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DE LA MATAPÉDIA II

soit de nos vieilles paroisses, soit de rétranger, soit même de quelques-uns des centres canadiens des Etats-Unis, vers lesquels se portent incessamment nos regards, que notre sollicitude n'abandonnera jamais et dont noi^s ne cesserons jamais de désirer le retour au foyer national.

La vallée de la Matapédia, comme nous l'avons dit ci-dessus, comprend une superficie d'environ 1300 milles. En y ajoutant la région de Témiscouata, qui l'avoisine immédiatement et qui se développe sur une étendue de deux mille trois cent milles, on pâut dire que cette importante fraction de notre pays forme une région agricole, remarquablement fertile, d'à peu près 3600 milles en superficie.

En ligne droite, la distance entre le lac Témiscouata et l'embouchure de la Matapédia est de 80 milles. On remarquera qu'une ligne droite, tirée entre ces deux points? passe en grande partie sur le territoire du Nouveau- Brunswick, mais ce n'est pas là être en pays étranger, et les conditions de tenure des terres sont à peu près les mêmes dans cette province et dans la nôtre. Au reste, les Canadiens-français semblent être chez eux dans toute la zone limitrophe entre leur province, d'un côté, et, de l'autre, le ISTou veau-Bruns wick et l'Etat du Maine.

Dans les chiffres que nous venons d'indiquer, relativement à la région du Témiscouata, nous sommes restés entièrement dans la province de Québec, et nous avons calculé *rétendue de cette région dans les limites comprises entre le lac Témiscouata à l'ouest, la frontière de

la province au sud, les premiers cantons des comtés de Tëmiseouata et de Rimouski au nord, enfin le bassin proprement dit de la Matapédia à Test. Cela nous donne, comme on vient de le voir, une superficie de 2,300 mille» carrés, dont la quantité de terre arable a été évaluée par un arpenteur à un peu plus de 1,300,000 acres et peut nourrir à Taise une population de 200,000 agriculteurs.

Lorsqu'on pénètre dans les dernières concessions de la seigneurie de Rimouski, on se trouve au milieu d'un pays extrêmement accidenté, où le chemin consiste en montées et en descentes presque ininterrompues, sans que l'œil aperçoive, aussi loin que la vue peut s'étendre,* aucune succession de montagnes, mais seulement des monts isolés et des soulèvements du sol plus ou moins accusés. La chaîne des Alléghanys a subi en cet endroit une dépression prolongée et s'est afiaissée, comme pour ouvrir un passage à la vallée de la Matapédia et offrir une route naturelle entre les deux provinces de Québec et du Nouveau-Brunswick.

En arrivant au village de Saint-Donat, les collines s'éloignent peu à peu et l'on entre dans une vallée où. l'horizon s'élargit et où l'espace redevient libre. On remarque que, de tous côtés, les terres semblent produire abondamment, et l'on constate une égalité d'aisance qui répand comme un parfum de bonne habitation sur tout le parcours du chemin.

On continue, et après avoir fait environ neuf milles de plus, on voit se dessiner devant soi, sur les bords de la

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rivière Métis, la pittoresque et gracieuse paroisse de Sainte-Angèle, qui est le joyau de cette contrée et qui doit à sa position géographique d'être comme un centre d'où la colonisation rayonne dans toutes les directions. Sainte* Angële, en efiet, située sur la rivière Métis, à sept milles d'une station de l'Intercolonial, celle de Ste-Flavie, s'ouvre, d'un côté, sur le. chemin Matapédia, qui va de Sainte-Flavie à la Baie des Chaleurs, et de l'autre, sur un chemin nouveau, ouvert il y a cinq ans, qui suit le cours de la rivière Métis et aboutit au gran d lac de ce nom vingt-et-un milles plus loin. Partout le sol est couvert d'une riche moisson ; les épis sont longs et chargés de grains ; les champs d'avoine et de blé rivalisent avec les prairies couvertes de foin, et l'on reste étonné de ce spectacle dans un endroit où. l'on croyait naturellement que la civilisation avait à peine pénétré.

Qu'on se détrompe. Cette paroisse, toute jeune encore de Sainte-Angèle, a été fondée par un noyau des hommes les plus actifs et les plus énergiques des paroisses riveraines du Saint-Laurent. Plutôt que d'émigrer aux Etats- Unis, ces vaillants résolurent de tout essayer d'abord sur le sol de leurs pères, et ils se sont enfoncés hardiment dans le cœur de l'épaisse forêt. Aussi n'ont-ils pas tardé à fonder un établissem ent prospère. Il n'y a pas moins d'une quarantaine de " moissonneuses " en usage aujourd'hui dans Sainte-Angèle, sans compter les autres instruments aratoires, et cela parmi une population qui, il y a trente-cinq ans à peine, lors de son arrivée sur les lieux, était sans ressources aucunes et dispersée çà et là, au choix de ses membres, sur les bords de la rivière Métis.

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