ARTHUR BUIES
LA MATAPÉDIA
QUÉBEC LÉGER Brousseau, Imprimeur-Éditeur
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DE
LA MATAPÉDIA
La vallée de la Matapédia est une belle et fertile zone qui s'étend depuis les dernières concessions des comtés de Rimouski et de Matane, dans le bas ' Saint-Laurent, jusqu'à la rivière Ristigouche qui se jette dans la Baie des Chaleurs. Celle-ci est un profond estuaire, large d'une vingtaine de milles au moins, qui sépare la partie orientale des deux provinces de Québec et du Nouveau-Brunswick, et dont les eaux vont se mêler à celles du golfe Saint- Laurent, après un cours d'une centaine de milles, à partir de l'embouchure de la Ristigouche.
Au point de vue géographique, la vallée de la Matapédia, proprement dite, se borne au territoire arrosé par la rivière de ce nom et les quelques affluents ^ui l'alimentent ; mais on lui rattache communément une grande partie de la région dite " de Témiscouata ", qui l'avoisine et à
laquelle elle se trouve si intimement liée qu'il est impossible de les séparer l'une de l'autre, pour les fins de la colonisation.
La rivière Matapédia prend sa source dans le lac du même nom, sous le 48e 40 de latitude nord. Après un parcours d'une soixantaine de milles environ, elle va se jeter dans la rivière Ristigouche. En ligne droite, on évalue à 42 milles la distance entre l'extrémité sud du lac Matapédia et l'embouchure de la rivière, au 47e 69 de latitude nord, méridien de Qreenwich.
L'étendue de territoire arrosé par elle et ses affluents est d'environ 1300 milles carrés, soit 832,000 acres. Sur ce chiffre, on compte 775 milles carrés livrés à l'industrie forestière et répartis entre divers concessionnaires qui exploitent principalement le cèdre, l'épinette blanche^ le sapin et le bouleau.
Kéduite aux proportions purement géographiques, la vallée de la Matapédia est loin d'avoir l'étendue ou l'importance dé vallées telles que celles du lac Saint-Jean, de l'Outaouais, du Saint-Maurice ou même de la Chaudière ; mais c'est une magnifique région agricole, éclose d'hier seulement à la colonisation, recherchée de plus en plus tous les jours à mesure qu'elle est connue davantage^ capable de nourrir aisément une population de trois cent mille âmes et offrant des avantages exceptionnels d'établissement. '
La vallée de la Matapédia tire en outre une bonne partie de sa valeur de sa position unique entre les deux provinces de Québec et du Xouveau-Brunswick, dont elle est en
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quelque sorte le trait d'union et l'attache indispensable. A travers son territoire passe le seul chemin qui conduit, non seulement à la province maritime que nous venons de nommer, mais encore aux établissements trës nombreux, considérables et prospères qui forment le littoral de la Baie des Chaloursjusqu'à la limite orientale d.e l'immense comté de Gaspé.
Elle est traversée, dans toute sa longaeur, par le chemin de fer intercolonial, et elle est sur le chemin de la grande route maritime et continentale qui, dans un avenir rapproché, reliera l'Atlantique aux grands lacs de l'Ouest par le port de Paspébiac, sur la Baie des Chaleurs.
Dans un avenir non moins rapproché, enfin, la vallée de la Matapédia va se trouver rattachée, en droite ligne, par un autre chemin de fer, à celui de Témiscouata, qui met en communication tout le littoral du Saint-Laurent, entre les comtés de Kamouraska et de Rimouski, avec la province du ÎTouveau-Brunswick. Ce chemin de Témiscouata n'est, à proprement parler, qu'un tronçon d'une grande ligne future qui reliera Saint-Jean, la capitale de la province néo-brunswickoise, au réseau multiple des lignes qui parcourent tout le continent américain.
La vallée de la Matapidia fait partie de cette riche zone territoriale qui s'étend, en arrière de la chaîne souvent interrompue des AUéghanys, entre les lacs Squatteck, près du grand lac Témiscouata, et l'embouchure de la Ristîgouche. Cette vaste étendue de pays, qui forme un plateau continu, dont les ondulations se suivent indéfiniment sans
jamais dépasser iin niveau uniforme, ne contient pas moins de treize cent mille acres de terre arable, d'une qualité supérieure, qui n'est surpassée dans aucune autre partie de la province. On l'assimile généralement aux plus belles parties des .cantons de l'Est, tant au point de vue du climat qu'à celui du sol, ce qui veut dire qu'on la reconnaît comme éminemment propre aux établissements agricoles, sur une échelle variée.
Cependant, aucune fraction de ce fertile territoire n'a encore été livrée à la culture, si l'on eu excepte les deux rives de la Matapidia et le voisinage immédiat des lacs dont nous venons de parler.
La colonisation n'y est pas encore parvenue ; elle a été arrêtée par la chaîne des AUéghanys, qui n'offre pas abondamment de passages faciles en arrière des paroisses riveraines de notre grand fleuve, en sorte qu'on a ignoré jusqu'à une date encore toute récente quelle était l'étendue et la valeur de ce beau domaine. Le défricheur n'y avait pas pénétré ; seul, le bûcheron y avait promené ses ravages pour le compte des marchands de bois, qui ont à peu près dépouillé toute la région de ses meilleures essences forestières. Si le colon, découragé de ne trouver qu'un sol avare dans les vallons des AUéghanys et fatigué déjà, peutêtre, d'une lutte sans espoir pour assurer la subsistance de sa famille, avait eu la force de franchir la chaîne, il se serait trouvé en présence du plateau que nous venons de sigaaler et dont le sol, partout généreux, exempt de roches, d'une culture facile, lui aurait permis de fonder
DE LA MATAPEDIA
une demeure heureuse et de mener la noble et libre vie de l'homme des* champs. — La désastreuse émigration des Canadiens aux Etats-Unis aurait pu être combattue suffisamment pour l'empêcher de devenir un véritable fléau, et nous aurions vu s'accroître proportionnellement la population et la richesse de uotre province ; mais il est temps encore d'appliquer un remëde salutaire en faisant connaître et en faisant valoir les endroits où la colonisation peut se porter avec certitude de succës et de prospérité. C'est vers ce but que tendent aujourd'hui les efforts des esprits généreux qui mettent le patriotisme dans les faits, dans l'étude et la vulgarisation des connaissances concernant chaque région en particulier, de façon à ce que défricheurs et colons, également, sachent d'avance où se diriger et quel parti ils pourront tirer promptement des endroits qu'ils auront choisis pour y créer des foyers nouveaux.
La colonisation ayant été, pendant de longues années, si étrangement organisée et conduite dans notre province, ses méthodes ayant été si peu comprises, elle-même si détournée de ses fins et dénaturée au point de n'être, ' dans bien des cas, qu'un instrument aux mains des spéculateurs politiques, on a négligé de donner sa pleitie et entière efficacité au seul moyen qui aurait pu arrêter le dépeuplement de nos vieilles paroisses, en fournissant aux colons toutes les facilités de parvenir aux domaines encore vierges de la couronne et de s'y établir. Ceux des nôtres qui, de découragement, abandonnaient les anciennes demeures familiales, pour aller chercher leur subsistance
lO LA VALLEE
aux Etats-Unis, ne connaissaient pas les richesses que renfermait le plateau intériQur des Alléghanys, et, les eussent-ils connues, que cela n'aurait été pour eux d'auc-me utilité, puisqu'il n'y avait aucun chemin qui conduisît à travers la chaîne de montagnes et qu'ils n'eussent pu en frayer un eux-mêmes.
Mais notre province, qni occupe dans la confédération canadienne une position incomparable, n'a guère été connue jusqu'à nos jours, même de nos propres nationaux, et ne commence-t-elle à l'être que vaguement par les étrangers. L'étude géographique en a été déplorablement négligée, les explorations méthodiques ont fait défaut ; les gouvernements, quels qu'ils fussent, n'ont pas semblé comprendre un seul instant la valeur et la portée de travaux qui eussent dévoilé tout ce que notre sol recèle de richesses inexploitées, et quels larges champs il peut oftrir de toutes parts à une vigoureuse et saine émigration ; mais aujourd'hui, heureusement, un grand effort va être tenté dans ce sens ; on a enfin ouvert les yeux sur la nécessité absolue de faire une publicité sérieuse qui vulgarise les notions indispensables sur notre pays, et le département de l'Agriculture et de la Colonisation commence, dès maintenant, la publication d'une série de brochures substantielles, consacrées chacune à l'une des régions fertiles de la province.
En outre, des circonstances d'une importance extrême, comme la construction du chemin de fer Atlantique et Lac Supérieur et celle du chemin de Témiscouata à Afatapédia, ne vont pas tarder à porter leurs fruits.
L'attention du public va être irrésistiblement attirée vers la portion du pays dont nous traitons en ce moment ; sans doute il va en résulter un fort courant d'émigration