‹ La vallée de la Mantawa [microforme]Chapitre 10 sur 25 · SE DS · texte numérisé non relu

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tigny; c'est un homme instruit quoiqu'un peu timide. Il est arpenteur de profession et colon par goût. Son défrichement est considérable et sa récelte superbe. Il nous fait admirer un plantde lin de Riga qui a atteint un dégré surprenant de croissance.

En revenant aux canots, nous nous arrêtons un instant à l'entrée d’une tente de chasseurs abénakis de St. François: ils sont deux frères; l’aiué s'appelle Philippe de Gonzague. Le plus jeune s’est blessé, c’est ce qui les a forcés de s'arrêter. L’ainé est blond comme un anglais; le cadet est pur sauvage. On sait que ce phénomène est assez commun dans les familles de sauvages mariés à des blanches ; d’où leur nom de bois, brûlés. Ces deux jeunes gens ont l'air vraiment 4” comme il faut; aussi ne sommes nous aucunement surpris ju ils nous disent que trois de leurs sœurs sort religieuses du Bon Pasteur à Mont. réal.

Un dernier hourra, une dernière fusillade, et nous voguons en chantant vers le Mont Roberval qui nous apparaît dans le lointain enflammé des derniers feux de l’astre du jour. Bientôt, le sourd

| mugissement de la chûte nous avertit que nous |approchons ; et de fait nous en traversons les

vagues écumantes pour aller mettre à terre de l’autre côté, au pied même du Mont.

—Monsieur le Ministre, les colons de ia Man.

tawa n'ont pu hier fêter votre arrivée au milieu d'eux, à cause du mauvais temps. La partie est remise à ce soir. Il vous prient par ma bouche

d'accepter leurs compliments de bienvenue,etde À vouloir bien venir vous-même donner le signal L' des réjouissances en allumant le feu de joie qu’ils ° ont préparé en votre honneur. à

{| Ces paroles adressées par Messire Brassard à A, x l'Honorable M. Archambeault au moment où 3 | nous nous levions de table mit tout le monde en plus belle humeur que jamais.

—- Des discours, nous allons avoir des discours, s’écrie en gambadant mon spirituel ami, l'avocat, qui dans ces circonstances devient d’un mutisme décourageant pour le public.

—Hélas oui, lui répondis-je, comme en pleine civilisation.

— Voyez, rien ne manquera aux orateurs, ni les dames, ni un perron élevé. ni de franches

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sympathies, pas même un journaliste pour eribellir leurs improvisationsdans son compte-rendu.

Pendant ce temps, nous suivions M. le Ministre qui s'avançait avec dignité vers le bücher, une torche à la main.

—Eh ! mais l'auditoire où le prenez-vous,reprit mon compagnon ? ;

—Bah ! qu’à cela ne tienne. Il y aura bien là au moins quatre à cinq colons pour les besoins de la phrase. Quant au reste, les hommes de la ferme, nos propres engagés, et nous mêmes, chacun notre tour, ne pouvons-nous pas former une assistance distinguée par le choix sinon par le chiffre ?

J'achevais à peine cette simple observation que la flamme montait en crépitant et avec un bruit

; sourd le long des sapins et du bûcher élevés sur L une pointe de roc, en face du manoir. De longs cris de joie, une fusillade bien nourrie et un | coup de canon annonçaient en même temps aux | alentours le commencement de la fête. Le fond . de la vallée s'illumina d’une teinte rouge, et : presque aussitôt toutes les fenètres de Mont- | Roberval resplendirent du feu de mille bougies.

C'était vraiment magnifique que cette explosion

soudaine de réjouisances en pleine forêt. Puis,

par intervalles, toutes ces clameursse taisaient, et alors on entendait la grande voix de la cataracte qui montait le long du rocher et mêlait sa note puissante et profonde aux bruits: de la fête humaine.

Le chasseur solitaire qui, ce soir-là, dressa sa tente dans les environs de Mont-Roberval dut croire à l'existence de ces palais enchantés dont les contes de fée nous racontent les merveilles.

Mais, les gens se sont groupés autour du perron habilement décoré de verdure, de drapeaux et de couronnes de fleurs; je les entends appeler M. le Ministre ; ils veulent un discours. Mon ami, l'avocat, avait raison ; nous allons probablement tous y passer. Tant mieux pour ceux qui, comme moi du comme lui, auront eu le temps de préparer en cachette leur improvisation.

Ce que tous nous avons dit de bonnes choses peut plus facilement s'imaginer que se répéter. De fait, je m'étais trompé sur l’auditoire, car nous avions réellement devant nous au moins une trentaine de véritables colons. On comprend

notre enthousiasme et le délire de la foule. Si tous ces braves gens sont condamnés pour longtemps peut-être à ne pas entendre de discours électoraux, ils ont eu compensation ce soir-là, car

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nous avons fait en moyenne un discours par auditeur. Chacun s’est surpassé.

Des pensées et surtout des vœux sur l'avenir de la colonisation de la Mantawa. des hommages à l'esprit d'énergie des premiers colons, des éloges chaleureux aux pieux et vénérables pionniers de ces établissements, l'importance et l’actualité de la question pour notre peuple, des encouragements officiels ou sympathiques.—c’est très beau sur le moment et pour le discoureur et pour l'auditeur, mais rien ne prête aussi peu à la narration. Lorsqu'on s’est épuisé, comme je viens de le faire, à prodiguer à cette partie notable de la fête, les adjectifs les plus riches de mon recueil, on n’en a pas moins sur les bras un compte-rendu dont on ne sait que faire, à la distance où je suis de mon journal. J’en prends froidement mon parti, et je me fais grâce de mes notes, quoiqu’elles me paraissent les plus com-

plètes, les plus patriotiques et les plus spirituelles qu’on ait jamais faites.

Lecteur, consvie-toi.

C'est la coutume dans nos opulentes cités de se lever tard le lendemain d’une fête publique ; il n’en fut pas ainsi à Mont-Roberval le matin du 10 septembre 1869, et si le soleil fut plus matineux que nous, c’est uniquement parce qu'il avait davantage à faire. La nuit dans ce pays quitte à regret les vallées, et l’astre du jour a plus d’un | voile brumeux, nuage de poussière nacrée, à xfpercer avant que de se mirer d Eaux endormies des lacs.

Tout est bruit et activité dans le manoir.

Les hommes vont et viennent ; chacun passe en revue les articles dont il est chargé ; M Provost se multiplie pour donner ses ordres, et de ma fenêtre je vois nos engagés encombrer une voiture de paquets, de sacs, d'avirons et de fusils. Le bon M. Brassar£ veille à ce que rien ne manque, et à notre tour nous sommes ‘priés de vêtir notre costume des bois, de ne garder que l’indispensable et de donner le reste aux engagés qui partent sous le commandement du fidèle || Pigeon.

D = mn

Le déjeuner fut copieux, gai et cordial ; nous allâmes faire une dernière prière à la Chapelle de Notre-Dame-de-Bonsecours, puis nous nous séparons de notre vénérable hôte et de son digne Intendant; nous arrêtons en passant dire adieu aux MM. Brassard ei à Mme Brassard, charmante et intrépide jeune femme, elksnous nous rendons à pied au pont flottant où nous attend le canot.

Quelle belle matinée il fait ! Nous nous réjouissons de cet augure favorable, car la prochaine

| mai Tera 68 -à-cent

milles d’ici, et cela prendra huit grandes journées de marche pour nous y rendre.

Voilà nos hommes, voilà notre rabaska. Nos hommes s'appellent respectivement Jetté, Man deville, Aubin et Pigeon, leur chéf. J'élève ici un

k monument plus dur que Vairain-à leur mémoire,

La

: Notre rabaska est un magnifique canot d'écorce D portant dix avirons et trente pièces, c'est-à-dire

“ près de 3,000 livres. Nous le devons à l’obligeance À de la maison Hall et à la politesse de notre digne : ami, Monsieur Julien, qui nous a dépéché quatre È de ses hommes pour nous accompagner jusqu’au E lac Bourget et revenir ensuite avec le canot. Ils =sont sous les ordres d’un grand gaillard qu’on Lappelle Nol Seigneur.

Gréer un canot ne demande pas peu d’expé-

rience, car l'extrême légèreté de ces embarcations Lu rend l'équilibre difficile à établir. Onnele dirait pourtant pas à la rapidité avec laquelle Pigeon | commande le chargement et dispose les pièces. L ( Pendant que notre lourd bagage disparait dans les flancs du rabaska, nous sommes re- Loc joints par Messire Brassard et M. Maynard, qui p viennent nous donner une dernière poignée de C main, et par M. G. Baby et M. Leprohon, notre D n pauvre Docteur forcé de vebrousser chemin. Ils | n espèrent tous deux aller coucher ce soir à l’'Ener- T'é

gie, chez M. Antoine Leprohon. Déjà, M. Hêtua EZ&--à pris les devants, et nous lui avons souhaité bor voyage de grand malin.

Enfin les derniers adi

sont faits.

— Embarque, crie Pigeon, son grand chapeau à la main.

— Embarque, répond M. Provost.

— Embarque, répétons-nous en chœur.

— Attention ! s’il vous plait, me dit-on, ou vous allez faire chavirer le canot.

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Pigeon pièces.

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— Du silence, vous autres, reprend Pigeon; je réponds de tout et de monsieur l'écrivain aussi.

Tenez, ajouta-t-il en s’adressant à moi, asseyezvous-là en face de M. le Curé et de M. le Ministre. C'est une bonne place.

Excellente, en effet, brave Pigeon; car outre cet inappréciable avantage, elle me procure le plaisir d’avoir devant moi ta figure si pleine de calme et de force. Seulement, comme nous venions de faire connaissance à peine, je ne devinais pas encore combien tu disais vrai, en me recommandant le siége que ta sollicitude m'avait

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