‹ La Vallée de l'Outaouais [microforme]Chapitre 4 sur 11 · COMTE · texte numérisé non relu

COMTE

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Ainsi, dans les comtés de Laval, Terrebonne et Argenteuil, læ population a diminué depuis dix ans. Le comté de Terrebonne ma obtenu qu'une augmentation nominale, et le comté de Pontiac a ajouté 1685 âmes à <a population.

En revarche, ie comté d'Outaouais s'est avaucé hardiment ans la voie du progrès. [} a augmenté sa population durant la mème période de 10,890 âmes et a progressé en conséaueuce plus rapidement qu'aucun autre comté de la province de Québec. Get accrois: sement notable est dû en grande partie an fait que Hull existait à peine en 1860, tandis que, lors du dernier recensement, cette pelite ville pleiñe d'avenir comptait environ 7000 à 8000 habitants.

La majorité de la population dans ces six comlés se composait d’origine française en 1860-61, at la supériorité numerique de nos nationaux a dû s’accuser davantage durani la dernière décade, à cause de l'accroissement remarquable de Hull, qui est presque tout canadien-français. Il y avait à cette époque 65,499 canadiens-franais contre 37,653 habitants de toutes origines. Dans les comtés d'’Apgenteuil et de Pontiac, l'élément français est dans ur : minorité considérable, mais il esten majorité dans le comté d'Outaouais, et forme la presque totalité dans les comtés ce Laval, Deux-Montagnes et Terreboune.

Anssi, ce n’est pas sans raison que M. Rameau désignait la vailée de l'Outaouais, dans sa France aux Colonies, comme lPun des boulevards futurs de la nationalité franco-canadienne. Les anglais font de grands efforts pour attirer une émigration anglaise, surtout dans les comiés d'Outaouais et de Pontiac ; une société d'immi gration a été fondée dans ce but, dans la capitale, et a déjà produit des resultats relativement considérables, Mais telle est la force d'expansion de notre race, que nous croyons que les autres éléments nationaux lui disputeront vainement la prédominance di *s cette région.

EH y a quelques années, M. Hamilton, ancien cc'on du comté d'Outaouais, était appelé devant un comité de la Chambre d’Assemblée, à exposer les ressources de la rive nord de l'Outaouais, et voici en quels termes il s'exprimait :—

lo. Les parties rapprochées des cântons qui avoisinent immédiatement la rive nord de la rivière Outaouais, sont rocheuses et mon. tagneuses; mais toutes les vallées sont extrêmement fertiles et fournissent un sel composé de marne et d'argile. La tête de ces cantons offre un niveau général et onduleux; le sol y est mêlé et est de la meilleure qualité.

20. Les principaux bois de construction sont l’érable, le hètre, le bouleau et le pin blanc; on trouve aussi dans les vallées un grand nombre de chênes. On rencontre généralement dans ces vallées de grandes pruches et du b@is blancs mêlés aux expèces déjà nommées et qui indiquent inviriablement un solriche, fécond et propre à toute espèce de culture convenable au climat.

50. On peut dire en général qu: le blé d'automne et de printemps, l’avoine, l'orge, les pois, le seigle et le blé-d'inde sont supérieurs. J'ai vu du blé d'automne égal à celui qui nous vient de l'ouest de Toronto. *Le blé de printemps, de Hull et Wakefield, n’a pas de supérièur quand la semence est de bonne qualité.

40. Le sol et lgclimat sont favorables à la production des grains ci-dessus énumérés ; loin de considérer la durée de l'hiver comme nuisible, je La regarde coinme un avantage, car l'épaisseur de la neige y protège le blé d'automne et sert à enrichir le sol.

50. Les pommiers et Jes groseïll'ers y viennent bien; mais on à prêté une bien faible attention à cet branche d’horticultare ; je puis même affirmer que l’on pourrait faire produire avec beaucoup de chances de succès les diverses espèces de pommes de lile de Montréal. ;

6. Tous les lacs, et ils sont innombrables, de la rive nord de l'Outaouais, foisonnent de truite, de brochet et de poisson blanc ; dans quelques-uns des plus grands on trouve l'éturgeon.

Le recensement agricole de 1871 n'étant pas encore publié, il ne nous est pas possible de donner des statistiques plus récentes que celles que nous trouvons dans le dénombrement de 1860-61, sur les productigns agricoles des six comtés de la rive nord de l'Gutaouais, dont nous avons déjà établi la j spulation. Quoiqu'elles. n'aient pas toute l'actualité désirable, elles peuvent être examinées encore avec intérêt et utilité.

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Total nour 1860,| 2866355 1040906 108801 1841567 aide re 2609468) 16729626 12238 01766218 457636

Le dernier recensement n'indiquera pas, croyons-nous, de grands changements dans ces statistiques, car, à l'exception du comté d'Outaouais, les autres comtés ayant vu leur population angmeater ou diminuer d'une manière peu considérable, leur production agricole a dû rester à peu près stationnaire.

Il est facile de voir que la condition agricole des comtés de Laval et Deux-Montagnes changera peu à l’avenir, car toutes leurs terres sont en culture, à moins que l’on n’y adopte ur système de culture plus progressif, qui augmentera le rendement du sol.

Mais on peut s'attendre à des progrès considérables dans le vaste comté de Terrebonne, situé entre les comtés d'Argenteuil et de Montcalm. Car, ce comté offre encore un beau champ à la colonisation et renferme de grandes étendues d’un sol vierge et fertile. Depuis plusieurs années les colons se portent en grand nombre dans les terres de l'intérieur, où se déverse le trop plein de la population des anciennes paroisses du comté et de la région avoisinante.

Les plus importantes de ces nouvelles colonies sont Sie. Agathe, St. Sauveur et St. Adèle; nous les avons visitées il y a quelques mois à prine, et nous avons été surpris du développement que ces groupes de canadiens-français, perdus pour ainsi dire dans les montagnes du nord, ont pris depuis quelque temps. Tous les ans les colozs pratiquent de nouvelles brêches dans la forêt et continuent courageusement l’æuvre du défrichement.

St. Sauveur est à 1? milles de l'important village de St. Jérôme, et compte 1845 habitants. Beaucoup de ces colons, qui étaient sans ressources, il y a quelques années, ont des terres aujourd'hui valant entre dix et vingt mille francs. St. Adèle est à 17 milles de St. Jérôme, et renferme après vingt-sept ans d'existence une population de 1570 âmes. Cette paroisse jouit, comme Si. Sauveur, de grands avantages agricoles et industriels, et elle se développera

promplement lorsque le chemin de fer atteindra St, Jérôme et que l'on aura rendu navigable la rivière du Nord.

Ste. Agathe est encore plus au nord et progresse rapidement, Elle est plus éloignée du marché que Ste. Adèle et St. Sauveur et de fondation plus récente ; cependant son sol et sa position naturelle présentent des avantages tels que sa population est presque aussi élevée que celle de ses deux voisines. Elle produit déjà 2,600 minots de blé par année. Dans une étude sur ces cantons du nord, M. G. Alphouse Nantel dit que “ les colons de Ste. Agathe, comme ceux de St. Sauveur et de Ste. Adèle, n’ont eu en général, aucune avance pécuniaire pour s’aider dans leurs travaux de défrichement ; plusieurs même en quittent leur paroisse natale, avaient des dettes à acquitter et une nombreuse famille à soutenir. Quelques morceaux de viande, quelques livres de fleur, une hache, parfois une paire Ge bœufs ou un misérable cheval, mais surtout des bras vigoureux et un courage à toute ‘preuve, telle était leur fortune. Souvent sans chemin public, ils devaient se frayer un chemin à travers rochers et broussailles. Puis des branches de sapins tendues les unes sur les autres en forme de hutte, étaient leur premier palais, en attendant les délices d'un chantier en forme. Et l’on déclarait guerre à outrance aux arbres de la forêt ;

ils disparaissaient peu à peu devant les coups de la cognée ; réduits :

en cendre, ils servaient à la fabrication de la perlasse et devenaient ainsi le précieux soutien du défrickeur. Après quelque temys de solitude et d'ennui, celui-ci voyait enfin un bienveillant voisin, un ami se poser près de lui. Quel bonheur, quelle consolation ! Que de charmes n'avait pas cette société naissante au milieu de ces bois! L’espérance venait relever les courages; chacun se sentait renaître à la vie; chaque année les champs étendant de plus en plus leurs limites se couvraient d'abondantes moissons. C’en était fait, les temps de misère étaient passés ; Le bonheur rentrait avec le bien-être sous le toit du colon.”

Nous avons visité avec un intérêt particulier Ste, Adèle, qui est une fort jolie paroisse. Elle fut le théâtre principal de l'œuvre de l’hon. M. Morin, le véritable colonisateur de cette partie du nord de l'Outaouais. La création de cette paroisse lui revient en entier. C'est lui qui a fait exécuter les premiers défrichements, qui a fourni d’abondants secours aux colons qui, sans lui, n’auraient pu se maintenir au milieu de la solitude, qui a construit les premiers moulins à farine et à scie, et a présidé au beceau comme au développement graduel de la jeune colonie. C'est là encore qu'il a usé péniblement une vie qui fut si précieuse au pays tout entier. Aussi comme son souvenir est encore vivace dans Ce coin

du pays, comme chacun aime à rappeler les bienfaits qu’il a semés à profusion dans cette solitude de Ste. Adèle qu'il affectionnait tant ! Un modeste monument a été érigé à sa mémoire dans l’église de Ste. Adèle, mais son souvenir est buriné en traits ineffaçables, plus durables que le marbre, dans l'estime et la reconnaissance de la population canadienne,

Une correspondanre publiée dans un journal de Montréal, il ya bien des années, et reproduite dans les Ætudes sur la Colonisation du Bas Canada, par M. Stanislas Drapeau, signale dans les termes suivants les services que rendit cet éminent patriote À la colonisation : “ Ce n’est pas le plus petit des nombreux services qu'a rendus à son pays le juge Morin, qne celui d’avoir été le premier dans ces forêts que l’on regardait comme impraticables et propres uniquement pour la demeure de l’homme des bois et des bètes fauves. Depuis un grand nombre d'années, il a fait l'impossible pour attirer l'attention de ses compatriotes sur ce lieu, comme offrant à l’homme entreprenant et industrieux des avantages rares pour la colonisation. Le sol est des plus fertiles, et le climat, quoique beaucoup plus au nord que le reste du district de Montréal, n’est pas plus rigoureux et bien moins sujet aux changements subits qui le caractérisent ici. La température est des plus régulières, et les saisons, si on peut s'exprimer ainsi, plus régulières dans leurs phases... M. Morin a dévoué beaucoup de son temps dans ces lieux et a consacré de grandes sommes au défrichement.”..….…..

Le coutinuateur de l'œuvre du regretté M. Morin est aujourd’hui le Révd. M. labelle, le populaire et remarquable curé de St. Jérôme. Une grande et patriotique idée domine l'esprit de ce prêtre au zèle ardent et à la parole entraïnante ; il veut le ‘développement du nord par les chemins de colonisation et les chemins de fer.

Au moyen des chemins de colonisation, il sait qu'il reculera promptement les bornes de la forêt, et fâcilitera ie peuplement des vastes solitudes du nord. Le chemin de fer rapprochera les colons des grands marchés, leur assurera des débouchés faciles et économiques, fera renaître la vie et l’activité dans les anciennes paroisses et suscitera l'établissement de nombreuses manufactures qui

<exploiteront les magnifiques pouvoirs d’eau des rivières du nord,

augmenteront énormément la consommation locale et donneront de l’ouvrage à des milliers de mains.

On l'appelle avec raison le père du chemin de colonisation du nord, qui doit créer une véritable révolution dans la région des Laurentides, et il a amplement mérité par ses infatigables efforts cette glorieuse paternité. De fait, personne n’a fait plus que lui

pour faire connaître les ressources du nord de l'Outaouais, pour attirer l'attention des capitaïistes et de nos gouvernants sur l’importance de leur exploitation, et pour rendre populaire cette entreprise du Grand-Tronc du nord, qui se reliera étroitement avec le progrès futur de cette région.

M. le curé Labelle à eu un émule dans ses travaux eu faveur de .la colonisation, dans la personne du Révd. M. Provost, curé de Mascouche, qui a beaucoup fait pour attirer les colons dans cette partie du nord. ;

Nous ne saurions aussi passer sous silence les services qu’à rendus à cette même et grande œuvre, l'hon. M. Edouard Masson, fondateur de 1a jeune colonie de Ste. Marguerite. Ce monsieur s’est mis non seulement à La tête d’un mouvement sérieux de colonisation, mais il a dépensé une somme considérable pour assurer le succès et le développement de cet établissement.

Le gouvernement de Québec consacre tous les ans une somme importante pour seconder l’œuvre de ces colonisateurs et leur aider à frayer la voie aux défricheurs, en ouvrant de grandes artères de chemin. On ne saurait mieux appliquer les deniers publics. L'exécution de ces travaux donnera une impulsio1 énorme au progrès de ces parties reculées du pays, car beaucoup n’attendent que la confection des chemins de colonisation pour aller s'établir au milieu de la forêt.

Le comté d'Argenteuil renferme plusieurs anciennes paroisses, et contient également une quantité considérable de terres vierges d’une grande fertilité. Il s’y fait un mouvement sérieux en faveur de ia colonisation, mais il serait beaucoup plus accentué, si les chemins ne faisaient pas autant défaut pour relier aux anciens établissements les cantons où l'on a commencé le défrichement. Les canadiens du comté de Terrebonne débordent depuis quelques années de ce côté, et avant longtemps ils auront créé de jeunes colonies qui ne seront pas lentes à se développer.

Le comté d'Outaouais est immense ; c’est incontestablement l’un des plus grands du pays. Il a une longueur d’environ 65 milles, et comprend plus de soixante cantons, florissants pour la plupart, et de nombreux villages, où règne beaucoup de vie et d’activité, et où se groupera d'ici à quelques années une population considérable. :

On peut diviser ce comté en plusieurs sections, dont la plus importante est la région de la Gatineau. Elle est arrosée sur un parcours de plus de trois cents milles par la rivière de ce nom, qui vient affluer dans l'Outaouais, à un mille plus bas que Hull. Une bonne partie est montagneuse et rocheuse, surtout la partie supé:

rieure ; mais dans le haut et le bas de la vallée, on trouve de vastes terrains d’une fertilité étonnante, qui offrent tous les avantages possibles à la colonisation. Ses forêts sont d'une richesse peu ordinaire, et depuis longtemps on les exploite sur une grande échelle. Le pin abonde et plusieurs centaines de mille billots descendent tous les ans la rivière. L'épinette, le tilleul, le chêne, l’éable, l’orme, le noyer, le frène se trouvent aussi en grande quantité; mais le manque de communications s'oppose à ce que l’on puisse utiliser ces bois précieux, qui se détruisent sans aucun profit pour le pays.

Ses lacs sont immenses et peuplés à profusion des meilleures qualités de poisson d’eau douce. La truite, le doré, lachigan y atteignent des proportions considérables. Aussi la pêche est-elle fort rénumérative pour Les colons qui, non seulement en tirent parti pour leurs familles, mais écoulent avantageusement de grandes quantités de poisson sur les marchés voisins, Les Norvégiens établis par exemple sur le lac du Poisson Blanc, en haut de la Gatineau, exploitent depuis longtemps cette source de profit, qui ne s'épuisera pas de sitôt, car les officiers du département des pêcheries veillent scrupuleusement à ce que l’on ne pêche pas le poisson à l'époque du frai. Le vison, la loutre, la marte, le castor, le chevreuil, le caribou et l’orignai rodent en grand nombre dans la forêt vierge, et les disciples de Nemrod leur font durant l'hiver une chasse incessante, souvent fort lucrative.

Le premier pionnier de la région de la Gaineau est Philemon Wright, qui, en 1800, vint s’y établir, à la tête d’un certain nombre d’émigrants du Massachusetts. Aidé de nombreux travailleurs, il fit des défrichements considérables, cultiva en véritable agronome, importa à grands frais d'Angleterre des reproducteurs des races de bétail les plus célèbres, sut tirer de son exploitation des profits énormes et commença en 1806 à exploiter le commerce de bois. IL construisit les premiers moulins sur l'Outaouais, la première glissoire, créa une véritable colonie dans le township de Hull, devint colonel de milice, membre du parlement, et s'éteignit le 2 juin 1839, après avois su acquérir une grande fortune et avoir fait bénéficier le p2ys de son rare esprit d'initiative et de progrès.

Phileraon Wright a mérité d’être appelé The Father of the Ottawa, et nous renvoyons le lecteur qui serait curieux d'assister au lab) rieux enfantement de reite région, à l’étude que nous avons publiée sous le titre : Philemon Wright ou Colcnisation et Commerce de bois.

Philemon Wright ne laissa personne pour conlinuer dignement son œuvre de colonisation, et pendant longtemps ce territoire resta

stationnaire. ‘ Jusqu'à ces dernières années,” dit une lettre adres sée en 1858 à Mgr, l'Evêque d'Outaouais, ‘“ la colonisation st: la Gatineau avait été assez peu importante, surtout sur le haut &e la rivière ; c'était à peine si l’on trouvait quelques habitants échelonnés de distance en distance le long de la rivière. Mais l’élan général qui s’est manifesté partout dans ces derniers temps pour cette œuvre importante, a beaucoup contribué à faire connaître ces contrées que les exploitants de bois seuls avaient pareouru. On commence maintenant à y compter un bon nombre de familles, et je puis dire que la plupart des coïans qui sont venus s'y établir s'y trouvent heureux et sont bien dédommagés des premiers sacrifices qu'ils ont fait par les bonnes récoltes qu'ils at recueillies.

‘# 11 est aussi juste de reconnaître que le gouvernement qui, pendant de longues années, avait entièrement négligé ce pays, a fait depuis des efforts généreux pour encourager les colons. La plus grande partie de ces terres sont recouvertes de bois franc, aventage précieux qui fournit au colon le moyen de faire de la potasse, dont le prix élevé qu’il en retire, le dédommage amplement de ses frais et lui donne la facilitégle se pourvoir de bien des choses qui lui sont nécessaires.

‘“ Déjà plusieurs chapelles sont élevées de distance en distance dans la partie où les missionnaires font le service religieux d’une manière fort régulière. On peut donc espérer qu'à une époque qui n’est peut-être pas très éloignée, le canadien qui remontera la Gatineau sentira son cœur palpiter d’allégresse à la vue des églises et des clochers qu’il âpercevra sur les deux rive: et qu’il saluera avec amour et consolation.”

Il y a maintenant des établissements canadiens à cent milles en haui de la Gatineau, et on trouve de distance en distance plusieurs paroisses assez importantes. En laissant Hull par le chemin de la Gatineau, on remarque bientôt à droite :a scierie de M. Walsh, qui occupe beaucoup de mains. Quelques milles plus hant se trouve le joli village de Chelsea, qui doit en grande partie sa prospérité aux magnifiques moulins à scie de MM. Gilmour et Cie. La population des environs se compose d'anglais, d’écossais, d'irlandais et de canadiens. Plus haut est situé le florissant village de la Pêche, le principal dépôt de bois de MM. McLaren et Cie. On rernarque à la Pêche de jolis magasins, des moulins à farine, à carder, une manufacture d’étoffes de laine et plusieurs ateliers. La paroisse franco-canadienne de la Pêche est enclavée, en arrière, à l’ouest, dans le township Masham.

Les deux paroisses irlandaises de Wakefield et Lowe se trouvent

un peu plus loin. Le township voisin est celui d'Aylwin, peuplé d’écossais, d'anglais et irlandais. Les canadiens forment du côtéest un noyau @2 population sur les bords des lacs Ste Marie et du Poisson Blanc. Ile sont aussi en grande majorité dans les townships de Wright, Bouchette, et Cameron, où ils forment la paroisse de ia Visitation, appelée ordinairement Victoria Farm, et la paroisse de St Gabriel, connue sous le nom des Six Portages. Le village de la Visitation progresse rapidement.

Les derniers townships habités sont ceux de Maniwaki, Rensington, Egan et Aumond, qui ont pour centre principal le village du Désert. Celui-ci est encore à son berceau, mais il prend beaucoup d'importance, Il est situé à 90 milles de l'Outaouais, et il est l'en. trepôt du commerce de bois de trois puissantes compagnies : MM. Gilmour, Hamilton, Bennett et Gouin. Il s'y fait un commerce de fourrures considérable. La population blanche est presque exclusivement canadienne et irlandaise. Le Désert est aussi le lieu de mission des Algonquins %es rivières Gatineau, Coulonge et du Lièvre.

Les PP. Oblats sont venus les premiers planter hardiment le drapeau da la foi à côté de celui de la cglonisation dans cette localité, alors qu’elle éiait encore à l’état sauvage. [ls y ont construit uie magnifique église en pierre blanche avec une tour énorme, surmontée d’une statue de la Sainte Vierge. Les Sœurs Grises d'Ottawa y ont établi un couvent fréquenté par environ 80 élèves, et qui produit les meilleurs résultats religieux et intellectuels.

A quelques milles du Désert, sur la rivière St. Joseph, fonctionnent plusieurs établissements industriels : une scierie, un moulin à lattes, à bardeau et à farine. C’est dans le voisinage que la Société de Colonisation No. 1 du Comté d'Outaouais a choisi sa réserve de 60 lots de terre sur laquelle on vient de commencer des défrichements.

Le gouvernement a construit, à grands frais, un chemin sur la rive gauche de la Gatineau pour relier tous les établissements échelonnés sur la rivière. Les premiers quarante milles depuis Hull sont macadamisés.

La majorité des habitants de la Gatineau sont canadiens-français ; bon nombre y ont des établissements prospères et vivent même dans une plus grande aisance que beaucoup de cultivateurs de nos anciennes paroisses bas-canadiennes. [ls ne sont pas gènés ici par l’espace et ils peuvent agrandir à volonté, leur domaine. «

Car, les terres sont à un bon marché extraordinaire ; on peut acquérir cent arpents de terre à raison de $30 payables en cinq ver-

sements de $6 Klles sont, de plus, d’une fécondité étonnante. Maints terrains donneront un rendement de 15, 20, 25, 30 et jusqu'à 40 minots par arpent ; le bl\, le seigle, l'orge, l’avoine et les pois viennent abondamment. Le sol produit également toüte espèce de céréales et de légumes. Il n'y a en cela rien d'étonnant, car les établissements les plus reculés se trouvent sous la même latitude que les Trois-Rivières. Les paturages sont excellents. On peut même comparer la fertilité du sol de la Gatineau à celle des Etats de l'Ouest les plus renornmés. De l'avis de personnes bien entendues, la région de la Gatineau est préférable aux terres si vantées des Cantons de l'Est.

Les colons peuvent écouler favilem. .i leurs produits, à des prix élevés, dans les vastes chantiers en opération sur la Gatineau, qui en font une énorme consommation. De plus, ils peuvent également travailler à la coupe des bois durant l'hiver et gagner de bons gages : trente piastres et plus par mois. Un homme avec un attelage reçoit même de $2 à $3 par jour. Le prix de la main d'œuvre dans les chantiers ne fait qu'augmenter et n'a jamais été aussi élevé que cette année.

Le colon peut réaliser aussi de bons bénéfices en exploitant le bois dur qui abonde sur ses terres, et en faisant de la potasse, qu'il lui sera toujours facile d'écouler avantageusement : un quart de potasse se vend environ $30.

Le Révi. P, Gladu, O. M. L, a visité plus d’une. fois la région de la Gatineau, et chaque voyage l’a de plus en plus convaincu de sa fertilité et de l'abondance de ses ressources. Voici quelques extraits des notes qu'il a publiées à ce sujet, il y a quelques mois : ‘ Dans la partie supérieure de la Gatineau, en haut de la rivière Désert, jamais les récoltes ne font défaut. Le blé d'automne et tous les autres grains y réussissent à merveille. J'ai traversé, l’an dernier, des champs de blé où l’on a cueilli des épis qui mvsuraient sept pouces de longueur. Les gelées ne s’y font pas sentir en printemps et en automne comme en certains endroits des bords de la Gatineau, bien que plus au sud; ou-attribue ce phénomène au grand nombre de lacs dispersés dans ces cantons. Un missionnaire qui réside actuellement au Désert, et que ses travaux apostoliques ont conduit par toutes ces régions, et même jusqu'à deux cents milles au-dessus du Désert, m'a assuré que les terrains les plus riches, les plus favorables à de nouveaux établissements sont encore inoccupés. Il m'a mentionné entre autres les cantons . d'Aumond et de Sicoite, à une vingtaine de milles du Désert, sur la rive gauche de la Gatineau, comme étant quelques-uns des endroits les plus avantageux pour la création de colonies impor.

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tantes. Il paraît qu'il y a une vaste plaine, unie, sans un seul rocher, d'un sol fertile, couvert en bois franc, On pourrail y établir plusieurs belles paroisses.

“Je connais personnellement plusieurs des colons des environs du Désert qui y sont arrivés, n'ayant pour tout bien que la vigueur de leurs bras et l'énergie de leur covrage, et qui aujourd’hui se trouvent à la tête d'établissements prospères et avec les plus grandes chances de faire fortune. Permettez-moi de vous mentionner le nom d'un de ces braves colons. Pierre Bélanger réside à deux milles de l’église du Désert, sur le bord d’un lac qui porte son nom, Il y a onze ans que Bélanger arrivait au Désert n'ayant pour tout bien qu'une vache et des provisions pour un an. Avec ces faibles ressources, il s'enfonce cuurageusement dans la forêt, et là, seul au milieu des bois, sans même avoir de chemin pour communiquer avec ses voisins assez éloignés, il met la cognée à l'arbre et commence à défricher. Après quelques années de rudes labeurs, il se trouvait à ensemencer un printemps 13 minots d’avoine et deux minots de blé.

‘ Dès que Bélanger put voir, à la fin de l'été, ses avoines et son blé onduler sous la brise du lac, il commença à jouir du fruit de ses sueurs. L'avenir lui sousiait déjà plein d’un espoir que l’automne vint réaliser en partie. En effet, de la semence de ses deux minots de blé, Bélanger en recueillit 80, et de ses 13 minots d’avoine, pas moins de 350 minots. Depuis ce temps, il a pu vendre du blé chaque année, L‘automue dernier, il a recueilli 690 minots de grains et 400 minots de patates.

‘“ Cet heureux colôn habite aujourd’hui une maison convenable, il voit autour delui une ferme bien cloturée, de bons et solides bâtiments, grang®, étables, écuries. Il a 4 chevaux, 5 vaches, 6 moutons et tout le détail d’une basse-cour complète. Cela suffit pour nous garantir que le sol qu’il arrose de ses sueurs n’est pas ingrat, que le colon qui saura l'exploiter avec intelligence peut avec confiance compter sur un plein succès.”

Au lieu de prendre le bâton du pélerin et s'expatrier aux Etats- Unis pour souvent y végéter et perdre leur foi, les cultivateurs des vieilles paroisses de la Province de Québec, qui ne peuvent tirer des revenus suffisants de leurs lerres épuisées, ne pourraient mieux faire que de se diriger vers la Gatineau, où ils pourront en peu d'années devenir propriétaires de belles étendues de terrains. Une société de colonisation en pleine opération s'occupe activement de faciliter le défrichement de cette région, et elle offrira sans doute de grands avantages aux nouveaux colons.

Du reste, cette vallée ne prendra son plein essor vers le progrès

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que lorsque le chemin de colonisation du nord sillonnera le comté d'Outaouais, et que l'on aura construit l'embranchement projeté du chemin de la Gatineau, qui doit se rendre à la rivière du Désert. Il est à croire que cette double artère de chemin sera terminée d'ici à trois ans.

Les terres arrosées par la rivière du Lièvre et la rivière Blanche, dans le comté d'Outaouais, offrent aussi beaucoup des avantages naturels que présente la région de la Gatineau. Les colons ne sont pas lents à s’en bmpurer, et elles ont servi à la création de plusieurs paroisses auxquelles un avenir prospère est réservé.

L’étendue du comté de Pontiac l'emporte encore sur celle du comté d'Outaouais. Les derniers établissements qui se trouvent sur le bord de la grande rivière sont à plus de 150 milles de la capitale.

Les cantons les plus importants du comté sont ceux qui avoisinent l'Outaouais ; ils sont reliés ensemble par un immense chemin qui longe la rive. Le gorvernement a fait aussi exécuter plusieurs chemins dans le but de développer l'intérieur, et les chantiers considérables de bois, qui se font dans la forêt, ne contribueront pas peu à faciliter Le défrichement des magnifiques terres

boisées de ce vaste comté.

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