‹ La vallée de la Mantawa [microforme]Chapitre 15 sur 25 · FA · texte numérisé non relu

FA

En attendant que les homme portagent, M.

Archambeault jette sà ligne espérant de prendre quelque poisson pour varier le repas du soir. Je lui succède dans le charmant exercice de la pêche à la ligne, et je me convainc, pour la dix-huitième fois peut être, que si je déteste ce geñre

{ des sport, en revanche les poissons me le rendent rs

bien. Jamais, au grand jamais, pêcheur plus malheureux ou plus malhabile que moi ne s’est réncontré au bout d’un manche de ligne.

Jé le savais en prenant la place que mon honorable compagnon m'offrait, mais je n’osai le lui dire, car comme il n’avait rien pris je ne risquäis après tout que de faire comme lui. Ayant ainsi mis ma réputation à l'ombre d’un ministré et de cè frêle raisonnement, je tendis résolument üne ligne ämie aux poissons de la Mantawa qui se dorinèrent bien de garde de s’y laisser prendre.

Je l'avais prévu et n’en fus point désappointé.

Comme le portage était court, il fut rapidement franchi, et bientôt nous continuons notre course, pendant que les ombres descendent déjà dans la vallée et qu’une brise légère vient nous rafraîchir des ardeurs de la journée.

Enfin, à cinq heures et demie le canot aborde

[: ‘À une belle pointe qu'on appelle la Pointe-du-

ndre r. Je êche x-huigenre ndent plus > s'est

honole lui squais t ainsi > et de nt üne qui se rendre.

pointé.

rapides notre nt déjà it nous

aborde nte-du-

Camp, où nous mettons à terre. De l'autre côté de la rivière une assez haute montagne nous fait face en nous renvoyaut les feux du soleil qui fuit rapidement à l'horizon.

L'endroit est très-bien choisi et nous en félicitons M. Provost, notre chef d'expédition, et Pigeon son Lieutenant. Ces messieurs reçoivent nos éloges avec cette modestie qui rend la vertu si aimable. La réflexion que j'en fais divertit beaucoup notre monde, et c’est ainsi qu’en riant eten causant nous déchargeons notre rabaska qui porte maintenant le glorieux nom de l'Empereur, en souvenir de notre ban ami M. de Kéradec.

Nous l'avons baptisé ce matin au portage du Rapide-Brulé, et j'ai eu le soin de l’attester au crayon sur les bords de son élégante carène, avec les noms des illustres voyageurs, outre les jour, an et date.

Pigeon, je l'ai déjà dit, s'accupe exclusivement du soin de nos personnes; c'est lui qui fixe l'emplacement de notre tente, qui en pose les bâtons et masse ingénieusement en épais matelas les lourdes brassées de petites branches de sapin que les hommes lui apportent. Il place ensuite à la tèle nos sacs qui nous serviront d’oreillers, étend les couvertes de chacun et netermine cette inté-

ressante besogne que pour se livrer à une autre bien plus intéressante, à mon avis, celle de nous mettre la table. S'il m’eut consulté, j'aurais certainement pris la liberté de lui représenter qu'avant de faire dormir les gens on leur donne :

à souper. Mais dans la forêt, les habitudes pourraient bien différer de celles de nos demeures ; c’est pourquoi je laisse notre Pigeon à son service

et je m’informe timidement auprès du père Aubin si la cloche va bientôt nous appeler.

— Dans une minute, me répond-il. ç

En effet, sur le feu qui flambait gaiement le . : long d’un arbre renversé il tenait une poële dans laquelle grillaient en pétillant de larges tranches de lard. Plus loin, une chaudière fixée au bout d’une gaule bouillait à gros bouillons : c'était le thé.

Ainsi le père avait organisé sa coucdüusse" d'au rais bien envie de rechercher l'origine de ce mot, mais le danger de paraitre pédant me retient. J'en fis à notre chef mon sincère compliment tout en lui tendarit un petit verre d’appétit. Il prit bien l’un et avala l’autre d’un trait. Je fus également bien reçu de tous nos hommes qui, eux aussi, avaient en un clin d'œil dressé leur tente en face de la nôtre, coupé le sapin néces-

LA

utre nous s cerenter onne * pourures ; rvice

père

ent le.

e dans

nches u bout était le

r—J auce mot, retient.

oliment tit. Il

Je fus 1es qui, ssé leur 1 néces-

saire à leur couche et ramassé assez de bois sec pour entretenir le feu toute la nuit entre les deux tentes. Les uns et les :utres étaient étendus et fumaient en se reposant et en attendant le souper. Ils devaient être harrassés, car moi qui n’avais pas travaillé, je l’étais ; de même aussi leur faim devait être grande car la mienne était cruelle. Néanmoins, je n’en soufflai mot et feignis une

* stoïque indifférence.

—Vous ne soupez pas ? me dirent mes compagnons dont les mâchoires fesaient merveille.

— Si, répondis-je : mais, vous le voyez, je verse le nectar aux dieux inférieurs de notre Olympe, et je m’oublie assez volontiers dans ce service bienfaisant.

Les diches, encore un mot dont j'ai fort envie KW |

de rétablir l'orthographe et la langue, les diches

Hama dam géorant ; les pres dorées

et je trouvai le tout délicieux: “Gependant il

commençait à faire noir et le feu de la doucousse

éclairait mal notre banquet du soir. M. le Mi Minis-

tre en fit la remarque au majordome Pigeon, |

tout en le complimentant de sa table.

: —C'est vrai, dit ce dernier : mais espérez une

minute, je vais allumer le gaz. Nous autres le

Vo 98 ps

feu de la campe nous suffit, mais je comprends qu'il faut quelque chose de plus aux messieurs de la-ville.

Il s'éloigna quelques minutes, et bientôt nous le vimes revenir avec un magnifique flambeau d’écorce de bouleau. Notre restaurant futilluminé a giorno, c'est-à dire que nous y voyons comme en plein midi. |

Les engagés de leur côté ne réstaient pas D | inactifs. Le Benedicite dit, chacun avait pris la | position qui lui plaisait, et mangeait sous le poucé à la lueur du feu de la cuisine, Pigeon et le père Aubin ne commencëérent leurs repas

qu'après avoir servi les autres.’

La flamme du bouleau éclaire d’une étrange lueur le pied des grands arbres, nos deux tentes, et tous ces hommes qui ont pris pour se reposer,

. causer et fumer, les poses les plus pittoresques. Quelques lignes du tableau se trouvent en pleine lumière, tandis que d’autres se dessinent vague-

ment dans la masse d'ombres épaisses que nous

renvoie la forêt. Les ondes noires de la Mantawa

nds | qui coule à côté reflète notre campement et en. urs | achève le fini en lui donnant pour fond la voûte céleste où brillent le croissant argenté dé la lune ous et quelques étoiles.

eau 1 A part ce bruit intermittent de paroles qui niné n’ont pas d’écho sous la feuillée des bois, le calme nme | le plus profond règne de toutes parts. De temps | à autre, un poisson qui saute ou le cri de la pas 7 chouette trouble seul ce repos solennel de la is la | (nature et tire de sa rêverie profonde l’homme 8 le | des villes qui se trouve pour la première fois en

geon D présence de ce sublime spectacle.

repas | Je ne suis point poète ni n’ai la moindre estime

pour cette paresse de l'esprit et des sens qu’on appelle mélancolie : mais, j’avouerai que la grandeur imposante des œuvres de Dieu, aperçue dans un bon moment de l’âme et loin des hommes, émeut délicieusement et ravit tout l'être. On

range | revient à soi de cetle méditation, meilleur qu'on entes, ne l'était, comme si l'on sortait de prier.

poser, J'ai toujours pensé que nos immenses solitudes

sques. américaines devaient produire sur l'esprit de

pleine l’homme la même et salutaire impression. que la

vague- vue de l'océan.

e nous Nous ne cessions, mes compagnons et moi,

anita wa d'admirer la beauté majestueuse de cette première

nuit passée en plein air. Bientôt, cependant, la conversation länguit avec notre feu, la plupart des hommes ont déjà ébauché un premier somme, et nous décidons d’en faire autant. Notre missionnaire récite la prière du soir, à laquelle tous répondent, puis on se retire chacun sous sa tente, comme Achille, avec cette différence que nous c'est pour y dorinir.

—Ah ! Pigeon, que ce lit de branches est bon. et que la chaleur de ton feu pétillant est douce à nos pieds!

Je défie le plus acharné dormeur de se lever tard dans la forêt, comme je défie semblablement l'homme le plus éveillé de ne pas s'y coucher tôt. Ce qu’il y a de singulier, c'est que l'habitude

s’en prend toute seule. On s'endort de bonne heure et on quitte sa tente de même, de la façon la plus naturelle du monde. Il semble qu’il n’en puisse être autrement, ni qu’on ait jamais agi différemment. Ainsi donc, lecteur, ne t’étonne point si, après ce simple préambule, je te dis que

durant toute notre expédition au pays de la

it, la upart mme, mis- > tous tente,

nous

t bon.

Juce à

à lever lement

bonne a façon

les huit heures et demie du soir, et levé pas plus tard que vers les cinq heures et demie du matin. Or, comme ici la fatigue et l’appétit règlent la longueur des nuils, j'ajouterai que mes nuits n'étaient pas les plus longues. Juge ainsi des honneurs que nous rendions au nocturne el assoupissant Morphée.

Lorsque je sortis de ma tente, Pigeon était sur pied : lui et le père Aubin avaient mis la soupe au feu une grosse heure avant le lever du soleil, et armés chacun d’une diche ou écuelle ils nous attendaient à la porte de notre gîte pour nous offrir le bouillon du matin. M. Martel y reconnut le goût de la perdrix qu'il avait tuée, M. le Ministre celui du poisson qu’il avait pris, et moi je lui trouvai tous les meilleurs goûts du monde.

Rarement cuisine n2 fut d’ailleurs autant vantée que celle de notre Gilbert. Je remarquai tout d’abord l’heureux effet de nos paroles, et je résolus dès ce moment d'entretenir en lui le feu qu’elles allumaient et auquel il se brûlait encore plus qu’à celui qui fesait bouillir sa marmite. On conçoit qu’il n’en fallut pas d'avantage pour me mettre dans ses bonnes grâces.

Mantawa, je me suis invariablement couché sur

Notre toilette est bientôt faite au bord de la rivière qui ne permet guère en cet endroit d'y prendre le bain matinal, et nous déjeunons des viandes succulentes dont tout-à-l’heure nous avons tant savouré le bouillon. Comme nous manquons de cuillers pour manger la soupe, le père Aubin nous en fabrique de très-ingénieuses avec de l'écorce tendre de bouleau. J'ai précieusement conservé la mienne : ce sera la première pièce du musée que je me propose de fonder en concurrence avec mon excellent ami *** de Joliette. |

Durant la nuit, Peau de la Mantawa a monté de plus d’un pied et le courant passe âvec rapi. dité dans les branches des aulnes qu'il plie devant lui. ;

— Pigeon, quel temps allons-nous avoir aujourd’hui ? | . —Le même qu’'hier, Monsieur. Voyez ces gros b de brume qui montent peu à peu au-dessus du “büis : c’est un signe de beau temps. ;

Il disait vrai, une autre splendide journée se préparait,

103 qu

d de la oit d'y fe eunons XXXVI 4 re nous | Î ssvous Nous levons le camp de bonne heure, nous A oupe, le remettons l'Empereur sur le ventre, on le charge À | 4 snieuses rapidement et nous partons en chantant. h 4 précieu- Je jetai un dernier regard sur ce coin de la. (4 | remière forêt que nous avions animé un instant de notre: f | >nder en vie et de nos paroles. Les poteaux isolés des deux b: *** de tentes, la marque distinc!: du lit de chacun sur |

ces légers tertres de branches de sapin, ça et 1à } 4 a monté des débris de caisse, C: la cendre et un petit filet vec rapi- de fumée bleuâtre qui monts encore en se torwil plie dant à travers le feuillage, un gros tronc d'arbre

noirci par le feu de notre cuisine, c’est-à-dire Fi ir aujour- quelques ruines, voilà tout ce qui indiquera au | k |

chasseur que des hommes ont passé par là. C’est oyez Lab bien l’image de la vie. il eu à peu D bi de beau L :

ournée se

Le pays que nous traversons sur notre droite |}! s'étend à perte de vue ; pas la moindre montagne | pour en varier la monotonie des lignes. Les plus

belles espèces de bois de haute futaie garnissent les bords de la rivière, et tout nous indique que le sol est de la meilleure qualité.

Page 1