J,A VALLÉE
Loin de moi de vouloir faire une comparaison, même lointaine, entre la vallée de la Matapédia et les autres régions fertiles de notre province qui appellent également l'invasion et la conquête de nos colons. Non, certes ; ces sortes de comparaisons sont détestables et nuisibles ; mais, puisqu'il s'agit aujourd'hui de la vallée de la Matapédia, faisons-en simplement une rapide esquisse qui ne nuira en rien aux régions du Lac Saint- Jean, du Témiscamingue, de la Beauce, de la Rouge et de la Lièvre, réputées les plus fertiles et les plus attrayantes du pays.
On ne s'imagine pas ce que c'est que la vallée de la
Matapédia quand on ne l'a pas vue. Les rapports les plus exacts et les plus consciencieux ne sauraient revêtir
les attraits de cette région pour en charmer le lecteur.
Comme je l'ai indiqué, dans le corps de cet opuscule,
les régions réunies de la Matapédia et du Témiscouata
forment un plateau d'une étendue beaucoup plus grande
que je ne l'avais supposé d'abord, et qui ne contient pas
moins de deux millions d'acres d'un sol sans égal. Et
nulle part de côtes le long de la grande route qui suit
tout le cours de la rivière, d'une extrémité à l'autre.
Cette route est si belle, si unie, si planche que l'on dirait
une large raie de velours sur laquelle glissent les voitures
avec une allure uniforme et cadencée. Les montagnes de
la région ne sont que des coteaux élevés, d'une grande
variété d'aspects et couverts de terre végétale. La
Matapédia n'est pas un pays de montagnes, mais un pays
extrêmement mamelonné, coupé de gorges et de ravines,
et se présentant au regard comme une mer de vagues de
terre qui se déroule à l'infini vers un horizon inaccessible.
C'est à peine si, ça et là, sur tout ce long parcours, on
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découvre quelques rochers isolés, perdus dans l'océan de verdure qui les baigne. Quelles riantes campagnes ! On dirait un sourire continuel de la nature, d'une fraîcheur et d'une grâce qui se renouvelle à chaque aspect difterent. Les habitations nouvelles, qui semblent éclore inopinément sous les pas du voyageur, participent de cette fraîcheur d'aspect et du caractère général des lieux. Et il y en a beaucoup. A chaque instant, ce sont des défrichements commencés de la veille et se multipliant comme à l'envi. Ce que cette région a fait de progrès, depuis quelques années seulement, personne ne le croirait ni ne s'en douterait,parce que personne n'en a été instruit par la voie d'aucune publicité. Et maintenant, on ne saurait se lasser de le dire, dès lors qu'on l'a constaté une fois seulement ; pour l'homme qui aime son pays, c'est là un devoir qui devient une véritable jouissance, et l'on se sent heureux de remplir une tâche qui peut faire naître les plus nobles et les plus légitimes espérances pour l'avenir de notre belle province et de la race d'hommes qui s'empare, tous les jours, de son sol et le féconde de ses labeurs.
Saint- Alexis-de-Matapédia, dont le berceau a été si pauvre et si pénible, est devenu de nos jours une belle et vaste paroisse dont tous les rangs sont défrichés rapidement par les colons. Ceux-ci sont stimulés et encouragés sans relâche par le digne et intelligent curé de l'endroit, M. J.-E. Pelletier, dont le zèle ne se ralentit pas même dans les circonstances les plus défavorables. Causapscal sera