A VAI.I.KE
utiii^ue et absolue, il y a trois ou ([uatrâ ans k peine ; en maint endroit 1<'H deruifcres souches calcinëea ont disparu et de larges c-hnTni» s'étalent soua le regard ; ailleurs elles Bubaistent eiKure et lcur« troncs noirs, se consumant d'heure en lieure, luttent en vain, avec les vigoureux épis ([ui les itHrtii'gent et les enveloppent, pour une dernière p03<iession du sol (lui les a vus naître, qui les a nourrie et qui, maintenant, va se nourrir à son tour de leurs débris et do leurs cendres,
lïeaurivagc ny date gu^ro que do dix-huit mois et déji, il po.isède un3 station de chemin de fer auprès de laquelle s'étend, de jour en jour, le groupe naissant des habitations, Djj<\, aussi, les colons qu'elles abritent ont été menacés, comme c'crft la règle, par des spéculateurs de terrains qui prétcndeat avoir un droit antérieur au leur et leur faire payer cher le privilège de rester sur le champ défriché par eux-mêmes, après tous les travaux accomplis et tous les risques encourus. Mais il est rare que cci oiseaux do proie réussissant à autre chose qu'à inquiéter et jV molester les détenteurs du sol ; souvent ils en sont pour leurs peines et sont obligés de subir des conditions, au lien d'imposer celles qu'ils avaient rêvées-
A partir de Causapscal on a vite accompli le trajet qui mène à Humqui, un des centres les plus importants de toute la vallée. C'est là que la maison Prico conduit sa
DE LA MATAPEDIA 49
plus grande exploitation de bois, les concessions qu'elle j>068ëde dans cette partie-là seulement de la Matapedia, embrassant jasqa'à 160 milles de forêt vierge. Elle met en œuvre une grande scierie, mue par la vapeur, qui donne de l'emploi à près de trois cents bras, outre un moulin à bardeaux, sur la rivière Humqui, laquelle se décharge dans laMatapédia, à environ un mille du village. Me sera-t-il permis de dire en passant que la rivière Sumqui a le bonheur de posséder un saumon tout à fait indigène, à bec long et recourbé, qui constitue une variété exclusive, incapable de se reproduire dans d'autres eaux, et que les habitants de l'endroit n'omettent jamais de signaler, lorsqu'ils vous parlent des choses qui les intéressent le plus vivement ? Je me garderai bien de ne pas faire comme eux et de trouver puérile la mention d'un détail, tout petit qu'il soit, s'il est particulier à cette région où tout est intéressant, parce que tout y est encore dans l'en&nce, et où les moindres choses offrent un certain attrait, en raison même de leur petitesse qui les ferait écarter dédaigneusement dans les endroits plus avancés en âge et en culture.
La route qui conduit de Causapseal à Humqui offine un intérêt toujours croissant Humqui occupe rextrémîté inférieure du lac Matapédia, lequel a une longueur de 21 milles, sur une largeur très variable, comme celle de la plupart des lacs, dont tous ne possèdent pas cependant le pittoresque de celui-ci. La route dont nous parlons est l'ancien chemin Matapédia, A bien îsât à l'origine et sur
un terrain A favorable que c'est à peine s'il a besoin, de
temps à autre, de légères réparations. A un certain
endroit, isolé, éloigné à une assez grande distance de toute
habitation, vous débouchez tout à coup, au sortir des
défrichements, sur une mainon d'excellente apparence
qui porte une enseigne de cordonnier. Cela vous paraîtra
un pou énigmatique, mais donnez-vous la peine d'entrer.
I41 femme du logis vous offrira une bonne tasse de lait
ou d'eau puisée à la source voisine, et l'homme, tout en
étirant sa babiclie à la longueur de ses bras, vous racontera
son arrivée dans le pays trois ans auparavant et tout ce
qu'il y a vu de nouveau depuis lors. Ce cordonnier du
bon l^fontaine se rend tous les dimanches à Causapscal,
où les habitants de tout le pays d'alentour lui apportent
leurs chaussures à réparer et lui donnent de nouvelles
commandes, s'il y a lieu. Vernier, tel est son nom,
apporte avec lui les chaussures, exécute les commandes
nouvelles et rapporte le tout à Causapscal le dimanche
suivant. Tout cela se passe sans que les journaux en
aient jamais parlé, sans que Vernier ait fait paraître la
moindre annonce et sans qu'il ait été obligé de proclamer
dans des colonnes quelconques qu'il est le premier
cordonnier du pays.
A un autre endroit vous passerez sous l'inscription peinte eii grandes lettres sur une planche horizontale que soutiennent deux poteaux élevés, et qui indique que vous êtes là exactement au milieu de la route jadis si belle, et aujourd'hui quelque peu brisée, en certains passages, par les lourds charrois qui transportaient matériel et provisions, lors de la construction de l'Intercolonial. Cette route, c'est le fameux " chemin Matapédia", que j'ai déjà signalé à plusieurs reprises et qui revient, à chaque
occasion, sous ma plume, sans doute pour qu'il ne me soit pas permis d'oublier les agréables impressions que j'ai ressenties en le parcourant.
En arrivant à Humqui on remarque une activité et un mouvement de grand centre dont on avait quelque peu perdu l'habitude au milieu des terres nouvelles. Il y a là un village considérable et une population nombreuse, de grands magasins, des industries; des moulins et des pai ticuliers qui exploitent le bois, en sus des établissements de la maison Price.
Le chemin qui conduit de Humqui à Cedar Hall, huit milles plus loin, rappelle absolument, dans tous ses aspects, celui que nous venons de parcourir. C'est la même admirable campagne, la même activité et le même progrès dans les défrichements. On voit que tout le monde s'occupe, veut aller de l'avant et a une foi désormais acquise dans l'avenir de la belle et fertile vallée. Nous apprenons, chemin faisant, que des arpentages viennent d'être décidés pour les cantons de Lepage, Humqui, Causapscal et Métélick, ce dont nous félicitons vivement le département des Terres Publiques, et quelque peu aussi les colons qui ne sauraient y être indifférents.
. Nous atteignons Cedar Hall, qui occupe le milieu à peu près entre Humqui et Sayabec.
52 IJi VALLÉE
Ccclar Hall o^t le quartier-général de la maison King, qui y a établi bob soieriefl. C'est un endroit qui a pris, depuis quelques années, une importance majeure. A vrai dire, cet endroit, dont le nom de paroisse est Saint-Pierredu-Lac, no date que d'une quinzaine d'années, et, cependant, on y compte déjà plus de 800 communiants. L'agent des terres, M. Michaud, a débuté à Cedar Hall, comme chef de gare, précisément à cette époque : " Il n^y avait alors ici, me dit-il, que la station de l' Intercolonial, deux ou trois cabanes dans le voisinage et autant de camps à deux milles j^us loin environ." Aujourd'hui, tous les lots sont pris et en plein rapport. Trois rangs seulement composent la paroisse de Cedar Ilall ; le troisième, qui n'est que partielletaent défriché, est le plus fertile des trois.
L'insuffisance des arpentages a aussi retardé ici la colonisation. En arrière des trois rangs de Cedar Hall se trouvent les cantons adjacents de Nemtaye et d' Awantjish. On vient de commencer un chemin pour communiquer jusqu'à ITemtaye ; un mille de ce chemin est ^main tenant complété, et le reste ne tardera pas à l'être, parce que les colons n'ont plus ni la patience ni le loisir d'attendre qu'ils avaient dans le bon vieux temps du pays, qui rappelle joliment celui du roi Dagobert. L'ancienne chapelle du lieu a été convertie en un presbytère qu'habite M. le curé Briand, charmant homme très heureux d'avoir une aussi jolie cure et recevant avec une courtoisie aimable les visiteurs distingués que le bonheur des temps appelle dans ces parages.
DE LA MATAPÉDIA 53
' Neuf milles plus loin que Cedar Hall on aperçoit Sayabec, centre moins considérable que ce dernier, mais qui est parvenu néanmoins à un développement important. Là aussi l'on fait une grande exploitation de bois et la colonisation avance à pas de géant. Rien ne pourra plus désormais entraver l'impulsion donnée et de populeuses paroisses vont bientôt remplacer les colonies naissantes.
Après les faite que je viens d'exposer dans le cours de cette étude, je crois qu'il n'y a aucune raison de me résumer ; les conclusions se tirent d'elles-mêmes : nécessité d'aider par tous les moyens possibles la colonisation sérieuse et, pour cela, répandre à profusion les connaissances agricoles ; faire connaître le pays, ce qui est le meilleur moyen de le faire aimer et d'y retenir ceux que l'émigration aux Etats-Unis attire et entraîne ; diriger les colons vers les meilleures régions agricoles, ce qui ne peut s'accomplir avec discernement qu'à la suite d'études faites sur les lieux par des hommes qu'aucun préjugé, qu'aucune idée préconçue n'empêche de bien se rendre compte des choses ; avoir toujours en vue, comme objet essentiel, supérieur à toutes les considérations politiques ou autres, l'établissement du pays. Avant tout, emparons-
1 — Je ne puis malheureusement pas donner, par la photogravure, une idée ni de Causapscal ni de Sayabec, ni de Beaurivage, les vues que j'avais prises de ces différents endroits ayant été complètement détruites par un accident, lors de mon retour sur T Intercolonial.
nous du sol ; tout l'avenir de notre race est là ; soyons un peuple d'agriculteurs, et nous ne tarderons pas à devenir une nation, de simple nationalité que nous sommes encore. C'est dans la terre qu'est la force, que sont les ressources suprêmes ; c'ent par elle que tout se renouvelle et se féconde ; les habitudes et l'éducation agricoles font les races viriles ; nous avons devant nous un domaine illimité où nous pouvons croître et multiplier à l'infini ; sachons tirer parti du don magnifique que nous a fait une généreuse Providence,
Arthur Buies.