‹ La Vallée de Beaulche Propositions Données par la FacultéChapitre 28 sur 39 · BOIS DES BRANDONS SABLES BIGARRÉS HUMIDES DU BARRÉMIEN COUPÉS A 17 ANS · texte numérisé non relu

BOIS DES BRANDONS SABLES BIGARRÉS HUMIDES DU BARRÉMIEN COUPÉS A 17 ANS

Charpente chêne . . 67 décist. soit par an 0 st. 4 ou 0.4 x 1.44 — 0358

Bouleauxettrembles. 6 — — Ost.30u0.3 X 1.44— 0. 43

MOI RICE 18 stères — 1st. ou1 X 0.65 — 0. 65 (Cimes, menots, brios de taillis)

Charbonnette 43 — 2 st.5 ou 2.5 x< 0.45 — 1. 12

D'OUCHÉST run, A T — — 0 st. 5 ou 0.5 X 0.60 — 0. 30

Boüfrées.… … … . . -- 2000 fagots —12)f ou 1,2x<10.65 — 10.78

ÉCORCE Re Et 175 bottes — 10 b. ou 0,1 xX 2.50 — 0. 25

Total pour la végétation d’une année en mètres cubes. 4me11

BOIS DE PERRIGNY (Fig. 13)

BASE DES SABLES FERRUGINEUX ALBIENS ET ARGILES APTIENNES COUPÉS A 18 ANS

Charpente chêne... 38 décist., soit par an 0 st. 21 et en m. cubes 0"330 MDÉCAR SR 5 — — 0 st. 04 — 0. 06 MORE m2 1. 9 stères — 0 st. 5 — 0. 32 Charbonnette.. . . 36 — — DASTA — 0 90 SOUELÉS AN, Tr 4 — — O0 st. 30 — U. 18 Bourrées . . . . . 1200 fagots — 70f. — 0. 46 Eéorcesn"..-95 boîtes — 5.8 b. — 0. 13

Total pour la végétation d’une année, en mètres cubes 2mc35

La charpente a été estimée au 1/6 déduit. Les unités forestières ont été ensuite réduites en mètres cubes de bois réel par les coefficients usuels connus sous le nom de facteurs de conversion ou d’empilage.

Le bois des Brandons est considéré comme au-dessus de la moyenne comme production. Les côtes sableuses des Frittons (Diges) produisent davantage. Les bois de Perrigny renferment beaucoup de clairières avec bruyères et bouquets de pins encore inexploités. On a introduit ces derniers depuis l’hiver 1879-80 qui a gelé les futaies. Le repeuplement n’est qu’en marche.

Les bois d'Avigneau à Gy et Coulangeron sur le calcaire portlandien fournissent encore moins.

Picard (1) estime en moyenne à 4 mètres cubes par hectare et par an, dont moitié bois d'œuvre, le produit des forêts du crétacé inférieur. Cette proportion n’est atteinte que dans la Puisaye. Le bois communal de Saint-Marien (Saint- Georges), à cheval sur les sables albiens et les argiles aptiennes, coupé en 1896 et 1906, a fourni 4 mètres cubes 500.

Sur ces terrains, l’essence dominante est le chêne. Il s’y mélange un peu de charme, de bouleau, de noisetier, fruitiers à pépin et de saules. On ne rencontre pas de hôtre.

Reboisements. — On reboiïise parfois les sols les plus durs de culture, les plus éloignés des villages ou ceux qui appartiennent à des propriétaires absents. Comme on se trouve le plus souvent en bordure d’un massif, on plante ou sème des essences tendres : bouleau, saule Marceau. Sous leur couvert léger, le chêñe et autres essences dures se sèment; on les aide à prendre le dessus par des exploitations appropriées.

Les propriétaires dre d’avoir des revenus rapides plantent du robinier pseudo-acacia exploité dès la quinzième année pour la fabrication des échalas et des rais de voiture. Il y subsiste rarement pendant plus de trois révolutions.

Dans les clairières, on sème ou mieux on plante des petits pins laricio, variété noir d’Autriche, ou des pins silvestres. Il y a eu un engouement pour les pins noirs vers 1880. Or cette essence, parfaite dans le calcaire, ne prospère pas dans le sable. Nous avons pu mesurer des entrenœuds dans les bois de Saint-Thibault où l’on rencontre les deux espèces en mélange. Le pin silvestre s’allonge en moyenne de 0 m. 50 par an, alors que le pin noir ne croît que de 0 m. 40 à peine.

Le pin silvestre grossit aussi plus vite, mais il a l’inconvénient de ne pas pousser droit s’il est isolé.

Belgrand () rapporte que de 1808 à 1812, Deschênes fit à Villefargeau des semis de glands dans 20 hectares d’argiles sableuses de médiocre qualité du crétacé inférieur. « Le résultat fut très remarquable. Après un premier recépage fait à l’âge de 6 à 7 ans, la coupe de ces semis a été vendue en

(1) Les Forêts de l’Yonne. Anmuaire Y., 1890. (1) La Seine, p. 560.

1836 et 1838, c’est-à-dire à l’âge de 22 ans, sur le pied de 1.500 à 1.600 francs l’hectare. IL est peu de gros bois qui donneraient des produits aussi élevés », ajoute Belgrand. La chose serait encore plus extraordinaire aujourd’hui !

Les plantations d’essences tendres sont beaucoup plus fréquentes que les reboisements proprement dits. En bordure des prés, au bord des mares et dans les queues des étangs, les peupliers sont la règle. On en rencontre aussi des quin-

Fig. 37. — LA PRAIRIE DE PERRIGNY EN 1908.

Les peupliers jalonnent de gauche à droite le bief du moulin. Champ d'expériences de M. Buffault.

conces dans les bas-fonds (Charbuy) et dans les vallées plates comme celle du ru d’Escamps, mais les plantations n’atteignent jamais l'importance de celles des grandes vallées de l'Yonne (Fig. 28), de l’Armançon et du Serein. Le peuplier carolin est le préféré (Fig. 37). On ne le trouve pas au bord même du ru de Beaulche, où les jeunes peupliers sont victimes des débâcles de glaçons et aussi de la sécheresse automnale. Kai

Les peupliers d'Italie sont de moins en moins appréciés.

142 LA VALLÉE DE BEAULCHE L'ypréau (peuplier grisard de Hollande) est planté en bordure forestière.

Sur les bords de quelques routes, on emploie le frêne et l’orme dans les sols frais.

La route nationale d'Auxerre à Paris est complantée d’une quadruple rangée de platanes dont les feuilles papyracées, encombrantes à l’automne, sont recueillies par les maraîchers d'Appoigny pour la protection de leurs légumes contre le froid.

Si les parasites sont rares dans nos bois, cela provient de l’heureux mélange des essences. La pureté des peuplements est fatale aux résineux. |

En 1908, nous avons observé que l’attaque générale d’oidium du chêne ne dépassait pas les feuilles situées à deux mètres du sol et atteignait particulièrement les jeunes pousses. En 1909, ces dernières seules ont été quelque peu enfarinées, et dans les bas-fonds seulement. Il existe une relation entre l'humidité du sol et’ ces attaques, contre lesquelles n’existe aucun remède.

Les haies sont fréquentes non seulement autour des prairies où elles n’ont qu’utilité, mais aussi autour des grandes pièces de labour de certaines fermes. Rares dans la région calcaire, elles deviennent la règle vers l’Ouest en allant de Pourrain vers la Puisaye. Elles renferment deux éléments :

1° Des essences de protection comme l’épine (noire ou blanche) ou même l’érable qui sont taillées tous les deux ou trois ans et qu’on laisse parfois croître, en hauteur seulement, une dizaine d’années;

2° Des essences de production telles que chênes et saules exploités en têtards tous les 6 à 10 ans, ou encore pommiers et poiriers à cidre.

Il. — ARBRES FRUITIERS ET VIGNE. — Arbres fruitiers. — Prospère sur les coteaux kiméridgiens de la vallée de l'Yonne, la culture des cerises ne dépasse guère dans la vallée de Beaulche les besoins de la consommation.

Mais la région de Charbuy alimente en partie de prunes et de pêches de vigne le marché d’Auxerre.

Les noyers étaient autrefois nombreux sur les pentes kiméridiennes et cénomaniennes (Fig. 32). Beaucoup ont été gelés en 1879-80. On ne les a pas remplacés. La croissance du noyer est trop lente et l'huile de noix ne prime plus comme jadis. D’autre part, le bois de noyer ayant atteint des prix élevés,

on a abattu un grand nombre d’arbres. Coulangeron produit toutefois encore 120 quintaux de noix, les autres communes 25 à 30 quintaux.

Le châtaignier des sables ferrugineux (Fig. 38), a subi le même sort. C'est ainsi qu’en 1882, Pourrain comptait encore 79 hectares de châtaigneraies produisant annuellement 100 hectolitres de 71 kilogrammes. Aujourd'hui les quelques châtaigneraies éparses produisent à peine 40 hectolitres.

Diges, qui a sa foire aux châtaignes, en a récolté 75 quintaux, soit 100 hectolitres, en 1906.

Au sujet des noyers et des châtaigniers, nous avons été. amené à faire une remarque qui peut trouver sa place ici, c’est que plus un pays est boisé, ce Fig. 38. — CHATAIGNERAIE A CHARBUY. qui est le cas de la | rive gauche de notre vallée, plus on aime les arbres. Cela semble contradictoire avec l'indifférence que cause habituellement l'excès, mais s’explique parce que des industries naissent au voisinage des bois, permettant de tirer parti des arbres.

Les pommiers et poiriers sont assez nombreux d’abord à Charbuy, paradis des arbres fruitiers, et aussi à Diges et Pourrain, où le cidre équilibre le vin dans la consommation locale. Les pommiers résistent mieux au froid que la vigne et les noyers. Renou estimait à — 40° l’abaissement de la température nécessaire pour les tuer et — 25° seulement pour la vigne et le noyer.

L'avenir du cidre semblant favorable, un entrepreneur de Volvent vient de construire un pressoir dont l'arbre de couche supérieur n’a pas moins de 0 m. 80 d’équarrissage.

D’après M. Barrey, président du Comice agricole, qui pos- | 10

sède des vergers à Saint-Sauveur-en-Puisaye, Pourrain et Auxerre, les maturités s’échelonnent ainsi pour les poiriers « Bon Chrétien William » : Auxerre quatre à six jours d'avance sur Pourrain, lequel possède cinq à sept jours d'avance sur Saint-Sauveur.

Dans l’ensemble, un tiers de la production des fruits est exporté de la vallée.

Viticulture. — La température moyenne des mois de/juin à septembre dépassant 15°, la vigne croît dans la vallée de Beaulche, mais elle y est, pourrait-on dire, à son point de tangence, le mois de septembre ne donnant que 16°. Effectivement, si on s'élève quelque peu en latitude ou en altitude, ou seulement si l’air et le sol se trouvent refroidis en été par la présence de forêts et d’étangs, comme dans la Puisaye, la viticulture cesse d’être rémunératrice. En même temps qu’elle forme la limite Nord-Ouest de la Bourgogne, la vallée de Beaulche renferme de ce côté les derniers villages viticoles, exception faite de la vallée du Tholon. Encore les vignobles doivent-ils se tenir sur les côtes, les gelées blanches étant fort à craindre non seulement dans le fond de la vallée, mais dans le bas des pentes. Le haut des côtes exposées au Nord-Est est favorable. ,

Depuis la reconstitution qui est presque achevée, le vignoble a repris l'importance qu’il avait au cours du xIx° siècle. Il est curieux de constater l’obstination avec laquelle, à la limite nord de la culture, le vigneron lutte contre les éléments. Elle s'explique par les raisons suivantes : habitude du bouquet du vin local, rémunération élevée que donne la vigne en bonne année, chiffre que ne peut atteindre aucune autre culture; sous-produits augmentant le confortable : eau-de-vie, sarments, vin de sucre, etc., enfin l’orgueil de produire soi-même sa boisson. Ce goût de l'indépendance doit être encouragé.

, Sols et cépages. — Nous avons dit qu’on réservait à la vigne les terres fortes des marnes ostréennes. Toutefois, à Pourrain et Villefargeau, elles occupent les coteaux sableux exposés au Midi. Par exception, les vignes des sables de Bréandes sont exposées au Nord-Ouest.

Au pied de la craie cénomanienne, dans le canton de Toucy, le vignoble à subi une curieuse évolution topographique (Fig. 7). Au commencement du xix° siècle, il était près de la crête. Surviennent des invasions d’insectes (urbec);

on remarque que les rares vignes des sables albiens de base n'étaient pas atteintes. On plante activement les sables. Mais cet endroit est gélif, les insectes avaient disparu et, peu à peu, les vignes regrimpent la côte. C’est le tour du phylloxéra (1890 à 1900). II commence par les terrains de craie marneuse. On ne les reconstitue pas, car les portegreffes s’y chlorosent. Depuis quelques années, toutefois, l’on fait des tentatives avec les hybrides franco-américains et ceux de Beérlandieri. En attendant, la majorité des vignes reconstituées se trouvent à la marge supérieure des sables où prospère le Rupestris et ses hybrides.

Les sols argilo-calcaires et argilo-siliceux du crétacé inférieur, qui portent la majorité des vignobles, ont eu le privilège d’être atteints les derniers par le phylloxéra.

Ils sont replantés en cépages greffés sur Riparia, Rupesris et leurs hybrides, en particulier Rip. X Rup. 3309. On a employé le Solonie X Riparia 1616 dans les parties humides et l’Aramon-Rupestris Ganzin n° 1 dans les parties dépassant 30 0/0 de calcaire et exposées aux crevasses.

Les marnes kiméridiennes reçoivent aussi l’Aramon-Rupestris et le 3309.

Il existe encore quelques centaines d'hectares de vieilles vignes françaises et d’hybrides producteurs directs, tels que l’Othello (rouge) et le Noah (blanc).

Pour la reconstitution dans les marnes ostréennes, on pratique ordinairement un défoncement à 0 m. 60 qui permet d'extraire des lumachelles vendues commme moellons (Chevannes, Saint-Georges).

Ces sols compacts fournissent à la fois quantité et qualité. Dans les sables, la vigne s’emporte parfois à bois et müûrit mal ses fruits. C’est sur le kiméridien, le portlandien et le calcaire à spatangues qu’elle donne les meilleurs produits, mais en faible quantité.

Comme greffons, les cépages rouges dominent. Le Pineau fin de Bourgogne à faible rendement est peu cultivé. Les différentes variétés de Gamay constituent la base de l’encépagement. Ses variétés teinturières, comme le Fréau, fournissent de la couleur; le César du corps et le Tressot de la finesse.

La demande constante de vins blancs encourage à planter des Sacy, Gamay blancs, Melon et même le Beaunois de Chablis qui donne des vins très fins sur certaines côtes calcaires.

Les plantations sont faites en lignes à la distance moyenne de un mètre, ce qui fait 10.000 pieds à l’hectare au lieu de 22.000 que comportaient les anciennes plantations. La plupart des vignes sont cultivées à la charrue. Elles sont fixées sur échalas, quelques-unes seulement sur fils de fer.

Pathologie viticole. — La gelée diminue sensiblement les récoltes une année sur trois. Celle du 15 mai 1909, survenue en plein débourrement, causa de grandes pertes. A Villefargeau, les nuages artificiels ont été essayés comme paragels, sans beaucoup de succès, semble-t-il.

Le mildiou, signalé pour la première fois en 1886 et dont les traitements cupriques avaient jusqu'ici raison, a anéanti la récolté en 1908 par une attaque subite en juin. La chaleur humide n’est pas suffisante selon nous pour expliquer la soudaineté du fléau. Déjà Renou (1) faisait intervenir la nébulosité. Nous y ajouterons la nature du sol. Le mildiou a été beaucoup plus intense dans les argiles du crétacé inférieur que sur les côtés calcaires.

En 1899, nous avions déjà noté que la cochylis attaquait surtout les vignes des terres fortes.

L’oidium ne cause habituellement de dégâts qu’en fin de saison.

Le Gamay est assez résistant à toutes les maladies, c’est pourquoi il domine dans l’encépagement. En année normale, on pratique trois sulfatages et un soufrage.

La brunissure, maladie physiologique, encore mal déterminée, atteint les vignes de la vallée de Beaulche. « La vendange a peine à müûrir. Les raisins grossissent difficilement, n’atteignant jamais leur volume normal, se rident, se flétrissent et se détachent trop facilement de la grappe au moment de la récolte. Les raisins rouges restent verts : l'analyse des moûts que nous avons récoltés à Orgy, commune de Chevannes, exécutée en 1904 à la Station agronomique de l'Yonne, révèle nettement le retard survenu dans la maturation des raisins.

à Origine du moût Densité Sucre Acide tartrique Vigne SAIRC een 1.067 148sr 128r17 Nigne DUO MESA 1.043 84gr 165776

(1) Végétation et météorologie. Ann. Soc. mét., 1887.

« Les échantillons provenaient d’une vigne de Gamay greffée sur Riparia.

« L’analyse des feuilles a donné les résultats suivants

pour 100 :

Feuilles saines Feuilles brunies AUS APE Rae 62.80 60.08 Matière sèche. . . . . . ra SU EURE tons 100

La matière sèche contient à son tour pour 100 parties en poids :

ÉÉAUTES Ce se te Se 10.37 13.36 DAC nel re One te ee 5 0.84 1.59 PRES CU eee Le 2.08 1.70 Acide phosphorique . . . . 0.27 0.26 OURS era nrsneee : 0.51 0.11 CHATS NES EN AS 4.51 5.72

« On peut en déduire que la brunissure amène un vieillissement hâtif des feuilles caractérisé par un enrichissement en matières minérales et notamment en silice, chaux et magnésie……. La proportion d’acide phosphorique reste égale, [mais] la quantité de potasse contenue dans les feuilles brunies subit une réduction considérable (des 4/5) (1). »

Le remède est l’emploi du sulfate de potasse à la dose de 250 kilogrammes à l’hectare. À Escamps, M. Guidoux a ainsi obtenu un excédent de 1/10 de récolte.

Le vin. — Le rendement varie de 10 à 100 hectolitres à l’hectare, suivant les vignes et suivant les années. IL est en moyenne de 30 hectolitres dans les sols calcaires légers, 39 hectolitres dans les terres fortes et 40 hectolitres dans les sables. Pour fixer les idées, nous donnerons les analyses suivantes de vins que nous avons examinés en 1899 :

Camayi 98, Acidité en SO:H? 4sr, alcool 802, extrait 16850 Tressot 1896 — Agr8 — 705 — 17gr20

Ces chiffres se rapportent à des années de bonne maturité. Les vins sont généralement plus acides.

(1) Ponsard, La Brunissure de la vigne dans l’Yonne. Fédération agricole, 1906.

MM. Rousseaux et Chappaz (1) ont montré comment la teneur du vin variait avec l’alimentation de la vigne. A Villefargeau, dans les sols argilo-calcaires dérivés des marnes ostréennes, les résultats ont été les suivants pour le moût :

Fumure par hectare Sucre p. litre Acidité en S04H2 Extrait

Témoin sans CNETAIS ee 153gr 9gr09 175gr9

Avec nitrate de soude 300kgr . . . . 144sr 9gr74 162gr9

Avec nitrate de soude 300kgr . . 5er Ograd 172er3 et scories de déphosphorat. 432kgr É

Avec nitrate de soude 300kgr, . . . , Da 153cr Oer39 175e17

et superphosphate 300kgr

Sans posséder de grands crus, chaque localité a ses bonnes côtes : à Diges, Chante-Cœur; à Pourrain, les Batailles, la Bresotte, Beausoleil, les Bonnault; à Villefargeau, la Rue- Chaude (sables bigarrés); à Perrigny, les coteaux de Bréandes.

Perrigny est la commune la plus viticole. La superficie plantée a passé de 107 hectares en 1800 à 180 hectares en 1850 et 230 hectares en 1907.

Dans l’ensemble de la vallée, on exporte plus de la moitié du vin produit.

Au Concours général agricole, les eaux-de-vie de marc de Perrigny faites à l’alambic ou à la vapeur ont été classées plusieurs fois en tête.

II, — PRAIRIES. — a) Prairies naturelles. — Les prairies naturelles fauchées, les pâturages et les pacages occupent 13 0/0 de la vallée de Beaulche, soit 2.200 heëtares, double de la superficie des vignes. C’est donc une proportion élevée. Belgrand (2), qui ne comptait que les prairies et pâtures, estime à 6,6 0/0 la proportion du canton d'Auxerre Ouest qui comprend, en outre, toute la vallée de Vallan sur le portlandien.

Pour les grès verts, il n’arrive qu’à la proportion de 10 0/0.

” Ces chiffres sont au-dessous de la vérité, à moins qu’on ne les combine avec la proportion de 90 0/0 qui peut être atteinte dans les alluvions (Fig. 37). La superficie n’a guère varié depuis un siècle.

Constitution. — I est rare qu’on retourne une prairie pour

(1) Annales de la Science agronomique, 1904.

(2) Etudes hydrologiques entre les terrains jurassiques et Paris. Annales des Ponts et Chaussées, 1852.

la cultiver, ou qu’on sème un pré. Il nous a été rapporté qu’on avait semé des mélanges de graines en aval de Bréandes, dans une avoine. La céréale a été gênée et la prairie aussi. Cette opération, couramment pratiquée pour les légumineuses, ne serait donc recommandable que pour ces dernières, sans doute à cause de la lenteur de leur germination, de leur faible accroissement vertical et de leurs racines pivotantes.

Fig.39. — LA PRAIRIE DE BEAULCHE AU MOMENT DE LA FLORAISON (1908.)

Cli:hé de M. Couturier, directeur du Bureau d'Etudes sur les Engrais.

Les graminées au contraire germent vite, montent de suite pour épier et ont un chevelu traçant que gêne celui de la céréale de même constitution.

La flore des prés varie beaucoup avec les soins culturaux (Fig. 39 et 40). |

Le rhinante, crête de coq ou grelot, est parfois envahissant. On ne peut guère l’éviter qu’en fauchant de bonne heure.

L'euphorbe réveille-matin a envahi la prairie de la Villotte. Le seul remède serait de retourner la prairie, d’y culliver des plantes sarclées pendant quelques années et de semer de nouveau en bonnes espèces.

Au printemps 1861, M. Lasnier (Soc. Sc. Y.) signale que la sécheresse n'avait laissé subsister « qu’une maigre végétation, un peu animée de place en place par des touffes luxuriantes [pour un botaniste !] de renoncule des marais (Caltha palustris) et des nappes de cardamine des prés ».

Les prairies sont l’objet de peu de soins. On ne pratique guère que l’étaupinage et l’épandage des engrais. Les scories de déphosphoration et les cendres sont préférées. A Saint-Georges et Perrigny, dans nos essais, les engrais pôtassiques ont apporté une augmentation de rendement en même temps qu’une amélioration sensible de la flore.

Entre le bief de Saint-Georges et le ru de Beaulche, la surface des prés est constituée par une série de creux et de bosses atteignant quelques mètres en surface et un décimètre en profondeur. On les désigne sous le nom expressif de culbutes. Pour arriver à les niveler, il faudrait sacrifier une récolte, aussi on les laisse. Le pâturage profite des herbes que laisse la faulx. Nous supposons que ces culbutes proviennent de crevasses qui se forment dans la terre argileuse d’alluvionnement latéral, et peuvent arriver jusqu'aux diaclases du portlandien sous-jacent, d’où entraînement de terre fine et perpétuité des sillons.

La production fourragère est soumise aux aléas des pluies printanières. Les orages de mai développent la rouille et peuvent entraîner des inondations qui couchent l’herbe et la recouvrent de vase. Le produit ne peut plus servir que comme litière. Dans certains baux on prévoit une diminution de fermage de plus de moitié si une inondation survient avant le 10 juillet, date de la fenaison.

Le plus souvent, la fauchaison est gênée par les pluies de fin juin, comme nous l'avons vu en traitant de la météo-

rologie. PRIME ES

Enfin, la sécheresse peut aussi se faire sentir dès le printemps. En 1909, elle s’est trouvée combinée avec des gelées tardives (15 mai). Les gelées avaient gêné les jeunes pousses des herbes tendres, graminées et légumineuses. Les renoncules, les crucifères et les rhinanthes, plantes à fleur jaune, donnèrent à la prairie un aspect inaccoutumé, le blanc

des leucanthemum et le violet des légumineuses et des centaurées jacées constituant habituellement la parure printanière. La récolte fut réduite de plus de moitié et le fourrage fut médiocre,

Gde Marguerite Leucanthemum Lolier cornieulé Centaurée jacée (maillon) Trèfle hybride

Orge Yesce

Carotte Oseille Houlque laineuse

Colchique jaunètre Brome

Brize tremblante (pain d’alouette)

Aroine Lupuline (minette)

Seneçon de Jacob

} Fig. 40. — ANALYSE DE LA FLORE DE PERRIGNY (1908)

Les engrais potassiques ont favorisé le développement des bonnes espèces (à droite).

Irrigations. — La surface submersible par les crues est d’un millier d'hectares pour l’ensemble de la vallée, dont un peu plus de moitié pour le ru de Beaulche compté de la source de Varennes. Maïs les irrigations ne sont aménagées que sur un tiers, soit 300 hectares environ.

Tous les petits rus qui terminent notre tableau appartien-

nent à l'étage des sables verts. L’humidité naturelle du sol y dispense des arrosages.

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