SUPERFICIE EN HECTARES DANS CHAQUE COMMUNE
Espèces de sol Pourrain Charbuy Perrigny Villefargeau St-Georges Chevannes Eseamps Total 0/0
Montagnes... () 0 0 0 15 » 60 75 0.5 Bruveres.. 0 109 244 550 13 7 » 914) Tee HéTREAUL 20) » O0 54 » » 150 454) C Craieoucalcaire. 450 500 400 200 » 166 1340 3056 23 GrAVrEr 2074 2000 » 0 (Ù » » 20 520)
; s LE 2199 16.5 Pierreux.. . . 550 300 50 200 135 234 210 1679) Sablonneux. . 850 1100 200 150 122702 2025085261 24.5 ATOLEUS Re ) > 300 » 245 » 38 583 4.5 DIVErS OURS SO RS DD 00252075 20.5
Surface de la commune. 3000 2339 1229 1378 750 2309 2293 13298 Has 100.0
Les chiffres de ce tableau ne peuvent être adoptés sans discussion. En premier lieu, il est bizarre que les statisticiens de Saint-Georges aient trouvé une montagne sur leur territoire, alors que Pourrain n’en mentionne pas. Il ne s’agit d’ailleurs que de 15 hectares occupant sans doute le sommet du thureau. La plus grande partie des sols pierreux devrait rentrer dans les sols calcaires. Enfin, le questionnaire avait oublié de mentionner les sols argileux et a fait la place vraiment trop large aux terres diverses.
Modifiant les chiffres sur ces bases, nous estimons à 30 0/0 la superficie des terres calcaires; autant pour la superficie des terres sableuses, graveleuses et de bruyères; 20 0/0 pour les terres argileuses; 10 0/0 pour les terres franches, provenant le plus souvent de mélanges, d’éboulis, d’alluvions et d’apports et 10 p. 100 pour le territoire non agricole.
Pour désigner l’ensemble des propriétés de leurs sols, les agriculteurs ont des qualificatifs variés et, malheureusement aussi, variables suivant les pays et les individus même. Nous les examinerons successivement en tenant compte de la dominante.
Terres calcaires. — Nous avons peu de terres calcaires blanche dans la vallée de Beaulche. Partout le calcaire donne des produits ferrugineux de décomposition, tel est le cas des criots du bord des plateaux portlandiens, des pruches et des aubues plus profondes qui occupent les sommets. Nous verrons qu’à l'inverse des idées préconçues, ces terres doivent être considérées comme très pauvres en calcaires.
Eboulées au pied des côtes comme à Escamps et Pourrain, les couches calcaires fournissent des terres de « pruche abreuvée d'argile », franches, c'est-à-dire comportant facilité de labour avec suffisamment de liant et de fraîcheur. Elles sont mélangées de pierres blanches provenant du calcaire portlandien ou du calcaire à spatangues ou de la craie cénomanienne, suivant leur situation.
Les marnes de Brienne constituent des lateux très fertiles sur les pentes de Pourrain.
Les terres d'arène au pied des plateaux portlandiens sont trop sèches et comportent des éléments trop grossiers pour être fertiles.
Terres argileuses. — Il y a lieu de distinguer les terres provenant de marnes géologiques, de celles produites par la décalcification. Les ardilles noircies par les sulfures et les matières organiques des marnes virguliennes et ostréennes se différencient ainsi des obues dont nous avons déjà parlé. Elles souffrent de la sécheresse surtout sur les dalles à lumachelles. Si les unes et les autres sont mélangées de sables, elles passent aux herbues et aux terres de Pruche ou aux lateux.
Les terres de Vèvres ou Woevres sont brun-jaunâtre et occupent la base du néocomien, continuant la bande de la Champagne pouilleuse.
Terres sableuses. — Les graviers grossiers des alluvions anciennes de l’Yonne sont pauvres en calcaire. Il n’en est pas de même des grèves récentes mélangées aux argiles des pentes
et qui constituent les alluvions de nos vallées à cause de
leur origine kiméridienne et portlandienne.
Lorsque les alluvions sont assez fines, on les désigne sous le nom de lames, elles sont fréquemment riches en humus et d’ailleurs occupées par les prairies. :
On rencontre des terres analogues très fertiles dans les sables barrémiens des plateaux occupés par les villages de la rive droite et en particulier à Perrigny. Grâce aux amen-
dements calcaires, ces sables argileux constituent d’excellentes terres à blé. ;
Les sables albiens, au contraire. sont souvent trop grossiers et par conséquent boisés. Sur le plateau de Bréandes, ils portent des vignes. L’abondance des grains de limonite leur a fait donner le nom de gruons à rapprocher de gruain, couche inférieure de l’ocre.
On donne parfois aux terres constituées par les sables grossiers plus ou moins colorés le nom de Varennes.
Terres humifères. — Il n’y a pas de tourbe dans la vallée. Les sables humides de l’albien retenant l’humus donnent lieu aux terres de bruyère, activement défrichées pour l’horticulture,
II. PROPRIÉTÉS PHYSIQUES. — L’analyse des propriétés physiques des sols doit être faite sur place. Elle repose sur des données tellement controversées qu'on ne la pratique qu’exceptionnellement. D’abord, nous exam'nerons les caractères physiques n’exigeant pas l’analyse proprement dite.
Couleur. — La couleur attire d’abord l’attention de l’observateur d’une terre. Entre les différentes couches géologiques, les différences sont très tranchées. On passe du blanc au gris, gris-bleu, jaune, rouge, violet, gris-jaunâtre et grisverdâtre par les calcaires portlandiens, les calcaires à spatangues, les argiles à lumachelles, les sables bigarrés, les marnes aptiennes et les sables verts.
La culture apportant des produits de l’extérieur et régularisant le délitement contribue à uniformiser les teintes. Toutefois, on distingue aux caractères suivants les sols dérivés des différentes assises.
Une argile rougeâtre mélangée de cailloux blancs dénote l’origine portlandienne. Une argile jaunâtre mélangée de cailloux gris noduleux ou lumachelliques montre que l’on passe sur le calcaire à spatangues et les argiles barrémiennes. Les sables argileux blancs ou rouge vif signalent les bigarrures du varrémien. L’aptien reste inaperçu, recouvert le plus souvent par les sables grossiers vert-noirâtre de la base de l’albien. Ceux-ci passent à la couleur rouille ou noirâtre suivant leur richesse en humus, tranchant nettement avec la marne blancgrisâtre superposée (Fig. 33).
C’est naturellement après le labour et le hâle des terres que l’on observe le mieux ces différences. La terre humide,
non ressuyée, a toujours une teinte plus foncée, brunâtre et uniforme, qui la fait d’ailleurs croire, à première vue, humifère et fertile.
Les différences de couleur ne sont pas assez sensibles pour se manifester sur les récoltes. Il se trouve que les terrains les plus foncés, sables humifères de bruyères, comptent parmi les plus humides, aussi la précocité qui résulterait
Fig.B3. — DIFFÉRENCIATION DE LA COULEUR DU SOL ET DE LA VÉGÉTATION DANS LE MÊME CHAMP AU BOIS-DE-CHARBUY.
À gauche, sable de Puisaye plus foncé, plus humide, où le trèfle et le châtaignier croissent vigoureusement.
À droite, alluvions blanches, crayeuses, sèches, exploitées comme marne. . Terre à luzerne où le trèfle pousse mal, mais où le noyer vient bien. A l'horizon, arbres fruitiers de toute espèce.
de leur-couleur est-elle très atténuée, sauf dans les rares parties drainées.
L’échauffement du sol n’est guère variable que suivant sa teneur en eau, la chaleur spécifique de la terre sèche n'étant que de 0,2 (1).
Humidité. — Si les laboratoires agricoles ne fournissent pas le taux d’humidité, c’est que celle-ci est variable et que les pesées devraient être faites sur place, à plusieurs époques de l’année.
Nous avons voulu nous rendre compte de la proportion d’eau que retient le sol. Pour cela, nous avons prélevé à des
(1) Garola, Contribution à l'étude physique des sols, 1908.
profondeurs de 0 m. 20 à 0 m. 90 fin été 1909, à l’aide d’une sonde construite par nous, des carottes de terre entre Bréandes et les Chesnez sur la côte occupée par les sables barrémiens, les argiles aptiennes et les sables grossiers de l’albien. Les pesées ont été faites sur place au moyen d’une balance de poche, puis les carottes, de la grosseur du doigt, ont été abandonnées au séchage dans notre laboratoire et pesées à nouveau deux mois après. Le sol était humide (pluies d’orages), le sous-sol n’était que moyennement imbibé. Nos pesées nous ont conduit aux rapports 1,09 à 1,15, moyenne 1,11, entre la terre humide aux différentes profondeur et la terre séchée. La couverture arable ne maintient donc que onze pour cent d’eau dans le sous-sol. Beaucoup s’imaginent que la terre retournée par la charrue est bien plus riche en eau (1).
La station agronomique d'Auxerre a trouvé qu’un tiers de l’eau tombée au printemps traversait la terre de bruyère de Charbuy pour arriver au sous-sol. Une partie remonte en été par capillarité pour les besoins de l’évaporation de la terre arable et de ses cultures; l’autre, la plus forte, continue son chemin pour se mêler à la nappe artésienne du bassin de Paris.
L’excès d'humidité en surface, à certaines périodes, diminue l’échauffement et empêche la nitrification des terres argileuses. Si, en même temps, le calcaire est abondant, le foisonnement du sol par la gelée est intense et les plantes sont soulevées. Au dégel, le sol se tasse, maïs les plantes à racines pivotantes ne retrouvent pas leur place. On voit ainsi des bouquets de luzerne portés à l’extrémité d’une racine sortie de terre sur 0 m. 20. Suivant l’expression d’Escamps, ces terres tirent à la chandelle. A Villemalard, le long de la faille de Beaulche, on peut observer ce cas sur les marnes ostréennes recouvertes d’éboulis portlandiens. Les terres les plus mobiles sont celles des marnes de Brienne.
Analyse physique. — Les cailloux sont plus nuisibles aux instruments de culture qu’à la fertilité du sol. S'ils « tiennent de la place », ils protègent aussi la terre fine, conservant en été l’humidité des sols portlandiens et diminuant leur gélivité en hiver.
(1) Au printemps 1910, nous avons fait des prélèvements analogues dans les argiles kiméridiennes et les arènes calcaires. Les rapports ont oscillé entre 1,1 et 1,2. La moyenne reste de 1,11 malgré l'abondance des pluies hivernales. :
La proportion de gravier est rarement séparée de celle des cailloux dans les analyses. Parfois, on joint le gravier au sable grossier. Mais, le plus souvent, on divise immédiatement l'échantillon de terre sèche en deux lots par le tamis à mailles de O0 m. 001. Tout ce qui passe est appelé terre fine et seul utilisé pour l'analyse chimique, car on estime que la plante ne s’alimente que dans les éléments fins. La proportion de terre fine est en général de moitié dans les sols portlandiens, des deux tiers dans la craie marneuse et les marnes kiméridgiennes, des trois quarts dans les sables, des quatre cinquièmes dans les argiles barrémiennes et les miarnes de Brienne, des cinq sixièmes dans les marnes aptiennes.
Elle est naturellement moindre dans le sous-sol que dans le sol. Toutefois, la surface des sables et argiles peut être couverte de cailloux roulants qui atténuent la différence.
Les limites entre le sable grossier, le sable fin et l’argile sont purement conventionnelles et varient avec les méthodes d'analyses. En pratique, l’argile n’est pas du silicate d’alumine pur, mais mélangé de silice très fine présentant, à l’état humide, par suite d’attractions capillaires, les mêmes propriétés colloïdales.
Le dosage de l’humus est aléatoire. Dans la plupart des analyses, on n’en signale que des traces, sauf pour la terre de bruyère qui renferme des débris organiques.
Analyse microscopique. — Une étude physique complète des sols doit comprendre un examen au microscope polarisant, fournissant la nature minéralogique des éléments et indiquant la proportion de ceux qui subsistent à l’état. cristallin.
Ces recherches nécessitant un outillage spécial, nous -ne les avons pas téntées. Les savants spécialistes, eux-mêmes, discutent sur leurs principes et les conclusions à en tirer même dans les terrains cristallins.
Ténacité. — La ténacité d’un sol est sa résistance à l’arrachement conduisant en pratique à sa faculté de labour. Nous ne connaissons pas d’expériences directes qui aient été faites sur les sols de notre région, elles sont d’ailleurs fort rares dans le domaine agronomique.
Les terres argilo-calcaires du portlandien et surtout du cénomanien sont particulièrement « collantes ». Fort heureusement, la perméabilité du sous-sol permet l’asséchemient rapide des asséchements des premières.