LA VAI.I.KK
un terrain si favorable que c'est à peine s'il a besoin, de temps ;\ autre, de légères réparations. A un certain endroit, isolé, éloigné à une assez grande distance de toute liabitation, vous débouchez tout à coup, au sortir des défrichements, sur une maison d'excellente apparence qui i)orte une enseigne de cordonnier. Cela vous paraîtra un peu énigmatique, mais donnez-vous la peine d'entrer. La femme du logis vous offrira une bonne tasse de lait ou d'eau puisée à la source voisine, et l'homme, tout en étirant sa babiche à la longueur de ses bras, vous racontera son arrivée dans le pays trois ans auparavant et tout ce qu'il y a vu de nouveau depuis lors. Ce cordonnier du bon Lafontaine se rend tous les dimanches à Causapscal, où les habitants de tout le pays d'alentour lui apportent leurs chaussures à réparer et lui donnent de nouvelles commandes, s'il y a lieu. Yernier, tel est son nom, apporte avec lui les chaussures, exécute les commandes nouvelles et rapporte le tout à Causapscal le dimanche suivant. Tout cela se passe sans que les journaux en aient jamais parlé, snns que Yernier ait fait paraître la moindre annonce et sans qu'il ait été obligé de proclamer dans ■ des colonnes quelconques qu'il est le premier cordonnier du pays.
A un autre endroit vous passerez sous l'inscription peinte en grandes lettres sur une planche horizontale que soutiennent deux poteaux élevés, et qui indique que vous êtes là exactement au milieu de la route jadis si belle, et aujourd'hui quelque peu brisée, en certains passages, par les lourds chaiTois qui transportaient matériel .et provisions, lors de la construction de l'Intercolonial. Cette route, c'est le fameux " chemin Matapédia ", que j'ai déjà signalé à phisieurs reprises et qui revient, à chaque
Ph P o o
DE LA MATAPEDIA
occasion, sous ma plume, sans doute pour qu'il ne me soit pas permis d'oublier les agréables impressions que j'ai ressenties en le parcourant. ,
En arrivant à Ilumqui on remarque une activité et un mouvement de grand centre dont on avait quelque peu perdu l'habitude au milieu des terres nouvelles. Il y a là un village considérable et une population nombreuse, de grands magasins, des industries, des moulins et des particuliers qui exploitent le bois, en sus des établissements de la maison Priée.*
Le chemin qui conduit de Humqui à Cedar Hall, huit milles plus loin, rappelle absolument, dans tous ses* aspects, celui que nous venons de parcourir. C'est la même admirable campagne, la même activité et le même progrès dans les défrichements. On voit que tout le monde s'occupe, veut aller de l'avant et a une foi désormais acquise dans l'avenir de la belle et fertile vallée. îTous apprenons, chemin faisant, que des arpentages viennent d'être décidés pour les cantons de Lepage, Humqui, Causapscal et Métélick, ce dont nous félicitons vivement le département des Terres Publiques, et quelque peu aussi les colons cpii ne sauraient y être indifférents.
I^ous atteignons Cedar Hall, qui occupe le milieu à peu près entre Humqui et Sayabec.
Cedar Tlall est le (iiiarticr-gonéral de la mairioii King, qui y a établi ses scieries. C'est un endroit qui a pris, depuis quelques années, une importance majeure. A vrai dire, cet endroit, dont le nom de paroisse est Saint- Pierredu-Lac, ne date que d'une quinzaine d'années, et, cependant, on y compte déjà plus de 800 communiants. L'agent des terres, M. Michaud, a débuté à Cedar Hall, comme chef de gare, précisément à cette époque : " Il n'y avait alors ici, me dit-il, que la station de l' Intercolonial, deux ou trois cabanes dans le voisinage et autant de camps à deux milles plus loin environ." Aujourd'hui, tous les lots sont pris et en plein rapport. Trois rangs seulement composent la paroisse de Cedar Ilall ; le troisième, qui n'est que partiellement défriché, est le plus fertile des trois.
L'insuffisance des arpentages a aussi retardé ici la colonisation. En arrière des trois rangs de Cedar Hall se trouvent les cantons adjacents de Xemtaye et d' Awantjish. On vient de commencer un chemin pour communiquer jusqu'à ITemtaye ; un mille de ce chemin est maintenant complété, et le reste ne tardera pas à l'être, parce que les colons n'ont plus ni la patience ni le loisir d'attendre qu'ils avaient dans le bon vieux temps du pays, qui rappelle joliment celui du roi Dagobert. L'ancienne chapelle du lieu a été convertie en un presbytère qu'habite M. le curé Briand, charmant homme très heureux d'avoir une aussi jolie cure et recevant avec une courtoisie aimable les visiteurs distingués que le bonheur des temps appelle dans ces parages.
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