SES RICHESSES MINÉRALES
La région de l'Outaouais abonde en minéraux d'une grande richesse. Ses gites métallifères ont été à peine explorés et sont imparfaitement connus. Mais il n'y a pas de doute qu'ils couvrent une immense étendue, et que leur exploitation deviendra avant longtemps une importante industrie pour le pays.
Comme région minérale, elle est surtout connue par son fer, Or, le fer a de notre époque une importance économique telle, qu’il est l'une des principales sources de la prospérité de l'Angleterre et de maints autres pays. Cet article est aujourd’hui en grande demande dans le monde entier, et le prix qui est constamment à la hausse, a doublé depuis deux à trois ans. Comme le disait Horace Greely, le monde a faim de fer, il en veut chaque jour davantage pour construire des chemins de fer, des tuyaux à gaz et à eau, pour bâtir des maisons et pour dix mille usages auxquels on ne songeait pas
autrefois.
Le Canada seul importe du fer de la Grande Bretagne a année
pour l'énorme montant d'environ $8,000,000, et sa consommation a une tendance extraordinaire à la hausse.
Durant l'année fiscale expirée le 30 juin 1870, le pays a importé des barres et lisses de chemin de fer pour 8803,734. Mais ce chiffre seul quintuplera avant longtemps, si l’on exécute toutes les grandes entreprises de chemins de fer, qui sont actuellement sur le tapis.
M. Sandford Fleeming calculait en 1863 que la construction de 2,500 milles de notre chemin du ’acifique nécessiterait plus de 250,000 tonneaux de fer, et qu’il faudrait pour l'entretien de la ligne annuellement environ 40,000 tonneaux de fer. Ce seul fait peut nous donner une idée de l'immense consommation de fer, qui aura lieu en Canada d'ici à dix ans seulement.
La production du fer est relativement insignifiante dans le pays, si on la compare à la consommation, A peine existe-til ça et là quelques fourneaux plus ou moins en activité. Les forges du Saint Maurice sont bien en opération depuis 1737 ; mais, malgré l'abondance du minerai, elles n’ont jamais fabriqué une quantité bien considérable de fer. Et une industrie qui devrait employer des milliers de mains, en occupe à peine quelques centaines.
Il est malheureux que nos capitalistes n'aient pas été attirés plus tôt par les profits qu'ils auraient pu réaliser dans cette industrie, et ne se soient pas mis courageusement à l’œuvre pour lutter contre la concurrence étrangère. L'occasion, en tous cas, ne saurait être plus favorable pour réparer le temps perdu et rendre florissante une industrie encore à son berceau. Le prix du fer augmentant constamment, nos industriels ne pourraientse trouver en meilleure position de lutter contre les fers de la Grande-Bretagne.
C'est ce qu’a bien compris Sir Hugh Allan, qui à fait l'acquisition de mines de fer très riches dans la Nouvelle. Ecosse, et il y à lieu d’espérer que son exemple ne sera pas isolé. On pourrait s'étonner que le prince de nos capitalistes n'ait pas tenté la fabrication du fer dans la province de Québec, si Pon ne savait que ses steamers consommentannuellement du charbon,pour le montant de 8900,000, et qu'il a l'intention d'exploiter en même temps le fer et la houille qui se trouve en couches épaisses dans le voisinage du minerai.
Nous avons cru devoir faire ces quelques remarques sur l'industrie du fer, afin de mieux démontrer l'importance qu'elle pourrait avoir pour la région de l'Outaouais, si nos capitalistes lui donnatent le développement nécessaire.
a province de Québec se divise en trois grands districts mélaliurgiques, ceux du St. Maurice, de Québec et d'Outaouais. Ce dernier peut le disputer aux deux autres par son étendue et sa richesse.
Le fer existe en plusieurs endroits de la vallée de l'Outaouais,
sommation
ys a importé is ce chiffre les grandes 1r le tapis.
truction de rait plus de retien de la e seul fait n de fer, qui
dans le pays, til ça et là s forges du nais, malgré ne quantité ait employer itaines.
é attirés plus te industrie, pour lutter 18, ne saurail re florissante augmentant en meilleure 1e, fait lPacquisibsse, ebil y à pourrait s'éla fabrication ses steamers t de 8900,000, et la houille u tninerai. s sur l’induselle pourrait stes lui don-
stricts métaluais. Ce deret sa richesse.
| l'Outaouais,
dans les terrains laurentiens, où on découvre fréquemment de nouveaux gites.
Il y a des couches très étendues dans Grenville par exemple, et des indices de mines dans plusieurs autres endroi:s. Dès 1739, M. LePage de Sainte Claire, prêtre, projeta d'exploiter le minerai de fer qui se trouvait dans sa seigneurie de Terrebonne, vers le temps où furent, établies les forges du St. Maurice, Mais il fut empêché de mettre son entreprise à exécution par l'intervention de l’Intendant Talon, qui craignit que ces établissements ne se fissent une concurrence fatale à l’un et l'autre.
La mine principale est colle qui se trouve près de la rivière Gaineau, à six milles de la capitale, C'est, du reste, la seule que l’on ait exploñée jusqu'à présent.
Voyons d'abord ce au'en dit Sir William Logan dans le grand rapport de la Commission Géologique : ‘* On rencontre un grand dépôt de minerai de fer oxydulé dans ia moitié méridionale du onzième lot, du septième rang de Hul;, et on dit qu'on l’a encore trouvé à un mille plus loin sur le derrière du onzième lot du même rang. Le minerai se trouve dans du gneiss syénitique qui est interstratifié de colcaire cristallin, renfermant du mica et du gra: phite, et forme un lit d'environ 99 pieds d'épaisseur. (Ge lit semble nous présenter la crête d'une auticlinale à travers laquelle un lot inférieur de calcaire cristallin se fait jour. Le minerai est grossièrement gr'uulaire et très pur, mais il est dans quelques parties mélangé avec des paille!tes de graphite. Une analyse de ce qu’on à regardé comme un spécimen moyen à donné sur cent parties 3.18 de quartz et de graphite, et 96.09 d'oxyde de fer magnétique : 99.27, Ceci équivaut à 69.65 pour cent de fer métallique.”
Les couches du minerai s'étendent sur l'énorme rayon de 350 acres. Sir William Logan ne leur attribue qu’une épaisseur de 90 rieds, et M. Billings, attaché à l'exploration géologique, était d’opinion que plus tard, l’on pourrait extraire environ 250,000,000 tonneaux de métal du minerai. Mais les résultats obtenus prouvent que leurs estimations sont loin d’être exagérées.
M. Ridgway, membre de la Compagnie qui exploite actuellement le fer de Hull, est allé examiner, il y a quelques mois, les mines de fer les plus renommées de l’Angieterre et de la Suède, qui contiennent un minerai semblable à celui de Hull, et il croit que l'épaisseur des couches ne doit pas être moindre de 200 à 250
pieds.
Il est impossible de calculer la quantité de tonneaux de fer que la mine doit renfermer à sa surface comme dans ses couches Îes plus inférieures, mais on croit pouvoir facilement extraire
26.000,000 de tonneaux de métal. On remarque que le minerai est d'autant plus riche qu'il se trouve à une plus grande profondeur.
Ces mines de fer sont découvertes depuis 1827. Philemon Wright le fondateur de Hu ;, créa la première compagnie pour les exploiter; mais elle n’eut aucun succès. En 1854, MM. Forsyth et Cie., äe Pittsburg, Pennsylvanie, en firent lacquisition dans le but d'alimenter leurs hauts-fourneaux dans cette ville. Leurs opérations ont été nécessairement limitées. vu les difficultés que présentait un aussi long transport. Ils n’expédaient pas plus de 2,000 tenneaux de fer par année à Pittsburgh,
En 1866, ces industriels cédèrent leurs droits de propriété, moins un sixième Gu Capital nominal de la société, à la “ Compagnie de mine et at fabrication du fer du Canada.” Celle-ci exploite la mine sur une plus grande échelle, mais elle se contente &’extraire le minerai brut et de l'envoyer aux Etats-Unis, en chargeant des bateaux qui franchissent le canal Rideau, puis se rendent à Cleveland, le grand marché du fer a,néricain. Gette année on eut expédié environ 20,900 tonneaux, si le canal n’eut été malheureusement fermé à la navigation durant sept semaines: ce chiffre sera probablement réduit à 15,000,
Cette industrie du fer ne sera vraiment utile au pays que lorsque la fabrication se fera ici même. C'est alors seulement üju’elle dennera de bons dividendes. ïl en est pour notre fer ccmme pour notre bois. Si nos capitalistes au lieu de les vendre à l'état brut aux États-Unis, qui leur font subir tous les divers procédés de la fabrication, pour les revendre à gros profits, manufacturaient en Canada même nos bois et nos fers, ils feraient une affaire d’or, tout en Connant un élan considérable aux industries canadiennes.
Aussi qu'arrive-t-il trop souvent? C’est que, malgré les frais de transport et du fisc, le marchand américain ou anglais viendra vendre en ce pays même, après l'avoir manufacturé, l’article qu'il aura achoté du Canada à l’état brut. N’est-co pas là un véritable rôle de dupes que nous jouons ?
C'est ce que l’on a vu à prepos du fer de Hull. Après avoir été exporté à Cleveland, un parcours de 800 milles, il est généralement vendu à @es fabricants de fer de l'Ohic et &e la Pennsylvanie, qui le mêlent au minerai sulphureux du lac Supérieur, ou à d’autres fers inférieurs &es Etats-Unis, et produisent ainsi un fer d'une exvellente qualité. L’au dernier, une compagnie de Toronto, en acheta une quantité considérable pour fabriquer des roaes de char, et elle assure que le fer est fort adapté à cet objet. Les propriétaires de la mine canadienne perdent donc les profits que ré-
alisen les industriels américains, maigré tous les inconvénients de leur eloignement et les frais de la douane, et le pays est frustré des bénéfices d’une véritable source de richesse, qui est exploitée à l'étranger.
La qualité du fer de Hul:, est aujourd'hui parfaitzment établie, et on dit qu’elle égale même celle des fers magnétiques de la Suëde. La mine semble inépuisable, et l'exnloitation en est d’autant plus facile qu’elle est à une faible distance de branes voies de communication. Espérons qu'avant longtemps les propriétaires de cette mine en viendront à cette détermination, et que nous y verrons mains hauts fourneaux couronnés d'un panache de fumée et de flammes,—rappelant par l’activité et le bruit qui y règneront, le Pays Noir, le Black Country, qui occupe la plus grande partie du comté de Stafford en Angleterre,-—et annonçant qu'une nouvelle ère industrielle s'ouvre pour cette partie du pays.
1} n’est pas impossible que l’on trouve quelque jour des filons
a d’or et d'argent sur les bords de l'Outaouais ou de ses tributaires ; ; on parle depuis quelque temps de l'existence de ces précieux minéraux dans le haut de la Gatineau. Lors d’une exploration que firent en 1739 des mineurs allemands jusqu’au lac Supérieur, sur la demande de l’Intendant Talon, ils découvrireut du cuivre à la Roche Capitaine et aux Chaudières.
Il était beaucoup question dans le pays, en 1734, d'une mine de plomb située sur la rivière Outaouais, àu-Gossus d'1 portage des Chats. Aujourd'hui on trouve la plombagine ou graphite dans les townships de Grenville, Lochaber, Buckingham, Templeton, Bouchette, Cameron et la Seigneurie de la Petite Nation,qui forment partie du vaste comté d’(utaouais. La qualité de la mine de plomb est en général excellente; on a surtout exploité depuis quelques années le minerai qui se trouve entre la rivière Blanche, dans Templeton, et la rivière du Lièvre, dans Buckingham. La plombagine est alliée en plus ou moins grande quantité avec plusieurs minéraux, et même dans les dernières localités, on à trouvé 8438 d’or dans chaque tonne de minerai. Une tonne de 2000 livres de mine de plomb manufacturée se vend environ $130 en Angleterre.
On a trouvé du mica dans plusieurs localités de Grencville, en masses suffisamment fortes pour croire qu'on pourrait en faire un grand article de commerce. Quelques plaques du minerai avaient même vingt pouces carrés et plus. On peut les sepérer en feuilles |
minces transparentes, et le mica peut servir ainsi pour les poêles,
les lanternes et l:s cheminées de lampes, et à plusieurs autres usages économiques.
D AMAR en P M dan 1 L NE 00 ARR Re APN APPUI PU
dé
La pyrite de fer se rencontre aussi souvent dans les calcaires de la partie laurentienne. Dans la seigneurie de Terrebonne, il y en a une veiné de quatre pieds de largeur, et près de S. dérôme, or trouve la pyrite magnétigue ou pyrrhatine avec la »yrite cubique.
On trouve encore beaucoup de carrières de zierre calcaire dans une foule d’endroiis, et du marbre d’une excellente qualité à Grenville et Portage du Fort, en amont de l'Outaouais. On à même érigé une fort jolie pyramide dans cette dernière localité pour commémorer l’exeu. ion que Lady Head fit en canot d’écorce dans le haut de l'Outaouais, il y a plus de vingt ans. Sur ce marbre est gravée l'inscription suivante :
To commemorate the visit of Lady Head, Whr made the tour of tive Upper Ottaur, in a bark cance In September 1851.
La région de l'Outaouais renferme bien d'autres minéraux qu’il serait long d'énumérer, mais qui font qu'elle est l’un des districts métallurgiques du pays les plus favorisés.