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La colonisation ayant été, pendant de longues années, si étrangement organisée et conduite dans notre province, ses méthodes ayant été si peu comprises, elle-même si détournée de ses fins et dénaturée au point de n'être, dans bien des cas, qu'un instrument aux mains des spéculateurs politiques, on a négligé de donner sa pleine et entière efficacité au seul mo^'en qui aurait pu arrêter le dépeuplement de nos vieilles paroisses, en fournissant aux colons toutes les facilités de parvenir aux domaines encore vierges de la couronne et de s'y établir. Ceux des nôtres qui, de découragement, abandonnaient les anciennes demeures familiales, pour aller chercher leur subsistance
aux Etats-Uui.s, ne conniiissaient pas les richesses que renfermait le plateau intérieur des Alléghanys, et, les eussent-ils connues, que cela n'aurait été pour eux d'aucvine utilité, puisqu'il n'y avait aucun chemin qui conduisît à travers la chaîne de montagnes et qu'ils n'eussent pu en frayer un eux-mêmes.
Mais notre province, qui occupe dans la confédération canadienne une position incomparable, n'a guère été connue jusqu'à nos jours, même de nos propres nationaux, et ne commence-t-elle à l'être que vaguement par les étrangers. L'étude géographique en a été déplorablement négligée, les explorations méthodiques ont fait défaut ; les gouvernements, quels qu'ils fussent, n'ont pas semblé comprendre un seul instant la valeur et la portée de travaux qui eussent dévoilé tout ce que notre sqI recèle de richesses inexploitées, et quels larges champs il peut > offrir de toutes parts à une vigoureuse et saine émigration ; mais aujourd'hui, heureusement, un grand effort va être tenté dans ce sens ; on a enfin ouvert les yeux sur la nécessité absolue de faire une publicité sérieuse qui vulgarise les notions indispensables sur notre pays, et le département de l'Agriculture et de la Colonisation commence, dès maintenant, la publication d'une série de brochures substantielles, consacrées chacune à l'une des régions fertiles de la province.
En outre, des circonstances d'une importance extrême, comme la construction du chemin de fer Atlantique et Lac Supérieur et celle du chemin de Témiscouata à !N[atapédia, ne vont pas tarder à porter leurs fruits.
L'attention du public va être irrésistiblement attirée vers la portion du pays dont nous traitons en ce moment ; sans doute il va en résulter un fort courant d'émigration,
DE LA MATAPEDIA
soit de nos vieilles paroisses, soit de l'étranger, soit même de quelques-uns des centres canadiens des Etats-Unis, vers lesquels se portent incessamment nos regards, que notre sollicitude n'abandonnera jamais et dont nous ne cesserons jamais de désirer le retour au foyer national.
La vallée de la Matapédia, comme nous l'avons dit ci-dessus, comprend une superficie d'environ 1300 milles. En y ajoutant la région do Témiscouata, qui l'avoisine immédiatement et qui se développe sur une étendue de deux mille trois cent milles, on p^ut dire que cette importante fraction de notre pays forme une région agricole, remarquablement fertile, d'à peu près 3600 milles en superficie.
En ligne droite, la distance entre le lac Témiscouata et l'embouchure de la Matapédia est de 80 milles. On remarquera qu'une ligne droite, tirée entre ces deux points, passe en grande partie sur le territoire du Nouveau- Brunswick, mais ce n'est pas là être en pays étranger, et les conditions de tenure des terres sont à peu près les mêriies dans cette province et dans la nôtre. Au reste, les Canadiens-français semblent être chez eux dans toute la zone limitrophe entre leur province, d'un côté, et, de l'autre, le îsTou veau-Bruns wick et l'Etat du Maine.
Dans les chiflTres que nous venons d'indiquer, relativement à la région du Témiscouata, nous sommes restés entièrement dans la province de Québec, et nous avons calculé l'étendue de cette région dans les limites comprises entre le lac Témiscouata à l'ouest, la frontière de
lO LA VALLKK
la province au sud, les premiers cuiitons des comtés de Témiscouata et do Rimouski au nord, enfiu le bassin proprement dit de la Matapédia à Test. Cela nous donne, comme on vient de le voir, une superficie de 2,300 milles carrés, dont la quantité de terre aralde a été évaluée par un arpenteur à un peu plus de 1,300,000 acres et peut nourrir à l'aise une population de 200,000 agriculteurs.
Lorsqu'on pénètre dans les dernières concessions de la seigneurie de Rimouski, on se trouve au milieu d'un pays extrêmement accidenté, où le chemin consiste en montées et en descentes presque ininterrompues, sans que l'œil aperçoive, aussi loin que la vue peut s'étendre, aucune succession de montagnes, mais seulement des monts isolés et des soulèvements du sol plus ou moins accusés. La chaîne des Alleghanys a subi en cet endroit une dépression prolongée et s'est affaissée, comme pour ouvrir un passage à la vallée de la Matapédia et offrir une route naturelle entre les deux provinces de Québec et du JN^ouveau-Brunswick.
En arrivant au village de Saint-Donat, les collines s'éloignent peu à peu et l'on entre dans une vallée ou l'horizon s'élargit et où l'espace redevient libre. On remarque que, de tous côtés, les terres semblent produire abondamment, et l'on constate une égalité d'aisance qui répand comme un parfum de bonne habitation surtout le parcours du chemin.
On continue, et après avoir fait environ neuf milles de plus, on voit se dessiner devant soi, sur les bords de la
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