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rivière Métis, la pittoresque et gracieuse paroisse de Sainte-Angèle, qui est le joj^au de cette contrée et qui doit à sa position géograpliique d'être comme un centre d'où la colonisation ra^'onne dans toutes les directions. Sainte- Angèle, en efiet, située sur la rivière Métis, à sept milles d'une station de l'Intercolonial, celle de Ste-Flavie, s'ouvre, d'un côté, sur le chemin Matapédia, qui va de Sainte-Flavie à la Baie des Chaleurs, et de l'autre, sur un chemin nouveau, ouvert il y a cinq ans, qui suit le cours de la rivière Métis et aboutit au grand lac de ce nom, vingt-et-un milles plus loin. Partout le sol est couvert d'une riche moisson ; les épis sont longs et chargés de grains ; les champs d'avoine et de blé riv^alisent avec les prairies couvertes de foin, et l'on reste étonné de ce spectacle dans un endroit où l'on croyait naturellement que la civilisation avait à peine pénétré.
Qu'on se détrompe. Cette paroisse, toute jeune encore de Sainte-Angèle, a été fondée par un noyau des hommes les plus actifs et les plus énergiques des paroisses riveraines du Saint-Laurent. Plutôt que d'émigrer aux Etats- Unis, ces vaillants résolurent de tout essayer d'abord sur le sol de leurs pères, et ils se sont enfoncés hardiment dans le cœur de l'épaisse forêt. Aussi n'ont-ils pas tardé à fonder un établissement prospère. Il n'\^ a pas moins d'une quarantaine de " moissonneuses " en usage aujourd'hui dans Sainte-Angèle, sans compter les autres instruments aratoires, et cela parmi une population qui, il y a trente-cinq ans à peine, lors de son arrivée sur les lieux, était sans ressources aucunes et dispersée ça et là, au choix de ses membres, sur les bords de la rivière Métis.
Dans ce toinp-là, le grand cheiiiiu de Matapédia, qui a ouvert à ragriculture toute la vallée de ce noni, n'était pas encore commencé, puisqu'il ne date que de 1863. Aujourd'hui, il est bondé d'établissements sur presque tout son parcours et, depuis Sainte-Flavie qui, à cette époque, constituait à peu près la limite des établissements, usqu'au canton de Ristigouclie, à l'entrée de la Baie des Chaleurs, il offre une longue et belle voie de communication qui a fait plus, pour le développement de cette contrée, que le chemin de fer '' Intercolonial " lui-même.
"Non seulement le chemin de Matapédia n'était pas ouvert, il y a trente-cinq ans, (c'était une grande voie qui devait devancer la colonisation) mais encore, et à plus forte raison, n'y avait-il de chemin d'aucune espèce, à peine même un sentier rudimentaire conduisant du littoral du fleuve à l'intérieur. Ceux qui amenaient jf-vec eux cheval et voiture étaient obligés de les traverser, lorsque les rivières étaient trop profondes, sur des planches mises en travers de deux canots.
Ils allaient à l'aventure, choisissant comme ils pouvaient les meilleures terres, suivant les indices extérieurs ; ils s'établissaient, sans songer aux peines, aux labeurs et aux difficultés de l'avenir, là où ils avaient fait leur choix, loin de toute communication, de tout secours et souvent aussi sans perspective définie devant eux.
Vers 1830,1e gouvernement canadien, voulant rattacher la Baie des Chaleurs au reste de' la province et ouvrir un passage par terre avec les provinces maritimes, fit faire
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une exploration de la vallée de la Matapédia, dans le but d'y pratiquer le chemin projeté. Ce chemin auquel on donna le nom de Kempt, en l'honneur d'un gouverneur anglais, partait de Métis et devait aboutir à la llistigouche. Fait à la hâte, mal nivelé, grossiiîrement découpé dans un terrain souvent rempli d'accidents, ce chemin ne donna pas les résultats qu'on aurait pu attendre, en raison de son extrême utilité et de son importance.
Une nouvelle exploration fut alors décidée et confiée à M. G. F. Baillargé, plus tard sous-ministre des travaux publics à Ottawa, lorsque la confédération des provinces anglaises de l'Amérique du Xord eût été accomplie. Guidé par un homme habile, M. Malcolm Fraser, établi depuis un certain nombre d'années dans la vallée de la Matapédia, M. Baillargé ne fut pas longtemps à trouver un passage plus facile que celui du chemin Kempt et à mettre à exécution l'entreprise dont on l'avait chargé. Commencée en 1862, la construction du nouveau chemin, qui partait de Sainte-Flavie et aboutissait à la tête de la Baie des Chaleurs, fut menée activement. On évita avec soin toutes les élévations du terrain, et l'on peut dire que, sur une longueur de cent milles environ que ce chemin parcourt, c'est à peine s'il présente quelques pentes, du reste très douces, quoiqu'en certains endroits les travaux aient été très difficiles à effectuer et aient coûté au delà de quatre cents dollars l'arpent.
Jusqu'à l'ouverture du chemin de fer Intercolonial, laquelle eut lieu en 1874, le chemin de la Matapédia,
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l'un des jikis beaux qui aient jamais ét6 faits dans la province, avait joui d'une réputation proverbiale. C'était la grande route par où passaient les malles et les voyageurs allant d'une province à l'autre, et l'on y voyait une circulation presque incessante, quoiqu'il n'y eût encore que de rares habitations sur son parcours. La construction de " l'Intercolonial " avait été en grande partie la cause de cette activité, le chemin de la Matapédia lui étant devenu absolument indispensable pour le transport du matériel, de tous les objets et de tous les hommes nécessaires à l'établissement de cette voie ferrée.
On pouvait compter alors les habitations qui apparaissaient, à de longs intervalles, dans la moitié supérieure de la vallée. \ A vingt milles de Sainte-Flavie, on trouvait Malcolm Fraser, seul, là où s'élève aujourd'hui la paroisse de Saint-Moïse. Sept milles plus bas, à l'extrémité nordest du lac Matapédia, se dressait également, dans une complète solitude, la maison de Pierre Brochu, ouverte à tons les voyageurs. Aujourd'hui, l'antique maison hospitalière a fait place à un village florissant qui porte le nom de Sayabec. — De là, il fallait faire dix autres milles avant d'atteindre la plus prochaine habitation, celle de Marcel Brochu, fils du précédent ; et enfin, après avoir parcouru dix milles de plus encore, on atteignait un endroit appelé La Fourche, habité par une seule et unique famille, celle des Is^oble.
A part ces quelques habitations, échelonnées sur un aussi long parcours, on ne voyait que quelques relais de poste de distance en distance.
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La création du chemin de la ^Nfatapadia avait engage bon nombre des habitants des vieilles paroisses à venir se fixer à l'arrière du comté de Rimouski, tant il est vrai que les chemins sont la première des conditions nécessaires à toute colonisation. A l'ouverture de celui de Matapédia il faut attribuer la fondation de Saint-Moïse, paroisse qui compte actuellement cent vingt familles et qui est entrée dans la voie de la prospérité. Elle possède une station de chemin de fer, deux scieries, un moulin à farine, une fromagerie et quatre écoles. Les terres n'y sont encore cultivées que sur les deux côtés du chemin, mais elles sont reconnues pour être excellentes jusqu'à la limite des dernières concessions.
La paroisse encore embryonnaire de Sainte-Marie de Sayabec pénètre, en partie dans la seigneurie de Matapédia, en partie dans les cantons Awantysh et Matane. Elle est agréablement située sur les rives de la rivière Sayabec, à quelques arpents du lac Matapédia et de la station de l'Intercolonial. Le village renferme deux magasins, un bureau de poste, doux écoles et une chapelle érigée en 1892 et desservie par le curé de Saint-Moïse. La confection du bardeau s'y fait sur une grande échelle et donne de l'ouvrage à plusieurs centaines d'hommes.
Se développant sur une superficie de quatre-vingt milles environ — dix de profondeur sur huit de largeur — la paroisse de Sayabec est à vrai dire une vaste plaine, traversée de jolies rivières, abondant en bois de toute sorte et possédant un sol arable de première qualité. Elle communique, par un passage naturel, avee la région lointaine des lacs Métis et Patabjdia.
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Sur les bords i)ittorc3f[ucs du grand lac Matapédia on voit se dessiner la belle paroisse de Saint-Pierre-du-Lac, établie en 1888 seulementct qui, depuis, a progressé d'une façon prodigieuse. Les grandes scieries des messieurs King y ont attiré une véritable tribu de travailleurs et de colons. On y compte déjà deux cents familles et ce nombre va sans cesse en augmentant, au point que l'on parle de fonder une nou vielle paroisse dans le voisinage, comprise, partie dans le canton Awantjsli et partie dans le canton îsTemtaye. Déjà une quarantaine de colons ont pris des lots dans ces cantons à leur portée, et ils n'attendent plus que l'ouverture d'une route pour aller s'y établir.
En continuant de descendre le chemin Matapédia on arrive à Saint-Benoît-Joseph-Labre d'Humqui, paroisse qui portait autrefois le nom de La Fourche. Plus ancienne de quelques années que sa voisine, Sayabec, cette dernière continue de progresser rapidement. Elle renferme deux cent soixante familles. La grande maison Price y emploie plusieurs centaines d'hommes à l'exploitation du bois. Comme dans les endroits que nous venons de mentionner, la terre y est remarquablement propre à la culture, et l'on y parle également de fonder une paroisse nouvelle sur les bords de la rivière HumquL
De l'autre côté de la Matapédia, sur la rive gauche, , au-dessous de Humqui, s'étend le canton de Causapscal, qui est encore une mission rattachée à Saint-Laurent de Matapédia. Depuis quelques années il s'y dirige un fort courant d'émigration de Rimouski et des Cantons de l'Est. Le défrichement y est devenu très facile, par suite des grands feux de forêt qui ont ravagé de préférence cette partie de la vallée de la Matapédia. Le sol y est aussi très fertile. On y compte une soixantaine de colons, dont
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le nombre s'accroît régulièrement par de nouvelles accessions, chaque année, dès que reprend la belle saison.
Le site de Causapscal est enchanteur, ses habitations élégantes, et les attraits et les avantages qu'il offre aux dilettanti de la pèche sont irrésistibles. Il est en effet le séjour favori d'un nombre toujours croissant desportmen, qui s'y rendent tous les étés, pour y faire la pêche au saumon que l'on trouve en abondance dans la rivière Matapédia.
La construction d'un pont pour relier les deux bords de la rivière, dans le canton Causapscal, est devenue d'une nécessité urgente.
Dix milles plus bas, également sur l'Intercolonial, se trouve Beaurivage. Ici, la colonisation n'en est encore qu'à ses débuts. Cependant, elle progresse, comme dans les autres endroits de la vallée. On y compte une quarantaine de lots plus ou moins en culture. La construction d'un pont y serait aussi extrêmement désirable; elle donnerait un grand élan aux établissements en voie de formation.
îTous suivons toujours notre route, nous traversons le canton Assametcouagan, et, de l'autre côté de la rivière, le canton Milnikek, puis nous arrivons à celui de Matapédia, où nous trouverons la paroisse de Saint- Alexis, dont la fondation et le développement offrent la page la plus intéressante qui puisse être écrite sur la colonisation de la vallée que nous sommes en train de parcourir.
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L'histoire de la colonisation, dans la vallée inférieure de la Matapédia, rappelle un de ces exodes de pèlerins des 16ème et 17ème siècles, qui ont marqué d'une si forte empreinte quelques-uns des endroits historiques du nouveau monde. Dans des conditions qui n'ont pas le caractère imposant ni la grandeur en quelque mesure épique que leur donne l'histoire, dans des conditions réduites à un tout petit cadre, mais se rattachant par plus d'un point de ressemblance au débarquement des pèlerins de la May Flower sur le rivage du Massachussetts, a commencé, grandi et s'est fortifiée avec le temps la petite colonie primitive qui a jeté les premières fondations sur la rivière Matapédia, à l'endroit où ses eaux, se mêlant avec celles de la Ristigouche, vont se perdre dans la Baie des Chaleurs.
Dans le cours de Tété de 1860, quelques hommes courageux, appartenant à la paroisse acadienne de E-ustico, située sur la côte noid de l'Ile du Prince-Edouard, étaient venus visiter les terres du canton de Matapédia, avec l'intention de s'y fixer. Ce qui avait donné lieu à ce mouvement, c'était la tenure incertaine des terres dans nie du Prince-Edouard, où prévalait encore le système des baux emphy théotiques, avec des termes variant de 20 à 99 ans, c'étaient la pauvreté relative etl'exiguité du territoire cultivable, et enfin la nécessité de se trouver de
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nouvelles demeures clans un pays où la libre tenure, l'excellence du sol et les facilités de paiement données à l'acquéreur pouvaient oflrir des motifs déterminants de départ aux hommes de volonté et d'initiative.
M. l'abbé Belcourt, missionnaire acadien à Rustico, avait donné l'impuls on à ce mouvement d'émigration et s'était d'abord assuré, pour cet objet, la réserve d'une certaine étendue de terre dans le canton Matapédia.
Réunir autant que possible les catholiques des possessions anglaises dans la province qui leur oft're la plus grande liberté pour leur religion, leur langue et leurs lois, telle était la pensée dominante de cet homme qui agissait surtout en vue d'assurer l'avenir aux hommes de sa race. Puisqu'un fort contingent des Acadiens de Rustico étaient obligés d'émigrer, naturellement ils devaient se porter vers le pays qui leur oftrait le plus de garanties pour la conservation de ce que l'homme a de plus cher au monde, sa langue et sa religion. De là au choix de l'endroit le plus immédiatement avantageux et le plus facile à atteindre, il n'y avait qu'un pas, et ce pas se trouvait franchi par l'exploration des nouveaux-venus sur les bords de la Matapédia et de la Ristigouche.
Ceux-ci, partis au nombre de douze de l'Ile du Prince- Edouard, étaient arrivés, après une heureuse traversée, à la mission de Ristigouche. Aussitôt, ils s'étaient dirigés vers le nouveau pays, objet de leurs espérances. Là, ils se divisent en deux groupes chargés, chacun, d'explorer
une i)()rtion (lifrerente de ce pays. Réunis de nouveau à leur point de départ, après quelques jours d'exploration, ils reprennent la route de la mission, emportant avec eux une petite quantité du sol canadien pour le faire voir à leurs compatriotes de Rustico. Ils avaient trouvé la contrée " de leur fantaisie," suivant leur expression. Ils donnent quelques explications au missionnaire, lui assurent qu'il verra arriver avant longtemps de nouveaux colons, et, après quelques heures de repos, mettent de nouveau à la voile et retournent à l'Ile du Prince-Edouard, où ils ont hâte d'arriver, pour donner toutes les bonnes nouvelles dont ils ont l'esprit et le cœur remplis.
Les explorateurs arrivent à Rustico sans accident. Grande nouvelle dans la paroisse. Tous s'empressent de venir rencontrer les voyageurs, de les faire parler et de se faire montrer la terre du pays lointain. Le curé se met aussitôt à l'œuvre et pousse vigoureusement à l'émigration. Mais il rencontre une forte opposition au début. Les uns disent qu'on veut envoj^er leurs parents, leurs enfants et leurs amis mourir de faim au milieu des bois du Canada. D'autres regardent la chose comme impossible. Malgré toutes les résistances, néanmoins, la persévérance du curé réussit à gagner quelques familles. De leur côté, les explorateurs font un tableau séduisant de leur voyage, de la richesse du sol et des forêts qu'ils avaient visitées. Enfin, un mouvement se détermine, et, des le mois d'octobre suivant, quatre familles et trois jeunes gens, décidés à tenter l'aventure, s'embarquent dans une goélette, à Rustico, afin de se rendre à la Matapédia, d'y hiverner et d'y commencer tout de suite les travaux de défrichement.
Au ITouveau-Brunswick, ils prennent passage sur un
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des steamers du Canada. A Dalhousie, laissant le steamer, ils montent la rivière liistigouclie sur une barge et arrivent à la mission, le 3 novembre, une dizaine de jours après leur départ.
Aussitôt ils se mettent en route pour la Alatapédia. Mais, avant de s'enfoncer dans la forêt, les hommes laissent leurs familles chez un particulier, M. Daniel Fraser, établi sur les bords de la rivière. Sans inquiétude désormais pour leurs femmes, les maris partent pour aller abattre les premiers arbres de la forêt et pour y construire des habitations provisoires. Bientôt ils ont réussi à faire une installation suffisante et ils retournent chercher leurs femmes. Celles-ci, au comble de la joie, prennent la route de leurs nouvelles demeures, et s'abritent tant bien que mal, deux familles par chantier^ les jeunes gens se confectionnant un petit logement séparé, au dehors.