‹ La Vallée de Beaulche Propositions Données par la FacultéChapitre 6 sur 39 · DE LA CROUPE DE CHASSEIGNE · texte numérisé non relu

DE LA CROUPE DE CHASSEIGNE

Echelle. Long. 1/20000. Haut. 1/2500. — Les effondrements et les glissements modifient localement le pendage des couches. -- La lettre S indique l’emplacement de la sablière photographiée (fig. 30).

corniche éboulis et marnes. Sous l'influence des pluies accompagnant le dégel (vers 1850), une grande partie de la berge s’est détachée suivant des crevasses parallèles à la route. Le tout a glissé, repoussant la route et les couches sous-jacentes d’une dizaine de mètres sur une longueur de 100 mètres. La route a été rétablie, mais aujourd’hui encore le soulèvement des fonds du fossé amont prouve qu’une action lente se fait sentir. Toutefois, les chênes et genévriers se sont implantés sur les petits « rideaux » ou déchirures produits lors du glissement principal.

IV. CAUSES DÉTERMINANTES DE LA DIRECTION DES VALLÉES. — La direction des vallées n’est pas due à un hasard, à quelque. ludus naturæ. On peut le plus souvent en trouver les causes. Il est probable qu’à l’origine, de grandes vallées conséquentes occupaient la région qui nous intéresse, où elles ont laissé des

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alluvions à la cote 197 au Bois-de-Charbuy et un col entre la Verrerie et Pourrain.

Trois vallées coïncidaient sans doute à peu près avec l’'Ouanne à l'Ouest, l'Yonne à l'Est et, au centre, le ru d'Escamps prolongé par le Ravillon et peut-être le Tholon (Fig. 11.)

Fig. 11. — ÉTUDE DES ANCIENNES VALLÉES.

L'importance primitive de cette vallée centrale nous est indiquée par son indifférence vis-à-vis de la faille qu’elle traverse : entre les Huiliers et Escamps sous un angle de 50°. Elle existait donc avant le pliocène, en tant que direction seulement, bien entendu. (V. Planche finale).

Mais la vallée de l'Yonne, alimentée par un vaste bassin, creusait à l'Est un gigantesque fossé qui attirait les eaux de ce côté. Il eût dû se former des cours d’eau subséquents, c’est-àdire perpendiculaires à la direction des vallées principales. La rigidité des calcaires portlandiens s’y est opposée. Relevés à l'Est par la faille, ils forment un mur infranchissable que les eaux de la Beaulche ont été obligées de contourner. La direction de la vallée moyenne se rapproche de la faille pour ne plus faire avec elle qu’un angle de 10° à Saint-Georges.

Dans cette partie, la vallée de Beaulche est également parallèle à la faille de Quenne et au ru de Vallan qui doit occuper, lui aussi, une vallée de fracture autant que d’érosion.

Mais l'Yonne avait une action plus directe à son voisinage immédiat. Elle attirait dans des vallées franchement subséquentes, parallèles aux affleurements, les eaux de la zone des sables verts emprisonnés entre les calcaires du Portlandien et du Cénomanien. C’est ainsi que s'était formé le ru de Vert qui se jetait à Monéteau et qui a attiré le ru de Beaulche enfin dégagé de l’étreinte du Portlandien par l’ennoiement de celui-ci en amont de Perrigny. Comme il arrive souvent, le ru de Vert a perdu son nom au profit de son affluent à partir de leur rencontre.

Une autre rivière subséquente, née dans le crétacé, a fini par recouper au sud les vallées sèches du Portlandien sur le front même d’affleurement des calcaires. C'est le ru de Varennes, primitivement affluent du ru d'Escamps. On remarque que tous les rus ou ravins qui y aboutissent se dirigent vers le NNO, ce sont les traces de cours d’eau conséquents se continuant par le Tholon. L’attraction du ru de Varennes les a déviés à sa rencontre vers l’'ENE. Le ru de Varennes a ainsi décapité le Tholon et le ru d'Escamps.

En résumé, toutes les vallées du Sud et de l'Est, intéressant le Portlandien sont conséquentes et surimposées. Toutefois, quelques tronçons de vallées sèches y affluent perpendiculairement.

Les vallées du crétacé inférieur sont en général subséquentes. Quelques-unes d’entre elles sont obséquentes, ce sont les rus des Belles-Filles, des Godeaux et de Molesme, autrefois affluents du Tholon et qui coulent actuellement en sens inverse de leur cours primitif. Il en est de même des petits affluents de gauche du ru de Vert amenant l’eau des étangs.

La vallée moyenne de la Beaulche, d’Irly à Saint-Georges, est une vallée subséquente que la faille a poussé vers une direction intermédiaire. Sa vallée inférieure est franchement subséquente, comme nous l'avons dit.

Le système le plus ancien étant le ru d'Escamps, c’est à la Grilletière que se trouvent les vraies sources du ru de Beaulche. Mais si, pour l’homogénéité, on veut faire du ru de Beaulche un affluent entièrement subséquent de l'Yonne, on prendra comme tête le ru de Varennes.

V. PROFILS DES VALLÉES. — Si nous remontons à l’époque lointaine du dépôt des sédiments, nous constatons une inversion générale du relief. Les dépôts de mer profondes ont donné des calcaires durs formant aujourd’hui des reliefs entre lesquels les anciennes dunes albiennes qui se dressaient fièrement sur le rivage semblent effondrées.

Les sommets de ces barres calcaires donnent une idée du niveau de l’ancienne pénéplaine où ont pris naissance les rivières conséquentes. Mais les calcaires du Barrois seuls ont formé un seuil infranchissable que ne traverse aucune rivière à moins que, comme l'Yonne, elle ne vienne du cœur même du Morvan. De nombreux cols se sont ouverts au contraire dans les seuils crayeux.

Nous n’irons pas plus loin dans la reconstitution de la pénéplaine qui a présidé à l'élaboration de la topographie. Nous estimons qu’elle n’a jamais eu de niveau défini. Du moment où tombe une goutte de pluie, une particule de terre se déplace et l'équilibre se trouve rompu.

La situation actuelle n’est elle-même que provisoire. L'érosion, rencontrant de nouveaux sédiments, pourra modifier complètement le sens de son action. Les failles peuvent aussi se mettre de la partie et tout bouleverser : qui a joué jouera.

Profils en long (fig.12).— a) Profil des thalwegs. — Etant d'origine récente dans sa direction actuelle, le ru de Beaulche ne comporte pas de terrasse alluviale indiquant des à-coups dans le creusement de la vallée. Celle-ci peut être considérée comme provenant d’une érosion régulière et continue. Il n’y a d'exception que pour le surcreusement provoqué dans les alluvions anciennes au confluent de l'Yonne par l’abaissement du niveau de base.

A partir du confluent, en allant vers l’amont, l'Yonne a un cours très régularisé tendant au profil plat d'équilibre, puisque la pente n’est que de un millimètre par mètre.

Le ru de Beaulche, au contraire, abstraction faite des méandres, a une pente de 0,004 par mètre dans son cours moyen.

Les courbes des rus de Varennes et d'Escamps ne diffèrent guère ; bien que coulant dans des affleurements différents, les deux rivières subissent l'influence des calcaires fissurés portlandiens et de leur base kiméridienne. Aussi leur pente

est-elle très atténuée,

Encore plus faible est celle du

tout le cours supérieur est souterrain.

A l'inverse, le ru de Vert, qui coule sur des sols imperméables, a une pente moyenne de 0,01 par mètre.

MM. de La Noë et de Margerie (1) ont fait même remarque dans le bassin de la Garonne. Le profil des affluents provenant des Causses calcaires passe au-dessous du profil des affluents de la région imperméable sous-pyrénéenne.

b) Le profil des crêtes de la rive droite suit sensiblement celui du thalweg, en l’exagérant, bien entendu, tant dans la région des sources que près du confluent. Il est relevé par la faille dans la partie moyenne.

Le col de Cassoir, qu’utilisent le chemin de fer de Gien et la route nationale, a son origine en grande partie dans l’érosion souterraine. C’est un col appartenant à la ligne de faîte :

un Pæssübergang (2).

Le Thureau de Saint-Georges relève le profil qui plonge enfin dans la vallée de l'Yonne. La pente accentuée de ce plongement n'est pas due seulement à l'érosion, mais aussi au flé- #let chissement des couches qui s’abaissent sous la grande val-

K : RE T ru de Terves ou de Riot dont

FRed Varenme

Longueurs, 1/150000. — Hauteurs, 1/6000.

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Fig. 12. — PROFILS EN LONG DE LA VALLÉE DE BEAULCHE (RIVE DROITE).

de (1) Cités par de Lapparent, Géogr.

phys., p. 86. = (2) Sœlch, Géogr.des cols. Suttgard,

1908, cité dans « la Géographie ».

FE de Pesulche à Vert

Lipne es crêtes

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Pan de comrerssen 707

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lée, laquelle est d’origine autant tectonique que d'érosion.

Les crêtes de la rive gauche offrent un profil régulièrement irrégulier, pourrait-on-dire : au lieu d’une seule courbe continue, il forme une série d’ondulations indiquant des mamelons formés par des sols de même nature : argilo-sableuse. Ainsi sont constitués les versants directs du ru de Beaulche dans la crête qui le sépare du ru de Vert.

Au delà, c’est la muraille horizontale de la craie marneuse échancrée seulement par le col de Diges entre la crête de Pourrain et celle de la Verrerie; ce col est dû à l’érosion subaérienne et peut-être même, comme nous l’avons vu, à une ancienne rivière.

Si l’on traçait le profil des crêtes de la région des sources au sud, on aurait une ligne horizontale tracée matériellenient par la route de Gy-l’'Evêque à Merry-Sec qui suit l’arête de ce qui reste du plateau portlandien, à l'érosion duquel s’atlaquent de toute part les agents atmosphériques (gelées, pluies) et les eaux souterraines.

Profils en travers. — Du plateau de la Charbonnière (Escamps), on peut observer tous les types de profil. Vers le sud, les courbes convexes du portlandien viennent tomber verticalement en croupes successives sur l’étroite plaine d’alluvions. Lorsque les routes transversales ne peuvent profiter d’une des vallées sèches perpendiculaires au ru d’Escamps, elles ne peuvent en sortir que par des raidillons ou des corniches.

A l’inverse les terrains argileux donnent un profil concave, atténué vers la base et de plus en plus raide au sommet. Un versant comportant des strates calcaires à la base et argileux au sommet aura donc une pente raide et concave au sommet, une terrasse à mi-côte raccordant avec le profil raide et convexe de la base. C’est ce qui arrive en face le confluent des rus sur le territoire de Chevannes, avec cette complication que la série se trouve redoublée par le soulèvement dû à la faille (Fig. 8).

* La faille provoque également une terrasse lieu dit Villemalard, dans le vallon de Nantenne.

Dissymétrie des versants. — La vallée de Beaulche est

monoclinale. À ce titre, les versants de droite devraient être moins escarpés que ceux de gauche. C’est l'inverse qui se pro-

duit à cause de la nature des sédiments. Le plongement des

couches vers le N.-O. n’a fait qu’accentuer cé relief anormal,

ainsi que les vents pluvieux du Sud-Ouest qui provoquent un

ravinement plus intense sur la rive droite. Mais comme les terrains de ce versant sont les plus perméables jusqu’à Orgy, la différence se trouve atténuée et le profil Serin-Pourrain forme un V assez régulier dans l’ensemble (Fig. 7 et 8).

Il n’en est pas de même à partir de Villefargeau. A Saint- Georges surtout, on trouve des preuves manifestes de l’aclion du ruissellement. Les grandes pluies ravinent tellement qu'on a creusé de grands fossés horizontaux aujourd’hui embroussaillés et qui forment autant de paliers ralentissant l'impétuosité des eaux. Le profil y est nettement dissymétrique.

Il n'existe pas dans la vallée de rochers donnant des escarpements absolument verticaux, mais les talus cénomaniens, et surtout portlandiens, sont assez raides pour ne pas pouvoir être gravis par l’homme suivant la ligne de plus grande pente.

VI. LE PAYSAGE. —— Puisqu’au commencement ‘de cette étude nous avons supposé l’observateur placé à Serin, entre le ru d’'Escamps et le ru de Vallan, nous allons terminer ce chapitre de la topographie en décrivant le panorama splendide dont on jouit de la tour de Saint-Georges, entre les vallées de la Beaulche et de l’Yonne.

Cette tour était le support d’un moulin à vent édifié à côté d’un télégraphe Chappe. C'est dire l'excellence du poste d'observation.

‘ Au Sud, l’horizon est malheureusement borné à quelques kilomètres par le front élevé et dénudé du plateau portlandien couronnant les hauteurs de Quenne à Gy-l'Evêque. Il se continue de Serin à la tour en ‘une arête recouverte d’argiles plantées de vignes et de sables occupés par des massifs de hauts peupliers. A Vaux, un effondrement a permis à un lambeau d’argile barrémienne de subsister sur le plateau. Cette lentille entretient une fraîcheur suffisante pour la croissance d’un peuplier italien célèbre dans toute la région.

Plus bas, l'érosion a mis à nu les marnes kiméridiennes et chaque fond de vallée forme à mi-côte une oasis verdoyante ct habitée : Quenne et ses hameaux.

L’Yonne n’a pu se frayer un passage à travers 18 calcaires qu’en utilisant des fissures qui ont donné lieu aux méandres de Champs à Auxerre. Les croupes, chevauchant l’une derrière l’autre, cachent l’épanouissement de la vallée

dans le kiméridien d’Escolives et donnent l'illusion d’un cirque complètement fermé.

De larges échancrures sont ouvertes dans le portlandien pour l'extraction du moellon et de la pierre à chaux nécessaires à la ville d'Auxerre qui grimpe à l’assaut de la côte de Saint-Georges. La Grande-Côte viticole s'étend précisément entre le Thureau et la vallée de l'Yonne, regardant le Sud-Est.

A l'Est, se dressent les cimes côniques et boisées des « thureaux ». On désigne ainsi les buttes que forment les sables ferrugineux de l’albien dans les endroits où ils sont relevés grâce à des influences tectoniques sur la bordure des terrains jurassiques. La tour de Saint-Georges se trouve précisément sur l’un de ces thureaux, le seul qui soit situé à l'Ouest de la vallée de l'Yonne. A l'Est, le plus élevé est le thureau de Bar, que la carte désigne sous le pléonasme de Mont-Thureau (la racine celtique teur signifiant elle-même mont, éminence). Il atteint 300 mètres, grâce au relèvement de la faille de Quenne. Celui de Saint-Georges n’atteint guère que 200 mètres. C’est suffisant pour lui donner un relief imposant à proximité de la vallée de l'Yonne qu’il domine de 100 mètres. La forme des thureaux fait croire à beaucoup qu’il s’agit de cônes volcaniques, et on a tremblé au moment des éboulements sur la route de Montallery et de la catas- - trophe de Messine ! Il ne s’agit que d’écailles superposées aux calcaires jurassiques par l’intermédiaire des argiles et sables néocomiens qui portent les hameaux de la Tour-Coulon, Laborde et Egriselles. La gaieté de cette bordure habitée contraste avec la blancheur des crêtes du Sud et la teinte sombre des bois des thureaux.

Au Nord-Est, l'horizon s'étend grâce à la vaste plaine que l'Yonne a créée dans sa traversée des sables verts. Ceux-ci fournissent un relief bas atténuant les crêtes entre les vallées de l’Yonne, du Serein et de l’Armançon. Au delà de Brienon et de Laroche, dans cette direction, s’estompe le rempart de craie marneuse qui borde la forêt d’Othe.

Vers le Nord-Ouest et l'Ouest, c’est la topographie confuse et abaïssée dans l’ensemble des sables boisés de l’albien. C’est une véritable mer de feuillage qui s’étend au delà de la - Beaulche. Teile une falaise, la muraille cénomanienne limite net l’horizon à quelques kilomètres au Nord. Les arbres des premiers plans et la terrasse qui porte Saint-Georges et Perrigny masquent le fond cultivé de la vallée (Fig. 13),

A l'Ouest, les échancrures entre les avancées crayeuses (buttes de Fleury et Vieuxchamp) rompent la monotonie. Disséminés dans la verdure, les nombreux hameaux des sables ne montrent leurs maisons blanches que pendant la saison hivernale.

Le paysage ne perd jamais de sa beauté. La fréquence des ombrages, les bois et les haies lui donnent de l’agrément en été ; la dissémination des habitations contribue à l’égayer au moindre rayon de soleil hivernal.

Enfin, vers le Sud-Ouest, en regardant Pourrain, on a le sentiment de la prospérité agricole. L’œil embrasse alors

Sud-Ouest Nord-Est

Fig. 13. — PANORAMA DE LA VALLÉE DE BEAULCHE A PERRIGNY.

Vigne sur les « gruons », sables ferrugineux albiens à « grains » de limonite, puis saules jalonnant l’aptien, niveau d’eau qui permet l'établissement de la maison isolée au premier plan. Au delà, rideau de peupliers au bord du ru de Mocquesouris, puis terres à blé du barrémien C 11 formant le plateau qui porte Perrigny entre les deux rus. Le fond de la vallée n'apparaît qu’à droite au confluent des rus. Le bas de la côte est constitué par les argiles à lumachelles exploitées, C r11-1v. Au-dessus, liseré d’aptien C 11 à l’orée des bois qui couvrent l’albien, C 2-1. Au sud-ouest, quelques clairières sont occupées par les hameaux qui constituent le territoire de Charbuy. Au nord, l'horizon est borné par la falaise dénudée de la craie marneuse du cénomanien, C 4.

toute la vallée moyenne de la Beaulche. Les habitations s’alignent dans la vallée, de préférence à mi-côte. Au fond dorment les moulins. Pourrain grimpe vers la cime crayeuse et son clocher superbe se dresse comme un signal de ralliement.

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