‹ La vallée du Darror, voyages au pays çomalisChapitre 2 sur 32 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

En 1846, C.-.J. Cruttenden, agent politique de Sa Majesté Britannique à Aden, amené chez les Medjourtines, à la suite du naufrage du i(Memnon »(1), adressa à son gouvernement un rapport fort intéressant, intitulé : Report on the Mijjertheyn tribe ofSomalis inhabiting the district forming the North'East point of Africa (2) .

Deux ans plus tard, en 1848, le gouvernement français envoyait en mission, sur la côte orien-

(i) Le Memnon, commandé par le capitaine Powel, se perdit à Ras-Assir ou cap Guardafui.

(2) Transactions of the Bombay Geographical Society from may 1844 to february 1846. — Ce n'est point la seule publication consacrée à cette région par Cruttenden. En 1848, il adressait à la Société de Géographie de Bombay le rapport suivant : Memoir of the western or Edoor Tribes inhabiting the Somali coast of Nord-Est with the southern branches of family of Darood résident on the banks of Webbi-Shebeyli, commonly called the River Webbi. Lt Cruttenden, Aden 1848.

taie d'Afrique, la corvette à voiles leDucouëdic, sous les ordres du commandant Guillain. Cette expédition visitait rapidement divers ports çomalis du golfe d'Aden pour continuer ses travaux, surtout chez les Bénadirs(l).

En 1849, le capitaine S.-B. Miles séjournait quelque temps à MerAva. (Journal of the Royal Geographical Society, V, XLII. — On the neighbouroud of Bender Meraya.)

L'ouvrage de Burton, First footsteps in the East Africa^ relate le voyage de Speke on 1856, chez les Ouarsanguélis.

J'engage mes lecteurs à prendre connaissance de ce volume si plein d'attraits et des plus complets ù tous égards. Ils y verront les difficultés inouïes qu'ont eu à supporter ces explorateurs célèbres, dans leurs courageuses tentatives.

Vingt-six ans plus tard, le docteur allemand J. M. Hildebrandt, pendant une rapide excursion de vingt jours, herborisait dans les montagnes des Ouarsanguélis (2). {Ausflug von Aden in das Gebiet der , Wer-Singelli Sowalen und Besteigung der Ahl Gibirgis.)

Le major Hunter, aujourd'hui premier assistant politique à Aden, consacre dans l'ouvrage de statistique qu'il a publié sur cette ville, un chapitre

(1) On fl(^signe .sous \o nom cl<» lîônadirs lospopulntions comprises, sur la cùle urienlale, entre M'rouli et IVqualeur.

(2) Voir : Zeitschrift der Gesellchaft fur crJkunde 7M Berlin, IMT-'i.

spécial aux diverses tribus çomaiis ( Statistical account, Trûbner O").

Nous lui devons encore une grammaire de la langue çomali, tout dernièrement parue ( Bombay Education Society Press. Byculla).

En 1877, S. A. R. le prince Thomas de Savoie, duc de Gênes, commandant le Vettor Pisani, visitait les différents ports de la tribu des Medjourtines.

Enfin, en 1879, le bulletin de la Société de Géographie du Caire a publié un extrait du rapport du lieutenant-colonel Grave au colonel Stone Pacha, après son expédition sur le littoral çomali, expédition visant surtout le cap Guardafui.

L'Egypte avait en effet proposé d'établir, sur ce dangereux promontoire, un phare qui eût assuré désormais la navigation contre des dangers que de si nombreux désastres ont, depuis longtemps déjà, signalés.

Le gouvernement égyptien avait fait quelque bruit autour de ce projet, et peut-être lui était-il inspiré par des raisons politiques autrement importantes à ses yeux que la sécurité de ces parages pour les navigateurs. C'est la seule explication que je puisse trouver à l'évaluation absolument exagérée

faite par le lieutenant-colonel Grave, de la population de la Medjourtine. Cette évaluation n'avait sans doute d'autre but que de servir de prétexte au déploiement des forces que l'Egypte voulait cantonner aux abords du cap.

Telles sont, si nous y ajoutons le passage sur la côte du voyageur T. de Heuglin, en 1857, les incursions connues du monde savant qui auraient été tentées, jusqu'à ces temps derniers, dans les contrées dont nous allons parler.

En 1877 et en 1878, j'avais été amené, à deux reprises différentes, à visiter le littoral de la Medjourtine dans un but purement commercial. Toutefois, le second séjour que je fis sur divers points fut d'assez longue durée pour me permettre de recueillir des observations et des documents auxquels les Sociétés géographiques de France et de l'étranger attachèrent certain intérêt, lorsque je les publiai, à mon retour, dans un ouvrage pourtant bien imparfait : Voyage au cap des Aromates (1).

Encouragé par ces témoignages, je sollicitai, et j'obtins en 1880, du Ministère de l'Instruction publique, auquel je ne saurais trop en exprimer de reconnaissance, une mission scientifique dans les régions que j'avais déjà visitées et dans les tribus environnantes.

(1) E. Dentu, éditeur.

C'est le récit de cette nouvelle exploration que je publie aujourd'hui. Elle a été plus accidentée et moins aride que les premières; d'autre part, des études préparatoires plus sérieuses, une habitude plus grande de la langue çomali, m'ont mis à même de rapporter de ce troisième voyage un relevé complet et exact de la position géographique des points que j'ai parcourus, et .des notions fort détaillées sur les mœurs, les usages, Torigine des populations de la pointe nord-est de l'Afrique. En outre j'ai pu recueillir, au cours de cette expédition, des collections assez complètes pour donner, dans un ouvrage spécial, une idée générale de la faune et de la flore de ce pays affreux et désolé, dans lequel le seul champ que Von cultive est le champ des morts. Grande nécropole où sont cachés, sous les sépultures, des trésors ethnographiques et toute une page de l'histoire des temps passés.

G. Révoil.

LA

VALLÉE DU DARROR

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