CHAPITRE VI
C'est là en effet que réside le principal attrait de ce vaste programme où l’on voit pour la première fois une telle expérience tentée par un grand Etat.
C’est peut-être un précédent fâcheux pour le Brésil ; rien ne dit que le même phénomène de reproduction ne se produira pas pour le sucre ou le caoutchouc. Sera-t-il obligé de valoriser aussi ces produits ? En outre est-ce bien dans les fonctions d’un Gouvernement de protéger les uns au détriment des autres et de subordonner ainsi les intérêts de tout un pays à ceux d’une fraction d’une classe de la nation. Sans doute cette classe tient une place prépondérante puisqu'elle produit la principale richesse du pays ; mais le Brésil n’est pas uniquement voué à la culture du café. Grâce aux richesses de son sol et à la variété de son climat, il peut s’adonner aux genres de culture les plus variés : le cacao, le coton, le mate, le blé ont encore largement l’espace nécessaire à un énorme développement, développement beaucoup plus facile puisque ces produits ne demandent pas autant d'attention que le café. Les plan-
tations de ce fruit sont des œuvres de longue haleine qui réclament des soins constants et qui ne produisent normalement qu’au bout de quatre ou cinq ans. Il est difficile d'en restreindre promptement la production et cette production, si c'est au Brésil qu’elle est de beaucoup la plus considérable, n’est pourtant pas exclusivement cantonnée dans cette grande république : les Indes Orientales, l'Amérique Centrale, l'Afrique et les Philippines lui font une concurrence sérieuse, s’il faut en croire M. Miguel Calmon même, la production de ces divers pays atteindrait depuis 1904-1905 jusqu’à 1906-
1907 les chiffres suivants :
Années Indes Amérique Orientales Centrale 1904-1905. ... 659.000 3.024.000 1905-1906. ... 707 .000 2.880.000 1906-1907.... 730 .000 2.950.000 Années Afrique Philipines Indes Anglaises , 1904-1905.... 137.000 253.000 . 1905-1906. ... 140.000 235.000 1906-1907. ... 180.000 200.000
Accaparer un tel produit semble donc être un peu présomptueux et d'autant plus qu’il faut toujours compter
avec la fameuse loi des succédanés : le haricot torréfié
et la chicorée luttent sournoisement contre le café et sans compter que dans un temps où le nervosisme est répandu, le tilleul et la camomille lui portent aussi quelques coups.
Néanmoins les gains annuels du café sont encore supérieurs aux pertes. On n’agrandira les marchés du café qu’en réduisant les prix de vente, et si les cours ne sont pas rémunérateurs pour les producteurs, il n’y a pas d’autres moyens pour remédier au mal que de restreindre la production. C’est aux planteurs à prendre les mesures préventives nécessaires.
Faire comme le Brésil a fait, constituer un gros stock pour ne le liquider qu'au moment opportun, est un moyen; mais c’est un moyen qui dépend de trop de circonstances et surtout de l'importance des productions futures.
Sans doute il a partiellement réussi puisque sans maintenir les prix primitivement fixés, il est arrivé à établir un prix qui a sauvé de la ruine les planteurs.
Mais il est permis de supposer que si Sâo Paulo n'avait pas à effectuer ses acquisitions de café, c’est la spéculation qui aurait acheté en prévision de mauvaises récoltes tandis que au contraire elle s’est abstenue dans la crainte que le stock de 8.000.000 de sacs acheté par les Etats ne soit un jour ou l’autre jeté sur le marché et ne provoque une nouvelle baisse. Enfin, la cause du mal n’est neutralisée que très provisoirement. Il faut que durant deux ans au moins les récoltes
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soient faibles (1). Etrange paradoxe qu’un pays ait à envisager comme un bienfait la disette d’un produit qui le fait pour ainsi dire vivre, puisque le café est son principal article d'exportation ! Et cela même ne résoud pas le problème : car siles récoltes de café sont mauvaises, la valorisation s’en trouvera bien, mais le change s’en trouva mal : antagonisme difficile à résou-
dre.
1. Malheureusement malgré les renseignements officiels de source brésilienne, des rapports d’enquêteurs envoyés par les gros négociants en café semblent prouver que les
… - récoltes futures doivent être très normales.
Vu : le Président de la thèse, SOUCHON
Vu : le Doyen,
LYON-CAEN Vu et permis d'imprimer :
Pour le Vice-Recteur de l'Académie de Paris
BONNARIC