11°3. En février 1909, à la fin d’un hiver froid, elle n’avait baissé qu’à 10°5.
Nous avions d’abord présumé avoir affaire à une eau alluviale suivant le thalweg.' Mais le degré hydrotimétrique est très élevé (40 d.), la température peu variable et faible la teneur en bactéries.
Or, la source de Rio se trouve située exactement dans le prolongement de la faille de Beaulche jalonnée par celle de Montboulon. Il est donc à présumer qu’il s’agit d’un mélange des eaux suivant la faille et des eaux d’alluvions.
Par des nivellements, des sondages et des expériences à la fluoresceïne, on achèverait l’étude de ce problème comme celui de toutes les sources passées en revue dans ces monographies sommaires.
III. LES RUS. — Nous n’osons donner le nom de rivières à des cours d’eau dont le plus important ne dépasse guère trois mètres de largeur. Nous traiterons dans ce chapitre : du réseau hydrographique, de la pente des cours d’eau, de leur débit normal ou accidentel (crues), de la nature de leurs eaux et enfin des accidents de leur lit et en particulier des étangs.
a) RÉSEAU HYDROGRAPHIQUE. Sur la rive droite, la nature calcaire des sédiments de base et le peu d’étendue des versants ont empêché tout affluent permanent. Il n’y a guère que des ravins où l’eau des orages s’engouffre pour ruisseler sur les terrains argileux, d’où nécessité d'agrandir le débouché des ponts sous les remblais de la voie ferrée.
Par contre, la facilité de gagner rapidement le flanc du coteau pour s’y tenir à niveau a provoqué l'établissement de la plupart des moulins sur cette rive qui est d’ailleurs la plus habitée.
Sur la rive gauche, au contraire, les sables et argiles de l’albien ont donné naissance à un réseau complexe à directions subséquente ou obséquente. Encore le ru de Vert est-il le seul qui soit permanent.
Voici la superficie des bassins principaux :
Ru d'Escamps:."."2. . 1 401 40 km — de Riot ou de Terves . . 15 — — de Varennes . ... . «. 30 — r.— se Nerts pe As TS
— de Beaulche sfricto sensu. 45 — Petits affluents. : : . à . 7 —
Totale cer MGM
Il s’agit, bien entendu, des périmètres topographiques relevés en suivant la ligne des crêtes sur la carte d'état-major.
L’examen de la carte montre que le ru d’Escamps et le ru de Beaulche sont presque partout doublés. Ils comptent, en effet, 11 kilomètres de biefs et 3 à 4 de sous-biefs. Ceci nous a suggéré l’idée de distinguer les thalwegs naturellement doubles des vallées doublées par le fait de l’homme.
Les thaïwegs doubles se forment dans les calcaires tendres comme les marnes et la craie ou encore les régions sableuses plates. Ils sont le plus souvent même triplés par deux fausses rivières parallèles au cours principal et s’y anastomosant irrégulièrement, ou encore par des affluents coulant longtemps parallèlement à la rivière principale avant de la rejoindre (Champagne) Fig 18. ”
Les rivières doublées se rencontrent, au contraire, dans les régions accidentées, à la traversée des roches dures ou argileuses imperméables. Par cela même, la vallée est étroite et encaissée, mais la commodité d'y aménager des chutes en a fait dériver des biefs rectilignes qui quittent le cours prin-
cipal à la faveur d’un seuil pour aboutir à flanc de coteau. Le sous-bief ramène les eaux sous un angle ouvert. Jamais on ne rencontre deux biefs en face l’un de l’autre. Au lieu de
be
se Vert SÆ
I. — Rivière doublée.— Le ru de Beaulche moyen avec ses biefs détermine des figures pyriformes. Peu d’afffuents. Biefs rectilignes.
I1.— Vallée double — La Barse en amont de Troyes. Les nombreux affluents latéraux
coulent parallèlement à la rivière . avant de Jui confier ses eaux par \ des anastomoses irrégulières.
Fig. 18. 1/160000°.
parallélogrammes, les cours d’eau déterminent aïnsi en plan des figures pyriformes en chapelet, les angles aigus tournés vers l’amont. - ‘
b) PENTE. — La différence de niveau entre les sources de Pesteau et le confluent de Monéteau étant de 150 mètres pour une distance horizontale de 22 kilomètres, la pente moyenne du thalweg de la vallée de Beaulche est de 0 m. 007 par mètre. Plus rapide au départ, elle s’atténue assez régulièrement (fig. 12). Toutefois, elle est ralentie dans les méandres jusqu’à une moyenne de 0 m. 0043 pour le ru, d’Irly à Monéteau (développement 24 kilomètres sur une distance de 15 kilomètres à peine). En face de Saint-Georges et Perrigny, elle n’atteint guère que 0 m. 002.
Mais elle est bien plus loin de son profil d'équilibre que l'Yonne qui, sur le même parcours, de Monéteau à Vincelles, n'offre qu’une pente de un millimètre par mètre à peine.
D’Ouanne à Dracy, dans les mêmes terrains, la pente de lOuanne est de 0 m. 0046.
Sur la chute de 150 mètres, un quart seulement (38 mètres) était utilisé pour actionner des roues hydrauliques.
Le ru de Varennes et le ru de Vert présentent des profils plus accusés que le ru de Beaulche vers l’amont, puis plus atténués. Cette atténuation de la pente du ru de Vert inférieur avait facilité l’établissement des étangs.
Nous avons calculé la pente des biefs principaux d’après les règlements d’eau :
Pente Longueur —- Chute Rus Moulins du bief totale par mètre
| MAdéANIENneAUr ER RCE 200m Om50 2mm5 »
Moulin-Brülé. , . . . . . 804 3 3.6 5m59 | Bourg d'Escamps.. . . . 1539 2.402160 28:09
d KES Brie (greffé sur le précédent) . . . [86] [0.91] [1] » | La Fermière. . . . . ; 918 2000202 4.40 LE Fo NE 400? 0.80? » 3 à 4m
Moulin de Beaulche . . . 700? 1FADE »
NilletArseate ee ee 916 SSL IE A TAS SAN GeOrSeS NUE 1806 3.46 0.9 3.78 de Bite PET Ve Ve RE Mi 800? 1.60? » 4.27 Somineville 1 den M4 ES ES 6 ls LACOT REPAS IE" 300 0.83 - 2.8 sil Totaux et moyenne. . 10583m 22m82 2mm{6 38m09 Ru \ Moulin-Neuf: =. . ." » » » 4m75 de Terves } Moulinards.. , . . . . . 1000m Om63 Gmm6, 4m75
Si on ajoute la pente des biefs à la hauteur des chutes, on obtient un total de 60 mètres au moins. On arriverait à 75 mètres avec les sous-biefs, soit la moitié de la pente totale de la vallée, et nous ne tenons pas compte des petits barrages d'irrigation. On peut donc dire: que la pente de la vallée est, ou plutôt était bien utilisée.
Dans le tableau statistique des rus que nous donnons plus loin, figure la pente de tous les rus. Elle se trouve en général trop forte, la cote d’amont étant celle de sources non permanentes qui cascadent parfois en tête des rus.
Néanmoins, on distingue nettement que les cours d’eau permanents (ru d'Escamps, ru de Beaulche, ru de Vert et ru de Riot) ont tous une pente moindre de 10 mètres par kilomètre ou un centimètre par mètre.
Les autres ne sont guère que des fossés ou ravins pouvant atteindre la forte pente de 4 centimètres par mètre sur les hauteurs sableuses de Diges et Pourrain.
c) DÉBits. — Pour conduire à des conclusions utiles, la mesure des débits d’une rivière doit se faire d’une façon continue pendant plusieurs années, comme M. Garrigou- Lagrange (1) l’a fait pour les petits bassins en amont de Limoges.
Or, notre vallée est laissée de côté par tous les services techniques pour les observations permanentes. La statistique de 1898 que reproduit notre tableau (p. 78) suffit cependant à donner une idée de l’importance ou du peu d'importance, si l’on veut, des rus que nous étudions.
Les guillemets au débit d’étiage pointent les cours d’eau temporaires. Ce sont les plus nombreux. Leur pente est très grande. Ce sont donc de petits torrents pouvant débiter un demi-mètre cube à la seconde en période de crue. :
Dans le ru de Beaulche inférieur, les ouvrages d’art peuvent livrer passage de 6 à 17: mètres cubes. Les débits de crues peuvent atteindre 20 mètres cubes, mais le débit normal est:de 280, litres à la seconde.
Le débit minimum de 28 litres, indiqué, nous paraît trop faible.
En novembre 1908, après une sécheresse persistante, le ru débitait encore 75 litres à Villefargeau.
Nous avons calculé le rapport du débit avec la surface du bassin versant. Raoul, conducteur des ponts, admettait 4 litres par seconde et par kilomètre carré en moyenne pour la région calcaire. Nos chiffres ne conduisent qu’à deux litres au maximum (0 litre 5 à 2 litres), comme pour les sources normales.
La moyenne (2,79) est influencée par deux: exceptions sur lesquelles nous reviendrons. Si nous adoptons les chiffres de 2 litres 5 correspondant à 216 mètres cubes par jour et 78.800 mètres cubes par an; si, d'autre part, nous rappelons que la pluie apporte 0 mètre cube 650 par mètre carré, soit 650.000 mètres cubes par kilomètre carré, on voit que les eaux normales de nos rivières débitent le huitième seulement des eaux de pluie. Nous sommes loin des coefficients de 0,33 à 0,60 qu’indiquent les auteurs (2). Si la différence passe en crues sous les ponts et sur la prairie, il n’est guère possible de l'utiliser industriellement.
(1) Programme d’études hydrologiques. Congrès de l’arbre et de l’eau. Bull. 1909.
(2) Faure, le Drainage. . .
GI 61,8 |[uoñoy UPS PeXNYLOT