I-^ VALLEE
cî-:îcs8us. C'est une admirable contrée agricole, baignée également par la Matapidia et par la rivifere Causapscal qui débouche dans la première, à l'endroit même où s'élèvent les florissantes habitations qui formeront le village futur de la paroisse. Cette paroisse n'est encore qu'une mission, mais elle compte déjà près de 120 familles, et les défrichements se font dans toutes les directions, aussi loin que peut se porter le regard.
C'est de Causapscal particulièrement que Ton peut voir s'étendre au loin, vers l'horizon illimité, le magnifique plateau qui se termine seulement au bord du lac Témiscouata. C'est un océan de collines, de mamelons et de vallons où flottent d'épaisses forêts qui, bientôt, se convertiront en plantureuses cultures portant le bien-être et la richesse de milliers de familles.
De son côté, la rivière Causapscal, qui prend sa source à cinq milles seulement de la rivière Matane, arrose un immense espace d'une fertilité reconnue, et offre en même temps à l'industrie de nombreux pouvoirs hydrauliques. C'est une région favorisée du ciel entre toutes que cellelà. On regarde, non sans un certain étonnement, les défrichements et les établissements nouveaux se succéder presque sans interruption le long du chemin qui mène de Causapscal au canton voisin d'Humqui, situé à près de quinze milles de distance.
Ces établissements sont nés d'hier ; quelques-uns même ne datent guère que de trois à quatre ans, et déjà ils ont une apparence d'aisance, de confort, de bonne habitation qui vous laisse tout stupéfait d'un pareil spectacle au milieu d'un pays dont vous soupçonniez à peine l'existence. Ajoutez à cela le pittoresque de la nature environnante
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et la beauté d'one n^ate plus doaoe, plos aaîe, plus agréable à parcourir, je ne crains pas de le dire bardiment, que les ebeniins les mieux macadamisés de la province^ et Ton pourra se £ûre quel^^ue idée de ce que sera un jour, quand elle aura atteint son plein développement, cette régicHi où se réunissent, à la f«>îs, les attraits qui cbarment le touriste et les séductions d'un sol prêt à donner un tr*is*3r en é*:haiige de chaque sueur du colon.
Tout dernièrement il est arrivé à Causapscal quelques délégués envoyés expres:rément par des cantons de TEst pour examiner le terrain et choisir des lots d'avance dans cette région. Ces délégués ont déclaré qu'ils enverr.ûent à Causapscal une quarantaine de familles d'ici au printemps prochain, quelques-unes même dès Tautomne. Notons qu'il en est déjà arrivé, qui n'ont pas voulu attendre si longtemps et qui se sont mises immédiatement à l'œuvre, malgré l'absence d'arpentages. Le colou ne peut pas attendre l'action du gouvernement ; cette action est trop lente pour l'expansion des colonies agricoles. Il faut choisir entre l'exj^atriation volontaire aux Etats-Unis ou l'appréhension de terrains qui n'ont pas encore été délimités : le colon ne balance pas longtemps ; il reste là où il est, intrépidement, comme ilacMahon, et commenco aussitôt ses préparatifs de défrichement. On dirait que le sol canadien ne peut être conquis uniquement par la volonté et le travail ; il faut encore de l'audace et quelque chose comme du défi. Ileureusemcnt que le colon
canadien appartient h une race crhommes qui a toutes les hardiesses de Tav^enturier, unies à la patience et à la détermination du pionnier, semeur de colonies !
On peut trouver un exemple de ceci dans la manière dont les premiers colons, longtemps très disséminés, très isolés, se sont emparé du terrain dans l'ancienne seigneurie du lac Matapédia. Cette seigneurie comprend toute la ttrre autour du lac, jusqu'à trois milles de profondeur. Les anciens propriétaires ne voulaient concéder de terres à aucun prix, et ceux des colons qui s'étaient emparé de leurs lots, l'avaient fait malgré les interdictions et les sommations de déguerpir que leur avaient libéralement adressées les agents des Ecigneurs. Cependant, ils avaient longtemps vécu dans la crainte d'être dépossédés ; bon nombre d'entre eux même s'étaient découragés et étaient partis ; mais d'autres avaient donné l'exemple do l'audace et de la résistance, et cet exemple, devenu communicatif, avait fini par implanter une colonie de pionniers qui ont fait triompher enfin leur droit i\ la possession du sol qu'ils avaient rendu productif.
Aujourd'hui, les messieurs Kiug, grands commerçants, de bois, sont devenus les acquéreurs de la seigneurie du Lac; ils font une grande exploitation de bois sur cette seigneurie et, d'autre part, ils concèdent des lots facilement: aussijtoute cette contrée a-t-elle changé énormément d'aspect depuis cinq à six ans ! Elle participe de l'impulsion vigoureuse qui a été imprimée, justement depuis ce petit nombre d'années et comme sur un mot d'ordre, à toutes les régions nouvelles de la province, fait important et significatif sur lequel j'aurai à revenir plus d'une fois dans le cours de mes fructueuses pérégrinations.
N'oublions pas de noter en passant qu'à Causapscal on
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a commencé la construction d'un aqueduc et qu'une fromagerie y est déjà en pleine acti\âté. Comme toutes les autres fromageries existantes ou futures, celle-ci demande de l'aide au gouvernement, niais cette aide est indispensable dans les endroits qui ne font que s'établir et qui ont besoin qu'on soutienne leurs premiers pas.
J'ai vu les défricheurs à l'œuvre entre Beaurivage, situé à quelques milles plus bas que Causapscal, et Sayabec qui occupe l'extrémité supérieure du lac Matapidia, une distance de près de quarante milles.
Quelle activité ils déploient, quelle sorte d'âpreté, d'appétit ils mettent à s'emparer de ce beau sol qui s'abandonne et s'ouvre si aisément sous leur main, quelle émulation s'est emparée de chacun d'eux ! Si nos malheureux émigrés aux Etats-Unis pouvaient contempler une seule heure ce spectacle, ils repousseraient vite leurs velléités irréfléchies et funestes d'expatriation, et prendraient rang parmi les abatteurs de forêts. J'ai compté des centaines de lots où le sol fume encore des feux qui ont été allumés pour le débarrasser des épaisses futaies qui le couvrent, holocauste nécessaire, hélas ! qui ne manque pas de créer une impression pénible et de faire déplorer que tant de bois superbe, un des éléments de la richesse nationale, doive être sacrifié sans merci en vue d'un intérêt supérieur, celui de la production agricole et de l'établissement du pays. J'ai vu de longues séries d'habitations là où la forêt sombre régnait en maîtresse