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Les cantons entre lesquels le territoire de la Matapédia a été divisé, et qui ont chacun une contenance de soixante milles en moyenne, sont au nombre de onze et portent respectivement les noms d'Awantjisli, de Xemtaye, Humqui, Matalik, Milnikek, Matapédia et Patapédia sur la ligne droi^, et de Lepage, Casupscal, Assemetquagan et Ristigouche, sur hi rive gauche.
1... Benson Williams, arpenteur provincial chargé de faire une exploration officielle des cantons de Ilumqui? de Lepage et de Causapscal, vient d'adresser au commissaire des Terres Publiques des rapports très circonstanciés de sa triple exploration. Après avoir dépeint l'aspect général du pays de la Matapédia qui présente une succession uniforme, et pour ainsi dire régulière, d'ondulations,
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(le collines seml)lables a de lonorues vairues, de vallons largement ouverts, sans qu'on puisse apercevoir nulle part ni montagnes, ni rochers, ni élévation considérable, ni reliefs rocailleux, ni bas-fonds exposés à des gelées précoces, ni savanes enfin, mais seulement un pays suffisamment accidenté pour permettre un égouttement facile des eaux, un pays agréable à contempler et à parcourir, possédant un sol fertile, du bois et de l'eau en abondance, pouvant être défriché et établi à un minimum de dépenses et de travail, coupé de nombreux lacs, de cours d'eau flottables et très poissonneux, dont les plus considérables sont la rivière Humqui et la rivière Causapscal, M. Benson Williams termine son étude par des observations générales, mais très précises, dont nous croyons devoir faire les extraits qui suivent :
lo. Humqui — Le sol — " Sans exagération, le sol de ce canton est de première qualité et éminemment propre à la culture. C'est une " terre jaune," de nature plastique, exempte de roches et même de cailloux ; on n'y distingue que quelques petits fragments d'une pierre calcaire, d'une sorte de tuf, très friable, qui se désagrégerait rapidement et s'assimilerait au sol mis en état de culture. Ce sol produirait en abondance du foin, des grains et des racines fourragères ; il est d'une qualité uniforme et ne diffère que par la couleur, qui est tantôt jaune, tantôt brune, tantôt gris foncé, presque noire, correspondant respectivement aux diverses espèces de culture que l'on veut faire, certaines cultures préférant une terre jaune, d'autres une terre
brune ; mais il serait difficile de trouver nulle part
un sol dans son ensemble aussi généreux ; qu'on le parcoure lot par lot, rang après rang, on n'y trouvera jamais aucun dépôt pierreux ni rocheux, mais toujours il offre
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un niveau égal qui permet à la charrue de manœuvrer sans obstacle et de creuser tout de suite ses sillons, les feux de foret ayant en outre d'avance préparé le défrichement.
" Le climat de ce pays est de plus très favorable à l'agriculture. On n'y connaît guère les gelées précoces ; la neige tombe de bonne heure et couvre la terre avant qu'elle soit gelée, les printemps ne sont pas tardifs, et la neige, tombée en abondance, ayant préservé le sol de la gelée, le fermier est en mesure, dès que celle-ci disparaît, de faire ses semailles, contrairement à tant d'autres endroits de la province où la terre est si gelée, au printemps, qu'on est obligé d'attendre des semaines avant de pouvoir commencer à semer.
" D'après mes observations personnelles et les conversations que j'ai eues avec des gens désireux de prendre des lots dans le canton Ilumqui, les perspectives de la colonisation sont magnifiques. M. le curé attend un grand nombre de familles, au printemps, des cantons de l'Est et même du Manitoba ; je n'ai aucun doute que beaucoup de colons sérieux viendront ici et prendront des lots là où ils seront certains de pouvoir s'établir tout de suite.
" Sur les hauteurs et les versants c'est le bois franc qui domine ; dans les bas-fonds c'est le cèdre. Mais il yja absence complète de bois de commerce. Néanmoins, le colon trouvera sur n'importe quel lot tout le bois nécessaire à ses constructions et à son usage ; il n'aura 2)as à faire de défrichements et ne rencontrera quelque difficulté que dans les cédrières. Sa récolte dépassera ses besoins et il pourra en écouler le surplus par le chemin de fer, qui est à sa portée. C'e^t pourquoi je recommande instam-
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ment au gouveniemont do faire eompléter les arpentages et de mettre en vente le plus tôt pos.sible toutes les terres de ce canton."
Canton Lepaue — Le sol est ici absolument de la même nature et de la même apparence que dans Humqui, avec cet avantage de plus que les ruisseaux y sont nombreux où coule une eau douce, exceptionnellement bonne, et les espaces plus grands où le feu a détruit le bois, offrant ainsi au colon pauvre une terre défrichée d'avance, où il n'a qu'à labourer et à semer.
" Tout ce que j'ai dit du sol du canton Humqui s'applique à celui de Lepage. Je n'ai jamais vu sur les bords du Saint-Laurent de meilleure terre que celle de ce dernier canton en particulier.
Quant au bois de commerce, tel que l'épinette, je dirai, comme précédemment, qu'il n'est pas en quantité suffisante pour être exploité. Le terrain de ces cantons est surtout propre à la pousse du bois franc et du cèdre. Les feux ont passé principalement sur les hauteurs et ont laissé les fonds intacts. Là où la pousse nouvelle du bois franc tait son apparition, le colon en trouvera assez pour ses besoins domestiques ; tandis qu'avec le cëdre il pourra façonner des bardeaux, des poteaux de télégraphe, des
traverses de chemin de fer, des clôtures Quand la
nouvelle pousse aura atteint sa croissance complète, l'érable, le merisier et le bouleau abonderont ; le bouleau surtout sera d'une grosseur considérable.
En ce qui concerne le climat et les perspectives de la colonisation, je ne puis que répéter ce que j'en ai dit cidessus à propos du canton Humqui. Le plus tôt ces cantons seront ouverts à la colonisation, le mieux ce sera ; le pays y trouvera son avantage sous tous les rapports, une nombreuse population agricole pourra s'y établir et
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l'on verra s'y succéder des paroisses bien établies, où comme cela se voit dans certains autres cantons du pays, les habitations ne seront plus à des vingtaines d'arpents les unes des autres."
Casupscal — "De même que. dans les deux cantons précédents, le sol de Casupscal est une riche " terre jaune," éminemment propre à la culture du foin, des racines et de tous les grains en général. On ne saurait trop recommander ce canton au point de vue de la colonisation ; celle-ci ne peut, nulle part ailleurs, se développer avec autant davantages de sol, de climat et de facilités d'établissement, avec le moins de frais et de travail pour le colon généralement pauvre et peu en état de supporter les durs travaux du défrichement."
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A une série de questions que le département de l'Agriculture et de la Colonisation a récemment adressées à messieurs les desservants des difiérentes cures et missions de la Matapédia, ceux-ci ont fait des réponses à peu près identiques, de telle sorte qu'il est inutile de les reproduire, chacune d'elles séparément, en ce qui concerne chaque endroit indiqué. IS'ous les résumons en une seule, dans laquelle le lecteur trouvera tous les renseignements particuliers qu'il désirs avoir.
Ces questions portaient sur les articles suivants :
1*^ Le climat :
2" Le temps des semailles et de la récolte ;
3° Les céréales et légumes cultivés ;
4° Le rendement par arpent ;
5<* La valeur relative des biens des colons ;
6^ Les scieries, l'exploitation en général du bois et les profits que les colons en retirent ;
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7'^ Le marché ;
S^ Le prix des denrées ;
9° Les moyens de subsistance des (Mjlons, en délions des produits de leurs terres ;
10" La valeur des terres en partie défrichées ;
11^ Les érahlieres et la fabrication du sucre d'érable.
Toutes les réponses à ces différentes questions affirment avec uniformité, conformément à une déclaration faite par réminent arpenteur Alexander Russel, après une expérience de plusieurs années consécutives ; 1° Que le climat de la Matapédia est de dix à douze degrés plus doux que celui de Québec.
2o Les semailles ont lieu au mois de mai et les gelées sont moins à craindre que dans toute autre partie de la province. Les récoltes se font en septembre et en octobre.
3> Les céréales et légumes cultivés comprennent le blé, le seigle, le sarrasin, l'avoine, l'orge, les patates, les navets, les choux, les pois, etc
4^ Le rendement varie quelque peu suivant les localités, mais se maintient toujours à un chiffre remarquable, relativement aux autres régions agricoles. Ainsi le rendement moyen du blé, par arpent, est de 20 à 25 minots, celui de l'avoine et de l'orge, 40 à 45 minots, celui du seigle 25 à 30 minots, celui du sarrasin 60 minots. Les pois donnent de 30 à 35 minots par arpent, et les autres légumes rapportent dans la même proportion à peu près.
5'^ La valeur relative des biens des colons dépend, biens entendu, du degré et de l'étendue de la culture. En général, ils suivent une progression allant de cinq cent à trois mille dollars. Les terres de cent acres, habitées depuis huit à dix ans et cultivées en partie, valent de 1000 à 2000 dollars. En certains endroits, dans
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le canton Causapscal, par exemple, on trouve des propriétés, comme celle de M. Biais, qui valent §5000, celle de M. Valois, $4,500, de M. Lepage et de M. Ileppel, chacune $4000.00.
Ajoutons que dans presque toutes les parties de la vallée le sol est drainé naturellement et qu'il n'existe pas de région oî( le travail du colon soit plus facile.
Le prix des terres vendues par le gouvernement est de vingt centins l'acre.
Grâce au chemin de fer Intercolonial, les colons ont aisément et régulièrement accès aux marchés de Québec et des provinces maritimes.
6° Les forêts, très étendues, très productives, sont exploitées surtout par deux grandes maisons de commerce, la maison King et la maison Price, qui emploient des centaines de bras chacune, sans compter des exploitations particulières, moins importantes, mais tout de même fort avantageuses pour les colons qui y trouvent de l'emj ploi constamment, s'ils le veulent, en dehors de l'époque des semailles et de la récolte.
Cela suppose naturellement l'existence de " chantiers " et de scieries, pour l'exploitation sur place. Tous ceux qui veulent y prendre part sont à même de le faire. Aussi, le colon n'a-t-il jamais de morte saison et les " chantiers " l'attendent, pour l'aider à nourrir sa famille, quand sa terre lui a donné, pour l'année courante, tout ce qu'elle était en mesure de lui donner.
7' Toutes les parties habitées de la Matapédia se trouvant en communication directe et rapide avec la grande voie ferrée de l'Intercolonial, elles peuvent écouler journellement leurs produits sur tous les marchés du Domuiion.
8" Le prix des denrées est au moins aussi élevë qu'il l'est à Qnébec et, souvent même davantage, par suite de la consommation considérable qui se fait dans les *' chantiers " voisins. Le foin, par exemple, se vend généralement de 10 à 12 dollars le cent, l'orge 80 centins le minot, le blé un dollar, les pois un dollar, les patates 40 centins, ctc
90 En sus des produits de leurs terres, les colons peuvent faire de l'argent, à volonté, principalement au service des commerçants de bois.
lO'^ La valeur des terres partiellement défrichées est en moyenne de trois à quatre cents dollars.
11° Les érabliëres sont nombreuses et l'on fait du sucre suffisamment pour la consommation locale.
Ajoutons que les scieries fournissent aux cultivateurs tout le bois, planches et bardeaux, dont ils ont besoin pour leurs bâtiments, en même temps que l'entretien de rintercolonial donne de l'emploi à beaucoup d'entre eux et permet à d'autres de vendre à la ligne le bois de cëdre dont ils sont propriétaires.
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Promenade faite le long de la Matapédia, pendant la dernière quinzaine de mai, 1895,
Je voudrais sincèrement, en parlant de cette admirable vallée de la Matapédia qui est un séjour enchanteur en même temps qu'un domaine agricole incomparable, pou-
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voir me contenir dans les strictes limites de l'observation et faire nn rapport circonstancié, fidèle et nourri de faits, mais dépourvu de couleur et propre uniquement à guider les colons dans leur marche vers cette terre de Chanaan qui se trouve dans la province de Québec. Mais cela m'est aussi impossible qu'il m'a été impossible de contenir mon admiration et mon enthousiasme en parcourant les ravissantes campagnes qu'arrose ce ruban fuyant qu'on appelle la rivière Matapédia, ruban qui coule entre des bords aux aspects toujours changeants, toujours diversement pittoresques, qui se pare de tous les tons du ciel et des reflets multiples de ses rives, reflets tantôt sombres, tantôt miroitants et dorés comme une parure des champs au de la moisson. Cette rivière est féconde elle même comme les terres qu'elle baigne ; elle est animée, vivante ; elle renferme en elle des millions de vies intenses, et peut nourrir, elle seule, de ce qui naît et s'agite dans son sein, tout un peuple de colons à qui la terre serait ingrate.
Quel beau pays, quel beau pays que le nôtre, me suisje écrié cent fois en savourant ce délicieux spectacle ! Et comment se fait il que tant de ses enfants aient fui ces riantes et inépuisables campagnes, qui leur promettaient l'aisance et le bonheur, pour aller se renfermer dans les sombres usines et les ateliers homicides des Etats de la Nouvelle- Angleterre ? Hélas ! C'est là une de ces fatalités inexplicables qui se rencontrent dans la vie de chaque peuple, mais que l'on serait bien coupable de ne pas combattre dès qu'on en a découvert les causes et que les remèdes en sont à sa portée.