Id
fraces | Traces 0.42 0 47 0.33 0.37 0.59 0.66 Id.
8 58 1707 0.91 0.47 0.40 0.81 0.69 Id.
67 49 0.63 0.46 0.39 0.28 0.87 0.63 Id.
ices | Traces [0.64 |0:46: | 0.40 | 0:29 | 2.50 -| :1.8 Id.
BOT. 6.4 0.44 0.31 0.46 0.32 2.7 1.9 Id.
5 F28 À 0.67 0.58 0.48 0.42 0.87 0.76 Id.
1.40 119 0.74 0.63 0.41 0.35 0.38 0.32 |Rousseaux PC'12 0.94 ; 0.85 0.21 0.32 02m 02S 0.19 et 0.85 1.65 0.46 0.41 0.58 0.52 0.34 0.30 Brioux! 0.67 0.62 0.18 0.17 0.20 0.18 0.30 0.28 Id.
(9 à 293| 14 à 2100.68 à 1.65/0.46 à 1.5710.63 à 1.15 0,51 à 4.09/1.05 à 4.1510.72à 8.86| Station
5à514| 67à 370) 1 à 1,95/0.59 à 1.34/0.70 à 1.10)0.36 à 0.76/1.60 à 2.39/0.91 à 1.62/agronomiq.
Traces 0.47 0.37 | 0,30 | 0.48 | 0.39 Auxerre
Fraces 0.57
8 analyses Mg30 0,6 0/00.
4 analyses
Mg0 0,4 0/00
Terre riche
P205 s/sol 0,81 P205 s/sol 0,54
Mg0 : 0,38 HE QE Peroxyde Fe et Al : 92.15.
Les argiles du crétacé inférieur se durcissent terriblement en séchant. Or, quand elles sont mouillées, elles sont trop collantes. On ne peut les « prendre » que quelques semaines par an. Aussi préfère-t-on les planter en vigne. Les façons peuvent y être retardées de plusieurs semaines sans grands dommages. Il n’en serait pas de même pour les céréales.
Les fissures de retrait peuvent dépasser cinq centimètres dans ces sols, ce qui augmente la dessication de leur surface.
III. LE CALCAIRE. — La teneur de la terre fine en carbonate de chaux joue un rôle tellement important tant dans la constitution physique du sol que dans sa composition chimique que nous lui consacrons un sous-chapitre spécial.
Nous possédons, d’ailleurs, de nombreux dosages dont quelques-uns ont été faits par nous et la plupart par divers expérimentateurs désireux de connaître la teneur en calcaire assimilable pour la reconstitution de leur vignoble.
L'état physique et la ténuité du calcaire jouent un grand rôle dans la physiologie végétale. A dose égale dans la terre fine, les marnes sont plus chlorosantes que les argiles ou les calcaires durs.
D'ailleurs, la décomposition de ces derniers donne en général des sols riches en fer, compensateur du calcaire.
Dans le kiméridgien, la dose de calcaire oscille beaucoup. En général, ses marnes sont assez chlorosantes.
Le portlandien l’est moins, bien que la teneur du sol en calcaire puisse atteindre 40 0/0. Dans le sous-sol, à Escamps, on aurait trouvé jusqu’à 80 0/0. Ce chiffre doit se rapporter aux filets de marne blanche qui séparent les couches de moellon et n’ont pas été décalcifiées à l’air. Dans des dosages faits en 1902 par le professeur d’agriculture de Saint-Sauveur à Escamps, nous avons trouvé mention d’un dosage de 60 0/0, se rapportant à la carrière de Chaumont.
Le calcaire à spatangues donne des sols beaucoup moins calcaires : 12 à 25 0/0 dans le sol, 12 à 30 0/0 dans le soussol.
Les argiles à lumachelles sont plus calcaires que ne le ferait présumer leur couleur bleue. Leur teneur peut atteindre, en effet, 25 0/0.
Mais tous les étages suivants du crétacé inférieur sont très pauvres en calcaire. Les analyses n’en portent en général que des traces pour le sous-sol. Si certains sols paraïissent moins pauvres (max. 2 0/0), c’est dû aux amendements
et engrais qui ont apporté du calcaire de l'extérieur depuis des siècles.
Avec les marnes de Brienne, on revient aux chiffres de 15 à 25 0/0. La craie marneuse superposée atteint même 50 0/0 dans le sous-sol.
Nous avons trouvé beaucoup moins de calcaire que nous ne le supposions dans un champ cultivé près des marnières de Charbuy, au Noyer Pointu : 3 0/0 seulement. Il s’agit des alluvions anciennes (fig. 33) des plateaux. Les sols de cette nature donneraient généralement 18 0/0 d’après le dire d’un viticulteur. Ce dernier chiffre nous paraît plus rationnel.
Les alluvions anciennes du confluent de l’Yonne sont entièrement composées comme éléments fins de sables siliceux venant du Morvan. Aussi ne trouve-t-on que des traces de calcaire dans la terre fine. Le bicarbonate de chaux y est cependant actif dans le sous-sol, puisqu'il donne lieu, à la surface des galets calcaires et autres, à un dépôt saccharoïde ayant tendance à les agglomérer en poudingue.
Au point de vue du calcaire, on peut donc considérer trois classes de sol
1° Les marnes kiméridiennes et cénomaniennes et parfois le portlandien tendre sont trop calcaires. Le remède consiste à terrer par des sables argileux ou dés argiles ferrugineuses (aubues) qui se trouvent sur les plateaux.
20 En général, les calcaires portlandiens, les calcaires à spatangues et les argiles à lumachelles, sont suffisamment calcaires sans l’être trop et n’ont pas besoin de correction de ce chef. On peut même amender les dernières avec des boues de ville riches en calcaire et en détritus qui les allégeront.
3° Les sols sableux et argileux du crétacé moyen ont besoin d’amendements calcaires.
La marne est d’un emploi très ancien. Nous avons vu au chapitre des matériaux qu’on employait les calcaires gélifs du portlandien et du cénomanien. En allant vers l’Ouest, la craie marneuse est de plus en plus employée, puisqu'elle s'étend sous les dépôts éocènes et au-dessus des sables argileux et ferrugineux de la Puisaye.
IL semble que les générations agricoles agissent par entraînements éphémères. De siècle en siècle, le marnage est devenu à la mode, pour être ensuite abandonné. Aujour-
d’hui nous sommes dans une période de calme. Il est vrai de dire que l'importation de calcaire dans les superphosphates et les scories de déphosphoration n’est pas négligeable.
La marne est transportée dès le début de l’hiver en petits tas dans les jachères, à raison de 40 à 50 mètres cubes à l’hectare (Fig. 34). Elle se délite et on l’étend à la pelle avant de l’enfouir par un labour. Dans les rares exploitations où
Fig. 34. — LE MARNAGE AUX MONTS-MARTIN (POURRAIN).
Le calcaire portlandien de la Bergerie mis en tas sera incorporé au sol argileux (aptien-albien) à la fin de l'hiver.
l'opération se fait assez régulièrement, on la renouvelle tous les quinze ou vingt ans. Raulin parle de 30 ans pour les marnages de Diges.
Nous reviendrons, en parlant des engrais, sur la circulation des éléments chimiques dans la terre arable. Rappelons seulement que, grâce à l’acide carbonique provenant de l’air et de l’humus, le calcaire se trouve entraîné dans le soussol avec une rapidité que n’imaginent pas les praticiens. Garola a calculé que cent dix millièmes de CO? dans l’atmosphère du sol dissolvent 203 milligrammes de COCa par litre d’eau, soit 203 grammes par mètre cube ou, pour une chute de pluie de 0 m. 60, 406 kilogrammes par hectare et par an.
La décalcification est naturellement d'autant plus rapide que le sol est plus calcaire et plus perméable. C’est pourquoi les calcaires francs donnent des terres plus rouges que les marnes. On pourrait même presque conclure que les sols provenant de roches calcaires sont d’autant moins riches en
carbonate de chaux qu’on y rencontre plus de cailloux blancs. C’est absolument l’inverse que pensent la plupart des agriculteurs, ou plutôt qu’ils pensaient, car la calcimétrie appliquée à la reconstitution du vignoble a fait progresser la connaissance du sol.
IV. COMPOSITION CHIMIQUE. — Bien que le fer, la magnésie, le manganèse, etc. jouent un rôle dans le sol, l'analyse se borne ordinairement à doser l’azote, l’acide phosphorique et la potasse. Les résultats de l’analyse chimique sont fournis au taux pour 1.000 de terre fine.
Pour les ramener à la terre totale, on multiplie par la proportion de terre fine, ce qui réduit les chiffres de la moitié aux trois quarts.
Pour faciliter encore l'interprétation de ces chiffres, il faudrait les multiplier par le cube de terre arable, c’est-à-dire la profondeur pratiquement utilisable par les cultures ordinaires.
Mais il faut surtout tenir compte de la composition physique, chose qu’on avait un peu trop négligée à la fin du xIx° siècle et qui a conduit à une sorte de faillite les analyses de terre.
Le dosage du peroxyde de fer et d’alumine a donné 92 grammes par kilogramme pour les sables ferrugineux de Charbuy et 12 grammes seulement pour le calcaire amendé du portlandien à Auxerre (Asile).
Dans les mêmes sols sableux de l’albien comme dans les marnes à lumachelle, la dose de magnésie oscille entre 0,35 à 0,60 pour 1.000.
Si l’on dressait une carte agronomique de la vallée de Beaulche, suivant les procédés classiques, c’est-à-dire en plaçant des petits graphiques d’analyses à chaque prise d’échantillon, on verrait, par exemple, que les sables albiens sont très pauvres, alors que les calcaires portlandiens et la craie marneuse sont très riches, même en tenant compte de la proportion de terre fine. Or, certains sables albiens propres à l’horticulture se vendent au moins cinq fois plus cher que les pseudo terres riches.
On a beaucoup exagéré les vertus de l’analyse chimique. Elle n'intervient que comme un des facteurs (avec coefficient 1/10 par exemple) servant à déterminer la fertilité du sol ou à fixer le choix d’un engrais.
Ces réserves faites, passons à l'examen des éléments fertülisants.
Azote. — Le dosage de l'azote varie tellement avec la culture qu’il ne donne de résultats utilisables à longue échéance que dans les cas extrêmes. Si l’on jette les yeux sur notre tableau d’analyses, on remarquera que presque toutes les terres renferment moins de 1 0/00 d’azote. Elles seraient donc toutes qualifiées de pauvres.
A l'inverse de ce que montre l’aspect du sol, les calcaires portlandiens seraient beaucoup plus riches que les sables humifères de l’albien !
Dans une étude d'ensemble comme celle-ci, nous ne pouvons insister sur ces anomalies. Elles proviennent, sans doute, en partie de ce que les échantillons de sable ont été prélevés dans des terres très cultivées où les amendements calcaires ont permis de longue date la nitrification et partant l’exportation de l’azote par les cultures maraîchères et les eaux de drainage.
Acide phosphorique (P?05). — Le dosage de l’acide phosphorique est un de ceux qui conduit aux conclusions les moins incertaines. Les terres les plus riches de notre vallée, renfermant plus de 1 0/00 dans la terre totale, sont les aubues des plateaux portlandiens, les marnes à lumachelles et les marnes de Brienne. Ces sols offrent le défaut d’être difficiles à labourer, mais, lorsque la plante est bien enracinée et que les circonstances atmosphériques ne sont pas défavorables, on peut y obtenir à la fois qualité et quantité : blés lourds et non versés, luzernes abondantes et nutritives, raisins gros et sucrés, pommes de terre succulentes et amylacées.
L’acide phosphorique accompagne, en général, le calcaire qui masque parfois son efficacité propre.
Dans les sols sableux et argileux, au contraire, renfermant moins de 0,5 0/00 d’acide phosphorique et de calcaire, les p'antes peuvent croître vivement si le temps s’y prête, mais les céréales verseront, les raisins resteront aqueux, les pommes de terre seront sans saveur et les luzernes céderont la place aux trèfles. |
Potasse (K20). — Grammatici certant, nous voulons dire, les agronomes sont encore loin d’être du même avis sur le mode de dosage de la potasse et son interprétation. On con-
Sidère, en général, comme riche une terre qui renferme 2 0/00 de potasse dosée par la méthode du Comité consultatif des stations agronomiques (attaque par lacide azotique dans des conditions déterminées). |
D’après ce taux, seraient considérées comme riches les marnes kiméridiennes, les calcaires portlandiens, les marnes aptiennes (en partie) et les marnes de Brienne, c’est-à-dire à peu près les mêmes que les terres riches en acide phosphorique, les marnes aptiennes, remplaçant seulement les marnes à lumachelle dans cette énumération.
M. Brioux (1) s’est livré à des études sur la potasse dans les marnes kiméridiennes de l’Auxerrois.
En attaquant la terre par l’acide fluorhydrique suivant la méthode Berthelot, il a trouvé le taux élevé de 25 pour 1.000 de potasse totale. Par la méthode classique : 2,7 à 7,3 0/00.
Reprenant le dosage de la potasse totale pour étudier sa répartition sur chacun des éléments de la terre fine, il obtint :
Potasse dissoute par l'acide azotique faible :
IAdANn STEP CAICAIEE2 2 RE LA un LE (47gr) 18735 20 dans le sable gross. siliceux 24 0/00 soit, p. 93sr de sable. 25r25 30 — fin — : 22 — 385 - 85155 4 l'argile et l'humus... 30 — 475 — 14810
1000sr 268125
L’excédent de 1 gramme provient de l’excès d’étuvage de l'argile et de l’humus.
Quoi qu’il en soit, la dose de potasse assimilable conduisant à un stock de 2.600 kilogrammes de potasse soluble a conduit M. Brioux à considérer comme très riches les marnes kiméridiennes.
V. PROPRIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES. — L’examen des êtres vivants de la terre végétale demande un outillage bactériologique qui n’existe pas dans notre région; aussi ne connaissons-nous aucune recherche directe à ce sujet. Toutefois, on peut, par des procédés chimiques, constater les résultats de l'évolution de la matière vivante par ses produits et les conséquences qui en résultent pour l’utilisation des éléments mi-
néraux. Longtemps on avait séparé l’étude minérale de
(1) Notes communiquées par le Bureau d'Etudes sur les engrais, Paris.
l'étude organique. Par un juste retour aux méthodes les plus naturelles, les agronomes du xx° siècle rendent au rôle de l'humus l'importance que les praticiens ne lui ont jamais refusée. On admet depuis quelques années que la fertilité des sols est due à l’union intime des éléments minéraux qui seraient comme dissous dans la matière humique. C'est dans les humates et les humophosphates de chaux et de potasse que la plante puiserait ses aliments.
Cela explique l'importance prise depuis longtemps par un engrais pourtant pauvre à lanalyse, encombrant et malpropre et, cependant, universellement employé : le fumier de ferme. C’est à son rôle physiologique complexe qu’il doit ses qualités. Mais sa composition est loin d’être constante. Dans la zone du crétacé inférieur, en.particulier, on l’additionne fortement de bruyères et feuilles mortes (laumées) ramassées dans les forêts accumulatrices d’azote (Henry) qui prêtent ainsi l’agriculture à fonds perdus. Si les bruyères appauvrissent la teneur des fumiers, elles augmentent sensiblement en humus et en potasse la quantité d’éléments fertilisants dont on dispose.
Les analyses de la Station agronomique d’Auxerre ont donné les chiffres suivants (1) :
Composition pour 1.000 de poids frais Silice Provenance et nature AC. AC. et des fumiers Eau Azote phosphur. Potasse Chaux Magnésie sulfurique Silicates Az FP205 K20 (Ca0 Mg0O SO3 Lindry, fumier de ferme . . 772 3.84 1.71 4.40 9.11 1.07 0.75 119
Charbuy, fumier de ferme.. 736 3.18 1.14 4.31 4.53 0.85 0.78 134 Les Bries,fumieretbruyères. 688 3.74 1.34 3.33 9.58 0.80 0.59 179 Appoigny, surtout litière des bois . . 530 3.52 0.63 0.78 2.10 » » 310
Les mêmes auteurs ont étudié l’évolution des éléments fertilisants dans les terres calcaires du portlandien et dans les terres sableuses de l’albien (2).
Les échantillons sont ceux portés à notre tableau comme argilo-calcaire d'Auxerre amélioré et sable des Courlis. Ils reçurent des engrais complets et furent arrosés dans la proportion des pluies de PHRASE,
(1) Rousseaux et Brioux, Etudes sur l’asperge. 1906. (2) Etudes sur le pouvoir absorbant et les dissolutions du soi, Annales de la Science agronomique, 1908, p. 370.
L’eau de drainage a donné la composition suivante par litre :
Terre sableuse Terre calcaire
avec engrais complet avec scories de déphosphor, engrais complet ADI HEMIQUES + 4 d'au 0gr103 0.044 0.529 Acide phosphorique . . . . 0.0162 0.0107 00005 ÉD Re on DA 0.038 0.026 0.067 CHAUX APN EC IN AL 0.309 0.233 1.162 Anhydride sulfurique SOS. . 0.231 0.047 0.304 Chlore verte SRE 0.045 0.027 0.160 Couleur : sans engrais ambrée . peu ambrée peu ambrée incolore
L’azote nitrique, la chaux, l’acide sulfurique et le chlore ne sont pas retenus, la potasse l’est en grande partie, mais la différence git dans l’acide phosphorique. La terre sableuse qui en est pourtant pauvre le retient quinze fois moins que la terre argilo-calcaire.
Sans engrais, les chiffres trouvés et les conclusions sont du même ordre.
Dans la terre sableuse, la chaux des scories de déphosphoration à diminué l’entraîinement de l’acide phosphorique en l’insolubilisant ainsi que la matière humique, les eaux de drainages se trouvant alors moins ambrées. Toutefois, cet acide phosphorique reste assimilable pour les plantes; un simple chaulage donne à peu près le même résultat, mais non l’addition de superphosphate.
Les sols sableux sont donc relativement fertiles malgré leur pauvreté chimique brute, parce que le peu d’éléments qu’ils renferment est rapidement utilisé par les plantes.
MM. Rousseaux et Brioux en ont trouvé la raison en dosant l'acide phosphorique dans chacun des éléments de l’analyse physique. -
Acide phosphorique
SR ge me EG er TT Eléments du sol dans ces éléments pour 1000 de p. 1000 p. 1000 de terre totale chacun des élém: physiques Sable grossier siliceux. . . 827 0.112 0.134 fin SiliCeux.. 150 0.172 1.146 — fin-calcaire. : + 1. 59 0.180 »
Ares Prise nil: 15.2 0.088 5.78 HUMUS PME UNE ils 4.5 0.150 DD 1000.0 0.702
Bien que le sable grossier constitue plus des 4/5 du sol, il renferme peu d’éléments fertilisants. La plus grande partie se
trouve combinée aux éléments fins et en particulier à l’humus, formant des humophosphates particulièrement actifs.
Quant à la silice, elle n’est pas entièrement inactive; solubilisée par les engrais salins, elle est entraînée avec la matière humique et les oxydes de fer, elle se dépose à quelques décimètres dans le sous-sol pour former un grès ferrugineux analogue à l’alios des Landes de Gascogne (ortstein des Allemands). Les eaux de drainage ont une teneur en fer et en silice de l’ordre d’un demi-décigramme par litre.
Pour en revenir à la comparaison avec la terre argilo-calcaire, nous pouvons l’assimiler à un bon père de famille retenant les apports pour les rendre lentement au fur et à mesure des besoins. La terre sableuse est, au contraire, un enfant prodigue qui dépense rapidement ses faibles revenus. Il enrichit ceux qui se trouvent là au moment du gaspillage. Aussi, doit-on éviter les jachères dans les terres sableuses. Des récoltes toujours pendantes en absorberont les matières solubles, mais comme elles sont pauvres, on leur donnera des fumures abondantes. Comme beaucoup sont aussi humifères et acides, on devra les marner ou les chauler.
Les plantes les plus aptes à profiter de leurs qualités et de leurs défauts sont les plantes maraîchères qui demandent surtout de l’eau, de l’azote et des facilités d’enracinement et de sarclage, mais peu d'éléments minéraux. Cela explique l’extension de ces cultures dans les sables albiens, seuls pourvoyeurs des marchés d'Auxerre et exportateurs.
VI. AMÉLIORATIONS AGRICOLES. — Il n’est pas de sol si infertile que l’homme ne réussisse à rendre productif. S'il s’agit d’un rocher, il peut même y apporter de la terre de toutes pièces. S’il s’agit de terrains secs, il n’y apportera que de l’eau. Si l’inverse se produit, il en enlèvera. Enfin, il pourra compléter l’alimentation des plantes par les engrais apportés de l’extérieur.
C’est dans cet ordre que nous étudierons les améliorations.
Terrages. — Les terrages ont pour but soit d'élever le niveau du sol dans les bas-fonds, soit le plus souvent d’en modifier la nature. Ils sont peu fréquents dans notre région à cause de la cherté de la main-d'œuvre et aussi parce que chaque village ne comporte pas, au moins dans la basse vallée, la plus riche, des terres assez différentes pour que leur mélange apporte une amélioration sensible. On utilise parfois.
pour les vignes les terres de fondation d’une maison. On ajoute aussi un peu de sable de rivière au pied de chaque vigne greffée. Enfin, le marnage constitue un petit terrage. Mais nulle part on n’est arrivé à modifier la nature du sol comme dans les vignobles champenois.
À noter, toutefois, que l’imperméabilité des pentes favorise tellement l'entrainement des terres que celles du bas profitent nettement de terrages non négligeables après chaque période pluvieuse, cependant que les crêtes s’appauvrissent. La suppression des « marteaux », fossés. transversaux d'arrêt des terres dans les vignes, faite pour permettre le passage des charrues, est une mauvaise opération au point de vue de la fertilité.
Irrigations. — Le faible débit des sources à flanc de coteau et leur tarissement durant la période estivale ne permet pas de les utiliser pour lirrigation.
On n’a aménagé dans ce but que les cours d’eau et le fond des vallées entièrement occupé par des prairies; aussi pensons-nous préférable de réserver cette question pour le chapitre consacré aux cultures.
Drainage. — Presque tous les champs situés sur les argiles barrémiennes, aptiennes et albiennes gagneraient à être drainés. Les trois quarts de la superficie des sables verts étant boisés, il reste 3.000 hectares pour la vallée de Beaulche.
Vers 1858, il y a eu pour le drainage un véritable emballement dans la région. Toucy semble même avoir été le centre de propagande le plus actif. Boulard-Moreau y avait fondé un journal de drainage qui avait des correspondants en France et à l’étranger. On cite comme modèles les drainages de Buttner à Cassoir, Marey à Chevannes, Picq à Charbuy, de Vaux à Villefargeau. Dans son rapport de 1851, Desmaisons, ingénieur des Ponts, signale comme urgents à drainer :
A Pourrain, 582 hectares; Diges, 985 hectares; Charbuy, 400 hectares; Villefargeau, 500 hectares ; Saint - Georges, 200 hectares; Chevannes, 460 hectares.
Soit, au total, 3.127 hectares, ce qui correspond bien à la proportion donnée plus haut d’après les affleurements géologiques.
En fait, on n’a drainé que quelques centaines d’hectares à cette époque et autant vers la fin du xix° siècle. On fa-
brique encore des tuyaux de drainage à proximité aux Bries, en utilisant les argiles aptiennes de la vallée de Beaulche.
On draine un peu à Diges et à Perrigny. Les travaux sont accomplis sur de petites parcelles et les drains placés à une faible profondeur (0 m. 60 à O0 m. 75). On les recouvre habituellement de sable de l'Yonne pour augmenter la capacité de la tranchée. C’est une mauvaise opération, car il importe, au contraire, que les drains coulent à plein et le plus souvent possible pour éviter les engorgements.
Avec la collaboration du service des améliorations agricoles, nous avons provoqué l’étude de projets de drainage intéressant de nombreuses parcelles sur les finages d’Escamps et Perrigny.
Nous signalons comme particulièrement utile et facile le drainage du plateau des Chesnez constitué par les sables argileux albiens en couche mince sur les argiles aptiennes qui affleurent également autour du plateau. L’exécution collective y est indispensable pour donner aux collecteurs une pente et une profondeur suffisantes.
Rappelons que le drainage n’a pas pour but seulement d’évacuer l’eau du sol et du sous-sol (le sous-sol n’est jamais trop humide dans les terres argileuses), mais bien plutôt d’aérer le sol, d’ameublir le sous-sol en multipliant les fentes de retrait lors de la sécheresse.
Il y aurait lieu aussi de visiter les drainages semi-séculaires, obstrués pour la plupart.
Les ENGRaISs. — Nous avons dit plus haut un mot du fumier de ferme qui reste l’engrais par excellence. Il est assez abondant, grâce aux litières des bois et à la proportion de vaches élevées en vue de la production du lait ou du beurre qui se vendent à Auxerre.
On fait un usage courant des scories de déphosphoration, des superphosphates, du nitrate de soude. La viande desséchée est très estimée à Villefargeau. Le sulfate d’ammoniaque commence à entrer dans les formules de fumure d'automne. Les engrais potassiques sont réservés aux prairies artificielles. On ne plâtre ni ne chaule. Sur les prairies naturelles, on pratique parfois l’épandage de purins. Nous reviendrons du reste sur ces opérations au chapitre des cultures.
Bornons-nous maintenant à esquisser les rapports de l’engrais et du sol. Déjà nous avons étudié les propriétés absor-
bantes des deux terrains extrêmes : l’argilo-calcaire et le sable.
M. Garola (1) a montré que les sels de chaux, comme le superphosphate, en coagulant l'argile, augmentaient de 25 p. 100 au moins la perméabilité des sols tenaces. Il en est de même des sels de potasse. Le chlorure, en particulier, l’augmenterait de 70 p. 100. Déjà utiles par les éléments chimiques qu’ils apportent, ces engrais, qui offrent à bas prix l'unité d’élément fertilisant, sont donc recommandables sur les marnes ostréennes et aptiennes.
Dans les sables, au contraire, on doit apporter des engrais qui diminuent la perméabilité pour l’eau et augmentent le pouvoir absorbant. Nous avons vu plus haut que la chaux et les scories de déphosphoration contribuaient à retenir l’acide phosphorique. D’autre part, les sels de soude, tels que le nitrate employé sur les céréales et le chlorure employé dans certaines aspergeries, mobilisent la potasse insoluble du sol dont ils diminuent la perméabilité. M. Garola explique ce phénomène en faisant intervenir une réaction entre les sels de soude et le calcaire, réaction donnant du carbonate de soude, lequel émulsionne l’argile et « glace le sol ». Scories de déphosphoration et nitrate de soude, tels seront donc les engrais de fond destinés à compléter le fumier de ferme sur les sols sableux du barrémien et de l’albien.
Quant aux terrains calcaires plus ou moins marneux à réaction alcaline, où la nitrification est encore plus rapide que dans les sables, ils recevront du superphosphate (réaction acide) et des matières organiques (sang desséché, tourteaux et autres résidus) qui mettront l’azote assimilable à portée des plantes au fur et à mesure de leurs besoins.
Parmi les nombreuses expériences que nous avons poursuivies principalement pour étudier l’action des sels potassiques et du nitrate de soude, nous rappellerons seulement ici l'influence du voisinage d’une forêt (2).
Un de nos collaborateurs de Perrigny, M. Chouard, a divisé longitudinalement en deux parties, A et B, une pièce de terre aboutissant sur un bois et composée de terre franche un peu graveleuse (albien amélioré). A a reçu 100 kilogr. de
(1) Contributions à l’étude physique des sols, 1903. (2) Les Engrais en bordure forestière, À, f. à. $. Clermont-Ferrand. 1908.
nitrate de soude à l’hectare et B 200 kilogr.; or cette dernière n’a donné qu’un rendement en blé à peine plus élevé, d’où nous concluons qu'à partir de la dose de 100 kilogr. environ, il n'y a pas proportionnalité dans l’action de l’engrais, ce qui conduit à un déficit au point de vue pécuniaire. La dose optima est comprise en pratique entre 100 et 150 kilogr. par hectare. L
Dans le bout, au bord du bois, l’action du nitrate de soude a été relativement beaucoup plus nette que sur l’ensemble du champ. De plus, l’excédent de la parcelle B y fut un quart environ au lieu de un septième.
Nous proposons l’explication suivante : les racines de la céréale trouvent le sol occupé par les racines pérennes des arbres; ceux-ci, ayant leur appareil radiculaire tout prêt, profitent des moindres influences favorables pour l'assimilation des éléments nutritifs, d’où le faible développement des cultures annuelles en bordure des bois.
Les engrais de fond, lentement assimilables et incorporés au sol par un labour, comme le fumier et les superphosphates, ne remédient qu’en partie à cet état de choses, les racines ligneuses en prenant leur part. Il n’en est pas de même des sels solubles comme le nitrate.
Mis en couverture, alors que la céréale est apte à l’assimiler, il se trouve absorbé par la plante cultivée qui en profite avant qu'il ait pu atteindre les racines les plus profondes.
Le sol étant plus appauvri en général a mieux profité de tout le nitrate; c'est pourquoi les 200 kilogr. ont produit leur action; maximum! dépassant de beaucoup celle de la demi-dose.
Fertilité en général. — Les classifications que nous avons données sont nécessaires pour fixer les idées, mais la productivité d’un sol peut être sensiblement améliorée par l’homme, et l’on trouve des champs très fertiles sur tous les étages, mais surtout dans les terrains légers — calcaires ou sableux — les plus faciles à cultiver,
C’est naturellement à proximité des villages que les labours et les engrais séculaires ont fini par créer partout de bons fonds, tel est le cas des sables barrémiens, très pauvres par nature, mais partout fertiles, car toujours habités. Le petit plateau de Perrigny entre Mocquesouris et le village compte en particulier parmi les meilleures terres à blé.
Les éboulis portlandiens portent aussi des terres fertiles le long du ru d'Escamps. En 1876, M. Soret fit la carte agro-
nomique de cette commune en se basant sur les propriétés physiques des sols. Les nuances de cette carte correspondent à peu près avec les limites des affleurements géologiques. La plus grande différence provient précisément des affleurements portlandiens généralement calcaires, secs et pauvres, qui deviennent argileux, « frais » et fertiles au fond des vallées, à proximité des agglomérations.
Nous avons déjà mentionné aussi la fertilité acquise par les sables pauvres de l’albien, grâce aux drainages, aux fumures copieuses, aux labours et à l’appropriation des cultures. Les communes de Perrigny, pauvres terres graveleuses à seigle, portent aujourd’hui de belles récoltes de blé, de vigne et de pommes de terre. Rien ne justifie mieux ce conseil de Boulard-Moreau dans son article sur « l'Art de s’enrichir par le drainage » :
« S'il vous reste quelque argent, au lieu de le porter à la ville..., mettez-le en drainage et en engrais, vos enfants s’en trouveront mieux. »